VIE DE SAINTE THÉRÈSE
Ecrite par elle-même, traduite d'après le manuscrit original, avec commentaires historiques complétant son récit par le père Marcel. Bouix, de la compagnie de Jésus.
4ème édition,'
Paris, Julien Lanier, Cosnaud et Cie., éditeurs, 1857.
Le père Bouix dit dans un avertissement : " Le catholique peut avec confiance ouvrir les écrits de sainte Thérèse ; il sait qu'il y trouvera en pâture une doctrine céleste, ainsi qu'il est dit dans l'oraison pour la fête de sainte Thérèse. If à cadestis ejus doctrtnœ pabula niUriamur.
Le pape infaillible Grégoire XV a écrit : " Dieu a voulu que sainte Thérèse arrosât l'Eglise par autant de sources fécondes de la divine sagesse qu'elle nous a laissé d'éerits, cœlestù sapientœ imbribus* (Pourquoi Bouix traduit-il par sources, imbribue qui veut dire pluies T)
Mais laissons parler la sainte :
" Il plut un jour à J. C. de me montrer ses mains ; la beauté en était si ravissante que je n'ai point de terme pour la peindre ....
" Le jour de la fête de saint Paul, pendant la messe, J-C daigna m'apparaître dans toute sa très-sainte humanité .... la grande beauté des corps glorieux. ... Sa vue me jeta dans des transports !!.... Un jour que je prenais mes délices avec mon divin mattre ....
" D'autres fois le démon voulut me tromper par une fausse apparition, mais je reconnus le piège dans ces fausses apparitions de J-C. On commence par goûter certain plaisir, mais on sent un amour qui n'a pas les caractères d'un amour chaste et pur.
" Le divin maître, pendant deux ans et demi, me favorisa de cette vision; maintenant il m'en accorde une bien plus élevée dont je parlerai peut-être dans la suite.
. " Je contemplais cette beauté souveraine, cette bouche si belle et si divine, fortunés moments ! '
" Souvent il me regarde avec tendresse ; mais mpn Âme ne peut soutenir la force de ce regard, elle entre dans un ravissement sublime.
" Je me sentais embrasée d'un très ardent amour de Dieu ; je me sentais mourir du désir de le voir. Les transports de cet amour étaient tels que je ne savais que devenir; mon cœur était près d'éclater, on m'arrachait l'Âme.
" O mon adorable maître ! vous me donnez les plus tendres témoignages de votre amour par une espèce de mort délicieuse.
" Le ravissement l'emporte de beaucoup sur les grâces qui n'affectent que l'Âme.
" Dans le ravissement, Dieu veut que le corps lui-même vienne à se détacher absolument .... l'intimité de ce divin commerce ....
" Quel spectacle qu'une âme blessée par cette flèche céleste et consumée d'amour !
" Cette ardeur qui la brûle vient de l'amour que Notre Seigneur lui porte, c'est de ce brasier qu'est tombée l'étincelle qui l'embrase tout entière.
" Oh 1 combien de fois, livrée à ce suave tourment, me suis-je souvenue de ces paroles de David :
" Comme le serf soupire af)res une source d'eau pure, je soupire après vous, ô mon Dieu !
" Le corps perd tout mouvement ; on ne peut remuer ni les pieds ni les mains ; si on est debout, les genoux fléchissent.
" Les yeux demeurent fermés, quoiqu'on ne voulût pas les fermer.
" L'âme semble quitter les organes, la chaleur va lentement, s'affaiblissant avec une suavité et un plaisir inexprimables.
" Il est impossible de résister à cet attrait ; il fond sur vous avec
une impétuosité si soudaine ....
" Ce ravissement de toutes les puissances est très court ! ! !
" Ensuite se fait sentir le tourment de rentrer dans la vie.
" La faible nature éprouve à ce moment si délicieux je ne sais quel effroi dans les commencements.
" Il faut que l'âme accepte à l'avance tout ce qui peut arriver, qu'elle s'abandonne sans réserve entre les mains de Dieu et se laisse conduire où il veut.
" Une grande crainte, mêlée d'un très ardent amour qui s'augmente en' voyant jusqu'à quel excès Dieu porte le sien ; non content d'élever l'âme jusqu'à lui, il veut élever aussi ce corps mortel
" Dans ces moments d'extase, je voyais près de moi, à ma gauche, un ange sous une forme corporelle. U était très beau, son visage était enflammé. i
" Il avait dans la main un long dard qui était d'or et dont la pointe avait à l'extrémité un peu de feu. De temps en temps, il le plongeait au travers de mon cœur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles ; — en le retirant, il semblait me les emporter avec ce dard et me laissait tout embrasée d'amour de Dieu !
