‹ La lanterneChapitre 3 sur 26 · AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AUX LECTEURS

Je publie cette Lanterne sans crainte qu'elle soit supprimée. Je n'ai pas, Dieu merci, à redouter des ministres absolus, comme mon confrère Kochefort. Si elle est supprimée, ce sera grâce à vous, et surtout grâce à moi-même qui n'aurai pas su montrer autant d'esprit que j'en ai réellement.

C'est là qu'est le danger. Si je m'en tire, je jure de changer mes habitudes de vieux garçon et de chercher à plaire aux femmes, ce qui est encore plus difficile que de plaire à des lecteurs.

J'entre en guerre ouverte avec toutes les stupidités, toutes les hypocrisies, toutes les turpitudes; c'est dire que je me mets à dos les trois quarts des hommes, fardeau lourd ! Quant aux femmes, je ne m'en plaindrai pas, elles sont si légères !

Du reste, je ne leur connais que des caprices. Pourvu qu'elles aient celui de me lire ....

Tous les imbéciles ne sont pas mes ennemis personnels ; l'apparition de cette Lanterne les décidera. Je ne parle point du Courrier du* Canada, du Courrier de St. Hyacinthe, du Journal de Trois-Rivièresy de V Union des Cantons de TEst, etc., je parle des imbéciles qui ont des noms d'homme, et qui se comptent par centaines de mille, ici comme ailleurs.

Il y a deux catégories d'imbéciles, ceux qui le savent et ceux qui ne le savent pas. Ceux-ci sont les pires ; ils font des comptes-rendus dans la Minerve. Quant aux autres, ils se consolent par la perspective du royaume des cieux.

Il y a deux grandes sociétés dans notre ville, la Société St. Jean- Baptiste et Y Association Pacifique pour V Indépendance du Canada. La première compte cinquante membres, dont quatre à cheval (les chevaux ne comptent pas); la seconde en compte trente-deux qui vont à pied, guidés par un chef dont la principale fonction pacifique est de coller sur les murs des affiches non imprimées.

Ce chef, - est-il besoin de le nommer ? L'univers le connaît ; c'est Lanctôt, Lanctôt, vous dis-je, et c'est assez. Si l'univers ne le connaît pas, ce n'est pas la faute de Lanctôt. Moi, je suis obligé de le connaître ; tant pis pour lui i

Voilà un homme qui a beaucoup de langue et pas du tout de langage. H dit qu'il veut jouer en Canada le rôle de Wendétt Philippe aux Etats-Unis. C'est comme si l'on voulait faire exécuter une charge de cavalerie par un bataillon de sauterelles.

Lanctôt ne croit pas seulement f qu'il joue un rôle ; il croit encore

qu'on est jaloux de lui, et que c'est pour cela qu'il ne crée pas une

immense sensation chaque fois qu'il pérore devant trente braves et

indépendants électeurs. Nous nous montrons ingrats en n'aidant pas

cet homme à jouer son rôle aux dépens du bon sens. Après tout,

ne sommes-nous pas le même peuple qui a élevé .sur les tréteaux M.

Cartier ?

Ces deux rivaux se sont combattus. Ce qui prouve leur égalité de mérite, c'est que la victoire fut longtemps indécise et dût être chèrement achetée. Cartier paya, Lanctôt ne paya point. Il est vrai qu'il avait des mines, c'est-à-dire des carrières de pierres; mais on ne séduit pas un électeur avec des pavés.

Un jour Lanctôt, se croyant assez fort, fit la guerre au parti libéral ans lequel il n'était rien. Il n'eut jamais d'autre rêve que celui de on ambition personnelle, beaucoup trop grande pour lui. Il s'est

épuisé à se hisser, croyant que le nombre de ses dupes, mises les unes sur les autres, serait assez grand pour lui faire escalader les nues. -Après avoir, monté sur quelques dizaines d'épaules, il est. tombé sur* la place Chaboiïïez avec des œufs pourris dans les oreilles. Chute qui ne fut pas éclatante, mais qui fait voir combien parfois les grandes choses sont défaites par les plus petits moyens.

Maintenant il s'occupe à faire souscrire pour Y Indépendance Pacifique. Quand il aura ramassé cinquante doDars, nous proposerons un marché à l'Angleterre, qui, entre parenthèses, serait bien sotte de ne pas se débarrasser de nous à ce prix-là !

Les Néo-Ecossais donnent des preuves d'une énergie et d'une volonté frappantes. Voilà des gaillards qui veulent mettre en pratique ce qu'ils déclarent dans leurs remontrances au gouvernement fédéral; ce dont les journaux tories sont furieux. Ils s'imaginent que la sagesse suprême pour les néo-écossais serait de faire le contraire de ce qu'ils disent ou de ne pas faire ce qu'ils disent qu'ils feront.

Les Néos sont décidés à ne plus faire partie de la confédération, et si l'Angleterre refuse de faire justice à leur nouvelle requête, ils déclarent qu'ils se feront justice à eux-mêmes. Alors, qu'arrivera-t-il ? M. Cartier prendra son bill de milice avec les hommes qu'il y a dedans, il mettra sa tuque bleue, accrochera à son côté le sabre de son père, et accompagné de la Grande Duchesse L . . . . , il se rendra à cinquantequatre milles des côtes de la Nouvelle-Ecosse.

Là, il fera une sommation respectueuse aux rebelles de ce pays d'avoir à se jeter dans ses . bras. Aussitôt qu'il aura eu le temps de ne pas recevoir de réponse, iTdéploiera le drapeau britannique, le drapeau loyal, chantera Vive Ottawa^ la Capitale des Canadas (et des maringouinsl et cinglera en toute hâte vers le port de Québec, où • l'attendra M. Cauchon qui veut exterminer les néo-écossais.

Le lendemain, on lira dans la Minerve cet étourdissant bulletin : Grande victoire militaire de l'honorable Sir George Etienne Cartier ! Ce grand homme, dont on ne connaissait pas encore le génie guerrier, vient de mettre la sceau à sa gloire. Il n'a fait que paraître devant les insurgés de la Nouvelle Ecosse, et tous se sont tus. Ce triomphe mémorable, unique, a été* obtenu sans effusion de sang, tant il est vrai de dire que l'honorable Sir George Etienne Cartier joint une ame magnanime et tendre à une profondeur politique sans exemple. Maintenant, on peut être certain que la Nouvelle-Ecosse est pacifiée et va entrer dans le giron de la Confédération, cette arche sainte qui est le salut de notre peuple.

Il y aura promenade aux flambeaux, concerts, speechs, illumination, et le lendemain, une dépêche télégraphique annoncera que M. Wilkins, procureur-général de la Nouvelle-Ecosse, a demandé purement et simplement l'annexion de sa province aux Etats-Unis.

Alors, ce sera au tour de M. Cauchon qui, lui, est un fameux lutteur. Arrivé à dix lieues des frontières de la Nouvelle-Ecosse, avec sa brochure contre la confédération, d'une main, et sa brochure pour la

Confédération dans l'autre main, il fera un tel vacante en les tappaat Tune contre l'autre qu'il y aura autour de lui un attroupement de gamins curieux : " Tas de marmots, leur criera-t-il, êtes-vous pour la Confédération ou contre la Confédération V Et comme ils n'auront pas l'air de le comprendre, M. Cauchon s'en reviendra au Journal de Québec, ou il déclarera que les Néo-Ecossais sont un peuple d'enfant» qui ne savent pas ce qu'ils veulent, et ne comprennent même pas quand on leur parle.

Et la question sera décidée. Mais, par exemple, si nous achevons les fortifications de Lévis et si nous construisons celles de Montréal, il est évident que les Néo-Ecossais ne pourront jamais s'affranchir du joug fédéral.

Je lisais l'autre jour dans le Journal de Trois-Itivières ce gracieux

entrefilet :

Pourquoi le rédacteur du Pays (1) ne conseille-t-il pas a M. Fréchette (2) de passer eu Italie, et là, à son exemple, de revêtir le froc garibaldien et de porter le poignard des sicaires ? (3) La chose en vaudrait la peine, puisqu'au lieu d'un monttre, la patrie en compterait deux.

Ça, au moins, c'est témoigner des égards aux gens. Décidément,

la Grande Duchesse a tourné la tête de tous nos dévots ; ils ne voient plus que sabres, poignards, . . . . et frocs ! !

J'ai horreur de l'isolement. Etre le seul monstre dans la patrie me paraît ennuyeux. Que le rédacteur du Journal de Trois-Rivières, qui est un ange, ait donc la bonté de s'associer avec moi ; je lui passerai le poignard, il me passera le goupillon, nous laisserons le froc de côté, et nous* chercherons ensemble s'il n'y a pas moyen de trouver un deuxième monstre qui m'aide à passer la vie. Quant à Fréchette, il est bien certain qu'il ne prendra pas la peine de partir de Chicago pour venir jouer le rôle de monstre en Canada. Ça

ne paierait point.

Dans quel pays, dit le Comrrier de St. Hyacinthe, a-t-on fait plus de sacrifices

S d'en Canada pour la belle et sublime cause de l'éducation ? Dans quel paya le erçé s'est-il dévoué avec plus de zèle à la propagation des lumières ? Et où ce* sacrifices, ce zèle et ce dévouement ont-ils eu des résultats plus satisfaisants qu'ici?

Je ne conteste pas au clergé ses sacrifices qui, du reste, paraît-il, ne l'ont pas ruiné. Mais ce que je conteste, c'est le résultat. En effet, si l'on peut me faire voir un jeune homme sortant d'un de nos collèges, qu'i sache tant soit peu d'histoire, de géographie, de géologie, de mathématiques, de chimie, d'anglais, ... .je ne contesterai plus rien. Si l'on veut, je ne me montrerai pas si difficile et je demanderai seulement où est le collégien qui sait le français.

