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CARÊME

Le carême n'est pas particulier aux chrétiens. Les Indous, adorateurs de Brahma, ont, depuis la plus haute antiquité, des pratiques analogues. Le magisme, religion des Perses, prescrit des jeûnes et des abstinences. Le boudhisme, qui est établi depuis plus de mille ans avant notre ère et qui régit 200 millions d'habitants dans la Mongolie, le Thibet, la Corée, la Chine, le Japon, offre non seulement en ce point, mais encore en beaucoup d'autres, une grande similitude avec la discipline chrétienne. On s'accorde généralement à reconnaître que le carême répond à une coutume universelle, introduite par les législateurs religieux, soit pour habituer l'homme à exercer l'empire sur lui même, soit dans l'intérêt de sa santé, soit aussi pour la conservation de certains animaux à l'époque de leurs amours.

Au concile de Nicée, le carême est, pour la première fois, l'objet d'une disposition légale de la part de l'Eglise. Ce n'est pas qu'on l'ait institué alors; au contraire, l'assemblée des évêques le reconnaît comme établi généralement et depuis longtemps. De l'avis deplusieurs Pères, le carême est d'institution apostolique, c'est-à-dire rapporté aux apôtres à cause de son ancienneté et de l'incertitude ou l'on était de son origine. On le considère aussi comme une imitation du jeûne de Jésus-Christ dans le désert. Primitivement, dans l'Eglise latine, le carême paraît n'avoir été que de trente-six jours, bien qu'il soit désigné sous le nom de tesmrakostè (quarantaine) par le concile de Nicée. Ce ne fut que vers le IXe siècle que le jeûne de quarante jours fut observé d'une manière générale et précise. En Orient, le carême commençait sept semaines avant Pâques, mais il n'était obligatoire que cinq jours chaque semaine, et dans certaines contrées il se réduisit de beaucoup. L'Eglise grecque a toujours prescrit une abstinence plus rigoureuse que l'Eglise latine. Elle défend l'usage des œufs, du poisson, du laitage et de l'huile. La propensioa des Orientaux à se montrer plus austères dans l'observance du

carême est très remarquable. Soit disposition religieuse, soit influence de tempérament et de climat, ils furent de tout temps plus contemplatifs que les Occidentaux, et, chez eux, l'abstinence et la méditation semblent inséparables. Outre le carême de Pâques, il leur arriva d'en observer quatre autres de sept jours chacun : celui des Apôtres, celui de l'Assomption, celui de Noël et celui de la Transfiguration. Leurs moines en ajoutaient un cinquième et un sixième.

Cependant il faut rappeler aussi que les premiers moines latins eurent jusqu'à trois carêmes de quarante jours, à différentes époques de Tannée. Les prescriptions de l'Eglise ne se bornaient pas seulemnt à l'abstinence de la chair et du vin, et à un unique repas après vêpres vers cinq ou six heures du soir, elles s'étendaient à tout ce qui pouvait être l'objet d'une satisfaction physique, à toutes les commodités de la vie. U fallait se priver de sommeil, de récréations, de promenades, de visites, de conversations, s'abstenir d'un acte quelconque qui, procurant une douceur, un soulagement, eût été contraire à l'esprit de mortification et de pénitence. Le bain, si nécessaire dans un temps où l'usage du linge n'existait pas, était interdit avec tout le reste. La continence était recommandée d'une manière expresse aux personnes mariées, et c'est de là que vient la défense, qui subsiste encore aujourd'hui, de célébrer des mariages pendant le carême.

