‹ La lanterneChapitre 10 sur 26 · J. B. ROLLAND & FILS · texte numérisé non relu

J. B. ROLLAND & FILS

Nos. 12 et 14, rue St Vincent.

Quand vous aurez lu tout cela, aurez- vous appris l'anglais, le français, l'histoire, la géograghie, les mathématiques, la chimie, la physique, la mécanique, l'histoire naturelle, la minéralogie, etc .... toutes choses indispensables )

Non, je .me trompe ; ce qui est indispensable, c'est de savoir comment Marié à la coque tombait en extase, ce que faisait Margue-

rite à vingt ans, et comment la glorieuse victoire de Mentanafai remportée par le fusil Chassepot béni pour tuer les hommes.

Ce qui me bouleverse, ce qui m'horripile, ce qui me met tout à l'envers, c'est qu'il existe une classe d'hommes qui se soit donné pour mission de dégrader et d'abrutir leurs semblables, qui ait le courage de poursuivre ce but, qui s'en fasse gloire, et qui exerce avec passion ce monopole qu'il suffit de nommer pour faire frémir, l'ignorance des peuples.

Chez toutes les nations, un groupe d'hommes s'est formé pour le malheur des autres, qui s'est dit le dépositaire de la vérité, le sanctuaire de la science. Aucun mortel ne pouvait franchir la porte du temple mystérieux ; l'ignorance, nuit épaisse, enveloppait les peuples agenouillés. Les prêtres riaient et priaient ; ils offraient de nombreux sacrifices, mais jamais d'eux-mêmes, ni de ce qui leur appartenait. Tout à coup un rayon de soleil éclate sur le front de la multitude ; la voix d'un mortel audacieux s'est fait entendre, il a déchiré le voile, le temple s'écroule, les dieux séculaires tombent mutilés sur leurs autels en ruines, et le mystère apparaît dans toute sa nudité abjecte, amas de supercheries et de monstruosités.

Mais à quoi cela a-t-il servi ? une erreur détruite en fait naître deux autres; la mort est une mère féconde qui enfante parmi les ruines. A une imposture dévoilée succèdent d'autres impostures, d'autres mensonges, d'autres dupes : l'homme ne se lasse point de tromper ou d'être trompé.

Cependant l'arbre de la science émerge lentement des vapeurs épaissies sur les mondes ; il se dilate dans une atmosphère plus propice .... Enfant des siècles, devra-t-il longtemps grandir t Dernier venu sur la scène vieillie du globe, que lui réserve l'avenir ? Ira-t-il rejoindre les débris du temps % Non, car ce n'est pas l'homme qui l'a semé. Eternel, il a ses racines partout : seulement, il vient à peine de secouer sur la terre quelques gouttes, de sa rosée immortelle, et ces quelques gouttes, plus fécondes que toutes les philosophies entassées, étalage puéril d'impuissance, vaines recherches dans une nuit obscurcie encore par l'orgueil, ont suffi pour faire naître d'impérissables germes.

On verra par les allocations suivantes, retranchées par la révolution du budget de l'Espagne, que le clergé de ce pays, s'il faisait maigre le vendredi, avait de quoi faire gras les autres jours.

Caantiat, pensions de toutes sortes. Beaux 163,600,570

Obligations ecclésiastiques 180,126.570

Pensions aux décloltrés 10,885,265

Fabrique de Saint-Pierre et Saint- Jean-de-Latran 887,690

Nonce de Sa Sainteté 220,000

Total x.... 854.521,809

Soit • $480,000

La moitié de cette somme dépensée en écoles aurait suffi pour empêcher la révolution, en rendant le despotisme et l'obscurantisme impossibles.

Voici que la Minerve se place au premier rang des défenseurs de l'Institut-Canadien. Jugez-en par ce qu'elle disait le 13 novembre.

" Blâmons-nous les sociétés religieuses de cette ville qui recherchent la publicité des journaux anglais et qui s'y font des réclames ?

** Est-ce que le Nouveau-Monde veut défendre tous rapports entre les gens de croyances différentes? Mais alors pourquoi expose- t-il sa foi à recevoir des annonces de maisons protestantes? pourquoi cherche-t-il à se mettre en bons rapports avec les maisons protestantes qui lui fournissent son papier et ses presses ?

Je vois bien pourquoi on me reprochait, à moi et à l'Institut, de recevoir des secours des protestants. Les Jésuites voulaient garder tout cela pour eux. Les sœurs vont quêter chez les protestants ; les Jésuites leur prennent un écu en échange d'une comédie jouée dans le bas de leur église ; les malades catholiques vont absorber la soupe protestante, les médicaments et les soins protestants à l'hôpital anglais, et on me reproche à moi de vouloir leur vendre ma Lanterne 1 Faut-il donc que j'endosse la soutane, ou que je m'habille en sœur noire ou grise, pour avoir droit à ma part de l'argent protestant %

Le cable transatlantique va incessamment être excommunié. Il vient d'annoncer que des évêques et des cardinaux, réunis à Rome, sont convenus de proposer au concile œcuménique le mariage des prêtres.

Si le confessionnal survit au célibat des prêtres, la plus franche portion du beau sexe sera écrémée par les jeunes abbés. Les militaires eux-mêmes seront supplantés. Hâtez- vous, garçons, mes amis, de planter votre tente et d'y loger une femme, car vous n'aurez bientôt plus d'atout qui tienne contre le confessionnal de vos rivaux.

" L'attitude du clergé espagnol est toujours très-rassurante," dit un article étranger cité par la Minerve^ "j'allais dire trop rassurante ; il s'exécute en effet, ou se laisse exécuter de si bonne grâce, qu'on serait tenté de craindre un retour offensif, — quand l'occasion lui semblera favorable. C'est son droit"

(Jest 8<m droit me remplit d'une joie ineffable.

Du reste, le clergé de tous les pays a cela de particulier, qu'il exerce le droit de changer avec tous les gouvernements. Ainsi, l'archevêque de Paris, Sibour, acclamait la république de " 48 ", et le lendemain chantait des Te Deum à l'empire.

De même, l'évêque de Québec, Plessis, recevait une pension de mille louis du gouvernement anglais, et prononçait ces paroles à l'occasion du service funèbre de l'évêque Briand, le 27 juin 1794 :

" Nos conquérante, regardés d'ail œil ombrageux et jaloux, nfnspuaient que de Fkorreur et du saisissement ..... Nation généreuse qui nous avez fait voir avec tant d'évidence combien ces préjugea étaient, faux ! Nation industrieuse qui avez fait germer les richesses que cette terre renfermait dans son sein ; nation exemplaire qui, dans ce moment de crise, enseignez à l'univers attentif en quoi 1 consiste cette liberté après laquelle tous les hommes soupirent et dont si peu connaissent ks justes bornes ; nation compatissante qui venez de recueillir avec tant d'humanité, les sujets les plus fidèles et les plusmaltraités de ce royaume auquel nous appartînmes autrefois 1 Nation bienfaisante qui donnez chaque jour su Canada de nouvelles preuves de votre libéralité ! Non, non, vous n'êtes pas nos eimenris. Si, après avoir goûté trente-cinq ans les douceurs cfe votre empire, il se trouve encore parmi nous quelques esprits assez aveugles ou assez mal* intentionnés pour entretenir les mômes ombrages, et inspirer au peuple des désirs criminels de retourner à ses anciens maîtres, n'imputez pas* à la totalité ce qui n'est que le vice cFun petit nombre.

" Bien éloigné de donner dans ces erreurs, M. Briànd vffc & peine; les armes britanniques placées sur nos portes de viHe, qtfiî conçue en un instant Vidée que Dim avait transfère a V Angleterre le domaine de ce pays; qu'avec le changement de possesseurs, nos devoirs avaient changé d'objet ; que les liens qui nous avaient jusqu'alors unis à la France étaient rompus ; il aperçut (ce que personne ne soupçonnait !) que la religion elle-même pouvait gagner k ce changement de domination."

Cet hommage rendu au plus fort a été la marque distinçtive du, clergé de tous les temps.

" L'évêque d'Àvila, continue la Minerve, sur la foi de son correspondant, s'est présenté devant la junte de cette province pour adhérer " aux principes proclamés par la glorieuse révolution de septembre, " et de plus pour affirmer qu'on l'avait " calomnié " en le représentant comme un homme politique.

L'évêque de Cadix a envoyé à îk junte de Grenade des explications " satisfaisantes " sur la conduite qu'il a observée pendant les premiers jours de la révolution.

Enfin, un 4 journal 4 d'ÀHcante annonce qu'une commission du 5 clergé de cette ville s'est rendue au sem de la jtmfe pour exprimer son adhésion au nouvel ordre de choses."

Ce qui n'empêche pas que si le gouvernement provisoire est ren** versé, contre toute attente, on verra les mêmes évêques tomber d'admiration devant le gouvernement qui lui succédera.

Si le diable venait s'emparer de la terre, les évéfepws iraient le* saluer du nom de Majesté et lui souhaiter un long règne.

La Minerve, cherchant, il y a trois mois, toute espèce de griefs contre les Kbérriux, découvrait que sur 72 personnes qui avaient

••usant peu* amortai la dette de Hmtitttt Canadien, il s» 1»y»vait 44 Anglais et 28 Canadiens seulement; et elle déclarait que Ylnêtffott serait bientôt noyé dans F élément protestant, s'il ne Vêtait déjà.

