‹ La langue française au CanadaChapitre 8 sur 34 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

nés dans des gazettes "à responsabilité limitée" pour y exercer sans investiture un pontificat sans charité. N'est-ce pas un prêtre, un prêtre de chez nous, qui a flétri ce journaHsme prétendu religieux "qui ne garde pas même la simple morale naturelle qui enjoint la restitution de toute réputation injustement lésée — et qui recourt à des procédés constamment malhonnêtes et désastreux pour tous" ? (i)

J'ai simplement dressé cette étude lorsque je me suis cru renseigné d'équitable façon sur l'état de notre parler, et après m'être bien rendu compte que la revendication du statut de la langue française au Canada doit être laissée aux avocats seuls auxquels ce soin est confié, ainsi qu'aux hommes politiques capables de faire valoir nos droits; et que le meilleur, le plus efficace moyen, pour les Canadiens-français du commun et de partout, de faire respecter la langue française par leurs compatriotes du commun et de partout, c'est de commencer par la parler bien eux-mêmes et par la respecter.

Les écrivains canadiens-français qui ont inauguré l'œuvre épurative de notre langage ont fait réaliser des progrès sensibles, non seulement chez le peuple, mais dans le monde enseignant et dans nos classes dirigeantes. Je n'ai point songé à autre chose qu'à faire ma modeste

(1) V. Le Progrh du Golfe, Rimouski, 17 sept. 1915.

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part dans cette œuvre d'épuration; si bien que, pour un rien, j'aurais été tenté de reprendre ce jourd'hui, dans notre colonie linguistique française, le titre même que Joachim du Bellay a mis, en 1549, à son ouvrage dédié aux Français de la métropole, et d'intituler cet essai: Défense et Illustration de la langue française au Canada; mais c'eût été trop prétendre et démesurément user de la permission de comparer les travaux des abeilles à ceux des cyclopes — si parva licet. En tout cas, pour ma quote-part, j'ai cru bon d'indiquer, comme je les ai vus, les achoppements nombreux qui retardent la progression de la langue française au Canada. De ces obstacles, il en est un, très sérieux autant que très réel, qui provient de l'aversion plus ou moins prononcée qu'un certain nombre de nos prêtres éprouvent particulièrement pour la littérature et les idées françaises. C'est un droit que ces prêtres possèdent de répandre leurs convictions; mais il faut prendre garde que, au point de vue de notre parler — le point de vue cardinal, le seul et unique auquel nous nous tenons et revenons sans cesse et sans défaut tout le long de cette étude — le Canada français est réellement colonie linguistique française, comme le sont tous les pays du monde où l'on parle français, et que, pour prospérer en leur langage, toutes ces colonies doivent se tenir dans l'angle de rayonnement du foyer toujours ardent de la langue française. Les

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particuliers qui, au lieu d'épanouir le plus possible ce rayonnement, tâchent au contraire à le restreindre, s'imaginent faire œuvre de zélés catholiques, mais gênent en ce faisant la diffusion de la lumière française aussi bien que le perfectionnement du verbe français dans ces colonies. Et tout de même qu'il est inutile d'enseigner le piano à des enfants pour qui la musique est physiologiquement antipathique, tout de même il est à craindre que les jeunes Canadiensfrançais, élevés dans la désaffection de la France, ne deviennent réfractaires à l'étude de la langue française et, conséquemment, ne parlent leur langue maternelle qu'à la façon de ceux qui l'ont apprise à demi-cœur, sinon avec répugnance.

Ne voilà-t-il pas un fait qu'il importe, dans un essai dont la seule prétention est d'être impartial et sincère, de mettre au compte des obstacles à la progression, chez nous, delà langue française ?

Tous nos écrivains dignes de ce nom, tous nos hommes d'études (et combien de nos prêtres éclairés!) connaissent aussi bien ce fait. C'est au nom de tous ceux qui le connaissent et le déplorent, que j'ai cru nécessaire de l'exposer, comme les autres faits importants qui conditionnent la situation de la langue française au Canada ... Je sais bien qu'à cela je n'aurai

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