" La douleur de cette blessure était si vive qu'elle m'arrachait de " faibles soupirs ; mais cet indicible martyre me faisait goûter en " même temps les plus suaves délices. Ainsi je ne pouvais ni en " désirer la fin, ni trouver de bonheur hors de mon Dieu. Ce n'est " pas une souffrance corporelle, mais toute spirituelle, quoique le corps ne laisse pas d'y participer à un haut degré. U existe alors entre l'âme et Dieu un commerce d'amour si suave qu'il m'est " impossible de l'exprimer."
Mais il faut s'arrêter, il y a des passages que je n'oserais faire imprimer. Ici même je dois rappeler que le pape infaillible Grégoire XV appelle cela " des écrits empreints de la plus éminente piété et une pluie de divine sagesse."
La scène de l'ange à la flèche a été particulièrement honorée de l'approbation du pape infaillible Benoit XIII, qui, le 25 mai 1726, accorda aux religieuses du Carmel " un office propre pour la transverbération du cœur de sainte Thérèse, et un autre pape également infaillible, Benoît XIV, a ajouté une " indulgence plénière " pour ceux qui visiteront les églises du Carmel, depuis les premières vêpres de la tran8verbération du cœur jusqu'au coucher du soleil.
Je pourrais prolonger ces citations à l'infini ; le volume, qui a 627 pages, y passerait tout entier. On y trouve à chaque instant des phrases comme celles que je vais encore prendre au hasard, en ouvrant le livre.
" L'ineffable, l'adorable beauté de cet.homme-Dieu. "
" Jésus-Christ me dit en me témoignant beaucoup d'amour : Tu es mienne, je suis tien.
— bien-aimé de mon âme, répondis-je, comment l'amour que vous avez pour moi laisse-t-il entre nous une si grande inégalité ?" etc.
Ces citations sont prises textuellement d'un livre écrit par une sainte, approuvé par une foule de directeurs, car la sainte en changeait souvent, tous "flambeaux de piété," plusieurs d'entre eux "lampes que Dieu mettait sur le chandelier " (ce qui veut dire qu'ils étaient évêques où chargés d'autres dignités ecclésiastiques), l'un même tellement saint qu'il était vêtu de lames de ferblanc qui lui entraient dans la peau.
Ce livre, approuvé par trois papes, est tel que plusieurs lecteurs de la Lanterne ne laisseront pas traîner le présent numéro dans leur maison, s'ils ont des jeunes filles qui ne sont pas destinées à ce degré de sainteté.
Notez que sainte Thérèse fonda plusieurs couvents, et que, dans les appendices et commentaires ajoutés à sa rie par le père Bouix, de la compagnie de Jésus, on cite une demi-douzaine de filles qui, à l'exemple de sainte Thérèse, avaient ou feignaient des hallucinations erotiques.
La " transverbération du cœur " est une expression dont n'oseraient pas se servir les gens du monde. Que diriez-vous, madame, d'un homme de votre société qui vous dirait : " Je désire ardemment vous transverbérer le coeur? Mme Trois-Etoiles s'est fait transverbérer le cœur par M. Quatre-Etoiles, etc."
Il est ainsi quelques termes singuliers, adoptés par les gens d'église. Us ne diront jamais qu'ils ont eu un plaisir, mais " une consolation. "
" J'ai eu la consolation d'entendre de belle musique.
" J'ai eu .la consolation de manger un excellent perdreau truffé. "
LALANTEKNE
Connaissez-vous une habitude plus sottement despotique que les Tisites du jour de Tan ? Tout le monde l'exècre, et tout le monde la suit. La mode est le plus implacable des tyrans, parce qu'elle s'impose à ceux-là marnes qui sont libres de la repousser.
Mais que dire de ceux qui, non contents de faire cent visites à leurs amis et connaissances, en font cinquante autres à ceux qu'ils ne connaissent pas, dans l'espoir de ne pas être oubliés à leurs bals ou soirées du carnaval ? De ceux qui choisissent précisément le jour où le nombre des amis vous accable, pour venir y ajouter celui des inconnus ?
Quel mal vous ont donc fait les malheureuses que vous assommez de vos souhaits, qui ne vous ont jamais vus, ou qui ne vous connaissent de nom que pour désirer de ne pas vous connaître davantage?