Il est impossible de ne pas être frappé du caractère de cette sévère discipline. Hostile à la chair, impitoyable pour les instincts végétatifs de l'homme, elle cherchait à donner à l'esprit sur le corps la domination la plus absolue. Le monde païen avait péché par l'excès contraire. Pour la formation d'une société nouvelle et de mœurs meilleures, il était sans doute nécessaire qu'une rude épreuve de ce genre vengeât l'esprit de la matière et élevât une partie du genre humain bien au-dessus du niveau moral des sociétés polythéistes de l'antiquité. Le carême devint peu à peu moins rigide. Il fallait qu'il fût tièdement observé à l'époque de Charlemagne, pour que ce prince trouvât nécessaire d'introduire alors la peine capitale contre la violation, par mépris, de cette partie de la discipline religieuse. Au Xlle siècle, l'usage était déjà de ne pas attendre jusqu'au soir pour manger; le repas fut insensiblement avancé jusqu'à midi. La collation, ou petit souper, fut empruntée aux religieux, qui, après avoir assisté le soir à la lecture des conférences des Pères, appelées collationes, buvaient, les jours de jeûne seulement, un peu d'eau ou de vin. Sous ce nom modeste on finit par faire un second repas complet. Depuis longtemps les évêques accordent la permission de faire gras certains jours de la semaine à tous les habitants de leurs diocèses et des dispenses particulières de jeûne et d'abstinence aux malades et aux infirmes. Aujourd'hui le régime sec, la océrophagie, comme on disait anciennement dans l'Eglise, serait souvent un véritable suicide pour tant de gens qui ont besoin de toutes leurs forces pour travailler, et à qui les privations les plus dures s'imposent assez d'elles mêmes.

BUOHBT CUBLIZE

LA LANTEKNE

Lundi, 14 Mars.

Ce que je ne«comprends pas, c'est que malgré la neuvaine de saint François-Xavier, malgré l'installation de sainte Irène et de saint Félix, chacun dans un autel de Notre-Dame, malgré l'arrivée à E-ome de l'évêque Bourget, malgré les prières innombrables qui se disent depuis un mois dans tout le Canada, les tempêtes de neige redoublent de violence et menacent de nous ensevelir tout à fait avant que le printemps n'arrive.

Il faut que les pénitents et pénitentes n'aient pas confessé tous leurs péchés, et Die.u s'en venge en bloquant le Grand Tronc sur toutes les voies ferrées du Canada.

Je ne vois pas d'autre manière d'expliquer le déchaînement furieux des ouragans.

Sainte Irène et saint Félix sont deux gentils petits saints, bien cirés, bien pomponnés, bien astiqués ; ils ont chacun un trou dans la gorge et de jolies petites mains ; mais ils sont exigeants en diable.

Figurez-vous qu'ils ont fait dire à l'abbé Picard, dans la chaire de Notre-Dame, que ceux qui ne donneraient rien à la quête qui serait faite pour leur acheter une nouvelle parure, perdraient toutes les grâces de la neuvaine ! Cependant, ils sont depuis quinze jours l'objet d'une adoration perpétuelle. Je suis allé contempler de mes yeux attendris la dévotion touchante qu'on leur témoigne, et je n'aurais jamais cru qu'avec une si grande jeunesse, ils eussent un esprit d'exploitation si merveilleusement développé.

Quand on est saint, il est vrai, on se transforme à discrétion et l'on prend vite les habitudes du pays où l'on se* trouve.

Le monde va-t-il être couvert d'un nouveau déluge ? Tout porte à le croire.

En Canada, il y a quinze pieds de neige entassés sur le sol. Dans la Californie, dans la Louisiane, dans l'Amérique Centrale, il tombe depuis un mois des pluies torrentielles ; tous les travaux agricoles sont abandonnés.

On aurait bien dû nous prévenir trois cents ans d'avance, ce n'était pas de trop pour construire une arche capable de loger toutes les bêtes du Canada.

Le Nouveau-Monde, la Minerve et U Ordre trouveront toujours à se loger, sans qu'il leur en coûte rien. ~

La presse religieuse sera surabondamment représentée ; mais que deviendra le commun du troupeau ?

J'ose encore espérer dans la clémence du Seigneur. H ne voudra pas, non, il ne voudra pas qu'un nouveau déluge arrive avant que M. Cartier n'ait conclu sorK achat de la baie d'Hudson, ou qu'il soit fait lord.

