DISCOURS FRINONCÉ EN LA BASILIQUE DE QUÉBEC, LE 30 JUIN
Posui verba mra in ore tuo, et in umbra manus meae proteri le; ut plaries cœlos et fundes terram, et dicas ad Sion : populus meus es tu.
Je mets mes paroles dans ta bouche et je te couvre de l’ombre de ma main, pour étendre de nouveaux cieux e: fonder une nouvelle terre, et pour üire à Sion : tu es mon peu-
ple.
Isaie.
Messeigneurs,
Mes frères,
La langue française a joué, et joue toujours un si grand rôle, dans l’exransion de l’idée chrétienne à travers le monde, que ce n’est commettre aucune profanation que de la loc: r dans une église, en présence des saints autels, et de déployer a son honneur toutes les pompes de notre liturgie sa 16e. Aussi, invité par celui qui a été l’âme et la tête dirigeante du Congrès du Parler français à prendre la parole, en la cérémonie religie e par laquelle ce Congrès va 3e terminer, mon sujet est tout tracé, et c’est de la fonction auguste de notre langue que je veux vous entreterir pendant quelques instants.
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Certes, les raisons de l’aimer, de l’admirer, d’en être fiers, d’y être fidèles, ne nous manquent pas. La première de ces raisons est peut-être tout simplement que cette langue est la nôtre, celle de nos origines, de nos premiers bégaiements, la langue de notre père et de notre mère, qui a retenti autour de notre berceau, et dans laquelle nous furent apprises nos prières enfantines. Et si ce motif de sentiment ne suffisait pas pour nous la rendre chère à tout jamais, l’on pourrait en invoquer d’autres, tirés de sa beauté, de ses formes esthétiques, de ses rares qualités de nombre, d'harmonie, de clarté, de précision. Un grand poète français, dans un ouvrage plein de lyrisme, encore qu’écrit en prose, la déclarait être la plus merveilleuse des langues de l’univers, parce que c’est la seule où les éléments constitutifs du langage soient dans un parfait équilibre. Les autres sont ou trop musicales ou trop gutturales, trop rudes ou trop sonores. Le français allie la douceur à la force, les rythmes suaves aux fermes contours, et sa physionomie essentielle semble bien faite d'ordre et de mesure, de juste proportion; n'est-il pas aussi la langue de la diplomatie iaternationale ? Et dans tor les pays civilisés, n'est-ce pas regardé comme 'e bn ton de le savoir? N'est-ce pas une distinction de pouvoir le parler? Dans la haute société américaine, par exemple, l’on se fait une gloire de l’apprendre et de le pratiquer. L’on estime que la culture ne serait pas complète sans lui, que lui seul donxe à l’éducation son affinement, sa grâce achevée; et dans les salons, dans le monde où l’on cause, le parler de France sert d’expression à la politesse des sentiments et à l'échange des idées.
Mais par-dessus toutes ces raisons naturelles que nous avons d’être attachés à notre langue maternelle et de l’aimer, de l’admirer de tout cœur, il en est une d’un caractère supérieur, et qui éclipse en quelque sorte les autres ou les relègue à l'arrière-plan. Quand même notre parler ne se recommanderait pas par ses qualités de mesure, de souplesse et d’ardeur, de subtile énergie et de discrète sonorité, il aurait droit à
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notre vénération la plus pr.fonde pour les services qu'il a rendus à l’Église, et pour s'être fait l’écho, l’instrument du Verbe divin, dans la civilisation chrétienne
des peuples.
Par un dessein mystérieux, que | œil humain ne peut scruter, Notre Seigneur Jésus-Christ avait borné son apostolat personnel aux brebis perdues de la maison d'Israël. Une fois, il s’éta't avancé jusque sur les terres des Chananéens. Et :,us connaissez la réponse qu'il fit à une pauvre femme du pays, qui l’implorait de guérir sa fille: «Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Ceci indiquait nettement qu'il entendait ci‘*onscrire son ministère aux limites de son pays. Les nations étrangères auront leur tour; déjà son regard les cherchait au fond de l'avenir, et les voyait venir à lui. «En vérité, on vérité, je vous le dis, il en viendra de l’Orient es de l'Occident. » Et devant cette perspective, i! éprouvait une sorte d'enthousiasme. Mais il alla’ laisser à ses disciples le soin de les appeler et de le. faire entrer dans son bercail. Aux apôtres, à sainv Paul plus particulièrement, allait échoir l’œuvre de l'évangélisation des Gentils. Le peuple élu n'ayant pas voulu recevoir son Sauveur, et s’étant enfoncé dans l’aveuglement, d’autres nations recevraient la lumière divine et remplaceraient la race déicide.