Oui, il est des individus qui préparent huit jours à l'avance une liste" de ceux qu'ils vont tourmenter de leur présence sous prétexte de nouvelle année, qui en parlent à tous ceux qu'ils rencontrent, leur demandent d'y ajouter de nouveaux noms, et' qui, le jour venu, ont bien garde d'en oublier un seul.
Se condamner à dire et à s'entendre dire cent fois dans une même journée :
Je vous souhaite une heureuse année, madame,
— Merci, monsieur, moi aussi.
— Il fait assez froid aujourd'hui, madame,
— Oui, monsieur, il fait pas mal froid,
— Hier, il faisait plus doux, madame, -
— En effet, monsieur, il faisait plus doux hier,
— La température pourrait changer d'ici à demain,
— Oui, cela est possible, monsieur.
— Votre santé a toujours été bonne, madame! (Ordinairement, on garde cette phrase pour les femmes dont l'embonpoint, au-dessus de tout éloge, en impose aux esprits les plus difficiles à satisfaire).
Oui, monsieur, merci, comme vous voyez.
Ce comme voua voyez serait de trop dans une autre circonstance ; mais le jour de Tan est spécialement réservé aux paroles qui ne signifient rien ou qui attirent l'attention sur ce qu'on ne peut pas s'empêcher de voir.
Après cette conversation, comme il ne vous reste plus rien à dire, absolument rien, vous prêtez l'oreille au premier coup de sonnette qui vous délivrera en annonçant un autre visiteur qui dira absolument les mêmes choses que vous.
Vous vous levez le premier de l'an, et votre première, votre unique pensée, est le nombre de corvées que cette journée vous impose.
Furieux, vous mettez votre beau pantalon, votre pardessus de cérémonie, et vous voilà sonnant à toutes les portes.
On vous reçoit, déjà las avant de vous avoir, vu, et il ne vient à l'idée de personne de s'affranchir de tout ce bonheur qui mène au supplice.
Et ce qu'il y a de surprenant» c'est que ceux qui sont désespérés de vous recevoir, seraient très formalisés si vous n'alliez pas les voir.
Quant à moi, je suis un philosophe, et grâce à mon invincible dédain des formalités, des puérilités et des travers, grâce à ma haine de toutes les impositions, je suis resté chez moi, préférant un bon feu de grille à un froid polaire, malgré le plaisir que j'aurais eu à dire dans quatre-vingt maisons que j'arrivais gelé.
J'y ai gagné de ne pas avoir d'ampoules à la main et de ne pas recevoir les bons souhaits de ceux qui, pendant les 364 autres jours de l'année, me vouent à tous les diables, et qui en font autant le jour de l'an, malgré qu'ils m'eussent dit le contraire.
Les seules visites que j'aie reçues sont celles des porteurs de journaux qui, eux du moins, ne cachent pas qu'ils viennent unique ment chercher des étrennes.
Toute l'après-midi, j'ai attendu la visite de mgr. Bourget, mais je n'ai pas été plus favorisé que le séminaire de Saint-Sulpice auquel il refuse obstinément le trésor de sa présence réelle, mais non efficace, parce que le séminaire ne veut pas lui donner la moitié de ses biens.
J'aurais cela de commun avec le séminaire, si nous n'avions pas déjà cela même de très différent, qu'il est très riche et que je suis très pauvre.
C'est peut-être pour cette dernière raison que Monseigneur n'est pas venu me voir.
Je me demande pourquoi l'on se donne tant la peine d'être agréable aux femmes. Bien n'est plus hétérodoxe.
En effet, saint Jean Chrysostôme, père de l'Eglise, ne disait-il pas que la femme est la souveraine peste et le dard aigu du démon f Saint Augustin n'affirmait-il pas que la femme ne peut ni enseigner, ni témoigner y ni compromettre, ni juger f
Et saint Jean de Damas, pas du tout galant, qui disait, que la femme est une méchante bourrique, un affreux ténia qui a son siège dans le cœur de l'homme, fille du mensonge, sentinelle avancée de l 'enfer \ indomptable Bellone, ennemie jurée de la paix f
Et saint Jérôme qui la comparait à un scorpion, au total une dangereuse espèce /
Plein de ces maximes, j'ai refusé l'honneur de ma visite aux dames de Montréal, ne voulant pas contredire les saints pères, et trop galant toutefois pour m'exposer à leur donner raison.