Je lui répondis alors humblement,- — car j'étais. anéanti du coup qnfclle aotw avait pàtté-^-que le» protestante èe Flnatittrt rataient tefinkiient agiota; que les eatheiugue» de la Minerve, ne fût-ce que

pour l'intelligence 4 qu# les protestants «ouscTtpteurs- avaient eu

M bon sefi* de ne pas demander si Flnstrtart était cathoKque, ltrtbétien, matométan ou jwi ; qu'ils avaient souscrit pour use institution publique, sachant, eux qui ne lisent pas la Minerve, que la vraie gloire

d*tu*e ville est cette que lia donnent hs institutions dé ce genre »

qwe c'était tout» naturel que la Minerve se. fatt&t dfe ce que 28 Canasmeas sewLevieiil' eussent souscrit à lTnstrtart,, qu'en effet l'ignorance de ïttrtre peuplé étaii pour elle une question d'existence, la Minerve et avec elle le Nbmeau l -Momlè étant évidemment impossibles parmi me pe$>ctlaMoi& éelaireV.

Eh bien ! figurez-vous maintenant que, la Minerve contenait ce qui Mit dan» sett numéro du 14 courant :

** Quand le directeur spirituel de F Union OatKêHque se me* en ranport avea la Gèt e tt ty le R«rM ou le &em pour obtenir d'eux une mention favorable, au lïeu de août es formaliser, ne «uiiDBBfl?BDU*vpaft fiées cbtToJs: Mogecftsa» telle «u**e portée devant leur public, et nous savons quAparmnaojan VCww.&iitetfgiHi a eeçttdie dons considérables de protestants,, a bén^ftié <U tàmdanet jprotetanta {quel style) à ées cottcflrts."

Si cela continue, Je serai obligé de me faire turc pour avoir: quelque chose & dire contre cette Union Catholique (gui se. soutient par des dons de jMtestants.

Je voie dans le Tdogmph de Toronto qu'un souri muât a resôuareé 1» parole et Fouie sas* attouchement et. «ans. huila de &Arej)asis><itr Pitié. C'est un scandale, ceci.

Il ne devrait, pas* être permis* à ua •protestant de. moctu w»r ses. sens. Oh t si c'eût été un catholique,, quel joli petit miracle «un Bon» faisait,, et quelles huiles sortaient de toutes les fioles !

Si quelqu'un s'avise encore de se guérir sans la permission du Nouveau-Monde, je le dénonce.

U 'Ordre demandait à ses abonnés ces jours-ci de lui repasser plusieurs numéros égarés de sa collection.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Pendant deux jours, 1 Ordre se vit assiégé d'abonnés qui arrivaient les uns sur les autres ; c'était à qui serait le plus pressé de remettre les numéros en question.

Ceux qui ne purent venir s'excusèrent en disant qu'ils avaient jeté ou brûlé les dits numéros.

faveur.

pareils té

Le Courrier de Saint-Hyacinthe attribue les mauvaises récoltes à V indifférence du peuple pour les pratiquée religieuses, et au nombre croissant des mauvais journaux qui se publient.

Cela est incontestable. Le nombre des mauvais journaux est beaucoup trop grand pour notre petite population; ils lui prennent tout son temps.

Comment le peuple apprendra-t-il à cultiver, tant qu'il existera des mauvais journaux comme le Courrier de St. Hyacinthe, le Nouveau-Monde, Y Ordre, le Courrier du Canada, le Journal de Troie- Rivières, Y Union des Cantons de VEst, la Gazette de Sorel, le Pionnier de Sherbrooke, la Voix du Golfe, la Gazette des Campagnes 1

L'autre raison donnée, Y indifférence pour, les pratiques religieuses est également juste.

En effet, si, au lieu de labourer, les habitants passaient tout leur temps à dire le chapelet et à embrasser M. le curé, œuvre pieuse pour laquelle il y a 600 jours d'indulgence, la terre deviendrait tellement féconde qu'on serait obligé de fabriquer un autre petit miracle de la SaXette pour en détruire les produits.

Un jeune canadien, venu des Etats-Unis dernièrement, à qui Ton faisait lire cet article du Courrier, s'imagina de répondre que les mauvaises récoltes étaient probablement dues à un mauvais système de culture, ou à la température, ou aux insectes^ etc . . , mais ses interlocuteurs persistèrent à dire que c'était grâce à l'indifférence religieuse.

Alors, le jeune homme : " Si vos récoltes diminuent, dit-il, je commence à croire que c'est parce que Dieu se fait protestant ; je n'ai jamais vu en effet d'aussi splendides récoltes qu'aux Etats-Unis et dans le Haut-Canada. A Chicago, le grain est plus abondant que le sable, et l'on ne sait plus ou le mettre."

Les bons habitants se signèrent, et regardèrent leurs champs pour voir quel effet ce signe de croix produirait sur eux. Mas les champs ne bougèrent pas.

Le culte de F Anglais, c'est sa reine ; celui du Français, le beau ; celui de l'Espagnol* le pronunciamiento ; l'Italien adore la conspiration, le Yankee est amoureux fou du risque; l'idole du Canadien, c'est le Qu'en dira*t-on 1

Nul ne se soucie autant qu'il le fait de ce que pense, et surtout de que dit autrui.

Un tel veut bien me donner un conseil. " Vous allez trop loin, me dit-il, Vous imprimez des choses qu'on ne saurait répéter, tous empêchez ainsi grand nombre de gens de vous lire ; il faut ménager les susceptibilités, les idées reçues, les opinions et même les préjugés qui ont leur raison d'être, qui s'expliquent par les circonstances, et qu'on ne- peut modifier ou détruire sans changer complètement l'éducation, les conditions sociales, les habitudes "

Ce refrain-là n'a pas de variantes. On rencontre un bonhomme dans la rue, un brave citoyen qui n'est jamais sorti de chez lui, qui ne sait pas que la terre tourne, qui n'a jamais rien lu et qui, tombant par hasard sur un numéro de la Lanterne, recule d'effroi. Ce bonhomme vous dit que mon pamphlet est épouvantable, vous demande comment il se fait qu'on l'imprime, qu'il est impossible de le laisser pénétrer dans les familles, et vous qui êtes un libéral, j'entends Kbéral comme les cinq-huitièmes de ceux qui prennent ce nom, vous vous dites, ou vous venez me dire que je dépasse toutes les bornes, que le sentiment

public se prononce contre moi, que je me fais un tort énorme, outre que je ruine ma cause.

Vous êtes très-aimable ; mais voyons. Ce que je dis se dit depuis trais cents ans dans t#ute l*Emtt>pe, et se dit encore tous les jours, par les mile voix de là presse. Si je reproduis des choses scandaleuses, à qui la faute si ce n'est à ceux qui le»frnt,1 Et pourquoi teuton qu*il y ait ett Canada tute presse à part, tm langage à part; une publicité bâtarde et boiteuse, faite exprès pour ce peuple qui n'aurait pas le droit d'apprendre ce que tous les autres peuples savent)

Je sais que la vérité claire et nue effarouche vos timides paupières, mais il vous faut en prendre l'habitude. Tout ce qui est du ressort de la publicité doit être publié. Tout fait, qu'il soit avéré ou douteux, admirable ou scandaleux, a dtfoit à s&.plaçe dams un journal, et on la lui donne partout, excepté en Canada, payé où la presse n'a été jusqu'aujourd'hui' qu'un hosanna au clergé.

Toutes les idées, toutes les doctrines, toutes les théories se discutent dans tous les pays libres ; c'est ainsi que les hommes s'éclairent ; et vous voulez me fermer la bouche à moi, sous prétexte que nous sommes en Canada et qu'il faut ménager l'opinion ! Quel aveu de notre profonde ignorance, de notre infériorité !

L'opinion ! où la voyez-vous ? Sur quoi peut se fonder une opinion dans un paya-où toute l'éducation, est «ntreles mains d'un ordre ^ intéressé à la. donner aussi faible que possible* quand tous le* journaux ne sont que d'une même couleur quand tous lès prétendus/ libéraux ont peur des expressions et des idées libres qui leur feraient dm tûEt devant leur commettants ou leurs* clients 1

Devons-nous suivre l'opinion, ou la guider 1 Deyonsrnou* descendre au niveau du public, ou l'ékver jusqu'au nôtre 1 Devons-nous former ce public, ou bien nous confondre avec lui en caressant son ignorance %

Si vous- n'avez paa le- eourage- de me suivi», pourquoi voulez- vouft m'arrêter W Mais noua ne pouvons pas. montrer vos- écrit» à nos femmes, à nos fille*. ,. .»...<"

Allons donc ! Eetrce que le Canada est le seul pay» oà il y ait des femmes et de* fiUeai Bk puis» ai-jp àr. m 'occuper, moi, que von» vouliez ou que vous ne. voujiez pas montiez; à vos femme* ce que) j'écris 1 Je vais- ma ligne- droite», et Je, dis la vérité pour ceux qui sont capables de l'entendie.

Je n/éeris pas pouf les hommes d'aujourd'hui oh ! grands dieux t ça n'en vaudrait pas 1*\ peine-; mai* j'écris* pour la génération qui pousse et ceUe qui la suivra, alors qu'un certain nombre d'idées auront fini par percer l'ombre épaisse- qui? nom* enveloppe*

.J'écris pour instruite et. poux frumer une aocUté, unej jeunesse q,u£ s'anxanchise 9 apuèe. quoi le peupfc suivra*

Je n'ai rien k demander aux hommes <dk* jou$. ni de- peuple- è

courtiser. S'il faltei* parler directement aw peuple ou aux famille», je n'aurais qu'à prendra le premier livre de prière* venu, le transcrire en entier dans la Lantêrtve i et demander enduite $2l00 a» boue de Tannée.

Je ne connais pas, Messieurs ou plutôt je ne la connais que pour te fouler aux pieds, celte' aMeuse tactique "À jêmufojtekifo et dem ,'* •otnme si ce n'était pas assétf d'être jésuite tout cour*, ou comme si l'on pouvait être plus jésuite qu'un jésuite»

La vérité est une et indivisible. L'amoindrir ou la dissimuler, c'est la corrompre. Où* en seraient done- tes autres pays, si le» hommes qui les ont illustrés s'étaient amusés à entourer de réticences les idées qui ont avancé la cause des peuples f Au penseur, à l'écrivain, le devoir sacré, inaltérable, absolu, de dire tout ce qu'il pense, et surtout tout ce qui est

C'est ce que je fois, à travers les clameurs* les plaintes, les cris d'effroi, convaincu que, dans quinze ans, ceux qui trouvent que je vais trop loin aujourd'hui, me glorifieront.