Le Grand-Tronc met juste quinze jours à faire le trajet de Montréal à St-Jean, distance de 30 milles.

Il est à supposer dès lors que les trains du chemin de fer intercolonial mettront au moins six mois à se rendre de Québec à Halifax.

Vous partez d'ici le premier janvier, avec un casque, des mocassins et un capot de buffle, et vous arrivez à Halifax le 1er juillet, comme une tinette de beurre fondu.

On a tous les agréments possibles sous la confédération.

Ce chemin de fer intercolonial coûtera 120 millions de dollars, attendu que les contrats ont été faits pour six millions ; il coûter en outre trois à quatre millions par année pour son entretien et il rapportera des malles expédiées depuis six mois.

L'été, il sera complètement inutile.

Donc, il ne faut pas parler de l'annexion.

M. Bellingham, tory de la vieille roche — tous les torys sont de la vieille roche — admet que si nous ne sommes pas annexés aux Etats- Unis, avant cinq ans il n'y aura, plus que des affamés en Canada, mais qu'il vaut mieux mourir de faim et rester colons que de prendre de bons dîners et d'être des hommes libres.

J'admire ce noble désintéressement et ce patriotisme qui défie les coliques.

Mais comme il n'y a pas que des vieilles roches en Canada, qu'il s'y trouve aussi des hommes, et que ces hommes-là ont un ventre, je ne vois pas ce qu'il ont à gagner à le tenir vide.

Il est vrai qu'ils restent loyaux. Cela compense tout, je l'admets.

Nous payons cher ce plus beau des titres, puisque, depuis cinquante ;ans, il a fait fuir à peu près six cent mille canadiens, et qu'il en fait fuir encore deux à trois mille par semaine.

Mais, rendons grâces à Dieu. Il reste encore 1,100,000 âmes à mourir de faim dans notre jeune et beau pays, favorisé du séjour de quatre saints en cire.

Quand tout ce monde-là sera mort ou parti, alors il sera temps de

songer à l'annexion.

Il n'y a que les prêtres qui ne quittent pas le Canada. Au contraire.

Les méchantes langues disent que c'est parce qu'ils sont les seuls qui s'y enrichissent.

Mais je n'en crois rien, Ne sont-ils pas en effet les successeurs du Christ qui allait pieds nus ?

Ce serait assez difficile en Canada à cause du froid. Aussi, pour «'acheter des mocassins, les Jésuites ont pris à peu près 200,000 louis à la seule ville de Montréal, les Sulpiciens ont 75,000 louîs de Tevenus, et chaque curé de campagne a en moyennne 300 louis de rente provenant de la dîme.

Mais ils s'en servent pour accomplir de bonnes œuvres : ainsi, ils ne laissent pas échapper une occasion de faire des quêtes pour la gloire de Dieu.

Moi, j'aime les Frères de la Doctrine Chrétienne — ça s'appelle de la doctrine chrétienne.

Ils se dévouent à l'instruction des enfants.

Depuis trois mois j'ai eu l'occasion de voir une vingtaine de leurs élèves qui ont été instruits par eux pendant plusieurs années.

Pas un seul ne savait écrire, et quinze ne comprenaient pas l'écriture.

Ces enfants sont instruits à ignorer. Telle est la perfection de l'art.

Ce que j'aime aussi, ce sont les Sœurs Grises. ..

Voilà des femmes qui rendent des services réels.

Les hommes faits quittent le Canada ; les enfants confiés aux Sœurs Grises meurent comme des mouches.

Si vous leur demandez la raison de cette effrayante mortalité, elles -vous répondent : " Ne sont-ils pas bien plus heureux dans le ciel ?. . "

Mais si je veux que mon enfant meure, je n'ai qu'à le laisser sur le chemin, tout nu, par un froid de trente-six degrés, il mourra presque aussi vite qu'entre vos mains.