À propos de sacrifices, on devrait bien aussi parler un peu de ceux

(1) J'étais alors rédacteur-en-chef du Payn.

(2) Louis Honoré Fréchette vivait en ce temps-lk A Chicago.

(3) Allusion à la campagne des Doux-Siciles que j'ai faite s jus Garibaldi, '

que font les pauvres pères de famille qui envoient leurs enfants aucollè^ ge pour ne rien apprendre pendant huit ans, et qui. eux, n'ont pas 60,000 à 80,000 louis de rente pour réparer la perte inutile qu'ils ont faite.

J'admire cette façon de toujours se représenter soi-même dans des organes attitrés comme un holocauste intarissable, comme une fontaine d'abnégation. Il me semble que c'est bien le moins qu'on * fasse quelque chose pour un peuple qui se prosterne à deux genoux devant soi, et qui se livre corps et biens quand on le veut.

* * Il y a aujourd'hui toute espèce de façons d'être libéral ! mais il paraît que la plus en vogue est celle d'être libéral en niant le libéralisme. C'est cette façon qu'ont adoptée V Ordre et le Franco-Canadien. Pourtant, je dois dire que F Ordre n'a plus de façon du tout, puisqu'il vient de répudier l'appellation elle-même de Libéral. Personne ne s'imagine que cela va le changer ; mais enfin, il avait toujours le nom, s'il n'avait pas la chose. C'est à ce nom qu'on faisait la guerre, ce qui prouve bien qu'on était incapable de la faire aux idées.

Mais voyez quelle attraction il y a dans ce mot libéral ! Comme il indique bien de suite les instincts, les penchants secrets de l'humanité ! Les torys eux-mêmes, désespérés du nom qu'ils portent, ont imaginé d'y ajouter aussi eux celui de libéral, et ils ont fait libéralconservateur.

Cela me rappelle un petit spectacle qui se passait à Paris dernièrement. Un charlatan criait aux passants sur la place publique : " Entrez, mesdames, entrez, messieurs, venez voir la chose la plus merveilleuse, la plus étonnante^ la plus incroyable, venez voir ce prodige nouveau, unique, oui, unique, messieurs, mesdames, le produit d'une carpe et d'un lapin."

„ Et les vieilles femmes, les badauds et les niais d'entrer. Une fois entrés, on leur faisait voir une taupe.

Voilà ce que c'est qu'un libéral-conservateur. Ça ne voit pas clair. Produit chimérique de deux choses impossibles à accoupler, il ne manque cependant pas de badauds et de niais pour croire en lui et pour chercher à le voir.

Il n'y a dans tout le Bas-Canada que deux journaux logiques, le Nouveau-Monde et le Pays. Entre eux, pas de discussions possibles sur la portée et le sens du mot libéralisme. C'est entendu. Mais avec V Ordre il a fallu discuter trois mois pour s'entendre, et faute de pouvoir s'entendre, on a supprimé le sujet de la discussion. Cela donne à croire que si, un jour, les Etats-Unis et l'Angleterre se querellent pour la possession du Canada, et qu'ils ne puissent s'entendre, le plus court pour eux sera de le prendre et de le jeter dans la lune.

On a pu se convaincre que les Fénians n'étaient pas très-redouta-

blés, puisqu'il a suffi de leur fermer une porte au nez pour les mettre à la raison. C'est le moment de les insulter.

Mais auparavant, qu'on me permette de m'étonner de ce que les Fénians, n'étant pas plus* dangereux ni plus féroces qu'ils se sont montrés il y a quinze jours, on ait fait depuis deux ans de si nombreux et de si vigoureux appels aux volontaires pour les repousser. Pourquoi, puisque nous sommes un peuple loyal par excellence, comme nos ministres s'épuisent à le dire, avons-nous besoin de tant de stimulants pour échauffer notre patriotisme 1 M. Cartier voulait-il emplir les cadres des volontaires et trouver ses 40,000 hommes[1 Mais puisque le Canada est prêt à s'offrir lui-même aux dévastations des armées en campagne, estril nécessaire d'imaginer à chaque instant des invasions de Fénians pour éprouver notre zèle britannique %

Je n'aime pas les gens qui vont à la messe avec de gros livres qu'ils tiennent à deux mains, carrément appuyés sur l'épigastre, et qui regardent de tous les côtés pour voir si on les remarque. Je connais une femme qui sort ainsi cinq ou six fois par jour de Notre Dame de Pitié, avec un livre qui lui couvre toute la poitrine. Si je la revois, je jure de lui faire un affront et de lui demander si elle sait lire.

La fausse piété cherche toujours à se montrer, parce qu'elle n'est que ce qu'elle paraît. Mais la vraie piété se cache, comme celle du rédacteur du Nouveau-Monde qui n'a jamais fait voir ce qu'il fait de

bien.

Je rencontre un ami dernièrement ; il s'agissait desavoir si je met» trais mon nom à cette Lanterne. " Ne signez pas, me dit-il ; vous ne sauriez croire combien il y a de gens pour qui votre nom est un épouvantail ; vous empêcherez la vente." — " Ah bah ! répondis-je, ceux qui m'en veulent tant sans me connaître ne savent pas lire ; que mon nom paraisse ou non, qu'en sauront-ils 1 Ils ne le verront pas. Tandis que mes amis seront contents de le voir paraître. Déplaire à cent ennemis pour plaire à un ami, ce n'est pas là un sacrifice ; je n'hésite pas, je signe. v

L'Ordre entend l'emprunt. C'est là qu'il est libéral.

Ainsi, l'autre jour, il empruntait une colonne entière au Pays sans lui en tenir le moindre compte. Maintenant il emprunte au Nouveau-Monde, journal qui lui interdit jusqu'aux qualités et titres qu'il veut prendre. Il est évident que V Ordre n'est d'aucun parti, puisqu'il s'habille indifféremment de toutes les défroques.

Depuis que ce pauvre journal n'est plus que VOrdre tout bonnement, sans qualification ni couleur, tout le monde se jette dessus comme sur le baudet. . Voilà ce que c'est. Quand on a des ennemis, il faut avoir en revanche des amis qui vous soutiennent. La plus mau-

vaise tactique est de vouloir ménager tout le monde. Sur le terrain des complaisances,on ne sait jamais ou Ton s'arrête ; et quand une fois on a pris le pli de la concession, on arrive vite à la bassesse, qui est l'ignominie. Etw ou n'être pas ; il n'y a pas d'autre alternative.

Un futur ministre vient de partir de Québec. C'est Doran, défalcataire de la Municipalité pour quelque chose comme soixante mille dollars. Sans doute Doran, qui était pressé de voyager, (ceux qui ont de l'argent ont toujours peur des voleurs) n'a pas pu attendre le prochain remaniement du Cabinet. Et puis, on n'est jamais sûr de ce qui peut arriver; un gouvernement dans l'embarras est capricieux et peut négliger les objets de sa prédilection habituelle ; Doran n'aurait peut-être pas eu de chance, malgré tous ses mérites.

Le Nouveau-Monde s'exalte de sa deuxième année d'existence. H est si étonné d'avoir pu vivre un an qu'il va passer les trois mois qui lui restent encore à vivre à le rappeler à ses lecteurs. Mais comme les lecteurs du Nouveau-Monde sont des gens qui, par état, sont habitués à toutes les vertus évangéliques et surtout à la résignation, ils le laisseront bien faire encore pendant ces trois mois-là.

La Minerve a moins de scrupules que le Nouveau-Monde. Elle trouve la Grande Duchesse simplement stupide. En cela elle a raison : mais c'est ce qui m'étonne.

Lô Nouveau-Monde ne se contente plus d'être moral ; voilà qu'il est modeste. Je lis dans son numéro du 9, à propos des lettres échangées entre le gouverneur et le procureur-général de la Nouvelle Ecosse: " Noué sommes comme ⣠ordinaire le premier journal français du Bas-Canada qui donne la traduction de ces documents importants" *

Quand une nouvelle arrive le matin, le Nouveau-Monde, qui se publie le soir, a naturellement le pas sur les autres journaux qui se publient le lendemain. Mais le Nouveau-Monde, qui passe sa vie à méditer sur l'autre monde, se dît sans doute " qu'est-ce que c'est que quelques heures en comparaison de l'Eternité f

Si le Nouveau-Monde prend comme cela toutes les vertus pour lui seul et ne laisse à ses adversaires que le choix des vioes, il est évident qu'il mourra en état de grâce.

Comme tout change ! C'est pourtant le publicain, se disant le dernier et le plus indigne des hommes, qui fut préféré par le Sauveur!

Entre deux sourds, dont Pun juge et l'autre avocat. Le témoin est dans la boîte où l'on jure et où l'on se parjure encore mieux. Mais parlez donc plus for% dit le juge B. . . ., M. l'avocat 6. . . . D. . . . ne peut pas entendre." En même temps, le juge B . . . . s'approche insensiblement du témoin qui crie à tûe-tête. L'avocat, qui est resté à sa place : " Elevez donc la voix un peu, témoin, vous voyez"

bien que M. le juge B. . . . n'entend pas un mot."— Eclats de rire dans l'auditoire.

Un huissier se rend chez un saisi, et comme il procède à la numération des meubles et effets, ce dernier lui applique une volée de taloches à faire frémir tout homme qui a la conscience du devoir. •

L'huissier se plaint au tribunal,et le délinquant est condamné à trois shillings d'amende ; il avait négligé d'assommer tout à fait l'huissier ; c'aurait fait un compte rond, et il eût été condamné à payer un dollar. Un autre saisi, croyant profiter de cette règle, éreinte un autre huissier et soustrait en outre la plupart de ses effets pendant que celui-ci est sans connaissance. Traduit devant la cour, il est condamné à remettre les objets qu'il avait dérobés à la saisie.