Ah ! s 'il en était des femmes du Canada comme de celles dès- Etats-Unis, je ne dis pa« !
La, le mariage est devenu, dans toute l'étendue de l'Union, un, contrat libre, exclusivement civil et privé : la femme mariée possède une capacité absolue en ce qui touche sa personne ou ses biens ; elle administre sa fortune, quand sa fortune est indépendante de celle du mari ; elle achète, elle aliène, elle fait ou ne fait pas de commerce à son gré ; et si elle fait un commerce, si elle entreprend une industrie,, elle engage sa responsabilité et sa fortune.
" L'épouse, la mère, dit M. Colfavru, est l'égal de l'époux, du père. Leur action se combine sans se subordonner, et, chacun gardant sa fonction, ce devoir s'accomplit sans contrainte, comme le droit se
pratique sans conflit. "
Mais en Canada, la femme n'ayant ni droits politiques, ni droits civils, ni droits sociaux, n'ayant tout au plus que le droit de nous faire enrager à tour de rôle et de faire des confitures, je la considère-
comme trop indigne de mon attention et je lui refuse jusqu'à l'expression de ces bons souhaits que d'autres sont si avides de loi offrir.
Ne voir une femme qu'une fois l'an, et n'en pouvoir tirer d'autre» paroles que celles-ci :
" Oui, monsieur,
Non, monsieur,
Certainement, monsieur,
Est-il possible, monsieur f
Il fait bien froid, monsieur,
Je me porte assez bien, monsieur,"
Vraiment, ça n'est pas la peine.
Si je me présentais» je ne pourrais faire que les souhaits suivants :
" Madame, ou mademoiselle, je vous souhaite de lire, de vous instruire, d'apprendre antre chose qu'à dégrapher voe corsages, à préparer vos robes de bals.
Je vous souhaite d'aller moins aux neuvaines, aux confréries, mais de cultiver votre esprit qui en a besoin; de vous rappeler que vous avez une intelligence et que vous ne devez pas la faire servir uniquement à tricoter et à préparer la soupe ; que vous n'êtes pas seulement une machine dont l'homme se sert et qu'il s'adjoint ; que voua ne devez pas permettre à votre confesseur de fourrer le nez constamment dans votre ménage, non pour le diriger, mais pour savoir ce qui s'y passe ; que vos devoirs de famille, vous les connaissez mieux que lui qui n'a pas de famille; que vous n'êtes pas une méchante bourriqrie, quoi qu'-en dise saint Jean de Damas, qui n'avait vu que des chameaux, mais que vous êtes une belle et noble créature dont les prêtres se font un instrument de domination et d'abrutissement ; que vous avez beaucoup trop de seapulaîres et de médailles, et pas assez de connaissances pour vous éclairer sur les stupidités abjectes dont on vous nourrit ; que vous serez éternellement un être inférieur tant que vous vous livrerez aux enfantillages et aux niaiseries qui forment les trois quarts de votre éducation, tandis que vous devez être l'égale de l'homme, pour être à bon droit sa compagne ..&.."
Mais je passerais pour un impertinent et je serais econduit, ce que j'évite en restant chez moi.
Un autre père de l'Eglise disait aux sectaires de son temps :
" Adressez-vous aux femmes, elles reçoivent promptement, parce qu'elles sont ignorantes; elles répètent avec facilité, parce qu'elles sont légères ; elles retiennent longtemps, parce qu'elles sont têtues."
Les prêtres ont suivi de point en point ce conseil, et ils ont fait de la femme un scorpion, afin de ne pas faire mentir saint Jérôme.
Les célibataires (batohelor*) de Montréal, &'°ot P** voulu laisser finir 1868 sara faire une démonstration de leur nombre, de leur valeur et de l'empire qu'ils exercent.
Ils ont donné, le 30 décembre, un grand bal où il y avait foule.
Donc, à ce bal s'étaient donné rendez-vous les plus élégantes de nos dames et demoiselles, et parmi elles, certes, les moins brillantes n'étaient pas les Canadiennes-françaises.
On avait un moyen certain de les reconnaître, c'étaient toutes celles qui étaient assises ou debout, pétillantes de désir, pendant que les Anglaises dansaient les galops et les valses.
Oui, les Anglaises et quelques Canadiennes effrénées ont donné publiquement le scandale des danses vives (f ast dances).