!U Ordre appelle les zouaves du pope des correspondant* pontificaux*

Or, un de ces correspondante jpoftft/fcaua; écrit au Franco- Canadien : " Vous vous imaginerez facilement, et nos mères encore mieux, ce que devaient être des habits que nous portions depuis sept mois, je dirais presque la nuit et le jour, tant il n'est pas rare que nous nous mettions au lit habillés des pieds a la tête."'

Les voies de la perfection sont innombrables. Ainsi, 3ans les collèges, pour éviter le scandale, on fait coucher les élèves avec leurs pantalons. Bans les Koaasteres, il est expressément défendu de s» laver le corps, pour s'épargner de voir des choses, mais des choses ! . . comme dit l'abbé Giban. " La sainteté» " remarque un touriste célèbre qui avait visité de nombreux couvents, u est l'art de puer suivant certaine» règle»." Mais cerui-là sans doute était un impie» et ne comprenait pas que le mépris d'objets matériels et périssables est un sentiment agréable au Seigneur.

Le corps est l'enveloppe boueure de l'âme immortelle ; les instants employés à se décrasser sont autant d'instante perdus pour le salut de eon âme. Dieu nous réclame tout entiers, en outre des couches graisseuses, qui se superposent de mois tu mois sur notre épiderme épaissi.

Une seule lois par armée, il- est permk (te laver les pieds des autres en signe d'humilité.

Aujourd'hui, la puanteur va prendre un caractère particulièrement agréable à Dieu ; elle va devenir pontificale*

Cela me rappelle qu'une charmante dame du Canada avait chargé' •on mari de lui rapporter de Borne une soutane du pape. Le mari,

fidèle à sa mission, certain de ne pas se noyer à son retour, revient au bout de quelques semaines, rapportant une soutane.

Aussitôt, allégresse au logis, exhibition, découpures pour faire des reliques. Les amis sont conviés ; l'un d'eux, quelque peu intrigué, malgré une foi robuste, se risque à dire : " Mais qui vous prouve, madame, que cette soutane soit celle du pape ? ne peuiron pas en avoir acheté *ou emprunté une exprès t . . . . M — " Comment ! s'écria la dame indignée, cette soutane ne serait pas celle du pape ! mais vous ne voyez donc pas, vous ne voyez donc pas. . . .comme elle est sale % "

Le même correspondant continue ponficalement :

" Aussi il fallait voir comme nous nous dandinions dans les rues, les premiers jours où nous étrenndmsj nos costumes si élégants et d'une étoffe superfine. Si nos mères nous eûsseut vus dans ces moments, elles ne se seraient pas gênées, j'en suis sûr, de traverser le Corso pour venir baiser lewr» cher* et joli» zouave». Plus tard, chères mères, vous aurez cette jouissance. Pour le moment, il faut vous contenter de savoir que nous sommes propres et chiquement propres encore. Puisque je suis à converser avec nos aimables mamans, je les supplierai, la mienne surtout, de nous écrire souvent. Il n'y a pas de lettres qui fassent autant de bien, au cœur et à. l'âme, que celles qu'elles nous écrivent/*

De son côté, le Courrier de Saint-Hyacinthe, qui appelle l'évêque Larocque pontife, s'amuse à raconter le fait suivant :

" Il y a quelque temps, M. Noe* Raymond, qui n'est pas d'une taille colossale, était de corvée avec plusieurs autres Canadiens aux casernes situées près du Vatican. Leur occupation consistait à charroyer du pain. M. Raymond se donnait beaucoup de peine, faisait tous ses efforts, mais n'en ployait pas moins sous le fardeau. Tout à coup U aperçoit Pie IX se tenant à une croisée voisine et s'amusant un peu de sa faiblesse et de sa misère. Les zouaves voulurent alors faire une ovation au St. Pore, qui s'éloigna de sa fenêtre, convaincu de la bonne volonté de M. Raymond."

Et Ton voudra maintenant que les Anglais, en voyant nos journaux reproduire des niaiseries de cette espèce, ne nous prennent pas pour des êtres inférieurs ! Us auraient bien tort.

U est minuit Minuit, c'est l'heure solennelle ; c'est

Theure du crime, du désespoir, de l'amour et des ronflements.

Seul, accoudé sur ma table de travail, je prépare un attentat. Que va-t-il sortir de mon cerveau ténébreux î Une page de la Lanterne.

Ma chambre est pleine dé fantômes. Dans un coin lé diable rit à m tordre.

lie Nouveau-Monde et Y Ordre, ombres épaisses. Accroupi, le Courrier du Canada invoque l'Esprit Saint qui, comme tous les autres esprit** ne veut pas descendre en lui.

Le Courrier de Saint-Hyacinthe expédie des bénitiers en guise de

charrues aux habitants de la campagne qui se plaignent des mauvaises récoltes. • «

Le curé Picard étiquette les dernières fioles de l'huile de Notre?- Dame-de-Pitié, dont quelques-unes de ses pénitentes ont besoin cette nuit même.

L'évêque de MoutréaL recire Saint Pacifique qui ne voit plus que d'un œil, et qui a perdu trois cheveux dans la traversée de Rome à Montréal. •

Le gros chanoine Lamarohe signe des brevets à ceux qui inventent les meilleurs moyens de mentir en gardant l'anonyme.

La nuit est profonde, terne, silencieuse. Des nuages sans forme et sans couleur passent comme ces ombres qui s'abaissent subitement sur les flots ; la lune attristée n'a point d'éclat, et semble un grand œil morne ouvert sur l'immensité. Ça et là, quelques étoiles gisent immobiles dans les profondeurs des cieux ; la nature est inerte, l'espace n'a pas de bruits ; de temps en temps, la neige tombe lourdement des toits sur le pavé muet ; l'horreur me saisit . . . .

Ce fut sans doute au sein d'une nuit pareille que les prêtres se partagèrent la conscience humaine.

" Il faut étoufFer la pensée qui est la lumière du monde, " s'écrièrent-ils, et depuis lors les tyrans et les imposteurs ont répété ces mots qui retentissent comme un glas funèbre parmi les pleurs des générations-

Ceux-là seuls qui disent la vérité sont les seuls qu'on n'écoute point.

La vérité n'est pas encore un fruit mûr, et les larmes des hommes ne l'ont pas assez arrosée.

Quand on erre dans les champs au lever de l'aurore, on voit les brins d'herbe se relever péniblement sous la rosée de la nuit ; ainsi la vérité émerge avec peine des sueurs de ses martyrs.

Les gibets et les échafauds ont porté des milliers de cadavres ; mais la raison humaine n'a pas cessé d'être immolée pendant quarante siècles ....

Je m'arrête juste à temps. Oh allais-je 1 grand Dieu ! Dans quelle course effrénée m'entraînait l'imagination, cette folle du logis î

Je deviens poétique quand j'oublie V Ordre et le Courrier; mais cette fois j'ai été absurde. Cela s'explique : entre le génie et la folie, il n'y a qu'un pas ; mais entre le Nouveau-Monde et le bon sens, il y a l'infini.

C'est la même chose, c-à-d. .non. .je divague.

Le Payé semble entreprendre en Canada la tâche déjà en voie de progrès aux Etats-Unis et en Angleterre, la réhabilitation sociale et intellectuelle de la .femme.

Moi, j'aime pastionément lee femmes ; c'est pourquoi je «uû heureux de toutes les occasions d'en dire du mal

Je dirai donc qu'il est grandement temps d'élever la femme au niveau de l'homme, si nous ne voulons pas que l'homme descende au niveau de la femme.

C'est par la femme que nous sommes ce que nous sommes, contrairement à ce qu'enseigne la Genèse qui fdit sertir la femme de la sixième côte de l'homme. Entre parenthèses, je n'ai jamais compris comment la femme, être doux, tendre, malléable, élastique, souple, ondoyant, pût sortir d'une eOte, et surtout de celle d'Adam, qui, paraît-il, avait les côtes très dures, puisqu'il a vécu neuf cents ans.

Après je ne sais combien de siècles de domination déguisée sur l'homme qui se croyait le plus fort et le maître, la femme n'a plus maintenant que deux conditions possibles, être notre esclave ou notre égale.

J'aimerais bien qu'elle fût notre esclave, pour nous venger. Mais toutes les fois qu'on a voulu faire un esclave de la femme, on a mit de l'homme une brute.

Il faut donc qu'elle soit notre égale.

Ce n'est pas déjà très-beau que d'être l'égal de l'homme, et je ne vois pas là un objet d'ambition insaisissable.

Je connais quantité de singes, de chacals, de bouledogues, qui valent infiniment mieux que la moitié des hommes. N'envisageons que la classe intelligente et cultivée, l'homme tel que l'a fait la science et la civilisation.

Cet homme-là est beaucoup trop au-dessus de la femme. Mais à quoi doit-il cette supériorité ? Est-elle naturelle, est-elle légitime 1 La doit-il à l'éducation ou à la force 1 II a commencé par Tune et il a fini par l'autre.

L'homme, à l'origine, gros animal féroce, épais, grossier, s'adjugea la domination. Plus tard,- il la conserva, mais en s'en rendant digne. Il fut roi et mattre par l'étude et par la s ;ience : mais jamais il ne lui vint à l'idée (^'associer la femme à ses travaux, comme à ses plaisirs et à ses passions.

La femme resta donc un être secondaire, passif, obéissant, plus ou moins machine, papillon et moucheron, fleur et venin, rosée et fange.