Les Sœurs Grises doivent avoir un secret pour faire mourir les enfants. Sur 749 enfants qui furent déposés chez elles il y a deux ans, il n'en reste plus qu'une cinquantaine en vie.

Qu'ils doivent déplorer leur sort, s'ils ne sont pas devenus complètement idiots à force de mauvais traitements !

Il m'a été fait des révélations émouvantes au sujet de certains petits êtres qui ont été déposés chez les Sœurs Grises.

Dès que je serai libre de les dévoiler, on voudra bien croire que je m'empresserai de le faire.

Une nouvelle incroyable est venue fondre sur nous la semaine' dernière.

Les journaux rapportaient — excepté le Nouveau-Monde qui ne rapporte que ce qui se passe dans le purgatoire — les journaux rapportaient, dis-je, que M. Stewart, le millionnaire de New- York, nommé secrétaire du Trésor par Grant, avait vu s'élever une objection à l'exercice de ses fonctions nouvelles.

Une loi des Etats-Unis, loi fort sage, déclare incapable d'être secrétaire du Trésor tout homme qui a des intérêts dans un commerce quelconque.

Alors, on vit M. Stewart, qui tire de son immense négoce un bénéfice de plusieurs millions par année, offrir de consacrer ce bénéfice tout entier à des œuvres charitables.

Mais la loi était , positive, et M. Stewart dût donner sa démission.

Quel est donc ce pays étrange dont les institutions inspirent à ses citoyens de pareilles résolutions ?

C'est le pays des vauriens Yankees où l'on ne connaît ni lois ni mœurs, où l'on foule aux pieds la religion, excepté toutefois les magnifiques temples catholiques construits surtout avec l'argent des protestants.

C'est le pays des républicains, race d'hommes endiablés qui, aussitôt qu'ils deviennent riches, luttent entre eux à qui donnera le plus d'argent aux écoles et aux institutions publiques.

C'est le pays que les nations envient, qui fait l'admiration des

hommes, mais qu'en échange le Nouveau-Monde conspue On ne

peut pas tout avoir.

C'est le pays enfin auquel il serait honteux pour nous d'être annexés, parce que nous sommes si grands, si grands dans notre coquille, que nous faisons comme l'huître qui, tranquillement clouée sur la plage, défie les flots de la mer la plus courroucée.

Nous, nous avons des zouaves pontificaux, des Frères de la doctrine chrétienne, des neuvaines et des saints cirés, pardieu ! qu'estce que l'annexion pourrait nous donner de plust

Les uns diront que nous avons de magnifiques mines de fer et de cuivre inexploitées ; d'autres, que nous avons de puissants cours d'eau, qui n'alimentent aucune manufacture ; d'autres, que nous avons dea espaces infinis sans culture, sans communications, qu'il est impossible de coloniser ; d'autres, que nous perdons incessamment toute notre population virile, et que les quelques industries qui restent encore sur

pied s'effacent de jour en jour : d'autres, eh ! ce sont là des

lieux communs.

Mais votre âme, mes amis, votre âme, vous n'y pensez donc pas 1 Si vous avez le malheur de faire vivre votre famile, vous perdez votre 1 religion. L'abîme est là tout ouvert devant vous, vous voulez vous y jeter !

Faites de l'argent en Canada si vous le pouvez, c'est très-bien. Au moins cet argent, vil métal, est donné à l'évêque, aux jésuites, aux curés et aux sœurs, et par là il est purifié. Mais aux Etats-Unis, vous vivrez avec, quelle horreur !

Le bon Dieu n'a qu'un pays au monde où il perçoive encore des rentes, et vous voulez le lui ôter !

Qu'est-ce que ça fait que vous ayez des cours d'eau qui ne servent à rien 1 Ces cours d'eau ont été mis là pour couler, voilà tout.