Or, deux langues se partageaient ces grandes agglomérations que l’on désignait sous le nom de Gentils, et qui représentaient toute la civilisation d'alors. Dans le vaste champ que la volonté du Maitre ouvrait au zèle enflammé des prêcheurs de la bonne nouvelle, deux idiomes régnaient en souverains. Chacun était parfaitement organisé, chacun comptait un long passé de gloire. La langue helléniore avait atteint au plus haut degré de son développement avec les poèmes d'Homère; et ses grands philosophes, Platon surtout, par l'élan, la sublimité de leurs spécula-
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tions métaphysiques, avaient in‘roduit dans son essence des éléments qui l’avaient comme prédisposée à devenir, un jour, l'organe officiel de la vérité religieuse. La langue romaine avait produit aussi ses poètes, Ovide, Lucrèce, Virgile, ses penseurs, Sénèque, Cicéron — en attendant Marc-Aurèle — et toute une lignée d’admirables historiens. Moins riche et moins imagée que la précédente, elle était cependant incomparable pour rendre la pensée impériale en tout ce qui avait trait aux choses de gouvernement, comme aussi pour enfermer en une formule lapidaire les questions juridiques.
Voulant donc faire accepter de ces nations païennes ; la révélation surnaturelle et les convertir à la foi chrétienne, les apôtres s'emparèrent de la langue qu'elles parlaient. Le seul moyen d'arriver jusqu’à l'esprit et au cœur d’un peuple, c’est de se servir des vocables qu'il a lui-même formés et qui reflètent son âme, sa mentalité, sa vie. Et dès lors, les mots grecs et romains commencèrent d'exprimer les vérités du salut, de se prêter à rendre les conceptions religieuses dont l'humanité était redevable au Verbe fait chair. La prise de possession de ces langues par l'Esprit de Dieu fut si complète, elles se plièrent si bien à exprimer toutes les nuances des idées nouvelles, qu’on eût dit qu’elles n'avaient jamais eu d’autres objet. Leur adaptation au christianisme se fit comme naturellement et elles devinrent ‘instrument non seulement de l'Évangile, mais encore de cette science qui a pour base la parole de Dieu telle qu’on la trouve dans le Livre des révélations, et dont la raison humaine éclairée par la foi édifie les spéculations. Le verbe hellénique et le verbe romain semblèrent même puiser un renouveau de vie dans ce contact avec la pensée divine: l'Évangile les rajeunissait en les pénétrant et en se les assimilant. Ces langues classiques, que les génies païens avaient fixées et illustrées, poussèrent une floraison merveilleuse d'œuvres qui ne le cédaient en rien, pour la splendeur de la forme, aux réalisations antiques, et qui aveient en plus le mérite d'apporter
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au monde la vérité absolue. Toute une littérature religieuse, mystique, théologique, est née de cette alliance du christianisme avec les magnifiques idiomes qui reflétaient alors la civilisation orientale et européenne. Ce serai méconnaître l’histoire que de nier les services que l’Église en a reçus. N'est-ce pas dans ces langues que tous nos dogmes ont été définis ? N'est-ce pas aux Pères de l’Église grecque et latine que l’on doit ce monument appelé la théologie catholique ? Pendant des siècles, la langue d’Homère et celle de Cicéron servent d'organes officiels à la pensée ecclésiastique et sont les grands moyens d’apostolat et de conversion des peuples.
Avec l'ère moderne commence un nouvel ordre de choses. Il se fait des révolutions dans l’ancien monde. La civilisation hellénique s’est effondrée et la puissance romaine croule à son tour. De leurs débris se forment d’autres peuples; l'empire matériel passe en d’autres mains; le règne de la pensée suit d’autres orientations, Il y a partout une fermentation qui annonce que l’histoire recommence. Les langues grecque et romaine se figent, se cristallisent. Elles sont désormais immuables, classiques; leur vie est close; elles appartiennent au passé; elles deviennent objet d'étude pour le lettré, le savant, mais sont hors d'usage dans les relations quotidiennes. Elles ne sont plus que l’écho encore magnifique de peuples morts. L'Église catholique conserve le latin pour ses actes administratifs et pour sa liturgie. Sa législation s’est fixée dans cette langue admirablement adaptée aux idées de droit. Mais, pour se faire entendre des peuples, il faudra qu’elle ait recours à un autre idiome. Le grec et le latin ne sont plus des instruments de conquête.