Ce crime, qui consiste à faire deux ou trois pas rapidement, aux mains d'un danseur plus ou moins habile, est un tel attentat contre la morale que j'ai vu jusqu'à des vieilles filles de soixante ans s'y refuser obstinément, par crainte de tomber en pâmoison. ., .ou de faire plusieurs faux pas.
Les jeunes craignent les vieilles, et pendant que. les Anglaises s'amusent, les Canadiennes passent leur temps à s'épier.
Celles qui ne savent pas faire un pas sont les plus fidèles à s'abstenir.
Celles qui savent en faire deux ou trois couvent du regard les couples harmonieux qui se balancent, en mêlant le rythme du mouvement à celui de la musique.
Enfin, il y a les mères et les grand'mères qui ont des rhumatismes, et qui s'imaginent que leurs filles doivent en avoir.
Je ne disconviens pas que la polka, par exemple, soit une des plus grandes obscénités qui existent et qu'il est bien plus moral de flirter à outrance, de presser amoureusement la taille d'une jeune fille, de Pembrasser même, si le besoin s'en fait sentir, pourvu que ce soit dans un coin et non en dansant.
J'ai nommé la polka à dessein, parce que dans la polka il y a trois pas, ce qui'est bien plus immoral que le galop où Ton n'en fait que deux. Mais la valse est la pire de toutes les danses, parce qu'elle se danse indifféremment à deux et à trois pas, ce qui laisse dans l'esprit l'incertitude horrible de l'énormité du crime qu'on a commis.
La danse à quatre pas n'ayant pas* encore été inventée, il faut croire que la valse est le dernier échelon de la dégradation humain*.
C'est, arrivée à ce point, que la femme devient une méchante bourrique.
Jeunes Canadiennes, conservez longtemps cette sainte aversion du scandale ; n'allez jamais au bal que pour voir danser les autres ; et lorsque vous irez à confesse et que votre directeur vous demandera ce que vous avez fait à tel bai où Ton vous signala, vous pourrez répondre avec cette fierté noble que donne une bonne conscience :
" Mon père, j'ai baillé trois cent vingt-deux fois, sans compter les
grincements de dents.' 9
" Tout ce qui se fait oontre les pratiques, contre les doctrines et les institutions révolutionnaires, de quelque façon qu'on iy prenne et quelque nom qu'on y mette tout cela est bon.
Ce sont là les paroles de Louis Veuillot, le grand-prêtre de l'ultramontanisme, le bras droit de la papauté, l'oracle et l'idole de tous les journaux canadiens. s
Voilà l'homme dont on reproduit chaque article comme un renseignement, chaque phrase comme une maxime.
Le voilà, la torche à la main et la dague au côté; l'apôtre est devenu bourreau.
A une religion de sang, de persécution, de haine et de mensonge, » il faut de ces hommes imbibés de rage.
Que feraient-ils de la charité et de l'amour, eux qui n'élèvent la voix que pour maudire et le bras que pour frapper ?
Applaudissez, Nouveau-Monde, vous êtes tout là. De quelque façon qu'on s'y prenne et quelque nom qu'on y mette, tout est bon pour détruire la liberté humaine.
L'ultramontanisme est en délire. Il sent que les hommes et les choses lui échappent ; il a tout épuisé, la crédulité et la bourse. Son sang ne monte plus à son cœur, parce que ce cœur, le siège de Rome, est depuis longtemps rongé par les vers, mais il monte à la tête comme un torrent de feu.
L'ultramontanisme sent qu'il se meurt, et qu'il se meurt avili, exécré ; la conscience humaine par lui refoulée, contre lui rebondit.
Il voit l'abîme qui se creuse tout autour de lui et qui grandit sans cesse. Alors, frappe de vertige, hideux comme la rage impuissante, il crie à la civilisation. " Viens donc m'attaquer. "
Son râle a le hoquet du sang : il meurt sur le sein de l'Humanité, comme un vautour repu sur sa proie.
Louis Veuillot, c'est le catholicisme moderne : n'est-ce pas lui qui disait encore tout dernièrement î
" Les libéraux n'ont pas le droit de nous refuser la liberté, puisque c'est leur doctrine ; quant a nous, nous ne pouvons pas la leur accorder, parée que notre religion s'y oppose. "
Si la religion de Louis Veuillot, le grand-prêtre du catholicisme, s'oppose à la liberté, elle sourit donc à l'esclavage !
