‹ La langue française et le christianismeChapitre 3 sur 4 · LIGUE DE RALLIEMENT FRANÇAIS EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LIGUE DE RALLIEMENT FRANÇAIS EN AMÉRIQUE

I. L’heure est grave pour tous les Français d’Amérique. Nous sommes menacés dans nos intérêts les plus chers. Le problème qui se pose devant nous peut se définir à l’aide des mots célébrés : Etre ou ne pas être. Un vaste mouvement d’anglicisation par l’école se prépare : en certains milieux, il est déjà lancé. La vague d’assaut s’en vient, et ses larges ondulations balaieront, si nous n’y prenons earcle, le trésor sacré de notre langue maternelle. C’est au nom d’un sophisme que se fait cette campagne : Sous prétexte de nous “américaniser”, l’on veut nous frapper de mort ; et jamais peut-être le noble mot de patriotisme n’aura été davantage profané, car il sert ici à ocuvrir un plan qui est la négation pure et simple de ce sentiment.

II. Que, dans un pays où l’anglais est la langue officielle, la langue de la politique et des affaires, il faille apprendre l’anglais, nous le concédons, et nous l’avons d’ailleurs toujours fait. Qu’une langue commune serve de terrain d’entente entre les diverses races qui sont venues chercher aux Etats-Unis la paix dans la liberté, et puisse favoriser l’éclosion et l’expansion d’un état d’esprit national, nous l’admettons également. Mais que, pour arriver à cette fin légitime, — la cohésion en faisceaux des forces ethniques variées disséminées dans toute l’étendue du territoire américain, — chacun des éléments hétérogènes doive renoncer à la langue de ses pères pour s’en tenir uniquement et absolument au seul parler anglais, — voilà le sophisme qui insulte au bon sens ; et toute mesure basée là-dessus est à la fois déraisonnable, injuste, oppressive.

III. En conséquenc, nous, Français d’Amérique, reconnaissons la nécessité d’organiser une résistance pacifique, ferme, loyale, aux tentatives d’assimilation qui se voilent sous des apparences illogiques et trompeuses. Notre patriotisme a toujours été au-dessus de tout reproche ; notre fidélité au drapeau étoilé a été scellée dans le sang de nos fils et de nos frères ; notre adaptation à la langue anglaise s’est toujours accomplie avec une facilité qui a étonné ceux-là seuls qui ignoraient que, la langue française étant la source et comme la racine de l’anglais, savoir le français donne la clef du parler anglais. Quant à renoncer à cultiver notre langue maternelle dans nos écoles, quant à la supprimer de notre enseignement primaire, cela “non possumus”, nous ne le pouvons pas, pour toutes sortes de raisons : ce serait abdiquer notre âme, nos traditions, notre passé ; l’apostasie sur ce point entraînerait l’apostasie religieuse, ou en tout cas une grave diminution de nos convictions catholiques, “notre langue, pétrie de catholicisme, étant la gardienne de notre foi” ; les Etats-Unis eux-mêmes perdraient à cet abandon, parler deux langues valant mieux qu’en par-

1er seulement une, et la langue française étant considérée unanimement comme la plus riche et la plus glorieuse de toutes les langues modernes, comme la langue de la diplomatie et des relations internationales, comme la plus haute expression de la civilisation humaine,

IV. Nous ne pourrions pas, sans honte, sans nous abaisser à nos propres yeux, souscrire à l’abdication ; et le pouvoir public ne pourrait non plus légiférer en ce sens, et d’une manière absolue, sans violer le “droit naturel”, et par suite sans “outrager notre conscience”, sans porter atteinte à la vraie liberté dont le drapeau américain est le symbole, sans renier l’idéal au nom duquel ce drapeau a traversé les mers et est devenu pour tous les peuples un signe d’espérance, de libération et de salut.

V. Forts de nos droits imprescriptibles, nous avons fondé la “Ligue de Ralliement français en Amérique”, pour les affirmer respectueusement et clairement en face de tous, pour travailler à les restaurer là où ils ont été méconnus, à les maintenir et à les affirmer là où ils nous sont encore assurés, à empêcher qu’on y touche là où Pon n’a pas encore osé le faire.

VI. En attendant que le développement de notre oeuvre nous fournisse des moyens d’action plus nombreux et plus étendus, notre apostolat s’exercera sous forme de “tracts” populaires, traitant sous leurs divers aspects les questions les plus pressantes et les plus essentielles à la conservation d’un héritage complexe et sacré, qu’“aucune puissance au monde n’a le droit de nous ravir”, et qu’“aucune puissance ne pourra nous enlever effectivement”, pour peu que nous sachions nous défendre à la lumière des principes éternels.

VII. La signature du feuillet ci-joint, et son renvoi au bureau central, constitueront l’enrôlement dans la “Ligue de Ralliement français en Amérique”, et l’engagement personnel de promouvoir, par tous les moyens légaux et légitimes, l’oeuvre pour laquelle elle a été fondée. Afin de procurer l'impression et la diffusion de plus en plus large des “tracts”, tout membre de la “Ligue” est prié de vouloir bien faire parvenir à notre Trésorier-général, en même temps que la feuille d’enrôlement, une contribution dont le montant est laissé à sa générosité et à son patriotisme.

Pour la “Ligue de Ralliement français en Amérique”,

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