Une seule difficulté se présentait, c'était de constater l'identité des

objets ; rien que ça i

Le juge B . . . . ,1'autre jour, était furieux, ce qui lui arrive toutes les fois qu'il n'a pas avalé une bouteille d'eau de Plantagenet en se levant. L'avocat Per.... plaidait devant lui. Le juge impatienté, ahuri, avant que l'avocat eût pu dire deux mots : " Asseyez-vous, asseyezvous, dit-il, et finissez-en." — " J'ai beaucoup d'obligation à Votre Honneur de sa complaisance, répond l'avocat, mais j'aime mieux plaider debout."

Un autre juge disait à un autre avocat peu célèbre qui déblatérait à tort et à travers : " Que venez- vous faire devant moi, espèce de moitié d'avocat î. .. .Pardon, Honneur, réplique celui-ci, je n'ai rien de coupé.

Le Journal de Trais-Rivières affirme solennellement que le libéralisme ne fait pas de progrès dans sa localité. J'ai toujours remarqué que c'est pour les choses les plus incontestables qu'on fait le plus de déclarations. Mais je n'ai jamais ouï dire que les gens qui avaient la teigne s'en vantassent dans les journaux.

Cette même feuille, à propos d'une lettre de Mazzini publiée dans le Pays, sans commentaire aucun, et seulement à titre de document

contemporain, jette ces paroles terribles :

Que Mazzini parle de lancer ses cohortes de brigands contre le doux et sublime vieillard qui règne au Vatican ; qu'il ameute ses légions de sioaires contre une année dans laquelle le Canada compte avec orgueil 300 de ses plus nobles enfants, oh 1 alors, M. le rédacteur du Paya s'incline profondément. Il élèverait même un monument à cet infâme Mazzini si, vainqueur des troupes de la chrétienté, assassin de nos compatriotes, il promenait le ravage et la désolation dans la cité des Pontifes romains.

Ainsi osent se montrer devant nous, catholiques, ces lâches et sauvages démagogues. Le plus pur sang de la nation répandu- fera leur joie pendant qu'ils

baiseront ignominieusement la main des meurtriers. Que la honte et l'opprobre les couvrent et que le mépris public soit leur châtiment !

Bang ! Pif ! Paf ! S'il est un fait connu pourtant, c'est que je n'ai jamais recommandé aux jeunes canadiens de se rendre à Rome, et que par conséquent je n'ai pu vouloir les y faire tuer.

Il faut s'entendre là-dessus. . Sont-ce les patriotes d'Italie qui veulent démolir les zouaves canadiens, ou les zouaves canadiens qui veulent démolir les patriotes d'Italie ?

Je ne sache pas que Mazzini soit venu au Canada nous provoquer, tandis qu'il est constant que les zouaves canadiens sont allés à Borne provoquer les Italiens.

Le Journal de Québec dit en parlant de moi :

Il en veut a ceux qui parlent sa langue — nous ne disons pas qui professent 6a religion— d'avoir suivi d'autres conseils que les siens, et il les anéantira s'il le peut. Ces libres-penseurs ne permettent pas aux autres de penser librement, et ceux qui ont le malheur d'avoir d'autres idées que les leurs sur la philosophie, sur la politique, sur la société, sur les droits et les devoirs, ne sont pour eux que des niais ou de vils mercenaires.

Pardon, Journal, il ne tient pas à moi d'empêcher ceux qui pensent d'exprimer leurs idées librement quand ils le voudront. Mais vous qui n'êtes ni penseur, ni libre, je ne vois pas de quoi vous pouvez .vous plaindre.

Il me reste maintenant à parler des grands hommes; je commence par Paul Denis qui a été nommé Conseiller de la Reine pour avoir fait deux faux. Malheureurement, Paul Denis préfère l'obscurité au grand râle qu'il aurait pu jouer à notre époque de gloire. En ce moment il fabrique des cocJcs-taïls dans un bar de Chicago.

Je ne suis pas, moi, comme ces gens du Pays qui s'imaginent que le peuple puisse être trompé. Non, le peuple est infaillible ; et ce qui le prouve, c'est qu'il a réélu Jean-Baptiste Daoust après ses deux procès pour faux. Donc, Jean-Baptiste Daoust n'était pas coupable.

Je ne vois pas pourquoi nous avons des tribunaux, si c'est le peuple qui décide de ces choses-là.

Quand un homme aura commis un vol ou un meurtre, ne lui faites pas de procès ; envoyez-le dans un comté, et s'il est élu, la Minerve dira qu'il est un agneau sans tache ; s'il n'est pas élu, qu'on le pende.

Il n'y a plus que deux alternatives pour les scélérats. Etre conseiller de la reine, ministre ou forçat.

Ce qui m'a toujours étonné, c'est que la Minerve appelle les Américains canailles. Il n'y a pas de canailles. Les seules canailles sont les honnêtes gens.

J'ai trouvé mon deuxième monstre ; je le tiens, je ne le lâche plus. — Mon deuxième monstre, c'est .... ah bah ! vous ne le croirez point, mais c'est lui pourtant, bien lui .... le Nouveau-Monde. . En voilà une ! Vous allez saisir.

Les augures se sont pris aux cheveux.

Voyez jusqu'à quel point ils devaient se haïr entre eux, puisqu'il a suffi d'une étincelle toute petite, allumée par le Pays, pour produire un feu que rien désormais ne pourra éteindre.

Il m'est impossible de rester neutre dans un conflit de presse ; aussi je me range immédiatement du côté du Nouveau-Monde, que je prie de ne pas me repousser avec dédain. Ces unions monstrueuses, pour être peu durables, n'en sont pas moins logiques.

Ce matin, mardi, 22, la Minerve accuse mon allié de s'approprier ses dépêches, de lui faire des vols littéraires, de lui prendre ses informations, de mentir pour soutenir ses diffamations, â? avoir englouti son capital souscrit, plus le fruit de générosités considérables, .... et mille autres douceurs, tout cela après avoir eu d'Elle tant de compliments et de bons souhaits à son apparition dans la presse.

Je démontre par l'absurde ou par l'impossible la fausseté des accusations de la Minerve.

lo. Il est impossible de faire à la Minerve un vol littéraire ; parce que le corps du délit, c'est-à-dire la littérature, manquant, bien plus, n'ayant jamais existé, l'accusation tombe d'elle-même.

2o. Mon allié ne peut s'approprier les dépêches de la Minerve ; parce qu'à moins d'avoir fait des études spéciales de KamsEatquois, on

ne peut les déchiffrer et, par suite, encore bien moins se les approprier.

3o. Mon allié ne dérobe pas davantage à la Minerve ses informations, à moins qu'il ne lui ait pris celle ou la Déesse a puisé que le nommé Daniel Drew (qui est un bateau à vapeur,) s'est crevé en fce heurtant contre un roc — Dans ce cas mon allié aurait eu tort.

4o. Le Nouveau-Monde ne peut pas mentir pour soutenir n'importe quoi, attendu que le Nouveau-Monde étant inspiré à la source de toute vérité, le mensonge lui est impossible. La Minerve sachant cela et disant sciemment tout le contraire de mon allié, doit être elle-même, et elle seule, convaincue de fausseté, accusation qui ne lui fait plus d'effet aujourd'hui, mais qui ne perd pas de sa justesse pourtout cela.

5o. Mon allié ne peut pas être .accusé oV avoir englouti son capital et les générosités qu'on lui a faites, parce que tous les biens de la terre étant méprisables et la pauvreté étant agréable à Dieu, le plus tôt le Nouveau Monde engloutira le reste de son capital, le plus tôt il rentrera dans la pensée de ses fondateurs.

Maintenant que j'ai lavé mon allié de ces cinq premières accusations, je lui retire mon appui pour le reste. Je ne me sens pas capable de réfuter les autres chefs, tous portés par la Minerve de ce

matin et que voici dans leur ordre, textuellement :

Ainsi donc, dans l'espace d'un an, *

Le Nouveau-Monde a eu le temps de travailler à la ruine de nos gouvernement» locaux :

A la ruine de notre nationalité ;

A la ruine de la bonne presse ;

Le Nouveau-Monde a eu le temps d'insulter de vénérables membres du clergé, qui lui donnaient de bons conseils.

Le Nouveau-Monde a eu le temps de pratiquer des faux littéraires en falsifiant le texte d'un journal français, pour éviter de mentionner notre nom. *

Le Nouveau- Monde, pour résumer, a eu le temps de donner l'exemple de tou» les scandales en nous autorisant à

Insulter les prêtres,

Falsifier des textes,

Renier ses opinions au moyen de correspondances,

Refuser de rendre justice devant l'évidence.

Sacrifier le bien du pays à l'intérêt d'un plaideur,

Diviser les consciences,

Détruire la force nationale.

Tout cela, c'est beaucoup trop à dire : mais nous n'avons pas trop dit ; et en disant tout cela, nous ne voulons pas qu il soit compris que nous travaillons à détruire le NouveauMonde. Au contraire, qu'il vive, s'il veut vivre honorablement j il y a place pour lui à Montréal. Nous serons son meilleur ami.

Cette conclusion nous serons son meilleur ami, au sujet d'un journal qu'on appelle menteur, faussaire, voleur, etc., fait voir que la Minerve n'est pas du tout dégoûtée, et qu'il y a beaucoup à craindre d'elle pour

l'avenir.

Il devient de plus en plus difficile d'avoir des servantes ; c'est presque aussi difficile que d'avoir de l'esprit pour un rédacteur de l'Ordre ou de faire quelque chose d'intelligible, pour un traducteur de la Minerve.