Cependant, l'Église ne peut renoncer à ses entreprises conquérantes. Des peuples nouveaux sont nés sur les ruines des anciens. Le catholicisme va-t-il
s’enformer en sa vie intérieure, et refuser de prendre contact avec ces races qui s’éveillent pour remplacer les civilisations disparues? L’apostolat n'est-il pas plutôt la loi de son essence? N'est-il pas tenu de trouver le chemin des âmes, à travers tous les âges et tous les bouleversements sociaux, pour leur apporter la parole éternelle ?
Quelle langue l’Église adoptera-t-elle done comme moyen de communication avec l’Europe renouvelée ? De tous les idiomes qui sont en train d’éclore, sur lequel va tomber son choix? Lequel lui paraîtra le plus propre à se laisser façonner par son enseignement, le plus apte à subir son empreinte divine ? Lequel se trouvera le plus voisin des langues classiques qu’elle abandonne, et, devenu héritier de leur richesss, pourra le plus facilement tenir le rôle religieux qui leur était dévolu? Laquelle des nations modernes aura à la fois l'âme la plus chrétienne et un langage davantage pétri de vérité? Où rencontrer une langue qui soit non seulement celle d’un peuple, mais qui devienne celle de tout un continent, celle du monde; une langue qui ait comme une tendance innée à déborder ses frontières, qui se laisse facilement accepter de l’étranger, tellement charmeuse que les plus réfractaires ne résistent pas à sa séduction, tellement souple et insinuante qu'elle pénètre partout sans effort, qui soit comme naturellement faite pour servir de lien entre les nations, une langue agile et expansive? Car le Verbe de Dieu veut courir, il veut voler, il est impatient de retentir dans l'univers. Pour se faire connaître des peuples et pour les subjuguer, il lui faut un instrument malléable, docile à son action, tout pénétré de sa vertu, une puissance éminemment diffusive et irradiante.
O langue française, c’est toi qui as été l’élue du Seigneur ' Le Christ Jésus t'a prise dans ton berceau et t’a sacrée de ses mains pour être son porte-parole. C'est toi qui as eu l’incomparable honneur d'être désignée pour succéder aux idiomes d’Athènes et de Rome dans la propagation de l'Évangile. C'est
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toi, l'ange du salut et le missionnaire des nations. C'est par ton ministère que l’Église catholique, dès l'ouverture de l’ère modern:, et jusqu’à nos jours, a chanté ses plus belles victoires. Déjà précieuse à nos yeux parce que tu incarnes la patrie, les traditions des ancêtres, tu l’es bien davantage à cause de ces fleurons de gloire que tu as suspendus au front de notre Divin Maître. Marqués du sceau du christianisme, tes vocables ailés se sont disséminés à travers le vieux monde, ils ont franchi les mers, se sont posés sur tous les continents, éveillant partout des échos religieux, y semant la vie surnaturelle. à
Issue directement du grec et du latin, de formation essentiellement classique, la langue française, en effet, se trouvait donc en‘rer dès l'origine en posse: sion immédiate des trésors mystiques que ces idiome: r'célai nt. N'est-ce pas Tertullien qui parle de ces âmes qui sont naturellement chrésiennes? Ce mot est vrai du parler français. Prenant sa source dans ce génie gréco-romain dont la littérature, si belle en soi, avait eu encore l’insigne privilège d'exprimer les dogmes, de réduire la doctrine catholique en ses formules définitives et de se voir sanctifié par la vertu du Christ, il s’est trouvé, de par sa naissance, en complète harmonie avee la vérité surnaturelle, apte à en traduire les mystères. Les mots dont il est formé surtout, les verbes antiques dont il émane, ayant subi les premiers l'initiation chrétienne, le lent façonnement aux choses ecclésiastiques, rien d'étonnant à ce qu’entre la religion et lui les affinités les plus intimes et les plus directes se soient déclurées dès l’origine. Car les mots ont une âme, ce sont des organismes. Et les vocables grecs et latins s'étaient chargés, au cours des siècles, de trop pure essence chrétienne pour n'en pas infuser dans cette langue française, la première des langues dites romanes, née pour ainsi dire de leur sang, Continuatrice légitime des traditions d'élégance, de beauté, d'harmonie auxquelles ils avaient accoutumé le monde.