Et maintenant, n'est-on pas tenté de prendre en une pitié profonde ces aveugles qui veulent faire du catholicisme libéral f Quelle
pitoyable plaisanterie 1
Voulez-vous savoir comment on accommode l'Eglise à l'Etat,
comme l'huile à un rouage, et comment l'Etat, quand il est le plus
. fort, la fait servir à soi, comme un habit qui prend toutes les formes ?
Lises l'extrait suivant du Catéchisme de 1811 z à V usage de toutes les
éfjlises de F Empire Français.'
, lbçon vn
Suite du quatrième commandement.
D. Quels sont les devoirs des chrétiens a l'égard des princes qui les gouvernent et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon 1er, notre empereur ? R. Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent et nous devons en
Sarticulier h Napoléon 1er, notre empereur, l'amour, le respect, l'obéissance, la délité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'empire et de son trône ; nous lui devons encore des prières ferventes pour son salut et la prospérité spirituelle et temporelle de l'Etat.
D. Pourquoi sommes-nous tenus a tous ces devoirs envers notre empereur ? R. C'est, premièrement, parce que Dieu, qui crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant .notre empereur de dons, soit dans la guerre, soit dans la paix, l'a établi notre souverain, la rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu lui-môme. Secondement, parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ, tant par sa doctrine que * •#«.. * *
notre souverain
de môme qu':
aussi de rendre à César ce qui appartient à César.
D. N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon 1er, notre empereur ?
R. Oui, car il est oelui que Dieu a suscité dans des circonstances difficiles pour rétablir le culte public et la religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur. 'Il a ramené et conserve l'ordre public par «a sagesse profonde et active ; il défend l'Etat par son bras puissant ; il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du Souverain Pontife, chef de l'Eglise universelle.
D. Que doit-on penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur?
ït. Selon l'apôtre saint Paul, ils se rendraient dignes de la damnation éternelle.
D. Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre, empereur nous lieronti.' ( < ils également envers ses successeurs légitimes dans l'ordre établi par les conetitu-
' tions de l'Empire?
1^ R. Oui, sans doute, car nous lisons dans la sainte Ecriture que Dieu, Seigneur
du ciel et de la terre, par une disposition de sa volonté suprême et par sa provint dence, donne les empires non-seulement à une personne en particulier, mais aussi ^ àsalimille.
D. Quelles sont nos obligations envers nos magistrats ? . R. Nous devons les honorer, les respecter et leur obéir, parce qu'ils sont les dépositaires de l'autorité de notre empereur.
D. Que nous est-il défendu par le quatrième commandement ? ■ R. Il nous est défendu d'être désobéissants envers nos supérieurs, de leur
as $> nuire et d'en dire du mal.
Dans son Etude sur les rapports de T Eglise romaine avec fe premier empire, M. le comte d'Haussonville raconté à quelle correspondance animée entre le pape et le gouvernement français donna lieu ce chapitre rédigé par Portails» mais dont l'empereur " avait pesé, revu et nuancé chaque expression, de façon que rien d'essentiel ne fût omis et que tontes choses concordassent bien à ses vues. "
Je prends an hasard deux pensées du père Hyacinthe :
lo. "La vieille organisation politique du Catholicisme s'écroule de toutes parte en Europe dans le sang, et ce qui est pis» dans la boue."
Si elle s'écroule de toutes parts en Europe, elle est impérissable en Canada, parce qu'elle a deux immortels appuis pour la maintenir, Y Ordre et le Nouveau-Monde.
Toutes les fois que la vieille organisation tombera dans la boue, ces deux journaux iront l'y chercher." Ils sont faits pour cela.
2o. " L'Amérique ! c'est la proue la plus avancée de la civilisation moderne, cinglant à travers toutes les gloires et toutes les témérités vers un avenir inconnu. C'est, j'aime à le penser, le peuple élu de Dieu pour renouveler les choses et pour préparer aux institutions, qui ne sauraient passer, des vêtements plus jeunes et plus forte."
Ce n'est pais seulement à travers toutes lés témérités, mais c'est .à travers tous les obstacles que les Etats-Unis cinglent vers un avenir non inconnu, mais bien au éontraire connu de tous ceux qui ne redoutent pas d'interroger le problème de la destinée, et de rechercher où va l'homme.
Si cet avenir était inconnu, petose-t-on que les Etats-Unis y eussent marché avec tant de certitude et de confiance T L'avenir ne peut être inconnu que dans ces vieilles sociétés européennes basées sur l'injustice, l'exclusion, la caste, le favoritisme et le despotisme social, quand ce n'est pas le despotisme politique.