Quand bien même vous auriez des mines !.. la belle affaire ! Les mines sont dans la terre, il ne faut pas y toucher. Si Dieu avait voulu qu'elles fussent pour l'homme, il les lui aurait mises dans la poche tout bonnement.

Des industries et des manufactures ! mais quand vous serez sur votre lit de mort, hein ! . . . .

Ecoutez le conseil du sage.

" L'univers contient dans son sein une quantité infinie de richesses. Mais Dieu ne prévoyait pas que l'homme voudrait un jour les exploiter.

Donc, si Dieu n'a pas prévu cela, passez-vous en."

Je promène mon regard sur notre petite planète errante dans l'immensité.

Cette planète est peuplée par quatorze cents millions d'êtres humains : sur ces quatorze cents millions, il y en a tout au plus 300 millions de catholiques.

Ça ne paie pas.

Dieu a encore fait là une gaucherie.

Je distingue un vaste continent ouvert comme les ailes d'un aigle. Racé entre deux mers profondes, il semble prêt à s'élancer pour les franchir. Il se soulève, son sein fermente, et on le sent qui va prendre son élan. Pour lui l'espace n'est qu'un pas, et le globe que ce qui peut tenir dans sa serre.

Au nord le pôle, an sud le pôle. Il touche par chaque extrémité à Finconnu. Ici la terre est glacée, là elle bout, plus loin elle s'épanouit dans un éternel printemps.

Tous les climats, toutes les races d'hommes l'habitent. Le dernier venu sur la scène usée du monde, il en refait le berceau et lui prépare un nouvel avenir.

C'est l'Amérique, ce jeune faucon qui essaye son vol dans l'infini. Son nid, grand comme le quart du monde, est déjà trop petit pour lui.

Le voyez-vous qui s'élance de New- York à San-Francisco ? Onze cents lieues qu'il va traverser en huit jours, et, de là, d'un seul coup d'aile, atteindre la vieille Asie que bientôt il embrassera !

Que sont aujourd'hui toutes les nations de la terre devant ce colosse enfant ?

Pourquoi le voit-on sans cesse frémissant, insatiable, ignorant du repos, bondissant à travers les obstacles, soulevant toutes les questions, appliquant toutes les idées ? C'est que son sein est le brûlant laboratoire de tous les progrès, c'est qu'il contient la source vive de toutes les libertés qu'il va bientôt répandre sur le monde.

Les peuples l'ont pris pour guide et le regardent comme leur flambeau ; chacun de ses actes est une leçon ; et nous, qui allons être entraînés fatalement dans sa course avant peu d'années, nous sommes ceux précisément qui l'ignorons le plus.

Nous habitons l'Amérique, et nous n'avons pas la moindre idée de l'Amérique.

Dans les collèges du Canada, on dirait en vérité que l'on considère comme un crime de faire connaître aux élèves l'histoire du grand peuple dont chaque pas est un 'exemple pour l'humanité.

Tandis que, dans les écoles américaines, il n'y a pas un enfant de douze ans qui ne connaisse la constitution de son pays et n'ait pris l'habitude de parler sur les grands faits et les grandes questions de son histoire, nous, sortis des collèges de prêtres, nous savons à peine quand la guerre de l'indépendance a eu lieu et nous ignorons totalement ce qui l'a suivi depuis près de cent ans.

Eh quoi ! il n'y a pas quinze ans peut-être, un surintendant de l'instruction publique / donnait comme son plus beau titre de gloire qu'il n'avait laissé pénétrer dans les écoles canadiennes aucun livre publié aux Etats-Unis ! ! •

Ce qu'on apprend dans nos collèges, c'est la petite Histoire Sainte, cet inepte compendium des plus ridicules légendes, et un peu de

l'histoire de France de Gabourd, un jésuite qui a introduit, dans un ouvrage qui n'apprend rien, l'art de mentir si merveilleusement déve*

loppé par ses confrères.