Voyez-vous comme nous sommes stupides. Nous souffrons encore bien plus que la femme des droits et privilèges que nous lui avons

•enlevé* C'est bous qui la faisoms corrompue pour ae pas vouloir la lue libre, *t qui, pour demeurer le* maîtres, nous condamnons à être des dupée.

Que la femme reste légère ; il le faut pour compenser la lourdeur de l'homme. Mais que cette légèreté soit celle de l'esprit, de la grâce, du goût, le côté qui nous complète, la nuance qui harmonise, le cololîs du dessin* l'éclat de nm qualités, le rayon «nr le fend «ombre et dur.

Pour être tout cela, La femme doit être cotre égale.

Mais elle ne le sem qu'en recevant notre éducation; qui veut la fin veut fos moyens.

Pourquoi votton tant de femmes sottes, ennuyées, livrées aux puérilités» aux vanités ridicules» entretenant en nous le goût des enfantillages, des fadeurs, des niaiseries . . etc . . f C'est parce qu'elle» •ont ignorantes.

" L'içnorançe d'une fille est cause qu'elle s'ennuie et qu'elle ne sait k quoi •'©couper naocttafiiMit, * a dit WémiUm.

Pourquoi, dans le Canada particulièrement, avons*nous si peu d'idées, de connaissances? sommes-nous bien en arrière de la civilisation moderne 1 ignorons-nous les arts, les lettres ? restons-nous ébahis, ébêtés, en présence d'étrangers qui, pour noue être souvent inférieurs, nous dominent cependant par la possession de ce fonds de connaissances vulgaires, par cette culture élémentaire, commune aux autres peuples î

Cest parce qu'on s'est servi de la femme ignorante pour étouffer l'indépendance de l'esprit, mettre le. trouble daae les familles, arrêter l'homme par l'effroi des menaces de l'église ot le condamner, pour «voir la paix, à n'être qu'un esclave,

C'est la femme ignorante de France qui a fait la réaction contre les principes de 89. C'est gcêce a elle que rultëamontanisme et la superstition ont rendu en France le despotisme facile.

Avoir les femmes, c'est avoir le secret du pouvoir.

Les hommes éclairés l'ont bien senti, et ils ont institué les écoles secondaires de femmes, pour empêcher la Fiance de devenir un cadavre.

L'homme, ne sera libre que lorsque la femme sera émancipée.

J'apprends à l'instant que messfro Lamarche va établir son confessionnal au bureau du NwveaxrMoude.

Les fcnes timorées, qui s'y rendront faire leur meâ cvlpd, n'auront l'Absolution qu'a la condition da s'abonner à son journal.

À celles qui sont encore un peu retires il infligera en outre, pour leur pénitence, trois colonnes du Nouveau-Monde à lire tous les jours, ce qui remplacera le paquet d'avoine que la Gazette des Campagnes

inflige à ses lecteurs.

L'ex-reine de toutes les Espagne» passe son temps à regretter de ne pas être un homme. " Si je portais culotte," dit-elle en apprenant à Saint-Sébastien le soulèvement de Madrid, " ça ne se passerait pas ainsi.

Ce sont là des accès violents, mais rapides, des utopies de désir qui s'effacent devant la réalité, devant Marfori.

La reine d'Espagne, c'est-à-dire celle qui le fut, ne portait pas culotte cependant quand elle faisait fusiller, arrêter, déporter presque tous ses généraux. Mais, exilée à son tour, elle veut avoir avec eux ce point de ressemblance ; les jupons gênent la fuite ; c'est peut-être cela qu'elle voulait dire.

J'ai le tort très-grave à mes yeux, dans un pays où l'ignorance est une idole, d'être profondément versé dans l'histoire.

Ainsi, je connais beaucoup de femmes qui furent héroïques sans porter culotte, si ce n'est toutefois Jeanne d'Arc à qui son entourage fit juger avec raison que c'était plus prudent.

Au reste, Isabelle n'a fait que se répéter, ce qui enlève de lear force à ces glorieuses paroles :

" Au moment du départ de l'armée expéditionnaire pour le Maroc, dit Magny, elle daigna dire aux officiers généraux, en portant la main sur son cœur, conformément à la tradition classique : "Je regrette de ne pas être un homme pour pouvoir prendre part a von danger».?

Y yo tambien / . . et moi aussi ! exclama le roi époux qui perd à ne pas se faire entendre plus souvent.

Quand naquit le prince Alphonse, on exhiba au peuple, du bout d'une fenêtre du palais, ce précieux rejeton, l'espoir de l'Espagne.

Après s'être repus de cet intéressant spectacle, quelques enthousiastes, ou peut-être quelques loustics, demandèrent à grands cris : ** M padre ! Eljpadre ! " L'auteur ! l'auteur !..

L'heureux époux, dont la modestie régugnait à ce triomphe, poussa vivement vers le balcon un majordome faisant fonction de régisseur : " Dites qu'il n'est pas ici."

Et il fut fait selon sa volonté. " Une fois n'est pas coutume."

Cette femme, dont Y Univers de Paris et le Nouveau-Monde de Montréal déplorent amèrement la chute, parce qu'elle tenait son pouvoir de I>ieu, qui a consenti à passer pour vaincu, a cependant

gardé la suprême epiMôlatida des exilés, le père Ciajet qui l'ajout à 4Ôfc4 da Marfqri ijjui lui doaiu} des raison pour l'êtpre.

Je ne dis rien de la sœur Patrocinio qui ne fait plus de miracles 4*pui* qn+ la reijte »e *b&m plus. Ça l'a dégoûtée immércUa^mont.

. Je ne sais comment je me. sens porté à reproduite 4 ce propos une page prodigieusement intéressante de Louise Colet :

" Le pouvoir dévolu aux prifcres, dit-elfe, d'ouvrir les portée d> «jel et d'assurer une éternité de eVUces aux plus saturés et aux plus fouillés d'hu-bas, leur ouvrait à eux toutes J.es portes des rois et des grand*. " " Je vois, dit encore La Bruyère, que le goût qu'il y a de devenir dépositaire du secret des familles, de se rendre nécessaire pour les réconciliations, de procurer des commissions ou de placer des domestiques, de trouver toutes les portes ouvertes dans les maisons des grands, de manger souvent à de bonnes tables, de se promener en carrosse dans une grande ville et de faire de délicieuses retraites à la campagne, de voir plusieurs personnes da nom et de distinction s'intéresser à sa vie et à sa santé, et de ménager pour les autres et pour soi-même tous les intérêts humains ; je vois bien encore une fois que cela seul a fait imaginer le spécieux et irrépréhensible prétexte du soin des âmes, et semer dans le monde cette pépinière intarissable de directeurs."

* Au temps de Pâques, un directeur pouvait tout ; il maniait l'âme

du roi et la modelait comme une cire molle ; mais il avait la main

câline et douce, il employait des atermoiements pleins d'indulgence et

de souplesse pateline ; les pénitences qu'il infligeait revêtaient les

formes les plus attrayantes ; il ne brisait pas les. passions, il ne faisait

^as saigner la chair ; il ne les châtiait qu'en apparence, comme en les

caressant. Exigeait-il pour le temps passai le sacrifice d'un amour qui

faisait scandale, il consentait que cet amour fut remplacé par un autre

inoins ostensible. Les désirs d'un roi ne pourraient être refrénés à

l'égal de ceux d'un simple mortel, se disaient cas doux çasujstes.

Les confesseurs de Louis ,KIY furent toujours recrutés parmi les révérends pères jésuites ; leur morale ondoyante chatouillait l'orguei) et les convoitises du maître. Pendant que Mme de Montespan était favorite, le foi avait pour confesseur le père Lachaise. C'est lui qui a donné son nom au grand cimetière de Paris. L'histoire ne dit pas ei le flexible père Lachaise connaissait l'attrait que tyûle de Fontages inspirait à son royal pénitent ; mais celui-ci lui ayant déclaré, à l'ap? proche de Pâques, qu'il ne pouvait jeûner d'amour, même pendant le carême, sans tomber eu langueur, l'humain confesseur, soucieux de la, santé du grand potentat, lui répliqua ces doctes paroles :

" En ce cas, sire, supprimez du moins pendant ,ce saint temps la moitié de votpe double adultère.

— Que voulez-vous dire ? demanda le roi.

— Votre- Majesté étant mariée, et la marquise de Montespan Tétant aussi, cela constitue deux fois l'adultère. Une fojs passe»

puisqu'il s'agit de tenir en vigueur le plus cher des rois ; prenez, sire, mademoiselle de Fontanges, et Votre Majesté ne péchera plus qu'à demi.

A rexemple.de Mme de Sévigné; qui ne reculait pas devant les mots crus qui peignent nettement les choses, Mme de Montespan, en apprenant cette transaction de casuiste, s'écria furieuse : " Oh ! ce père Lachaise n'est qu'une chaise de commodité." Le mot resta et devint le surnom de l'ingénieux confesseur.

Les facilités religieuses que les prêtres accordaient aux souverains leur étaient amplement rendues en concessions plus positives. D'ailleurs l'Eglise eût été mal venue à exiger plus d'austérité dans les mœurs des souverains. Le long règne de Louis XIV vit passer la tiare sur la tête de huit papes dont aucun ne saurait être canonisé pour sa chasteté ; le plus impudique de tous fut Innocent X, Panfili, qui prit pour sa concubine la femme de son frère, la fameuse Olympia. Elle exerçait un empire absolu sur l'esprit du souverain pontife*; elle faisait annuler les décisions prises par le sacré collège quand elle n'avait pas assisté à ses réunions.

Innocent X fit construire pour sa favorite la villa Panfili (la plus belle villa de Borne), dont les frais ombrages couronnent la cime du Janicule.