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Bien plus, la France avait été baptisée longtemps avant d’avoir son langage à elle. C’est la fille aînée de l’Église. Son verbe était encore en fusion, n'avait pas encore jailli hors du creuset où sa substance s’élaborait et s’affinait, que déjà le Christ possédait l’âme de la nation. Et puisque :: langue d’un peuple est le reflet de sa pensée, le miroir où se peint sa vie intime, et qu’elle est créée à son image et à sa ressemblance, de nos ancêtres chrétiens n’a pu sortir qu’une Jangue chrétienne, et chrétienne dès le berceau, dès son premier souffle. Aussi, de toutes les littératures modernes, la nôtre est celle qui compte les œuvres religieuses les plus anciennes et les plus vénérables. N'est-elle pas aussi, et de beaucoup, la plus riche, la plus féconde à cet égard? La nomenclature des travaux inspirés par la fbi, la piété, la défense de l’Église, l’ardeur apostolique, à nos écrivains, à nos orateurs et à nos poètes, serait infinie. Dans tous les siècles, les monuments de cette nature sont en grand nombre. A certaines époques, ils abondent, et l’histoire littéraire alors tient toute ntière dans des ouvrages de mystique ou «d’éloquence chrétienne. Depuis le seizième siècle, en particulier, les productions les plus magnifiques de notre langue sont consacrées à la gloire du catholicisme. Notre littérature a atteint son apogée, sa période dite classique, avec des œuvres qui avaient Dieu et la religion pour objet. Qu'est-ce que Bossuet, pur exemple, sinon le représentant le plus auguste et le plus parfait de notre génie? Et Bossuet a-t-il jamais écrit ou jamais parlé pour d’autres fins que pour faire connaître le catholicisme, pour en faire resplendir la majesté, pour le venger des attaques de ses ennemis? Il n'est pas une ligne de ses ouvrages qui n'ait un caractère sacré, qui ne porte une empreinte divine. Que de noms illustres, contemporains de celuici, ou plus voisins de nous, pourrions-nous mentionner, et à qui nous devons des réalisations absolument: achevées comme art et toutes destinées à promouvoir les intérêts du christianisme ! .Il semble bien que toute la théologie des Pères et des Docteurs ait 6té repensée
nil —
par nos grands écrivains, que tout le mysticisme des ascètes primitifs ait été condensé chez nous en formules précises, que toute la foi, toute la piété, toutes les vertus, tous les dogmes, tous les mystères, en un mot tout ce qui constitue le catholicisme, tout ce qui en fait l’essence et la vie, que tout cela ait été étudié, expliqué, commenté, analysé, enrichi d’aperçus nouveaux, pénétré de saveur et de clarté, par le ministère de la langue française; tout le catholicisme est enclos en notre verbe.
Or, est-il possible de calculer l’énorme influence que de telles œuvres ont exercée et exercent encore dans le monde des âmes? Qui peut dire de quel secours elles ont été pour l'expansion de la civilisation chrétienne? Une nation qui possède une littérature religieuse aussi abondante, quand sa langue d’ailleurs a ses entrées partout et jou:* des qualités de sympathie qui la rendent naturellement désirable, est sûre de compter parmi les meilleurs ouvriers du progrès par le christianisme. Car ce n’est pas d’hier que le français est considéré comme l’idiome de la distinction et de la culture. Voilà des siècles qu’en Europe tous ceux qui se piquent de savoir, le pratiquent et se tiennent au courant de ses plus belles créations. Et comme la plupart de ces créations sont marquées du sceau divin et servent d’enveloppe à la pensée religieuse, il est bien permis d'affirmer que c’est le génie français qui a le plus contribué à faire du vieux monde un continent chrétien et à le nourrir de la substantifique moelle de l'Évangile. Il y a ceci d’extraordinaire dans l’histoire des lettres françaises : la décadence littéraire y coïncide avec la diminution de l'esprit chrétien, tandis que les périodes les plus glorieuses à cet égard furent en même temps calles où l’âme de la race était davantage imprégnée des vertus de son berceau, baignée de grâce. Tant il est vrai que notre parler semble fait pour exprimer la vérité du Christ ! C’est là sa vocation, j'allais dire sa raison d'être. Quand il s'en écarte, il perd la qualité de sa trempe, ses vocables s'amollissent, se vident de leur sens. Forgés surtout
n'est pas une âme de réserve, de Concentration, de tranquille possession de soi. Le sang latin met en nous quelque chose d’exubérant, uno ardeur qui demande à se manifester. Il faut que nos impressions Paraissent au dehors, que les autres partagent nos sentiments: quand nous avons une idée, nous aimons à y rallier {es esprits. Far tempérament, l’âme française est apostolique. Et, d’autre part, — c’est Ozanam qui l’a affirmé — Dieu lui a dispensé le génie de
notre propre histoire, à celle de tout le continent nordaméricain, si ce n’est ce coin de terre là-bas, vers le sud-ouest, qui échut en Partage à ne autre branche de l’âme latine.