Voici ce que je lis dans un journal anglais :

On demande une servante pour une petite famille qui emploie déjà un dômes* tique maie. Le ménage et la ouisine sont faits entièrement par les membres de la famille. Le maître de la maison se lève de bonne heure, mais prépare le déjeuner lui-môme. Le blanchissage se fait en dehors de la maison, et la cuisine est pourvue de tout ça qui fait le oomfort et le luxe; La viande froide et le hachis sont scrupuleusement bannis de la maison.- On donnera n'importe quels gages ; monep ù no object. On échangera en outre sa photographie.

On ne dit pas s'u y a une Lanterne dans la ouisine de la petite famille. Maintenant que la mienne est connue, les- servantes vont devenir d'une exigence!.... J'y verrai... patrons.

Sir . Narcisse Fortunat Belleau, lieutenant-gouverneur de la province de Québec, est venu à l'Exposition la semaine dernière. (Je ne puis me résoudre à l'appeler Son Excellence, malgré toute l'envie que j'en aie, parce que je suis colon,et tant que je serai colonje veux prouver ma loyauté par mon obéissance.) (*) La Minerve s'exprimait ainsi au sujet de cette visite : .

En allant sur son passage contribuer a un accueil enthousiaste, nous aurons fait parvenir à Sa Gracieuse Majesté, l'expression de notre inébranlable loyauté, et, en môme temps, nous nous serons honorés à nos procrée yeux, puisque ces hommage* s'adressent à un digne et sympathique compatriote.

Noua l'avons d Vja dit l'arrivée de son Excellence le lieutenant gouverneur de la Province de Québec à Montréal est une grande et solennelle occasion où il nous sera donné de nous affirmer, etr pour avoir droit d'espérer de l'avenir, nous devons nous affirmer.

Je ne sais pas si sa Gracieuse Majesté est abonnée à la Minerve, ni si elle a quelque autre moyen de connaître chaque mouvement de Sir Narcisse ; il peut se faire même qu'il lui échappe quelque détail, malgré le retentissement que va avoir en Europe notre exposition provinciale, retentissement qui poursuivra la reine partout, dans tous ses voyages, car en Angleterre on ne parlera que de cela pendant bien longtemps. Mais enfin, si cette expression de notre inébranlable loyauté ne lui parvenait pas, il nous resterait toujours la consolation de nous être honorés à nos propres yeux et de nous affirmer pour avoir droit à V avenir.

Le marchand qui ne peut pas vendre sa marchandise la garde pour lui-même ; c'est une grande consolation, mais qui mène droit à la banqueroute.

Il paraît que jusqu'à présent nous n'avons pu nous affirmer, et qu'il a fallu une visite aux moutons et aux bœufs de la rue Sherbrooke pour nous donner droit à l'avenir. Il y avait bien avant cela la Confédération, mais qui ne donne pas de droits ; au ' contraire, elle en ôte. C'est pour cela qu'il fallait nous rattraper. Aussi, une population immense de vingt-deux personnes entassées dans sept voitures,

(*) Le titre officiel accordé au lieutenant-Kouverneur par le gouvernement impérial était tout simplement " Son Honneur " et non pas " Son excellence " ; mais on lui prodiguait ce dernier titre par habitude de la flagornerie.

accourait-elle mardi dernier au devant de Sir Narcisse pour s'affirmer et pour avoir droit à l'avenir, en payant quatre dollars à M. Hogan qui s'était chargé du banquet au St. Patrick's Hall.

La Minerve " attendait de ses compatriotes cette démonstration qui, pour être spontanée, n'en aurait que plus de mérite." Et plus loin, elle ajoute :

Ce premier témoignage devra être tuivi d'un égal entrain pour le concert de mercredi. Nout nous attendom à y trouver tons ceux qui ont la prétention de chérir l'autonomie du Bas- Canada. Le paya en retiendra lie» noms pour savoir où sont ses amis véritables.

Après les calculs les plus économiques, le nrix des billets pour le déjeuner a été fixé à $4. Bien peu de personnes ne pourraient assistera ce déjeuner; nous avons la confiance qu il n'y en manquera pas une.

Ce pas une est unique. Pas une de qui ? On ne peut pas se trouver 1,300,000 âmes dans la salle St.Patiick. (*) Mais ce n'est pas de raisonner qu'il s'agit.

Voulez-vous être un ami véritable de votre pays ? venez, cela coûte quatre dollars. Voulez-vous au contraire bouleverser toutes les lois qui nous gouvernent, ne venez pas au déjeuner ; on saura qui vous êtes.

. J'ai fait ce calcul. Il y avait 130 personnes à ce déjeuner, nous avons une population d'à peu près 1,300,000 âmes;donc nous sommes 1,299,880 rebelles contre 130 amis de leur pays et des dindes truffés.

Ce qu'on admirera, c'est une démonstration spontanée à laquelle on s'attend deux ou trois jours d'avance, dont toutes les péripéties et les phases sont indiquées rigoureusement, et dont le programme enfin, contenant l'indication des lieux et des heures, est depuis longtemps arrêté.

L'autonomie du Bas-Canada s'est trouvée représentée ce jour-là par la société St. Jean Baptiste qui se trouve toujours seule à tout représenter, et qui est arrivée là spontanément, comme elle arrive toujours, composée des mêmes personnages.

Une vraie improvisation ! et soyons certains que nous les trouverons encore à la première opportunité. Ces gens-là n'ont pas besoin de se prévenir entre eux ; ils se trouvent d'instinct dans toutes les chances qui s'offrent de goûter un bon morceau et de le digérer au

nom du pays.

M. le président de la société St. . Jean-Baptiste s'est surpassé

toutefois dans l'adresse qu'il a présentée au lieutenant-gouverneur.

Il a dit en parlant à Son Excellence :

Comme Société canadienne-française, nous ne dissimulerons pas, dit-il, que nous regardons la haute dignité dont vous avez été revêtu par Sa Majesté

(*) Population approximative du Bas-Canada tout entier. Depuis l'établissement de la Confédération, en 1867, le Bas-Canada a pris le nom de Province de Québec.

comme projetant dé l'éclat sur tous nos compatriotes, et comme assignant a

notre race le rang qu'elle a droit d'occuper sur cette terre.

nous pouvons proclamer hautement notre ferme attachement à la constitution qui nous régit, et qui nous a valu cette reconnaissance de nos droits.

Je ne sais si ce discours était improvisé. Dans tous les cas, M. le Président aurait dû en faire un autre pour le public afin de lui expliquer si c'est notre attachement qui 'nous a valu cette reconnaissance de nos droit s^ ou si : c'est la constitution. Si c'est notre attaehement, il faut avouer que, comme tous les amoureux, nous restons aveugles devant l'ingratitude. Si c'est la constitution, reste à savoir quels droits on a pu nous reconnaître, quand où nous a enlevé celui d'élire notre conseil législatif, de nommer nos juges, de conduire nos affaires politiques, & . . . . Peut-être est-ce celui de nommer un imprimeur de la reine ; mais jusqu'à présent, si ce droit a été reconnu, comme nous ne l'exerçons pas, il est inutile.

Peut-être le gouvernement local fera-t-il bientôt acte d'existence, et si c'est le propriétaire de la Minerve qui est nommé imprimeur officiel, il y aura de suite une nouvelle manifestation nationale, composée de huit membres de la société St. Jean-Baptiste et du dit propriétaire, pour faire voir combien le peuple entier est heureux sous la constitution gui le régit

On n'empêchera jamaisles jeunes gens d'encombrer les professions, "En effet, " dit le Journal de Québec, "ils finissent toujours par se procurer la somme requise pour leurs examens, en la demandant &. des amis; à des protecteurs, ou à un travail forcé."

Quand ils n'auront plus ni amis, ni protecteurs, et qu'ils ne pourront plus casser des pierres, ils se feront condamner à deux ans depénitencier. Après tout, vaut autant commencer que finir pa* là>, bien mieux même .... quand on a de l'avenir ! Sous le régime: de* mœurs indulgentes qui a été inauguré par le gouvernment local, il este difficile que les jeunes gens ne reçoivent pas à leur sortie du péaitencier quelque emploi du gouvernement, si la clientèle leur manque.

•Te conseille donc fortement ce moyen aux étudiants qui veulent: réussir.

J'ai toujours remarqué que les canadiens ont un amour prononcé pour le féminin; c'est à ce sentiment sans doute qu'ils doivent leur autonomie nationale. Ainsi ils disent invariablement " la grande air, une belle hôtel, de la bonne argent" quand ils ne disent pas " des argents" grand Dieu ! Mais voilà le Journal de Québec, particulièrement attachéà la conservation de notre nationalité, qui trouve qu'il n'y a pas encore assez de féminin ; il dit : " Si cette impôt que l'on prélève est destinée ... . .mais si elle vise à éloigner. . . .nous la, trouvons injuste et inutile."

Impôt était pourtant le dernier mot à féminiser ; il est essentielle-

ment masculin, comme tout ce qui est lourd Et puis, un impôt qui vise à!. . . .

Monseigneur dit que l'écu que nous dépensons au théâtre fait tomber sur nous un anathème qui êefera sentir jusqu'à la dernière gê- ' néiation. .

Il m'est impossible de contester cela, puisque c'est parole sacrée. Mais je me permets une réflexion, et c'est ce qui me désespère ; . . on ne devrait jamais réfléchir.

Nos petits enfants seront anathématisés quand même, malgré notre obéissance à notre pasteur. • Nous sommes, nous, la dernière génération des hommes vivants ; or, nos pères qui allaient au spectacle, du temps de Louis XIV par exemple, ont dû être anathématisés aussi ; nous le sommes par conséquent, et nous transmettons cet. anathème à nos petite enfants qui n'en pourront mais

Voyez-vous ce que c'est que de raisonner !

