PU CEE PT TANT I APP TEE AE
qui signifies plus encore civilisation que conquêtes, et progrès d'idées que victoire, mon drapeau, je sais ceux qui te défendraient jusqu'à mourir; je cherche, sans les trouver nulle part, le cercueil et le plombage assez solides et lourds pour t'enfermer à jamais. Il ne faut point désespérer de la France”’ (%5). Et lorsque le président de la Jeunesse catholique de France nous apprend avec quelle ferveur Pie X a porté ce drapeau tricolore à ses lèvres augustes (%): et lorsqu'un chanoine Desgranges nous rapporte avec quelle aisance les tribuns catholiques et militants comme lui présentent la doctrine évangélique dans les bas-fonds du socialisme français (97); et lorsqu'un supérieur Rigaud démontre en pleine ville de Québec que l'irréligion française n'est que de surface et ne représente en aucune façon la vraie France qui reste, elle, la grande pourvoyeuse de toutes les œuvres charitables et de toutes les missions, le pays des sanctuaires à la Vierge et des grands centres de foi (98); lorsqu'enfin nos propres prêtres, les plus éclairés et les plus vénérés, nous enseignent, comme l'a fait le digne curé de Notre-Dame de Montréal, du haut de la chaire sacrée, qu'il ne faut point souhaiter que la France suit punie, ou, comme l'a fait à plus d'une reprise le patriote curé du Sacré-Cœur d'Ottawa, demandant au ciel de bénir la carrière de nos soldats en France, il faut vraiment ne pas vouloir les entendre pour être
sourds à ces voix (%). Tous les apôtres venus de France pour nous instruire de l'esprit religieux de la nation française en regard de son gouvernement passager; nos prêtres canadiens les plus clairvoyants, qui se rappellent Bismarck avouant que le plan de l'Allemagne était d’abaisser simultanément la France et Rome, l'une par l'autre, et qui se rappellent aussi bien Léon XIII s'inquiétant de ce que deviendrait le Bon Dieu si la France n'existait pas; toutes ces voix qui ne sont pourtant pas des voix profanes, mais des voix de la plus haute autorité religieuse — toutes les voix de la vérité, de la justice et du patriotisme bien compris n'ont pu empêcher certains de nos curés de formuler, dans leur prône, le vœu que la Franc levait être châtiée —Vœu exactement conforme à celui que tous les curés bochisants et teutomanes adressent au vieux Bon Dieu du kaiser. Et ce vœu comporte assez explicitement, n'est-ce pas, que le ciel doit collaborer à l'écrasement de la F rance par l’Allemagne luthérienne et amorale, et par la Turquie musulmane qui établissait ces mois derniers, pour l'entraînement de ses artilleurs, une butte de tir sur le Golgotha, sur le calvaire même de Celui qui est venu dire au monde: ‘‘Paix sur terre aux hommes de bonne volonté” (100), Mais la Providence n’a que faire de la France républicaine, de la République tracassière des communautés religieuses! . . . Quelle France donc
aimaient nos pères, qui l’aimaient tout de bon, et quelle France donc entrait dans les desseins de la Providence pour accomplir les (esta Dei per Francos? La France moyenâgiste, des Albigeois et de l’Inquisition? ou la France féodale, de Philippe-le-Bel excommunié par Boniface VIII, de Charles IX et de la Saint-Barthélemy ? ou la France monarchique, de Louis XIV et de Louis XV avec leurs libertés gallicanes ? ou la France révolutionnaire, des jacobins et de la guillotine ? ou la France directoriale de Bonaparte, qui proclama la république à Rome? ou encore la France impériale de Napoléon, qui confisqua les Etats pontificaux? Non. Il ne s’agit pas de la France moyenâgiste, monarchique, révolutionnaire, républicaine ou autre; il s'agit de la France qui est la France, malgré tous ses orages et toutes ses tempêtes qui, par définition même, passent, et laissent revenir toujours et resplendir toujours le soleil, le soleil de France éclairant le monde tout entier. Il s’agit de la France tout court. France, d'abord! France, toujours!
Ajoutons sans retard que ces sentiments de malveillance à l'égard de la France, exprimés dans quelques paroisses canadiennes-françaises, l'ont été antérieurement aux mandements de l'Ordinaire qui prescrivit la loyauté à la Couronne britannique et mit un frein à des vœux de châtiment pour une alliée de l'Angleterre (101). Mais ces outrances, qui ont été commises,
font souche et s'irradient comme autant de foyers de haine, attestent, parmi nos groupes catholiques de langue française, des sentiments qu'il est indispensable de noter, non seulement pour flétrir leur insolence vis-à-vis des familles qui ont envoyé leurs enfants soutenir et défendre une cause dont dépend le salut de la patrie: non seulement pour souligner leur incongruité à se formuler précisément à une époque où la France se révèle plus belle et plus grande que jamais aux yeux des nations émerveillées et de ses propres ennemis—car Îà n'est point notre affaire —,mais parce qu'il est indispensable de les noter dans une étude quelque peu sincère de la situation faite à la langue française au Canada. Ces outrances ne manqueront d'ailleurs pas d'être relevées par nos historiens de l'avenir.
Tout cela n'est pas de nature à favoriser la progression de notre parler.
M. l'abbé Camille Roy s'était déjà suffisamment rendu compte de cette situation pour oser avertir, à ss manière, le personnel de l'université Laval de Québec et les membres de la Société du Parler français qui assistaient à sa conférence sur la nationalisation de la littérature canadienne, que ‘‘nous devons nous résigner à faire beaucoup de littérature française au Canada” (102), S'adressant à un auditoire aussi spécial et sortant de la bouche d'un Prêtre connaissant Ja valeur des mots, cet avertissement de nous
Rd
che umo ses
résigner—ce verbe réfléchi plutôt que nous résoudre, nous décider, nous disposer, nous déterminer où tout autre—n'est-il pas significatif à point ?