Quels sons ont d’abord frappé nos rivages et réveillé des échos dans nos forêts primitives ? De quelle nation étaient ceux qui vinrent ouvrir ces contrées à la civilisation chrétienne ? Sous quels vocables l'Évangile a-t-il été prêché aux barbares qui les peuplaient? Qui
De quel Sang étaient les pontifes qui ont occupé les premiers évêchés, non seulement dans les limites du Canada, mais même dans: l'union américaine? Et encore aujourd’hui, pour accomplir la tâche pénible de convertir les derniers sauvages de l'Ouest, à qui
s’adresse-t-on ? ou plutôt qui sont ceux qui y viennent s'offrir d'eux-mêmes ? En quels termes les barbares apprennent-ils à prier? Quels sont les hommes qui incarnent à leurs yeux le christianisme ? Quelle est la langue qu'ils regardent comme l'instrument du salut ? Et j'ose ajouter, puisque je n’en suis que par le cœur et le souvenir, et que la Providence a placé mon berceau et planté ma tente sous un autre ciel, oui, j'ose ajouter, dans la sincérité de mon admiration : y a-t-il une province qui donne plus de consolation à l'Église, où l'esprit chrétien soit plus vivant, plus près de ses origines, où le sens religieux soit plus intense que cette province de Québec, essentiellement française ?
Messeigneurs,
Mes frères,
UC Posui verba mea in ore luo. J'ai placé mes paroles dans ta bouche. » Il semble bien que ces mots du prophète aient trouvé leur accomplissement au sein de la nation française et que la charge annonciatrice de l'Évangile ait été conférée spécialement à notre langue. Qu'elle s’en soit acquittée avec honneur et avec zèle, les faits sont là pour le démontrer. Nous n'avons pu jeter sur l'histoire qu’un coup d’œil trop rapide. Ila dû suffire cependant pour nous convaincre que notre parler a été semeur de civilisation chrétienne dans l'univers, et que c’est par lui surtout que le Verbe de Dieu a jeté ses accents. Les longs services qu'il
les Gentils, sans être regardée comme une des forces
les fidèles. Rien n'indique, d’ailleurs, que l'Esprit divin se soit retiré d'elle et qu’elle ait fini son action bienfaisante. Dans ce cher Canada, en Particulier,
un champ immense lui est ouvert. Elle n’a pas seulement à vivre sur ses conquêtes, elle peut aspirer à les étendre, et nous le souhaitons pour elle, puisque son accroissement signifierait progrès du règne du Christ. Dans la N ouvelle-Angleterre, elle est libre et agissante aussi. ! Notre cœur se réjouit de la voir s’y dévelo per et reculer ses frontières. Chaque pas qu'elle fait en avant est autant d’ajouté à l'héritage du Père de famille et du Maître de la maison.
Qu'elle se conserve done, qu’elle vive et qu'elle s’épure, qu’elle se fortifie et qu’elle s’épande, et surtout qu’elle reste fidèle à sa vocation essentielle, qui est de verser aux nations la Jvinière, la vérité et la vie !
Ainsi soit-il !
! Inutile de rappeler que ceci était prononcé en 1912. Cette affirmation ne s’accorde plus guère avec les mesures prises par les promote“wrs de l’américanisation à l'effet de supprimer de l’enseignemeut primaire dans les divers états de l’Union toute autre langue que l'anglais. Le verbe de Frince se trouve donc compris dans cet ostracisme stupide et s taire. Mais la lutte pour lui assurer sa place au soleil et lui conquérir son droit de cité, est engagée sur tous les fronts. C’est le but précis de notre Zigue de mener le combat en faveur d’une cause qui est celle du roit naturel, du bon sens, de l’histoire, et des véritables intérêts politiques, économiques, sociaux, du peuple américain. Notre avenir religieux, et c’est la raison essentielle, demandait d’ailleurs que nous nous levions en masse pour faire renverser une mesure aussi absurde et aussi contraire à la liberté humaine. La conclusion de la thèse historique, développée ici par Monseigneur } Évêque de Manchester, montre en eflet jusqu’à l’évidence
ue ce n’est pas le christianisme catholique qui gagnerait à la isparition, à la mort d’une langue aussi imprégnée d’essence divine que la langue française,
Note de la L.R. F. A.