Le Pérou vient d'être à moitié enseveli par un tremblement de terre. Je ne sais pas si c'est un buffle qui aura fait tout à coup son apparition sur quelque volcan de ce pays malheureux. Dans ce cas, il faut que ce soit un gros buffle y bien plus gros que celui d'Amalfi. Quand ils s'y mettent, ces buffles-là sont terribles. Pour eux, c'est la moindre des choses que de faire des tremblements de terre, et ils appellent ça " donner un spectacle."

Il y a buffle et buffle. Le buffle ordinaire est celui qui se tient toujours dans les prairies où les Sioux.et les Comanches le chassent ; lelui-là ne donne pas de représentations. Mais le buffle des circulaires .... brrrr !.. Il arrive des montagnes exprès pour tout démolir. ,A.prèf tout, le buffle du Pérou est peut-être le même que celui d'ÂftiaJfi qui aura eu le temps de grandir. (I)

Un autre genre de buffle, c'est l'Institut Canadien. Celui-là ne .cause pas de tremblements de terre, mais il cause des tremblements de mère, voici comment : .

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(1) Extrait de la lettre circulaire de l'évêque de Montréal relative

aux théâtres, en date du 30 août, 1868.

Nous l'espérons, N. T. G. F. et nous demandons, avec d'instantes prières, que cette bonne et tendre mère éloigne de nous toutes les causes qui pourraient nous .attirer la colèje «du Ciel, et qu'elle fasse pour cette Tille ce qu'elle fit pour celle' d'Amalfi. St. Alphonse, dont nous venons de vous parler, y avait donné une

Sandë retraite avqc des fruits merveilleux. A la clôturé de cette belle mission, il t au peuple, eprtf l'avoir béni > Veillez sur vous-mêmes, met frères; après notre dépari il tombera de la montagne un démon qui voue exposera au malheur ^oublier toutes vos résolutions, <ct ,vous attirera le châtiment d'un tremblement de terre.

En effet, le lendemain, lorsque les missionnaires étaient déjà partis, on vit .descendre ce démon ; l'était un buffle qu'on avait lanoé pour donner au peuple le jspectacle^i'un jén jtrotaA.

Uu jeune homme dé Québec veut faire sa cléricature chez M. X. . . ., avocat de Montréal et membre de l'Institut Canadien. L'archevêque de Québec prévient charitablement la mère de ce jeune homme que si elle envoie son fils chez M. X ... . qui est excommunié, elle sera excommuniée aussi par cela même. . La mère, toute tremblante, se rend chez M. X ... . qui ne peut parvenir à la rassurer.

Et le jeune homme fera sa cléricature chez un patron qui n'est pas excommunié, mais qui n'a pas de causes.

Pour être conséquent, il faut admettre que les ^clients qui vont trouver M. X ... . sont anathématisés aussi, que le juge qui lui donne gain de cause se plonge à plaisir dans l'enfer, et que l'argent qu'il reçoit vient de Belzébuth ...;....

Il ne reste plus qu'à décider maintenant si un débiteur de l'Institut peut le payer sans être excommunié. Si ce cas se présente devant un tribunal, il faudra que les juges en prennent leur parti, qu'ils se donnent à Satan ou donnent leur démission.

Il y en a qui ne se démettront pas ; ce qui fait voir l'état de démoralisation de nos tribtnaux.

L'abus est un roi ; c'est un roi, vous dis-je, inclinez-vous. C'est le seul qu'on n'ait jamais pu détrôner. Je ne prétends pas essayer de le faire. Ce roi, après quelques centaines de révolutions, règne encore aujourd'hui sur 1,500,000,000 d'hommes et particulièrement en Canada, pays fait tout exprès. Il y a des pays faits pour les manufactures, d'autres pour les arts, d'autres pour les sciences, d'autres enfin pour les lettres. Le nôtre est fait pour les abus, ce. qui explique l'étonnement de la presse bonace à la vue de l'émigration canadienne aux Etats-Unis.

L'abus a chez nous toutes les formes ; aujourd'hui, il est sous celle d'un salaire de gouverneur-général. Cet abus consiste à donner 10,000 'louis par an a un homme qui n'en abuse pas. Je m'explique.

Si nous lui donnons 10,000 louis, c'est pour qu'il en fasse quelque .chose ; c'est pour qu'il donne des dtners,des soupers, des bals et des levers puisqu'un gouverneur anglais n'a guère autre chose à faire et

que nous sommes tenus de l'avoir. Ce n'est pas pour qu'il paie les dettes qu'il a contractées en Angleterre, attendu que le gouverneur du Ca-

Mais à peine cet animal est-il arrivé sur la principale place, que toute la ville est ébranlée par un affreux tremblement de terre. Aussitôt le jeu cesse, le peuple effrayé se rend à l'église où l'Archevêque monte en chaire pour annoncer la pénitence et rappeler aux habitants les promesses qu'ils avaient faites durant la mission.

Le prélat parlait encore, lorsqu'une secousse beaucoup plus violente ébranla horriblement 1 église et renversa les chandeliers et tous les objets qui se trouvaient sur le maltre-autel. On sortit incessamment avec l'Archevêque qui, continuant à prêcher sur la place publique, parla en ces termes de la menace prophétique : " L homme de Dieu, dit-il, nous avait prédit ce grand châtiment, si parmi nous U s'en trouvait qui ne voulussent point se convertir. Prions, mes frères, pour ces pécheurs endurcis, et daigne le Dieu des miséricordes toucher leurs coeurs ! "

nada, c'est lord Monck, et non pas ses créanciers. Or, il se trouve que le cabinet anglais pense tout le contraire et prend la chose tout à fait

à rebours.

Mais ce n'est pas tout. Au premier abord,il semblerait que,puisque c'est nous qui payons, c'est à nous de décider combien et pourquoi nous payons. Pas le moins du monde ; nous sommes dans Terreur. Le premier devoir d'un colon est de payer sans savoir ; nous le remplissons fidèlemeftt.

Celui qui décide en cette matière, c'est le Secrétaire d'État anglais. Il est vrai que nous nous appelons Puissance ; mais jusqu'à présent nous n'avons pas encore la puissance de disposer nous-mêmes de notre argent.

L'état colonial est un état unique ; il prépare un peuple à la grandeur et à la puissance par l'humiliation. Si tu veux commander, sache obéir, dit le proverbe : c'est très-bien, mais voilà trois cents ans que nous obéissons ; il serait temps que nous prissions l'habitude de commander. Le meilleur moyen de commander n'est pas d'obéir toujours. — C'est mal interpréter 1# proverbe.

Un autre abus, c'est une ville qui n'est pas éclairée quand les citoyens paient très cher pour qu'elle le soit. Je vous défie de ne pas vous tuer, quand vous sortez après sept heures du soir. Quand, à moi, si je vis encore, malgré mes habitudes nocturnes très condamnables, je l'avoue de suite, c'est que la Providence- me protège, que le Courrier du Canada veuille ou non que la Providence protège les libéraux.

Mais une compagnie du gaz ne peut pas faire éclairer une ville par la Providence et nous faire payer ensuite comme si c'était elle, la compagnie, qui éclairait.

Pendant six mois de l'année, la Providence prend la forme de la lune. (1) C'est encore là un abus, et nous payons toujours le gaz, pendant ces six mois-là. Mais comme nous ne payons pas à la lune, elle nous joue le tour de se cacher les trois quarts du temps dans les nuages, et il est très-difficile d'aller ïy chercher.

Les journaux anglais ont. deux orthographes pour le nom de l'assassin de McGee. Les uns l'appellent Whalan, les autres Whélàn, C'est un moyen sûr pour qu'il ne puisse échapper. Il prétendrait en vain que cette dernière orthographe n'est pas celle de son nom ; on lui répondrait qu'on a fait le procès de Whalan aussi bien que celui de Whelan, et que l'un a été trouvé aussi coupable que l'autre.

(1) Dans les villes canadiennes, on n'allume pas les becs de gaz quand la lune parait.

Whelan est-il vraiment coupable ? se demandent encore certaines personnes. Là n'est pas la question. Il faut partir de ce principe. Il fallait un coupable. L'assassinat de McGee étant un crime politique, il fallait le venger. On a eu Whelan sous la main ; il a été trouvé coupable ; je suis convaincu qu'il l'est : mais le coupable, on l'aurait inventé, si on ne l'avait pas trouvé.

Pourquoi Whelan, au lieu de tuer McGee, n'a-t-il pas assassiné Howe f II n'y aurait pas eu de sentence- prononcée contre lui après un verdict du jury, absolument comme dans le cas de Jean-Baptiste Daoust. Il eût été condamné, soit, mais à la charge de se présenter dans un comté quelconque. Et du reste, il aurait eu incontestablement une exonération fabriquée par la Minerve, ce qui équivaut à une récidive.

La Minerve dit que Son Excellence, Sir Narcisse Fortunat, a daigné répondre au discours que lui a fait l'association agricole.

Ce daigné m'a inondé de voluptés inconnues. C'est trouvé, cela ! Quels progrès nous faisons vers l'indépendance ! Tudieu! mes amis, Daigné .... Sir Narcisse a daigné répondre

La Minerve annoncera prochainement qu'elle entretient un rapporteur spécial à Québec pour lui télégraphier tous les matins que Son Excellence a daigné se réveiller à sept heures, et s'étirer les membres trois fois pour représenter Sa Majesté.

Nous allons bien sous la constitution qui nous régit

A propos à! Excellence, on était très embarrassé, dans le petit cercle officiel, de savoir si l'on donnerait ou non ce titre au lieutenant-gouverneur. Un homme d'esprit qui se trouvait là par hasard proposa de faire lire l'adresse par un bègue qui aurait commencé ainsi : " A Qon ex. . .. Excellence . ..." Tout le monde eût été satisfait de ce moyen ingénieux de concilier la vérité avec la prétention. Mais cela ne faisait pas le compte des membres de la Société St. Jean-Baptiste qui veulent toujours être satisfaits tout seuls.

