‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 9 sur 48 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

Mais ils ne réussissent pas à transposer si bien l'aigre filet de leur aigre voix d'aigres eunuques de la philosophie, de la politique, du patriotisme et de la religion, qu'à la cabalette de leur septième-dominante ne se reconnaisse la fausseté de leur musique, laquelle ressemble à de la conviction comme une goutte de la pluie du ciel ressemble à une goutte d'eau de nos aqueducs, c'est-à-dire qu’à l'analyse rien n'est plus dissemblable, en vérité. Toutefois, 1s ont raison puisqu'ils en vivent heureux et tranquilles, comblés de faveurs et de bénédictions. Ce sont de ceux-là — comme des lièvres déboulent, les oreilles au derrière, au poue d’une sarbacane—qui ont été pris de peur panique en entendant dire que j'attaquais le clergé; ce sont de ceux-là qui ont crié au scandale et ont vite mis leurs ongles et leur bec au service de l'autel, qui n’en avait d’ailleurs nul besoin. Pour sa part, M. A.-D. DeCelles— ancien journaliste, homme de letires, soi-disant historien national, conservateur rie la biliothèque du parlement canadien, président (par roulement) de la Section française de la Société royale du Canada, chevalier de la Légion d'honneur, etc., etc.—a écrit textuellement ceci pour reconnaître la francophobie du clergé canadien-français, pour approuver cette francophobie et la justifier —timidement, bien sûr, et avec de l'onction, certes, et sans avoir l'air d’y toucher, ‘turellement, et avec des réticences et des reculs

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habiles, puisqu'il a la prudence du serpent, bref, pas en droiture, puisque “le style est l'homme même":

Certainly there is no love lost as to the government (il s’agit du gouvernement français) on the part of the Quebec clergy. Could they have any consideration for the free-thinkers who have exciuded religious teaching from the state schools> Can they admire men like Viviani, the present ministe- of justice, who boasted one day that ‘We have extinguished the stars in the heavens.” meaning ‘the belief in God’? How can they esteem men who have torn “like a scrap of paper” the solemn treaty made by Pope Pius VII and Napoleon?" ..., (1).

Voilà l'homme.

M. DeCelles est un auteur. Il occupe une position qui le met à même de se rendre exactement compte des difficultés que nos écrivains doivent surmonter pour publier une œuvre dans une langue française passable: il sait mieux que tout autre que nos écrivains y parviennent rarement. Îl a fait plusieurs séjours en France et se trouve ainsi qualifié pour établir des comparaisons salutaires. Il connaît les défauts de notre enseignement et ne se gêne d’ailleurs

() Citizen, Ottawa, 27 mai 1916,

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AVANT-PROPOS xXvii

aucunement, dans le privé, pour exposer ces défauts, pas plus qu'il ne .e gêne, dans le privé toujours, pour dire ce qu'il pense des Français... ou de leur gouvernement (que ceux de ses amis et celles de ses amies qui ne l'ont pas entendu me lancent les premières pierres!) Il a toujours été, et plus qu'aucun autre Canadien, dans une situation à rendre facilement les services les plus utiles à la langue française, à la défendre contre vents et marées, sans qu'il iui en coûte un cheveu. Et voilà ce qu'il écrit et qu. comprendront suffisamment ceux qui savent «re! Or, avant que de se départir de sa pusillanimité coutumière et de sa défiance naturelle, que d'écrire et de publier cette justification de la haine que des prêtres canadiens-français éprouvent à l'endroit du gouvernement français, M. DeCelles n'aurait-il pas dû, par décence au moins, céder à l'envie de jeter aux poubelles cet insigne de la Légion d'honneur qui doi, le déshonorer au regard des konnêtes gens ? Car ce ruban rouge qu'il était si fier d’accepter, EN NOVEMBRE 1903, du gouvernement de ces libres-penseurs et, plus précisément, du ministère de l'infâme Combes en chair et en os, ne conférait à ce nouveau chevalier aucune mission de se faire l'exégète de la politique française ou le commentateur des discours de M. Viviani, ni de raconter aux Canadiens que ce que Viviani avait voulu dire au juste, c'était que son gouvernement avait éteint la croyance en Dieu—"mean-

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ing the belief in God’... Qu'en sait-il ? Des étoiles, comme des intelligences, il y en a qui brillent, qui attirent, mais qui s'éclipsent, se cachent lorsqu'on les cherche, et dévoient le voyageur perplexe ou anuité. Et combien y en a-t-il, de flamboyantes, de fondamentales, de fixes, de doubles et de multiples, pour ne pas parler des temporaires, des variables, des Changeantes, des informes, des Crrantes, des tombantes et des filantes? Les astronomes en ont catalogué un demi-million; mais nous savons bien que, même avec leurs télescopes, ils ont la Viviani aurait éteint tout cela ?

lune. Quelques-unes, s’il y tient

courte-\'.e.

Il est dans la ; Mais lesquelles, au juste? That is the question. Si ce n'étaient que des nébuleuses ? Ah, le finaud! Il sait bien qu'il n’est pas taillé d'éteindre celles qui guident les destinées. Le cardinal Fesch n'arrivait pas à voir celle que Napoléon lui pointait avec assez de précision, pourtant. Napoléon seul la voyait. Et c'est ce qui importe, que chacun trouve la sienne, la reconnaisse et la suive: que chacun la porte au fond de Son Cœur, au zénith de son firmament intime, souriant à son jardin secret... De Fachoda, Marchand écrivait :

“Selon toute apparence, |

a mort nous attend, soit que nous tombions les

armes à Ja main, soit que, minés par la fièvre, nous périssions sous les assauts d'un climat meurtrier, Dés que cette idée est acceptée, elle ne nous trouble plus. Nous

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