Le pieux Racine, dans ses Fragments historiques, raconte l'aneV dote suivante, qui peint à la fois la vénalité de la Panfili et les us et coutumes des prélats romains :

" Alexandre VIII, né à Venise, n'étant encore que monsignor Ottoboni, et ayant grande envie d'être cardinal sans qu'il lui en coûtât rien, avait un jardin près duquel la dona Olympia venait souvent. Il avait à la cour de cette dame un ami, par lequel il obtint d'elle qu'elle viendrait un jour faire collation dans son jardin. Il l'attendit en effet avec une collation fort propre et un très-beau buffet tout aux armes d'Olympia ; elle s'aperçut bientôt de la chose et compta déjà que le buffet était à elle ; car c'était la mode de lui envoyer des fleurs ou des fruits dans des bassins de vermeil doré, qui lui demeuraient aussi.

" Au sortir de chez Ottoboni, l'ami commun dit à ce prélat qu'Olympia était charmée et qu'elle avait bien compris son dessein galant. Celui-ci mena son ami dans son cabinet et lui montra un très beau collier de perles, en disant : ceci ira encore avec la crédence, c'est-à-dire avec le buffet. Quinze jours après il y eut une promotion dans laquelle Ottoboni fut nommé, et il renvoya aussitôt le collier de perles chez le marchand et fit ôter de sa vaisselle les armes d'Olympia.

" A la mort d'Innocent X, sa favorite fut exilée par le pape Alexandre VIL Le fils d'Olympia hérita de son immense fortune, qui passa par la suite dans la famille des princes Doria."

On le voit, les mœurs de la cour de Borne ne l'autorisaient pas à se montrer rigoureuse envers les dérèglements de la cour de France. Pape et roi devaient s'entendre sur les pratiques d'une religion utile et accommodante, qui régentait les misères des peuples et condescendait à toutes les passions des souverains.

Les jésuites exerçaient leur saint ministère en courtisans bien appris. Préoccupés de plaire au maître, aux grands et aux favorites, ils n'en exigeaient que quelques pratiques extérieures et ne s'inquiétaient guère de sonder les âmes et de les purifier.

" Leur morale est toute païenne î " s'écriait Pascal dans les Provinciales.

Louis XIV mourut dans les bras des révérends pères. La régence proposa leur proscription, et un ^dit de Louis XV et du parlement les chassa de France. En sortant, 'ils y laissèrent leurs putrides doctrines, dont tout le clergé de l'époque était imprégné. Pour constater ce que furent durant trois règnes les hauts dignitaires de l'Eglise, il suffit de nommer le cardinal Dubois 'sous la régence ; 'sous Louis XV, l'abbé de Clermont, prince du sang et prince de l'Eglise, entretenant deux prostituées, dont il épousa une in extremis ; sous Louis XVI, le cardinal de Kohan, amoureux de la. reine et principal acteur du drame du collier, et le fameux cardinal de Bernis, ambassadeur de France à Borne, où il vivait publiquement avec la princesse de Santa-Croce.

Le Nouveau-Monde vient d'adopter le genre comique. Il dit : " Le Pays semble croire qu'il nous répugne de tomber d'accord avec lui : nous l'assurons au contraire que rien ne nous ferait - plus de plaisir que de le voir jeter 1À sa défroque libérale, accepter l'idée chrétienne et demeurer catholique, tout en respectant l'organe de l'opposition de Sa Très-Gracieuse Majesté. "

Ce que je traduis en style sérieux par cette simple phrase : " Si le Pays veut être de notre avis, rien ne nous serait plus agréable que-, d'être de son avis."

Deux ennemis acharnés se rencontrent. L'un, dit à l'autre- r " Mon ami, vous avez là une très forte cuirasse, une épée dangereuse, faites-moi donc le plaisir de les ôter ; je vous assure que rien ne me serait plus agréable. Après cela, voua me .ferez dé l'opposition* tant que vous voudrez."

Si le Nouveau-Monde continue d'être aussi plaisant, j,'aé une crainte sérieuse, c'est que Y Ordre essaie d'avoir de l'esprit.

Je ne me lasserai jamais de faire voir les avantages qu'o» retire de l'instruction et les efforts que font dans ce sens les libraires canadiens-

de Montréal, dont je fepndtrîè encore tnœ annonce, et gratis, tant je «rie Aévomt r

MOIS SX KOVE1

.j^rsi

Manuel êe prière» et êe prmtieues, la ptapsort indaûgenete», pour }e «mtageuwat de* ânes dn purgataûn.

Lee auxQéaMeee du pwtfahire;

Les saintes âmes du purgatoire, par un religieux Trappiste ;

Les merveilles divines dans les âmes du purgatoire ;

Piété envers les morts, ou " Rectal de prière* potjr soulager les âmes du purgatoire > "

J^ moi* (U* dmes du purgatoire;

Livrée de Qoe*flanma&o% préparés pour l'enregistrement des oon&Bfeés.

v En vente ehe*

FÀB&K ct GRAYEL,

Fromage de Gruyère.

Comme vous le voyez, cette annonce est pour Ie,mois de novembre. Celle de décembre, dont on a bien voulu me communiquer la liste, contiendra les livres suivants :

" Manuel de simplicité pour kfa âmes bon enclore dans le purgatoire, pu MessireLamarcbe, du Nouveau-Monés, grofc in-éotio, 80,000 page..... Prix 10 «en**.

" Exercices de cancan indulgvncié, ott Beeuefl âe médisances pieuses à l'usage des femme» du monde qui vont le plus à confesse ;

" Manière de tremper les mains dan* Feau bénite afin de retirer, jaa* se brûler, les âmes du purgatoire,

" Les merveilles divines dans les âmes où il tf*y a rien d'humain.

" Pâtés de saintes blagues aux truffes. "

♦Sydaey Smith pïétendftit que la meilleure manière de construire <«*Les trottoirs en bois était de mettre ensemble toutes les tètes de conseillers, <et* *• •

MalheuseiuiÉ&ent» je né puis conseiller ce moyen à nos édiles. Il y en a qui ont la tète si dure qu'on ne pourrait la décoller, d'autres JfeontvComme.de la filasse, d'autres enfin n'en ont pas du tout.

ISS

COBMSFONDÀNCB

Québec, latMô. Mtt.

Cher moteur,

L'antre jonr, j'entrais dams I» magasin d'un de w* dépositaire» pour me proonmr un numése de 1* Larétrns* Je fut bien étonné quand le propriétaire (un protestant) m'apprit qu'un prêtre l'avait visité dernièrement ayant en vue la suppression de votre lumineux petit journal. Las argumente de ce digne pare forent des remontrance* fortes» suivie» de l'expression de sa surprise de oe que les vitres du magasin n'avaient pas été cassées. Quelle eftVonterie !

Mcxnaiear, imaginez dpnc un ministre protestant se présentant ehes un libraire catholiqu*, et lai demandant d'arrêter la vente de certains livres écrits contre l'église protestante f Quel bruit ne feraient pas les dganes du clergé romain ! avec quelle indignation parieraient-ife de la suppression de la liberté religieuse ! (une chose, entoe parenthèse», qu'ils ne connaissent pas.)

C'est ainsi, monsieur, que la plupart des prêtres essaient de priver les catholiques (et même les protestants) de la liberté de conscience, un des meilleurs biens que Dieu nous ait donnés. Il y a beaucoup de gens ici qui cherchent la raison de la haine que les prêtres portent à votre Lanterne ; mais c'est facile à dire. Sa lumière est forte, et ils aiment mieux les ténèbres, parce que leurs œuvres sont mauvaises.

Qu'elle réussisse à dissiper ces ténèbres, tel est le désir

D'un db vos lecteurs.

Je suis homme à ne plus m'évouvoir de quoi que ce soit. Mais une chose m'aurait étonné, «'est que le clergé, ayant droit de tout faire dans ce pays, n'abusât point' de ee droit, et ne se mit au-dessus des mœurs, des lois et des libertés individuelles.

C'eût été là un clergé trop vertueux pour notre époque ou la religion n'est plus qu'un trafic et une farce.

Mais les prêtres canadiens ayant abusé largement de l'autocratie qu'on leur abandonne, je ne , vois dans le fait mentionné par mon correspondant qu'un de ces épisodes vulgaires comme il y en a des centaines par jour.

Une seule réflexion m'est venue. Ce prêtre, que j'adore, se sera dit sans doute, en voyant la compagnie du gaz refuser depuis un mois d'éclairer la ville de Québec, qu'il était convenable que l'état intellectuel de la ville fût en harmonie avec son état matériel, et voilà pourquoi il a voulu supprimer la Lanterne chez mon dépositaire, ignorant sans doute que pour supprimer la Lanterne, il faudrait en supprimer l'auteur.

Les abonnés de la Lanterne sont prévenus qu'avec le présent numéro expire l'abonnement de ceux qui -se sont inscrits pour trois mois, dès l'origine de cette admirable publication.

Comme le goût s'en est répandu au-delà de toutes mes prévisions, mais* encore bien en-deça de mes espérances, je m'engage à publier la Lanterne pendant six mois de plus ; je no demande au Nouveau- Monde que de vivre encore ce temps-là, car sa chute entraînerait la mienne.

Je supplierai V Ordre d'être exactement aussi idiot qu'il l'a toujours été ; davantage serait trop, et je serais accablé de besogne.

La Minerve voudra bien me seconder dans mes efforts pour détruire les préjugés religieux, comme elle a entrepris de le faire; mais pour l'amour de Dieu, qu'elle ne perde pas l'habitude de mentir ; je n'aurais plus l'occasion de dire tant de vérités.

Le Courrier du Canada aura soin de rester sourd comme un pot, muet comme une citrouille, aveugle comme une borne, et je lui pardonnerai tout le reste.