On me dit : " Quelle rage vous pousse à fronder tous les vices, à chercher partout des ennemis, à vous attirer des haines sans trêve î Le monde est méchant, sot et. vil : qu'y pouvez- vous ? voilà quatre mille ans qu'on le lui dit ; on le lui dira encore dix mille ans de plus, et il restera le même. Pourquoi ne pas jouir de la vie, en cueillir les quelques fleurs perdues çà et là, au lieu d'en exprimer le poison goutte à goutte et vous nourrir de fiel 1 Pourquoi ne pas chercher le bonheur qui est la paix, au lieu dé provoquer l'orage % "

Je réponds que je ne puis être satisfait, ni tranquille, tant que je verrai autour de moi les méchants, les sots et les lâches triompher. Qu'ils soient tout simplement dessots, je ne puis que les plaindre; qu'ils

soient vils sans que personne en souffre, ma pensée ne s'abaissera jamais jusqu'à eux. Mais qu'ils soient méchants et hypocrites, vicieux pour l'avantage qu'ils en tirent, et veuillent se rendre solidaire tout un peuple, je ne cesserai d'agiter mon fouet qu'ils n'aient cessé d'envenimer les esprits et de corrompre les consciences.

Devant tous ces hommes vendus cent fois, incapables d'une volonté, tremblants sous une parole, courbés sous un signe et qui ont le cynisme de parler de religion, d'honneur national, de patrie, de devoirs, je me lève et je leur ris au nez, parce que toute colère serait impuissante, tout mépris puéril, quand même on le prodiguerait.

r*—t^fot|^

LA LANTEME

Le mot d'ordre n'a pas été bien donné. Il y a des journaux qui ont parlé de la Lanterne. Commencerait-on à se fatiguer de l'ennuyeuse consigne du silence et se trouverait-il des rédacteurs assez indépendants pour chanter pouille à qui bon leur semble 1

Il est vrai que les premiers essais d'indépendance des feuilles selon le cœur de l'autorité ont donné lieu à des équivoques superlativement comiques, comme lorsque le Canada, s'imaginant parler de la Lanterne, dit " qu'elle ne contient pas un mot fin, mais pas un seul, pas un trait gai duquel on puisse dire : " Tiens, voilà du neuf ! " pas une plaisanterie un peu allègre, un peu pimpante, un peu choisie, qui fasse penser, " — oublie que c'est son propre portrait qu'il trace, en employant pour d'autres ses plus vilaines palettes.- vérité ! comme tu te venges bien !

Mais voici qui est plus grave. Le Canada ajoute que la Lanterne " ne contient rien, rien, si ce n'est quelque impiété, quelques irrévérences envers le clergé, que le Paya avait omis jusqu'à présent d'étaler dans ses vitrines."

Il est temps de s'entendre sur la signification de ces mots impiété, irrévérences envers le clergé. Rédigez-vous la Lanterne f vous êtes impie. Rédigez-vous le Nouveau-Monde? vous insultez les prêtres, vous travaillez à la ruiné de la bonne presse, à la division des consciences. (Minerve)

A force de chercher le secret de cette confusion, j'ai fini par découvrir qu'elle avait été imaginée exprès pour faire croire que la Lanterne est inspirée directement par l'évêché de Montréal

Je déclare que c'est là une insigne fausseté, qu'ayant appelé mon journal La Lanterne, je ne l'ai pas appelé YEteignoir, et que la dite Lanterne n'est inspirée que par les sottises et les ridicules de la presse dévote,, assez Nombreux pour l'occuper longtemps avec toutes les variétés désirables.

Le Courrier du Canada félicite Y Ordre de Y acte de courage î qu'il a fait en renonçant à son titre de libéral. C'est le coup de grâce de ce pauvre écrasé. Il devait s'attendre pourtant à ce que ceux qui lui ont arraché cette lâche complaisance se moquassent de lui.

Et le Pionnier de Sherbrooke, prenant cela au sérieux, s'écrie avec transport : " Tout cela indique que le parti libéral progresse, hein ! "

Mais sans doute. Le premier pas. à faire pour avancer est de se débarrasser des obstacles. Or, des libéraux de la trempé de Y Ordre sont des calamités — nuisances, comme disent les anglais.

Je veux prévenir les vrais libéraux du danger qu'il y a à recevoir dans leurs rangs élargis des recrues suspectes et des auxiliaires perfides. Jamais position ne sera conquise, jamais victoire ne sera remportée par eux, si, pour chaque pas qu'ils font en avant, ils ont parmi eux des alliés qui leur en font faire immédiatement trois en arrière.

Je ne connais qu'un homme dans le Bas-Canada qui ait trouvé moyen d'être un journaliste des bons principes, et de dire la vérité une fois. C'est M. Cauchon. Il a été trente ans dans la presse militante avant de pouvoir accoucher de cette vérité. Mais tenons-lui compte de cet acte de courage tardii qui va l'exposer, lui aussi, au reproche d'irréligion.

. Voici ce qu'il disait dernièrement dans son Journal de Québec:

■ " Dans notre pays, on tolère longtemps les abus, on les souffre pendant des années avant de songer a les faire disparaître. On se borne d'abord à déplorer le mal, a souhaiter de le voir coupé dans la racine, et ce n'est qu'au jour où le danger devient imminent que, secouant leur apathie, .les citoyens cherchent les moyens de le conjurer. "

Pour dire cela, il faut être décidé à braver toutes les foudres.

Car on n'ignore pas que chaque fois qu'il s'est agi de faire le tableau

tle notre état social, notre digne clergé a cherché avant tout à nous

bien convaincre que nous sommes le peuple le plus heureux de la

terre.

La raison, je l'ignore.

Est-ce parce que nous payons bien la dîme î

Est-ce parce que nous expédions à Borne des zouaves pontificaux qui y meurent dépuisement et de fièvre 1

Est-ce parce que la paix des ménages est troublée par les excommunications qui menacent les lecteurs du Pays ?

Est-ce parce que notre population travailleuse, décimée par là misère, émigré avec douleur aux Etats-Unis 1

Est-ce parce que des milliers cfémigrants européens passent à notre nez tous les. ans, pressés de se rendre chez les Américains 1

Est-ce parce que t . , . . mais je m'arrête. Nous avons en vérité trop de sujets d'être heureux, et je crains, en les énumérant, d'inspirer l'orgueil de la prospérité qui est toujours funeste. . . .même aux

grands peuples,

Une ombre vient se mêler à nos joies. Le nouveau gouverneurgénéral, Sir John Young, au lieu d'être un duc ou comte, est tout simplement un Sir.

Voici comment le Journal de Québec exhale son amertume :

" On trouvera peut-être un inconvénient dans la parfaite égalité sociale existant entre le gouverneur-général et ses ministres. Sir John Young est un baronet, M. Cartier est un baronet : Sir John Young est chevalier commandeur du Bain, Sir John A. Macdonald est chevalier commandeur du Bain. Anciennement» nous avions pour gouverneurs, dans les colonies, des comtes, des ducs et jusqu'à des princes du sang royal; c'était lorsque notre population se comptait par milliers. Aujourd'hui que nous sommes un peuple de quatre millions, et presque une nation, la mère-patrie est à notre égard d'une décourageante parcimonie. Tel n'est pas le moyen, dans tous les cas, de propager les idées monarchiques parmi nous. '

Vraiment, ça n'est pas la peine d'expédier un gouverneur d'Angleterre s'il n'est que l'égal, socialement, de M. Cartier. Mais je ne m'arrête pas à ces considérations.

Je ferai remarquer seulement que les Etats-Unis, qui sont une nation de plus de quatre millions d'hommes, ont un président qui est un ancien tailleur, qu'il a suffi d'un mot de cet ancien tailleur pour faire s'incliner devant lui le puissant empereur de la France, que le président qui l'a précédé était un ancien bûcheron» et que ses ministres étaient ses égaux à tous les points de vue.

Comment veut-on que l'Angleterre ne se contente pas de nous envoyer un Sir, quand elle voit les Etats-Unis se contenter d'un bûcheron?

Bah ! on est toujours assfez noble pour recevoir 10,000 louis de traitement.

Quant aux institutions monarchiques, il est malheureux que nous n'en prenions pas le goût à mesure que les autres peuples le perdent.

Mais si nous sommes condamnés à rester derrière tout le inonde, au moins ne tirons pas trop sur la queue pour ne pas l'arracher. Nous resterions tout seuls.

Je viens de voir le prospectus d'un nouveau journal qui s'appelle Y Ave Maria et qui est fondé dans les intérêts de la Sainte Vierge.

Allons, bon. Voilà que la Sainte Vierge a besoin d'un organe. La polémique va devenir de plus en plus difficile ; mais heureusement que la Minerve, qui est une déesse/ nous mettra a l'aise avant quinze jours en déclarant que Y Ave Maria n'est qu'un insulteur gagé de la mère du Christ et un diviseur de consciences.

On ne dit pas si l'évêque de Montréal a autorisé la Sainte Vierge à avoir un parti dans le Bas-Canada, mais on dit qu'une messe en requiem et un certain nombre de communions sont offertes tous les samedis à ceux qui paieront vingt dollars.

Malgré la perspective attrayante que cette messe en requiem fera luire aux yeux des actionnaires, beaucoup se diront qu'il n'est pas nécessaire de précipiter les choses, qu'il est toujours temps de se faire chanter des requiems quand on est mort, et que d'assister à son propre libsra tous les samedis, même en payant pour, ne constitue pas un des plaisirs les plus recherchés de notre époque si féconde en divertissements.