Il paraît qu'un des nouveaux dogmes qu'on proclamera au prochain concile œcuménique sera Vnfaillibilitê du Pape,

Enfin 2 il était temps. Depuis dix-huit cents ans que le christianisme est établi, on avait toujours tardé à proclamer cette vérité indispensable.

Jusqu'à présent les papes s'étaient toujours trompés ; maintenant, on a la certitude qu'ils ne se tromperont plus. Du moins on le croira, c'est tout comme.

Je n'ai pu voir dans l'histoire, ni puis-je voir de nos jours les conciles établir sans cesse de nouveaux dogmes sans faire cette réflexion : l'œuvre du Christ était donc incomplète, n'était qu'une ébauche insignifiante, pour que quatre à cinq cents bonshommes, avec la mître -et la crosse, signes d'une profonde sagesse, se croient tenus de se réunir tous les vingt ans pour la retoucher, la refaire et la compléter î

On me communique le fait suivant, avec des preuves d'exactitude:

" Un jeune homme se trouve dans une maison appartenant à Tévêché de Montréal. Il doit quelques mois de son loyer ; il est malade, lui et sa famille, et, sans l'avertir, mais, au contraire, après lui avoir dit " vous pouvez prendre votre temps, " on le fait saisir, et on veut faire vendre ses effets : tout cela au nom de la charité, bien entendu. Le jeune homme va voir les messieurs de Tévêché ; il n'a pas d'argent, et on le met presque à la porte en lui disant que s'il ne paye pas, il va être saisi sans pitié. Tout le monde le reçoit mal, excepté M. F . . . .qui lui serre un peu les mains et lui dit : " Pauvre enfant, prie Dieu, ça me fait bien de la peine de te voir ainsi, mais je ne peux rieri y faire."

Quant au petit M. Leblanc, il dit au jeune homme : " Vous êtes pas mal impertinent de venir me troubler quand je vais me mettre au lit : payez, je ne puis attendre davantage, et allez-vous en."

L'impitoyable cruauté des successeurs du Christ, lorsqu'il s'agit d'argent, s'explique très facilement.

Ils sont logiques. Dès lors qu'ils prêchent le mépris des biens de la terre, il s'en suit qu'ils doivent chercher à vous en dépouiller le plus possible.

Mais ils joignent à ce motif selon le cœur de Dieu des raisons toutes terrestres, dont une que voici.

Convaincus qu'il ne leur reste plus guère à accaparer aujourd'hui, qu'ils ont enlevé au peuple à peu près tout ce que peut rapporte! l'imposture la plus cynique et l'exploitation la plus dévergondée, ils deviennent féroces pour les quelques miettes qu'ils peuvent encore saisir au passage.

Ils savent de plus qu'ils n'en ont pas pour longtemps, que rien n'est plus près de la ruine que l'excès, que la corruption effrayante de la cour papale, des abbés, des moines et des religieuses brisait tous les freins au moment même où éclata la Réforme, que le clergé de France était saturé de voluptés, de richesses, d'orgueil et d'enivrante omnipotence, lorsque 89 passa comme un éclair dans toutes ces horreurs entassées, ils savent tout cela et ils se dépêchent

De même le père Claret savait très-bien ce qui attendait sa royale pénitente Isabelle II, et il entassait, et la reine elle-même multipliait ses coupons de rentes des banques d'Angleterre.

Si elle n'a plus de trône, elle a du moins des millions, et avec ces millions elle pourra longtemps encore entretenir la réaction en Espagne comme François II l'a fait à Naples.

Nos évêques, nos chanoines, nos prêtres et nos nonnes, qui regardent l'avenir avec une terreur instinctive, réalisent à la hâte leurs derniers gros sous, afin de rester au moins millionnaires lorsqu'ils ne

pourront plus être charlatans.

Lundi prochain aura lieu à la salle de l'Institut-Canadien la bénédiction solennelle des vélocipèdes, faite en l'absence de l'évêque de Montréal, par l'abbé Daniel, prédicateur à Notre-Dame, qui a fait un livre intitulé :

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