LA LANTEME

N°ll

Dans le numéro 8 de la Lanterne, mes lecteurs stupéfaits ont vu que les tremblements de terre, les inondations et les avalanches sont dûs aux iniquités des hommes, lesquelles iniquités se trouvant à vingt mille pieds sous terre, sont rejetées par le globe qu'elles ennuient, et sont lancées sous forme de ras-de-marée, de quartiers de rocs, de vagues hautes comme des montagnes, et enfin de torrents Réchappant de leur lit

Cette explication des tremblements de terre, des éruptions volcaniques et des inondations, n'est pas rassurante pour la faiblesse humaine.

En effet, à chaque péché mortel que vous commettrez, ami lecteur, vous serez menacé de faire explosion, ou de sauter à trois cents pieds en l'air, à moins que vous n'ayez le soin d'enterrer votre péché qui, dans dix ans, lorsqu'il aura fermenté convenablement, éclatera sous les pas de quelque passant naïf. La terre est ainsi bourrée de péchés qui bondissent à certaines époques, renversent les maisons et culbutent les meubles les uns sur les autres.

La Gazette des Campagnes, organe de la ferme-modèle de Sainte- Anne, est, comme on le voit, très au fait de l'agriculture qu'elle enseigna et connaît tous les secrets de la terre.

Elle nous a donné en un clin-d'œil la cause de cataclismes que les sa vante expliquent de diverses manières, mais sans avoir encore trouvé la bonne, que nous. Canadiens, avons maintenant le bonheur de connaître.

Il est à supposer que toutes les parties de la science agricole sont enseignées de U mimé façon.

" Pourquoi, dii un élève à. son professa*, ce grain de bll, que j'ai semé il y fr six mois, a-t-il produit oe bel épi que vemà vpyezl Comment ce travail s'est-il fait f

— C'est parce que, mon enfant, vous aviez communié ce jour-là.

— Et cet autre épi si maigre, pourquoi 1 . . . .

— Ah ! il y a un péché la-dessous ou tout près ; prenez garde, il pourrait bien vous sauter à la figure ; allez quérir de l'eau bénite et arrosez-en cet épi ; demain, tous, le terrez pliant sous le poids de ses

grains."

Constatons que la Gazette des Campagnes est dirigée et contrôlée par le supérieur du collège de Sainte-Anne, et que la ferme-modèle appartient à ce collège qui est en train d'acquérir à peu prés la moitié de la paroisse.

A côté de cette ferme-modèle, très bien cultivée du reste, et qui donne de beaux produits, on voit les terres des habitants s'amaigrir de plus en plus en subissant les errements de la vieille routine.

De môme, si l'on se transporte à la côte Beaupré, près de Québec, on voit des fermes appartenant au Séminaire dans un état de prospérité éclatante, comparées à celles qui les entourent.

Le secret de cette différence est dans le iumier et. là tonne culture appliquée à ces fermes. Mais peur les terres d'habitants, c'est autre chose. Là il faut surtout force messes et quarante heures. On admet à la rigueur la charrue, mais comme accessoire ; les habitants sont prévenus d'avoir à compter surtout sur leur exactitude à payer la dîme. S'ils n'ont pas de bonnes récoltes, c'est parce que les idées modernes commencent à travaille* notre société.

, Maintenant, ttansportonraous sut uù aatoe tfaéàtte» Il y a quelque temps un étranger? sourd-muet, arrive à Montréal et se mit conduire à la chapelle des sourds-muets, rue Marguerite. Yoici oe qu'il y vit j je eite textuellement le rapport qu'il en a fait. " Le professeur, habillé en prêtre, ouvrit son livre, épek le nom de Ckiniquy plusieurs fois, afin de bien l'imprimer dans l'esprit de ses élèves. Dès qu'il fut convaincu d'être bien compris, il secoua la tête, comme avec angoisse, et fit la peinture de Chiniquy au moyen de signes qui signifiaient : Lui, méchant, a beaucoup d'enfants naturels ; chassé de f église romaine pour ivrognerie et immoralité, s'est fait protestant — Ici, les sourds-muets manifestèrent leur dégoût et leur indL

gnation par dot geste* de edère, des battements de pied* sur le planche*. . * , — Le prftfessew alors 8e frotta les Aaina, regarda son livue, fit semblant de liibe un moment, puis épela sur se* doigte lentement :

" Un Miracle dans Montréal ! — Les pauvres sourds-muets expriment leur joie et leur impatience de savoir ce que c'était, en battant des mains. Un somdre de satisfaction passe sur la figure du professeuf qui raconte ce qui suit i — Dernièrement, dans Montréal, temps durs, plus de pain, beaucoup mourant de faim ; les religieuses demandent a un prêtre de recueillir de l'argent pour avoir du pain ; le prêtre répond " beaucoup de pain dans le couvent." Les nonnes vont voir et ne le trouvent pas. Elles reviennent vers le prêtre et le lui disent. Le prêtre leur jure qu'il y a vingt-cinq pains dans un buffet, les renvoie chercher de nouveau et les suit, en embrassant la croix et en priant la vierge Marie. Les religieuses ouvrent le buffet, et .... trouvent les 25 pains."

Un tonnerre d'applaudissements termine ce récit* A peine a-t-il rétabli l'ordre que le professeur s'écrie : " Les protestants ne peuvent pas faire de miracles, parce qu'ils sont méchants et que leur religion, est fausse."

Sur ce, les sourds-muets s'agitent comme des furieux et montrent le poing.

Puis vint la pièce suivante :

M Meurtre accompli par dés Protestants. L'Hostie* — Un saint prêtre a été dernièrement assassiné et volé, près de Montréal, d'une somme d'argent recueillie pour des fins charitables.

" Les assassins sont des protestants. Le jour suivant, on trouvé le corps du prêtre ; brillante auréole autour du corps, brillante comme le soleil. Le phénomène était causé par des hosties dans la poche du prêtre. Le corps ne s'est jamais décomposé, il est resté beau et parfait jusqu'à ce jour " (ô Pacifique ! on te la coupe).

Ce nouveau récit est accompagné de tels gestes de rage par les sourds-muets, de telles menaces contre les protestants, que je songeai |t mon heure dernière.

" Un autre Miracle ! -*- Une jeune fille tombe dans un puits très profond ; elle flotte sur Peau et est sauvée par le scapulâire qu'elle J)ortait sur elle. Mîe reste dans le puits toute là nuit et h jour suivant Un prêtre la voit dans un rêve et tient la sauvera (Pourquoi ça, puisqu'elle était si bien dans ce puits 1)

Le professeur montre alors le scapulâire qùé les sourds-muets regardent avec admiration et respect, se frottant les rnaînis de bonheu*.

L'autre histoire fut celle-ci î

" GaRJBALDI COMPLOTE DE TUER UN PRÊTRE ! -«■ Gailbaldi feûlt

d'être malade, envoie chercher un prêtre* Ce pfêtre trouve Garibaldi au lit ; un poignard était caché dans ses draps. Le prêtre lève sa èroix et prie. Oaribaîdi, touché du îeinorda, tremble et confesse son intention."

Ici, le professeur, que l'émotion gagne, peut à peine continuer son exposition ; mais à la fin il pousse un cri et fait avec ses doigts les mots " Vive le catholique, " qui sont suivis des plus délirantes manifestations de la part des élèves.

Puis vint

" La Mort de Luther — Luther était en train de prêcher contre le pape et l'église de Rome, quand il fut saisi à la gorge par des démons invisibles ; on le transporte chez lui dangereusement malade. Sa gorge commença à enfler à tel point qu'on le crut perdu. Son corps était couvert de vermine, d'ulcères et de plaies de toute sorte ; enfin il mourut à la suite des souffrances et de l'agonie les plus atroces. "

Ce qui m'étonne, c'est que le professeur n'ait pas fait mourir Luther en se confessant ; peut-être avait-il trop mal à la gorge.

Vous avez suivi, lecteurs, vous avez vu comment on instruit les sourds-muets, comment on enseigne l'agriculture et la physique du globe.

Qui osera me taxer d'exagération, maintenant, quand je dirai qu'il est impossible que dans nos collèges on enseigne la science, qu'il est impossible que notre jeunesse* en sorte connaissant quelque chose. On ne veut pas qu'elle sache, pardieu ! " Cela ne ferait pas notre affaire " ! !

Qu'on prenne le grand nombre de nos hommes de profession, parmi la classe qu'on est convenu d'appeler instruite, que savent-ils ? un peu de routine de métier propre à faire d'eux des agents d'affaires, et, en dehors de cela, rien.

Ah ! nous en sommes bien encore au temps ou le clergé forçait ' Copernic à dire que le soleil est immuable, parce que Josué l'ayant arrêté, il n'était pas dit qu'il l'eût fait repartir, et ou il emprisonnait Galilée pour avoir prétendu que la terre tourne. Et il en sera ainsi du clergé de tous les temps, parce que la science démolit l'échafaudage théocratique, amas de légendes et de puérilités qu'ont détrôné Newton, Kepler, Laplace et Cuvier.

Voilà des noms qu'on ignore dans les collèges, parbleu ! Mais en revanche, on y passe les deux-tiers de la vie. en prières, l'autre tiers à apprendre les racines grecques et à maudire les philosophes.

Oh ! les philosophes ! on n'en connaît qu'un, Voltaire ; il est vrai qu'on ne le connaît que de nom, mais c'est assez pour le maudire.

Eh bien ! c'est une chose poignante et terrible qu'un état de société comme le nôtre. Quoi ! nous sommes aussi vieux que les Etats-Unis, et où en sommes-nous ? Quand je descends dans cet abîme, je reste épouvanté. Mais je ne craindrai pas d'y descendre encore davantage,

parce que je veux vous le montrer dans sa nudité béante,\je veux te le faire voir, à toi, jeunesse endormie du Canada, à toi, peuple, qui jouis de ta servitude.

Je viens plaider aujourd'hui, devant l'histoire et devant la civilisation, la cause du peuple canadien, peuple vigoureux et intelligent, dont on essaie en vain de faire un troupeau stupide. Je la plaide devant les Anglais qui en sont venus à nous mépriser, ne .pouvant s'expliquer comment nous aimons à ce point la soumission.