] Vautres prétendront qu'il faut ayant tout être rond en affaires, que le chiffre de vingt dollars étant précisé, il* faut que celui des communions le soit ; qu'en outre, comme il est difficile de constater le nombre de ceux qui communient le samedi dans toute la catholicité, la comptabilité du nouveau journal deviendra incontrôlable;. .. .à moins que la Sainte Vierge ne fasse tous les samedis un miracle pour son organe et n'envoie des colombes annoncer le nombre exact des communions reçues .... Alors ce sera la chose la plus facile au monde.

J'ai toujours remarqué que les rois ont une heure, invariablement la même, pour abdiquer ; c'est lorsqu'ils ont jœrdu leur trône.

Mais comme le droit divin est inaliénable, ils ont soin d'ajouter qu'ils abdiquent en faveur de leurs enfants.

Ainsi Napoléon, battu à Waterloo, abdiquait en faveur de son fils. Aujourd'hui, c'est la reine d'Espagne qui, incapable de rentrer dans sa capitale, et par conséquent de reprendre son sceptre, veut le passer au prince des Asturies.

Tant qu'il reste aux rois la plus petite chance, au lieu d'abdiquer, ils fusillent

Aussi toute phase d'abdication peut être indiquée par ce thermomètre infaillible :

1er jour. — Les troupes royales sont engagées avec les rebelles; victoire indécise. — Cinq mille hommes seront passés par les armes dans les 24 heures.

2e jour. — Les troupes royales perdent du terrain, mais soutiennent bien la retraite. — Trois cents hommes seront fusillés avant .la nuit.

3e jour. — Les troupes royales sont en pleine déroute.-— Amnistie partielle pour les rebelles les plus compromis.

4e jour. — -Les insurgés sont maîtres de la capitale.— Amnistie complète.

5e jour. — Le roi est en fuite. — Abdication.

Il y a encore un autre moyen quand on n'abdique pas, c'est de monter à l'échafaud. Mais les rois qui sont tous en faveur de la peine de mort, n'aiment pas à prêcher d'exemple.

Le Courrier du Canada a bien voulu dire que je n'étais qu'un imbécile ; me voilà désarmé maintenant ! U est plus fin qu'on ne le pense, le Courrier : en effet, je ne voudrai jamais qu'on m'accuse de faire la guerre à mes semblables.

Je lis sous l'en-tête Livres Nouveaux, dans une annonce du

Nouveau-Monde : ..

" Etudes philosophiques sur le christianisme, " par Auguste Nicolas 1.

Ces études datent d'au moins trente ans !

" L'art de croire, " (qui n'est pas nouveau, et surtout qui n'est pas un art ...)

Mais puisqu'il existe des titres de ce genre, c'est que les trois quarts des choses qu'on veut faire gober aux hommes d'aujourd'hui exigent des esprits façonnés tout exprès pour les admettre.

De telle. sorte que l'art de croire n'est que le résultat de l'art de faire croire.

Les personnes désireuses de se perfectionner dans cet art peuvent prendre des leçons tous les jours dans les articles de la Minerve et du Nouveau-Monde, moyennant six dollars par an, ce qui n'est pas cher quand on songe à la quantité d'absurdités qu'elles y apprendront à croire.

La raison de ce bas prix vient de ce que le fonds de la crédulité

humaine est si prodigieusement grand, que les dites écoles sont

toujours sûres de se rattrapper du bon marché par le nombre des

élèves.

" Pharmacie spirituelle de poche, a l'usaga des confesseurs. "

Oh, là ! D'abord, je n'ai pas compris ; — il faudra que je prenne des leçons de croire — ensuite, je me suis dit que, puisqu'on fait commerce de tout maintenant, je ne tarderais pas à. trouver dans une colonne du Nouveau-Monde cette nouvelle annonce :

" Parfumerie religieuse :

" Odeur de sainteté pour le mouchoir.

" Odeur de vertu pour la toilette des dames.

- " Essence de purification extraite des os de Saint Pacifique, a. l'usage des .'nitént; qui sentent l'ail.

" Essence de componction pour les gencives.

" Eau de repentir distillée pour les yeux, combinée arec l'élixir de contrition pour les cœurs endurcis, etc., etc., etc.

" A prendre : Une cuillerée a soupe après avoir péché, ou un verre à vin avant de se rendre à confesse.

" En vente dans le soubassement de l'église des Jésuites, à côté du compartiment réservé aux représentations théâtrales.

' Je lis qu'une adresse, débutant par ces mots, a été présentée à l'évêque de Saint Hyacinthe :

" A Sa Grandeur Monseigneur V 'Illustrissime et Rêvérendissime Charles Larocque, èvêque de St. Hyacinthe. "

Il me semble que lorsqu'on s'est déjà fait appeler Sa Grandeur Monseigneur, l'illustrissime et le révérendissime sont du superflu. Mais la religion des temps modernes, qui se traduit par ces expressions, n'en saurait trop avoir. •

Il y a entre autres un sissime qu'on a sans doute oublié, et qui aurait trouvé là sa place admirablement, c'est Yinfaillibilissime.

Depuis sa discussion avec le député d'Iberville, M. Dufresne, il n'est personne qui puisse contester ce titre à l'évêque Larocque qui disait :

Nous, le clergé, nous décidons de tout ; vous, laïques, vous êtes coupables si vous discutez quoi que ce soit ; un bon catholique doit être soumis à l'église et l'écouter, sous peine d'être regardé comme un païen et un publicain. "

Ainsi, je soutiens, moi, que le club Saint Jean-Baptiste n'est pas une société secrète, et je le prouve. Vous, évêque, vous dites " c'est une société se rète. "

Pardon, Monseigneur, excusez-moi, c'est une société secrète, puisque vous le dites. De cette façon, du moins, on ne m'appellera pas un publicain.

Le Nouveau-Monde trouve le Pays maladroit, parce qu'il a annoncé six heures à l'avance la condamnation de Whelan.

Nous faisons des miracles, cher confrère, nous faisons des miracles. Ça doit vous aller. Chacun son tour, que diable 1

J'ai fini par découvrir la signification du mot "impie." Le Nouveau-Monde s'offre pour deux sous, et personne ne l'achète ; la Lanterne se vend six sous, et tout le monde la demande. — Donc, je suis

impie. .

Je ne vous demande qu'une chose, messieurs : c'est bien le moins, puisque vous êtes infaillibles, que vous soyiez conséquents, que vous ne disiez pas un jour une chose et le lendemain une autre.

Ainsi, lois de mon installation au Papa, vous m'avez accablé de compliments, mêlés de sottes injures, il est vrai ; mais dans mon petit amour-propre, je n'ai fait attention qu'aux compliments, comme s'ils pouvaient avoir quelque valeur.

Aujourd'hui, vous dites que la Lanterne est rédigée sans talent, sans esprit, sans style . . . . , etc . .

Voyez un peu la différence. Moi, je ne vous ai jamais pris que pour des imbéciles, je vous prends encore pour tels, je vous le répète, et je mourrai avec cette conviction.

.Je suis un misérable, un scélérat, c'est entendu, c'est admis de tout le monde, ça été dit vingt mille fois, je ne le conteste pas.

. Mais, pour comble à mon déshonneur, il faut que le Nouveau- Monde me traîne dans ses colonnes.

Vous voulez sans doute, en mettant sans cesse ma personne en avant, sans discuter mon œuvre, m'entrainer dans la lutte oiseuse et triviale des personnalités.

Non, messieurs. Vous pouvez vous occuper de moi, vous avez vos raisons. Mais je ne saurais, de mon côté, m'occuper de vos piètres personnes.

Je vous combats parce que vous représentez un fait, à défaut d'une idée, parce que vous êtes l'image d'un parti, formé d'ombres, il est vrai, mais existant et saisissable.

Quant à vos individualités, je ne les aperçois même point

Vous m'avez déclaré la guerre, je vous attendais.

Au premier coup que vous avez porté, tout le monde vous a reconnus ; ce premier coup était une lâcheté.

Vous avez effrayé un honnête homme, un brave libraire qui croyait dépendre de vous, et. il n'a plus osé vendre la Lanterne.

C'est là le coup : mais le contre-coup, le voici. Pour un dépôt qui m'est enlevé, j'en aurai dix.

Vous avez cru empêcher la vente, elle va être triplée. Constatez vous-mêmes, vous qui croyez tenir tout dans cette ville enchaînée. On vous échappe ; la réaction du progrès se prépare, fermente, et vous ne la voyez pas ! -

Vous vous êtes dit que je serais écrasé. Beaucoup ont jeté un regard sur moi qu'ils croyaient seul devant la noire puissance.

Mais j'avais avec moi la jeunesse, cette jeunesse qui depuis dix ans est muette, enserrée, bâillonnée. J'ai remué ses entrailles et fait vibrer son cœur.

Vous croyez la tenir et elle me crie : " En avant," et ses chaudes poignées de main me disent qu elle aspire à la liberté, si elle n'est pas encore prête à combattre pour elle.

Venez, venez avec vos obscures phalanges, dresser l'obstacle devant la Lanterne. Nous le culbuterons.

Vous avez avec vous les bourreaux- de la pensée, nous en avons les soldats.

Nous avons des recrues partout, et vous l'ignorez. Oui, partout' des recrues, parmi ceux qui portent encore leurs fers, comme parmi ceux qui les ont brisés.

Vous avez beau dire que la Lanterne est une œuvre de protestants, de Suisses, comme vous le* appelez. Non, ce n'est pas une œuvre de protestants.

C'est l'œuvre des hommes libres, et de tous ceux qui veulent l'être.

Vos jongleries religieuses, votre pieux charlatanisme, sablonneux édifice d'impostures, n'aveuglent plus que les vieilles femmes.

Le peuple, longtemps pâture, redevient homme. Le bandeau tombe, ou ne couvre plus que des yeux depuis longtemps affaiblis.