La, les hommes marchent à tâtons, encore à moitié ensevelis dans un passé plein de ténèbres. Ils ne peuvent voir distinctement, parce qu'Us ne sont pas affranchis de l'erreur et du préjugé ; tout se combat en eux et ce qui est pour nous vérité démontrée, fait acquis, n'est encore. pour eux qu'une aspiration.
Ce que vous appelez l'inconnu est pour nous le visible, parce que déjà nous le voyons se réaliser sous nos yeux attentifs. Les Etats- Unis savent où ils vont, parce qu'ils veulent y aller ; ils ont fixé le but et le regardent, non pas avec des yeux d'effroi comme font les peuples enfants de l'Europe que chaque progrès, chaque réforme intimide, mais avec le jcoup d'œil sûr de ceux qui, ayant en* eux-mêmes la
ir
ri
tf
parce de voulgir, ont aussi .la certitude que leur volonté triomphera, force qu'elle est libre.
Partout ailleurs, les hommes sont des machines ou des troupeaux. En Amérique ils sont des hommes, et voilà pourquoi les Etats-Unis sont la proue avancée de la civilisation, la lumière des autres peuples ; viola pourquoi ils ont un drapeau parsemé d'étoiles.
" L'homme fait de grandes choses qui le rendent petit, " a dit iLord Byron;
J'ai pensé à Berryer mourant, après tant d'années de gloire, et écrivant au comte de Chambord une lettre dans laquelle il l'appelle " Monseigneur, mon roi, Votre Majesté . ..." et lui parle aussi de ses droits héréditaires ....
Voilà, ce que le premier orateur de France a pu dire en 1869, et l'on ne désespérera pas de l'homme !
Pourquoi s'étonner maintenant que des esprits très élevés, très éclairés, aient cru longtemps pouvoir concilier .l'organisation catholique avec la liberté humaine 1
Principaux événements de l'année 1868
lo. Mandement de l'évéque Bourget sur les théâtres, dans lequel on voit qu'un buffle, descendant d'une montagne, a renversé toute une ville.
2o. Messe solennelle chantée en l'honneur de Sir George Etienne Cartier, le jour de la Saint-Etienne.
3o. Arrivée à Varennes de saint Vital ; il se frotte le mollet dans l'œil des femmes, opération qui coûte 250 piastres.
4o. Elévation de trois Canadiens au grade de caporal dans l'armée pontificale ; événement si inattendu que le Nouveau-Monde en a eu une attaque de folie dont il ne guérira jamais.
5o. Dépêche télégraphique annonçant que le clergé veut faire supprimer la Lanterne ; mais le Nouveau-Monde s'empresse de démentir cette rumeur, ce qui donne à tous la certitude que le clergé
désire le maintien de la Lanterne.
Voici une prière qui est répandue à profusion dans les campagnes de la Belgique : '
" Avis — Mesdames et messieurs, veuillez avoir la bonté dé me lire efcme remettre à qui m'a distribué : en venant retirer la présente circulaire, il vous fera ses offres de services :
lo. D'une prière écrite de la propre mam de la bienheureuse vierge Marie, dont le double se trouve dans la cité de Messine, laquelle est conservée dans le
$ re iquaire du grand autel.
2o. La révélation faite par Jésus-Christ à sainte Elizabeth, lui donnant le détail de tous les coups qu'A avait reçus depuis sa prise jusqu'à son dernier moment sur l'arbre de la croix. #
4o. Toute personne qui la portera sur soi, qui dira sept fois le Pater et VAvt Maria tous les jours, ne mourra jamais ni de feu,' ni de poison, ni de mort subite, ni d'accidents, et sans avoir reçu les sacrements.
4o. H sera préservé des peines éternelles et les portes du ciel seront ouvertes pour lui
Cette belle prière est utile et obligatoire à tout bon chrétien catholique, apostolique et romain.- Prix, 10 centimes.
Certes, dix centimes (deux sous), ça n'est pas cher pour une lettre autographe de la vierge Marie et une révélation particulière du Christ. Mais les avantages qui y sont attachés sont incalculables, on peut être à peu près certain de ne jamais mourir : c'est un préservatif contre le fer, le feu, le poison, la mort subite et tous les accidents imaginables, sans compter que ce préservatif vous accompagne encore dans l'autre monde et vous sert de passeport.
