XX AVANT-PROPOS
“Connais-toi toi-même”; Pyrrhon disait: “Il me paraît”; Montaigne haussait les épaules: “Que sais-je ?”" Galilée n'était point convaincu: “Et pourtant, elle tourne"; Pascal: “Vérité en deça des Pyrénées, erreur au delà”; Descartes: “Les livres me trompent”; enfin, tout près de nous, Mérimce: “Il faut être honnête homme, et douter”. Autrement dit, la pensée qui s’impose est infâme. “C'est mettre ses conjectures à bien haut prix, ajoutait Montaivne. que d'en faire cuire un homme tout vif”... Au fait, a-t-1l jamais guidé ses pas sur quelque tramontane, s'est-il jamais engagé dans quelque voie lactée, notre pénétrant analyseur des rêves d'autrui, ce flaireur des intentions, ce sondeur des cerveaux et des reins, ce moraliste an sirop d'érable, cet approfoncisseur des mystères, ce casuiste poseur de règles du devoir, ce pépère de l'Eglise canadienne ? Un autre, avant lui, a abstrait la quintessence de la morale utile, de la justice accommodante et du droit absoluteur des vilenies: un autre a formulé les restrictions mentales et les équivoques qui résolvent les cas de conscience autrement qu'avec de la franchise. C'était un jésuite espagnol qui avait nom Antonio Escobar y Mendoza. Il inventa le système et devint illustre. Son nom propre fut donné à une pratique sale qui se compose d'adresse hypocrite, à une morale dénommée escobarde.
M. DeCelles retarde.
AVANT-PROPOS XxI
Tant y a que le flétrisseur du Viviani éteigneur d'étoiles est un chevalier combiste (1) ; que ce donneur de lichades au clergé me fournit sous le manteau l'information que je ne lui demandais pas pour justifier l’anticléricalisme (2); que ce président qui damne un collègue de publier la francophobie religieuse, le devance pour publier lui-même cette francophobie cléricale (3); que cet empêcheur de révéler les maladies de notre parler à ceux-là qui peuvent s'en guérir, Îles décile dans un journal où elles n'ont que faire (4); que ce turticolis compromet la véracité de ceux qui n'ont d'autre crédit que leur sincérité —dénaturant des procès-verbaux (5) pour faire mensongèrement entendre au public, sous sa signature autoritaire, que je me suis caché, que j'ai eu la tremblote de produire mon opinion en présence de Mgr Bruchési... Quand on pense! Lui, M. A.-D. DeCelles, qui parle de la frousse de ses collègues, qui impute de la lâcheté aux autres! Non, pas ça, pas ça! Il y a des limites au cynisme, sinon au grotesque; il y a surtout des limites, comme dit M. Maurice Donnay, de l'Académie française, “pour se foutre du public”. M.
DeCelles qui parle de peureux! ... Pas ça, de grâce, pour l'amour de notre rate et de nos
(1) V. la signature et la date de son brevet de chevalier.—(2) V: Appendie, note S2.— (3) V. Citizen, 27 mai, supra. — (4) V.
Citisen, 27 mai. == {5) V, Citizen, 7 juin, Le Droit, 9 juin 1918,
et confronter avec les procès-verbaux de la Soc. royale, session de m:i 1916.
XXII AVANI-PROPOS
côtes! Il y a des limites au rire, entendez-vous! Pauvre de lui! Peut-on se punir plus cruellement soi-même en crachant aussi droitement en FAT...
Avez-vous lu l'Héautontimoroumenos, Mossieu ? À vrai dire, ça n'est pas de la dernière récence, et si le langage profane était moins inconvenant, nous oserions même ajouter, ce qui est pourtant vrai, que ce livre ne frissonne plus très chaudement des baisers de la presse. Cela date plutôt d'un siècle ou deux avant notre ère; et l'auteur est inconnu. Son nom rime sur quelque chose comme Florence, ou Térence: et c'Etait un Carthaginois, une .1anière de latin, oui, de latin qui écrivait aussi en latin, mais en imitant les Grecs, les Grecs morts qui s'appelaient des Attiques pour se distinguer des Grecs boches à qui il faut dire zut. Les autres jouaient de la flûte. C'est un savant de passage qui m'a appris cela et aussi que le joli titre, à ce livre, signifie un monsieur qui se fait son propre bourreau en se mêlant de choses qui ne le regardent point et en reprochant aux autres des choses qu'il devrait se reprocher d'abord. Ça n’est pas très concis, en français. Pour exprimer leurs idées d'un mot précis et bien sonnant, les Grecs sont épatants. Les Français ont perdu le tour, eux, depuis la mort d'un militaire qui écrivit un poème intitulé “La garde meurt et ne se rend
pas.” C’est pour cela que ça se dit en grec, le
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nom de mon histoire, ou en latin. En effet, c'est en grec imité du latin. Je crois même que c'est le contraire; mais ça ne fait rien. Pour nos bacheliers, ça se lit aussi coulamment que du DeCelles: c'est merveilleux de limpidité, de grâce, de profondeur et de philosophie. C'est adorable, tout bonnement. C'est l’histoire d'un monsieur romain, romain et respectable, respectable et bégueule, cependant que si peu rigoriste pour soi-même qu'il se laisse godichement pincer (Approchez l'ouïe: Dans une passade galante— chut!) et se fait berner dans les grands prix par ceux-là mêmes sur qui ce monsieur romain, respectable et bégueule exerçait sa rigueur. Mais je ne puis dire les détails, vous pensez bien .. Si Monseigneur nous entendait!.... Il y a même un beau vers dans cette comédie, comme dans la pièce du dramatiste lyreux qui promène ses rêves affamés dans le Monde où l'on s'ennuie, une autre comédie: car l’autre aussi est un® comédie. Je ne vous l'avais pas dit ? Pas possible! Si bien, c'est une comédie, l'Héautontimoroumenos, et il y a un beau vers dedans:
Homo sum, et humani nihil a me alienum puto.
C'est du latin. Comment, vous n'avez pas lu ça? Faut ce livre ‘‘dans toutes nos bibliothèques,” voyons. Serait-il séant que celui-là seul nous manquât? J'irais jusqu'à dire que cet ouvrage serait sortable à une grande biblio-