Remontons dans le passé de notre abaissement; nous pouvons aller loin; toutes les tyrannies, hélas! ont des dates anciennes, la liberté seule n'a qu'un passé récent.

Lorsque les colonies, nos voisines, s'affranchirent et proclamèrent leur immortelle déclaration des droits de l'homme, elles firent d'éloquents appels aux Canadiens de se joindre à elles.

Mais nous n'écoutions alors, comme aujourd'hui, que ' la voix des prêtres qui recommandaient une soumission absolue à l'autorité. En vain Franklin vint-il lui-même, en 1775, offrir au Canada d'entrer dans la confédération américaine, lui garantissant telle forme de gouvernement qu'il lui conviendrait d'adopter et une liberté de conscience absolue, les mêmes lois et la même constitution que les Etats-Unis, il ne fut pas même écouté.

En même temps, le Congres envoyait au Canada une invitation pressante et l'engageait à élire des députés qui le représenteraient dans l'as* semblée générale de tous les Etats ; le comte d'Estaing, qui commandait 'une flottille au service de la cause américaine, nous écrivit de son côté une lettre chaleureuse où il disait que nous n'avions qu'à vouloir être libres pour le devenir.. . .tous ces appels, toutes «ces sollicitations à l'indépendance parvinrent à peine aux oreilles dés Canadiens, ou furent étouffés sous les sermons et les mandements dans lesquels on ne prêchait qu'une chose, l'obéissance passive. '

Ainsi la cause du peuple n'était déjà plus celle du clergé, et c'est lui cependant qui a osé se dire jusqu'à ce jour notre protecteur et notre défenseur !

Uni à la noblesse, le clergé conspira l'extinction de tous les germes d'indépendance nationale qui se manifesteraient. Ces deux ordres étaient tenus de servir obséquieusement la métropole, pour que rien ne fût enlevé aux privilèges ecclésiastiques ni aux privilèges féodaux.

Jouissant d'une influence incontestée, d'un, ascendant sans bornes sut la population, ils s'en servirent pour enchaîner leur patrie. Ils déployèrent dans cette tâche une activité infatigable ; le clergé surtout,

eemprenan^que toat son prestige s'elfeeepatt si le Canada* uni à 1% république africaine» avait dos écoles libres o& l'instruction religieuse fût formellement interdite, a fait depuis quatre-vingt dût ans mis Etats-Unis une guerre de calomnies et d'injures qui, heureusement, sont si ridicules qu'elles* perdent le plus- souvent de leur portée.

Plus tard, lorsque le monde retentit de révolutions, que la France souffla à l'oreille de tous les peuples ses principes humanitaires, que les colonies espagnoles se soulevèrent contre un joug ténébreux, les Canadiens seuls, entretenus dans l'ignorance, reçurent à peine un écho de toutes ces grandes choses. Les philosophes qui ont affranchi l'huma* nité n'avaient pas môme de nom chez eux ; le livre, cette puissance du siècle, était proscrit; chaque message des gouverneurs, chaque mandement des évéques retentissait d'imprécations contre le peuple français qu'on appelait l'ennemi de là civilisation, parce qu'il conviait les peuples 4 briser leurs fers sur les trônes des rois»

En 1838, ce même clergé, ennemi traditionnel de tout affranchissement, anathémajisa les patriotes déjà voués au gibet. Depuis, il a écrasé le parti libéral qui, .en 1654» tenta de soulever contre lui la «©«science publique; il a ééoufiè toute manifestation libre de la pensée, non seulement dans le domaine de la philosophie, mais encore dans ses choses ks plus ordinaires de la vie.

Vint enfin 1866 qui trouva les Canadiens français tout à fais ignorants de l'immense changement politique qui allait s'accomplir dans l' Amérique anglaise, qui les trouva incapables de se former une opinion à ce sujet.

C'est la le résultat de l'obscurantisme érigé en système, depuis l'origine de la colonie.

Pour n'avoir appris que cette phrase sacramentelle mille fois répétée, cet adage traditionnel inscrit partout " Les institutions, la religion, les lois de nos pères ", pour n'avoir voulu vivre que de notre passé, nous y sommes restés enfouis, aveugles sur le présent, inconscients de l'avenir.

• Les collèges vont être obligés de bannir Bossuet lui-même du petit nombre d'auteurs qu'ils laissaient aux mains de leurs élèves.

J'ai beaucoup lu Bossuet, il est un de mes auteurs favoris ; aussi fus voie-je aujourd'hui en mesure de répondre à ceux qui m'accusent d'exagération, parce qu'ils ne connaissent rien, et de violence de ian> gage, parce qu'il* ne savent pas que le langage de la vérité n'admet pas de compromis ; Que voulezrvous I c'est de Bossuet lui-même que j'ai appris cette exagération et cette violence j on a eu fart de me le mettre entre les mains au collège, Qui eût dit en effet que Bossuet ffejâvait, il j a deux een|s ans, ce que j'?oris aujourd'hui, avec cette

ni

différence seulement qu'il récrirait mieux, taftdfr que les choses dont il parlait sont restées les mêmes.

Sermon de Bossubt sur les obligations m l'Etat Religieux. " Ainsi la pauvreté n'est qu'un nom, et le grand sacrifice de la piété chrétienne se tourne en pure illusion et en petitesse d'esprit. On ne veut rien posséder, mais on veut tout avoir. Les familles accoutumées à la pauvreté épargnent tout* elles subsistent de peu, Biais les commit» nautés ne peuvent se passer de l'abondance. Combien de centaines de familles subsisteraient honnêtement de ce qui suffit; à peine pour la dépense d'une seule communauté qui fait profession de renoncer aux biens du siècle pour embrasser la pauvreté! Quelle dérision, quel renversement ! Dans ces communautés, la dépense des infirmes surpasse souvent celle des pauvres malades d'une ville entière. C'est qu'on est de loisir pour s'écouter soi-même dans les moindres infirmités.... ; de là vient, dans les maisons qui devraient être pauvres, une âpreté scandaleuse pour tinierêt : le f aiitôme de communauté sert de prétexte pour le couvrir, comme si la communauté était autre chose que l'assemblage des particuliers qui ont renoncé à tout, et comme si le désintéressement des particuliers ne devait pas rendre toute la communauté désintéressée.

" Ayez affaire à de pauvres gens chargés d'une grande famille, souvent vous les trouverez droits, modérés, capables de relâcher poui la paix, et d'une facile composition. Ayez affaire à, une communauté régulière, elle se fait un point de consoienee de vous traiter avee rigueur. On ne voit point de gens plus ombrageuXi plus dificultueux, plus tenaces, plus ardents dans les procès, que ces personnes qui ne devraient pas même avoir d'affaires. Cœurs bas, cœurs rétrécis, est-ce donc dans l'école chrétienne que vous avez été formés t Est-ce ainsi que vous avez appris Jésus-Christ, J-C qui n'a pas eu de quoi poser sa tête et qui a dit, comme saint Paul nous rassure : On est bien plus heureux de donner que de recevoir ? "

Je no ferai pas de commentaires : On comprendra qu'ils seraient inutiles. Je demanderai seulement la permission d'envoyer paître désormais tous ees bonshommes ridicules qui viennent vous prêcher la modération, comme s'il fallait s'amuser à dorer la pilule pour un malade à l'agonie.

Québec, 10 décembre.

La rameur annonce que Sir George B. Cartier et l'Hon. M. McDougaîL en cens 'quence de» changements ministériels survenus dansle g uvernement anglais, ▼ont de suite revenir au Canada, et qu'après la prochaine session du parlement canadien, ils retourneront en Angleterre pour des affaires relatives à rachat du Territoire du Nord-Ouest.

M. Cartier, étant fatigué de voyager sur le Grand-Tronc, ne voyage plus que sur les steamships Allan. U faut l'océan et l'espace au ministre d'une "Puissance."

Le Grand-Tronc ne sert plus maintenant qu'au menu fretin des ministres locaux.

Ayant été obligé la semaine dernière de me rendre à Québec auprès du gouvernement, je demandai à voir un des ministres.

" Il est parti pour Montréal, " me dit-on. J'allai à Montréal.

" L'honorable M. vient de prendre le train d'Ottawa ", m'apprit quelqu'un. Je me rendis à Ottawa. "Le ministre que vous cherchez," me répondit un employé du gouvernement, "est précisément retourné à Québec hier soir. "

Nos ministres sont infatigables. Et dire qu'il n'arrive jamais d'accidents quand ils sont dans ce Grand-Tronc si prodigue cependant de la vie d'autrui 1 C'est à désespérer de notre avenir 1 .

Le Haut-Canada se hâte de regagner le temps qu'il a perdu lorsqu'il était avec nous.

Pendant que nous nous civilisons de moins en moins, il se civilise de plus en plus, afin de ne pas former un contraste ridicule avec les Etats-Unis, comme nous sommes menacés de le faire, si jamais l'Amérique anglaise leur est annexée.

Les mesures libérales sont adoptées les unes après les autres avec un entrain merveilleux. J'en ai fait connaître quelques unes. A son tour, M. Wood, trésorier de la province, vient de présenter un acte concernant les écoles industrielles :

" Il expliqua, dit le Pays, l'objet de ce projet de loi qui est de constituer plusieurs institutions charitables de la Province en autant dVcoles industrielles où. seront admis les enfants, orphelins ou autres, qui n'ont pas de parents ou de gardiens naturels. Ils devront être admis, d'après la loi, sous l'autorité du secrétaire provincial.

On comprend combien cette loi peut opérer de bien en remplaçant les maisons de refuge où, seuls, les enfants entachés de crimes sont admis, par des écoles où les enfants qui sont, en l'absence de ces institutions, forcément jetés sur la voie du crime, seraient admis de droit, sans l'intervention d'un magistrat de police dont la décision entraîne nécessairement une sorte de déshonneur.