Il vous prend fantaisie d'assommer un homme ; vous récitez cette belle prière, qui est obligatoire y et vous pouvez être certain de n'être pas guillotiné et que le diable n'aura pas la chance de vous faire rôtir.
Plus de justice en ce monde ni dans l'autre.
Je m'aperçois que les saints se jouent entre eux des tours à n'en plus finir. Saint Vital guérit les yeux avec son mollet ; un os de saint Pacifique vous empêche de vous noyer ; mais sainte Brigitte, oh ! sainte Brigitte, elle, les bat tous.
Ça doit être un drôle de spectacle que celui de tous ces saints accourant à la porte du paradis, quand un trépassé y arrive.
" Est-ce le mien, celui-là 1
— Non, ça n'est pas le tien,
— C'est à moi, dit un troisième,
— Attends un peu que je lui regarde l'œil," dit Vital, qui a envoyé son corps ciré à Varennes, mais qui garde son véritable corps pour jouir du paradis.
— A-t-il mon nez dans sa poche ? crie à son tour Pacifique.
— Oh ! je le reconnais, il est à moi," fait Brigitte en accourant avec des transports de joie, " il a ma révélation dans le dos."
Quel bonheur i
C'est pourtant avec ces inventions-là que le romanisme se soutient depuis des siècles.
Mais aucune spéculation céleste n'est digne d'être comparée à celle qu'imaginèrent les Cordelière du temps de la Réforme.
Ils avaient eu l'idée d'établir à la porte de leur couvent une chapelle ardente, au pied d'une statue de la Vierge ; deux moines quêteurs se tenaient à côté de la statue. Si les passants ne mettaient pas une pièce de monnaie dans la bourse qu'ils leur tendaient, c'était une preuve qu'ils étaient hérétiques et la populace les assommait sur l'heure. •
Mauvais moyen de les convertir, certes ! mais les agents de l'infaillibilité ne doivent pas procéder par des moyens purement humains; Les vérités catholiques ne sont pas de celles qui se persuadent par le raisonnement; elles exigent la foi, non de la démonstration; c'est pourquoi Ton devient de plus en plus saint à mesure que Ton devient de moins en moins homme. •
* ♦ CORRESPONDANCE
Les miracles sont en vogue à Joliette depuis quelque temps. Il parait que samedi dernier, 19 décembre, un marchand, rongeur de balustres, aurait vendu à un prix exorbitant un baril de harengs garantis.
L'acheteur, rendu chez lui, ouvre le baril et constate que son hareng est gâté. Alors il ne fait ni une .ni deux, il vole chez son curé et lui dit : " Monsieur, j'ai fait l'acquisition d'un baril de harengs chez un marchand de Joliette ; il me l'a garanti et cependant le hareng est complètement gâté ; puis-je le lui faire reprendre ?
— Avez-vous sacré pendant le trajet de Joliette à votre demeure ?
— Oui, Monsieur.
Alors, reprit le curé, restez tranquille ; soyez bien content de n'avoir pas une punition plus grande, car Dieu vous a châtié bien légèrement.
(Il est bon d'observer que le révérend était parent du vendeur.)
Je trouve' que l'habitant n'a pas été adroit. Pourquoi n'a-t-il pas dit à son curé : " J'ai juré, soit : je m'en confesse, mais en faveur de . mon repentir, ne pourriez -vous pas faire un petit miracle pour que mes harengs redeviennent frais î
Lorsque lord Eldon donna sa démission de lord chancelier, un petit avocat se mit à dire en présence de lord Brougham :
— "C'est pour moi une perte irréparable. Lord Eldon s'est toujours conduit à mon égard comme un père.
— Vous voulez dire, répondit Brougham avec sa rude franchise, qu'il vous a toujours traité comme un enfant."
Une autre rispote très vive du même Henry Brougham : Un grand seigneur anglais, se trouvant à table à côté d'un pauvre clergyman de campagne et de M. Brougham — il n'était point encore lord— demanda à. ce dernier avec un ton d'ironie qui prétendait être fine et incisive :
— Pourriez-vous me dire, monsieur Brougham, comment il se fait que, chaque fois que Ton sert une oie à table, on la met toujours à eôté d'un ecclésiastique t
— Par ma foi ! s'écria M. Brougham avec le plus grand flegme, je n'y avais jamais réfléchi ; je trouve votre remarque si curieuse que je ne pourrai jamais voir à l'avenir une oie sans penser à Votre Seigneurie !
VARIÉTÉS