‹ La langue française en Canada [microforme]Chapitre 1 sur 14 · LÉVIS PIERRE-GEORGES ROY, EDITEUR · texte numérisé non relu

LÉVIS PIERRE-GEORGES ROY, EDITEUR

Pozeor 137366 & 9

SULTÉ É

do

Le présent travail est absolument historique ; il n’a rien du caractère d’une dissertation sur des points de grammaire ou autres, qui intéressent la linguistique ou les auteurs de dictionnaires. Nous dirons de quelles parties de la France notre langage a été importé, en quoi ii Consistait, ce qu’il est devenu à travers les événements de deux siècles écoulés, et comment il est arrivé au point où nous le voyons aujourd’hui.

Nous montrerons qu'il a pris une teinte uniforme dès la fin du XVIIe siècle et s’est depuis conservé admirablement, avec une force suffisante pour inspirer le respect ; et, quant à l'avenir, il y a lieu de croire qu’il se maintiendra convenablement parmi les idiomes marquants du monde entier.

Si, après 1760, notre langues’était cerrompue, son histoire n’appartiendrait qu’au passé, mais elle s’est élevée et compte au premier rang parmi les choses qui nous caractérisent à l'heure qu'il est,

Cette langue étant le français, il y a pour nous un juste orgueil à proclamer sa valeur.

Depuis deux mille ans, nous avons fait usage d'une langue presque toujours en transformâtion. Avant César, le pur celte ; vers l’an 400, le latin doiminait ; vers 900, le germain eut son tour; après 1000 le français

, conquit l'empire. Le latin a bien régné sur

nous mille ans ; il est aujourd’hui défunt.

Les druides n'avaient pas d'écriture. L'élément celtique, dans notre langue actuelle, est difficile à saisir. Clovis, avec ses Frances venus de la (Germanie, mêla la langue saxonne aux débris du celte et à la vivace expression latine, vers l’an 500 de notre ère. Charlemagne, en 800, faisait fleurir cette langue parmi nous. De tout cela est sortie la forme appelée romane, qui est devenue le français actuel.

La métamorphose du latin en français s’opéra en dissolvant lo celtique, le tudesque, le grec et un infime élément de scandinave. Le latin domine toute la langue française ; en-

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a pour valeur.

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suite vient le germain. Le grec entre dans la partie scientifique. Le celte a perdu presque tous ses mots, mais il a laissé une forte marque dans le génie de la nouvelle langue. ‘ Si nous sommes grecs par l’art ct la science, nous sommes restés gaulois par notre prononciation ét par le côté le plus original de notre esprit ” (1).

Consultons un Angiais instruit,le révérent James Roy, de Montréal qui, après un séjour prolongé au Canada, n'hésite pas à se prononcer sur les principaux points que nous aurons

à examiner tout à l'heure, . “ Les premiers Candiens sont venus .es

côtes norû et ouest de la France, principalement de la Normandie et du Poitou. Connaissant ces sources, le caractère et la position sociale de c peuple à l’époque de son émigration, nous pouvons rattacher le langage parlé par les colons du Canada à celui de leur pays natal, tant autrefois qu'aujourd'hui.

“Après la conquête des Gaules par Jules Céca r, la basse latinité de ses soldats, mêlée

(1) À. Hardy : Les origines de notre langue.

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à un élément celtique presque imperceptible ét à une plus grande somme de mots teutons, se développa au nord de la ligne qui va de la Rochelle à Grenoble, et forma la langue d’oiïl, Celle-ci, à son tour, se subdivisa en quatre dialectes principaux : normand, picard, bourguignon, et français, cu de “ l'Ile-de-France ” (avec Paris pour chef-lieu). . Après 1200, le dialecte de l'Ile-de-France prit le pas sur les

autres, d’abord dans les actes officiels, puis

dans la littérature, tandis que le normand dégénérait en un simple patois. L'’abandon définitif des restes du latin, dans le XIVe siècle, marque la division entre le français ancien et le moderne. La langue française du XVe siècle est complète ; dans le XVie, vers le temps où le Canadu fut découvert, le français devint le langag: de la cour, du palais et de la littérature, de la Seine à la Loire. Pendant quatre siècles et plus, le normaud avais été assujetti an rançais grandissant... Au temps de l'établissement du Canada, la langue parisienne était moins correcte que celle de la région d'où sortit la masse des premiers Cana-

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