En fait d'institutions charitables qui ne sont pas transformées

en écoles industrielles nous avons, nous, l'hospice de Saint

Vincent-de-Paul, lequel reçoit tous les pauvres qui paient douze piastres d'entrée, plus quatre piastres de pension par mois.

C'est un conseil indirect donné à tous ceux qui n'ont pas une croûte à se mettre sous la dent et qui ne savent pas où passer la nuit, de mendier pendant un mois pour trouver leursi douze piastres, puis de mendier encore tous les autres mois pour payer leur pension,

Je reçois la lettre suivante :

M. le Rbdaotbub — Votre Lanterne est bien évidemment un mauvais journal ; les prêtres et tous leurs journaux le disent trop pour me laisser l'ombre d'un doute à ce sujet. Je me suis donc jusqu'à ce jour religieusement abstenu de la lire, malgré la tentation. Mais voilà qu'en lisant dernièrement les " Mémoires d'Outre Tombe " de Chateaubriand, grand défenseur quand même de l'Eglise, je trouve qu'à Rome, au moyen d'une dispense, on peut lire les plus mauvais livres, en sûreté de conscience, et cela pour quelques sous. Alors je me suis dit : "Si cela est permis à Rome pour de l'argent, pourquoi ne le serait-ce pas, à Montréal, aux mêmes conditions ? Le seul embarras que j'éprouve est de savoir à qui m'adresser pour avoir cette dispense. Sera-ce à révèque, au supérieur des Jésuites ou a mon curé ? Vous m'éckurerez sans doute à ce sujet, vous qui possédez beaucoup des se rets du corps, à ce que l'on dit. Si vous ne pouvez le faire, vos amis du " ^Nouveau- Monde " se feront sans doute un plaisir et peut-être un devoir de me rendre ce service. Je n'ignore pas pourtant qu'il y a beaucoup de geins qui prétendent, et avec beaucoup d'apparence de raison, que, s'il n'y a pas de mal à faire une chose, quand on a donné de l'argent aux prêtres pour la faire, il n'y a pas davantage à la faire lorsqu'on ne leur en a pas donné. Votre etc.

Mon correspondant est d'une naïveté qui ne devrait plus être permise.

Comment ! il ne sait pas que, dans un siècle d'affaires, la religion elle-même devient matière à compromis et à trafic !

De quelque côté qu'on se tourne, on est pincé dans un admirable mécanisme de décrets, de prohibitions, de dépenses, de dispenses .... etc . . . . Vous payez pour être exempté de ne pas lire ! • Ne vous, plaignez pas. Si vous saviez ce qu'il en coûte aux pauvres diables ignorants pour être exemptés de lire ! .

Voilà que L'Ordre est de mon avis ; ce calice m'était réservé. La Lanterne a fait là une conquête gênante, mais qu'on juge du chemin qu'elle a dû faire dans l'opinion, lorsque de tels résultats se trahissent.

Lisez :

" Soyez tranquille, M. Buies ; il y a longtemps que l'Eglise a fait preuve de sa sollicitude en démasquant et en stigmatisant, comme elles le méritent, toutes ces sotte* pratique* de dévotion que les esprits illettrés gobent partout. Si vous aviez jamais eu l'obligeance d'écouter un sermon quelconque jusque dans les églises de campagne, vous auriez entendu, comme nous, des prêtres, peut-être de ceux que vous qualifiez si poliment d'ignorants, de cruels, d'hypocrites, et que savons-nous encore ? reprocher à leurs paroissiens, ou à une certaine classe parmi eux, ces superstition* niaises que vous prétendez être entretenues parmi les catholiques, et les éclairer sur ce sujet. Ces pratiques sont bien plutôt V invention de l'esprit de ténèbres, qui cherche à se transformer en ange de lumière pour détourner les fidèles des sérieux devoirs de la religion, en occupant leur esprit à des puérilités. 11

Non, certes, non, je ne pensais pas marcher, sur les pas du elergé en écrivant la Lanterne.

Je me figurais naïvement que tous ces petits livres ridicules, comme le Saint Suaire et le Eecueil de Neuvaines (dont je parlerai), que tous les livres plus ridicules encore dont j'ai reproduit le catalogue annoncé dans les journaux par nos libraires, se vendaient au vu et su de notre clergé, et étaient approuvés par lui. . . . Je me figurais encore que toutes ces sottes pratiques de dévotion, comme le tosaire vivant, la

couronne d'or . . etc . . n'avaient pas été établies par le maire et les échevins, ni par le gouvernement provincial* quoiqu'il l'eût pu faire, mais bien par les membres du clergé.

Je me figurais encore que toutes ùss soties pratiques, formant le plus clair et le plus gros des revenus des prêtres, ils* ne pouvaient en être les ennemis; et je me rappelais incidemment Cette parole, de Voltaire :

" Les prêtres font la guerre eu diable, quelle imprévoyance 1 mais e'est lui qui les fait vivre ! "

Je me figurais que toutes ces prières comiques pour sauver les âmes du purgatoire et toutes les indulgences qui y sont attachées, n'étaient pas l'œuvre de quelque marchand de tabac, mais bien des prêtres qui, par conséquent, ne les peuvent condamner , , . *

Mais je m'étais mis le doigt dans l'œil.

Le plus grand ennemi de toutes ces sottes pratiques, . . c'est 1© clergé ! !

Mais alors qu'on me fasse donc connaître l'acte ou le mot par lequel il les blâme, ou tout au moins ne les encourage pas.

Qu'il y ait des prêtres qui aient prêché contre la superstition, c'est possible, cela est trè3 facile ; mais ont-ils indiqué au moins ce qu'ils entendaient par superstition 1 ont-ils nommé, comme moi, ces sottes pratiques ? S'ils l'ont fait, au lieu d'écrire contre moi, vous devez me combler d'éloges, puisque je ne fais que les imiter.

Je me figurais encore, triple naïf, que le elergé, ou bien l'évéque de Montréal, s'il désapprouvait ces sottes pratiques, n'avait qu'à le dire, et de suite on les aurait vu disparaître.

Mais elles ont été fortement condamnées, paraît-il, et cependant elles subsistent encore.

Vous vous êtes donc plaeés vous-mêmes dans ce dilemme, terrible pour vous qui ne savez pas raisonner :

Ou le clergé ne défend pas ces pratiques, et alors vous avez menti gratuitement.

Ou il les défend, et alors il a perdu toute influence, tout prestige sur ceux qui l'écoutent le plus, puisque ces pratiques, au lieu de disparaître, se multiplient tous les jours comme la postérité d'Abraham»

Quand je disak que le elergé perd du terrain tous les jours, je ne m'attendais pas à ee que oe serait vous, U Ordre, qui lui donneriez le coup de grâce.

Mais voilà ! on fait des convertis, et ensuite on ne peut plus retenir leur celé : les néophytes laissent bien loin dertilte eux le» apôtres ; ça s'est toujours vu.

Je lis dans YAwkir NatiorpqX de Paris :

" Une dépêche télégraphique, datée de Rome, nous apprend que les condamnés Monti et Tognetti ont été guillotinés " hier, a sept heures du matin, au lieu des exécution» ordinaire*. \ '

" Quel était le crime de Monti et. de Tognetti? JJU avaient pr}s .part, il y a

Elus d'un an, au commencement' d'insurrection qui éclata 'dans Borné, pendant que laribaldi et les siens entouraient la ville du pape. Quelle avait été. leur part d'action dajis ce mpuvement { que les çhassepota de notre corps expéditionnaire firent éqhouer ? Qu'avaient-i^ fait de criminel.? Nous n'en savons rien. La justice du pape est une justice sécrète. La procédure ihouisitoxiale de Rome ne permet pas au public de regarder ses œuvres, à l'opinion d[e juger ses arrêts. Le tribunal qui juge f n'entend pas même de témoins, n'interroge pas,' ne voit pas tes accusés. Lentement, pendant un an, la police du pape espionné .et cherche ; f accusé attend dans un cachot. Au. bout d un an, les juges du pape enregistrent la sentence de la policé; l'échafaud se dressé et deux, têtes 1 tombent.' Au bout 'un an !"

C'est au moins encourageant de vivre sous ce régime ; 'et je comprends que le Canada ait envoyé, pour le défendre, toute la jeunesse dont il ne savait que faire.

Mais je frémis en songeant au jour des représailles. Il serait bon que les zouaves canadiens fussent malades d'ici à un an au plus tard,: pour obtenir leur congé.

Ceux qui n'auront pas le bonheur d'avoir les fièvres courront le* risque de ne pouvoir plus envoyer de correspondances pontificales à V Ordre.

"beaucoup d'appelés, mais peu d'élus."' C'est cette parole de l'Evangile que va réaliser le concile œcuménique.

Le pape a eu beau demander aux protestants, aux grecs scjiismatiques. .&. .d'y assister* il lui ont tous répondu qu'ils ne voulaient pas de son concile.

N'importe, le concile aura lieu tout de même ; pourvu qu'il en sorte au moins un nouveau dogme, ce dont nous avons tant bespin, et une nouvelle fête d'obligation, car il est impossible que l'humanité se sauve, rien qu'avec quinze fêtes d'obligation par année !

Je vous annonce, lecteurs, que le prix de l'abonnement à la Lanterne, est dès . maintenant fixé à vingt dollars . par an;

Un de mes abonnés jn'ayant envoyé ces jours-ci dix dollars pour six mois, j'ai trouvé l'exemple si séduisant que j'ai résolu de vous le faire suivre.

Ceux qui y répugneront pourront continuer à faire comme jadis, c'est à dire à m envoyer une misérable piastre pour >six mois et d'avance; mais je tes tiendrai en petite estime.

Page 1