U ne fallait plus qu'un drapeau. Eh bien ! je le prends en main. Pleuvez sur moi, malédictions, calomnies, infamies, injures.

Je souris voluptueusement à l'outrage, et je vous nargue .... troupeau !

Je lis dans la dernière Lant rne d'Henri Rochefort :

Le bureau de bienfaisance du sixième arrondissement, ayant besoin d'un médecin, avait placé, le premier sur la liste, le docteur Emile Allix.

Sur cas entrefaites, le ministre de l'Intérieur ayant appris que le jeune et savant docteur était appelé par Victor Hugo lui-même à donner ses soins à M. ma Victor Hugo dans sa ctarnijre maladie, a écarté M. Allix pour choisir le candidat placé en seconda ligne.

Vous rendez- vous un compte bien exact de la sa- isf action que doit éprouver un malade à qui on vient tenir ce langage :

" Vous souffrez d'une maladie de Foie qui vous emportera d'ici a un temps prochain. Nous pouvions vous envoyer un docteur qui seul parviendrait à vous sauver, mais comme il est un républicain et qu'il se permet d'aller d nner ses soins aux exilés, nous aUons le remplacer par un autre, entre les mains de qui vous passerez, très-probablement, mais qui à 1 avantage d'être bonapartiste. J'espère que nous sommes gentils pour vous. "

C'est absolument là le langage que tient notre clergé dans les •

élections.

" Voulez- vous être ruinés, dit-il, mais sauver votre Ame? voici M. X, qui est un idiot, mais qui se présente devant vous tout exprès pour faire votre salut. Si vous /Usez M. D., il parlera contre les fortifications de Lévis, et vous serez damnés à tout jamais. "

Le premier devoir d'un homme politique, dès qu'il entre dans l'Assemblée Législative, c'est de dire le chapelet, ensuite, de ne rien dire, et, en dernier lieu, de toucher {600 pour le rachat des péchés de ses commettants.

Il y a des députés qui ont le double mandat. (1). C'est pour qu'ils ouvrent les portes du ciel à bouble battant.

(1) On disait alors des députés élus pour le parlement fédéral et pour l'Assembla provinciale également, qu'ils avaient le " double mandat. "

Je me suis toujours demandé pourquoi nous avions des élections en Canada. C'est la chose la plus inutile et la plus embarrassante au monde.

Tout candidat qui veut briguer les suffrages n'a qu'à se présenter chez son curé et lui annoncer sa détermination de sauver les âmes de

toute la paroisse, ce qu'il peut exprimer' par cette formule :

" Je jure de voter contre toute loi qui tendrait à l'abolition de la dlme ;

"Je jure de voter contre toute foi qui empêcherait les corporations religieuses d'hériter.

"Je jure de voter contre toute loi qui enlèverait au clergé une parcelle du monopole de l'éducation ;

"Je jure de voter contre toute loi qui bannirait le fanatisme des écoles en les rendant libres...., etc ..."

Cette formule peut être variée suivant les circonstances. L'essentiel est qu'on atteigne le but, qui est la sanctification des comtés par renrichissement des corps religieux. '

Je frémis en songeant à la hauteur d'arrogance et d'absolutisme effréné où peut atteindre l'homme envers qui toute la presse inepte rivalise de servilité et de dégradante adulation.

La lettre suivante en fera foi. Elle est un peu ancienne ; mais cela est indifférent. Depuis lors, cette arrogance n'a fait que croître et embellir.

C'est l'évêque de Montréal qui écrit au docteur B . . , professeur à l'école de médecine canadienne :

Montréal, 31 juillet, 1861.

" Monsieur, — Je suis profondément affligé en voyant l'attitude que prend votre Faculté de Médecine vis-à-vis de la religion. EUe n'ignore cas sans doute que l'Institut Canadien soit en flagrante désobéissance à l'Eglise qui condamne ses principes comme irréligieux, et sa bibliothèque comme impie et immorale. Cependant votre Faculté reçoit dans son sein et même met à sa tête des 'membres de cette Institution dont 1 autorité ecclésiastique a signalé aux catholiques de ce diocèse les dangers pour leur foi et leurs mœurs. Far ce procédé que je ne puis m'expliquer, votre Faculté me force de lui retirer la protection que je lui avais accordée de si bon cœur, en lui donnant entrée dans nos institutions religieuses où elle n'aurait jamais, je pense, mis le pied sans mon intervention.

" Mon . intention était de ne pas m'arrêter «n si beau chemin et je méditais quelque chose de mieux encore pour donner a votre Institution une importance encore plus grande. Mais après cet acte de mépris de l'autorité divine dont je suis dépositaire, je me vois réduit à la pénible nécessité de rétracter ce que j'ai pu faire pour lui concilier la confiance publique.

" Il n'y a vraiment plus moyen pour le clergé de recommander aux élèves sur lesquels il peut avoir quelque influence, de fréquenter vos cours, et votre Faculté se trouve dans uneposition d'autant plus fausse que l'Université Laval, qui offre toutes les garanties possibles pour la foi et les mœurs de ses étudiants, est à notre portée, et qu'il est facile d'y faire arriver nos jeunes gens qui se distinguent le plus par leurs talents et leur bonne conduite.

Je regrette beaucoup de me trouver dans la nécessité d'accomplir un devoir rigoureux et ce- serait, n'en doutez pas, un vrai bonheur pour moi si les raisons qui m empêchent d'être, comme par le passi, tout dévoué a votre institution, disparaissaient. *

" Je suis très-véritablement,

M Votre très-humble serviteur,

" f la., ZfrÊWE DE MONTBIAL.''

Cette façon de mêler l'autorité religieuse aux choses purement de science, donne lieu, en dehors d'épouvantables abus, aux plus drolatiques épisodes.

Un de mes amis avait fait, il y a quelques années, un petit traité de chimie agricole ; il l'expédie dans les campagnes ; le curé vient à passer, examine le livre; "Comment! s'écrie-t-il, en le rejetant, il n'y a pas un mot de la sainte Vierge dans tout cela / renvoyez vite ce livre, il ne peut que perdre les enfants."

Mais voici un exemple plus frappant encore. •

C'est une histoire assez récente, une expérience cruelle dont la victime, jeune, hélas ! vit la Parque inflexible couper les tendres fils de son existence printanière.

Tel on voit le blanc nénuphar balancé mollement sur le miroir des flots par une brise attiédie, ainsi son œil presque . éteint flottait vaguement sur les profonds abîmes de l'empire de Caron, et Fange de la

mort, planant avec ses blanches ailes sur sa couche douloureuse

ceci est pour dire que l'évêque de Montréal, Ignace par la grâce de Dieu, ce digne prélat qui a tant fait pour la gloire de Saint Pacifique, avait décidé, après une de ces inspirations que lui envoie souvent le Saint-Esprit, que dans le cas d'accouchement difficile, s'il fallait sacrifier ou la mère ou l'enfant, on devait sans hésiter sacrifier la mère afin que l'enfant pût recevoir le baptême. Cette théorie, ou plutôt ce dogme, car une très^antique tradition canadienne a établi que tout ce que dit un évéque, un prêtre, un diacre, un sous-diacre, ou le moindre ecclésiastique, est parole divine, ce dogme, dis-je, créa une espèce de stupéfaction parmi les médecins qui n'étudient pas la thérapeutique dans les mandements.

Or, un jour, les docteurs T. ., P. .et C. .sont appelés dans un hospice ou mourait une jeune fille, en grand travail, disait-on, mais sans que rien ne parût encore. " Labor omnia vinoit, " a dit le poète ; mais celui-là était un païen ; il n'a donc rien à faire dans mon récit. Le docteur T voulait employer le système ignatien; les docteurs P et C hésitaient, s'y opposaient. Au beau milieu de la dispute, un profond soupir se fait entendre, une main tombe inanimée . . la jeune fille venait ^de mourir, sans l'aide des médecins, pour rendre hommage au nouveau dogme. Grande victoire pour l'Eglise 1 Dieu lui-même intervenait et se manifestait clairement II n'y avait plus qu'à extraire l'enfant. L'opération césarienne sur un cadavre était la plus facile des choses. Pas un instant à perdre; l'enfant, dans le sein glacé de sa mère, trouverait vite un tombeau L . . .L'opération commence ; mais à peine l'instrument a-t-il entrouvert les cloisons fatales qui emprisonnent la vie» qu'un sang noir mêlé d'un pus abondant jaillit tout à coup. Le flot coule, inondant le lit de mort de ses teintes violacées ; les docteurs ébahis se regardent ; petit à

petit disparait cette rondeur accusatrice, objet de tant de disputes, cause de tant de souffrances. Le flot cesse, et ces mômes entrailles qui, tout-à-l'heure, semblaient, contenir une existence vigoureuse, maintenant affaissées, molles, distendues, ressemblent à une joue après une fluxion.

Qu'était-ce donc ? 6 merveille, un abcès ! un abcès énorme venait de crever dans les flancs de la morte. C'était là l'enfant qui avait hérissé d'arguments trois illustres Hippocrates, dont l'un voulait procéder avec les canons évangéliques, et les deux autres seulement avec, le forceps. Mais comme pour témoigner de la vaine sagesse des hommes, et des crimes que peut engendrer une fausse interprétation des dogmes, la nature, se mêlant de la partie, avait soudain tranché la question.

Mais en sera-t-il toujours ainsi 1 Et pourra-t-on chaque fois se procurer des abcès sur commande ?

La pièce qui suit m'est envoyée directement de France. C'est l'explication d'une carte de géographie allégorique, copiée récemment ar les élèves des religieuses du Saint-Sacrement de Bernay, en Normandie :

Presqu'île de la Perfection

La presqu'île de la Perfection est située à l'est du continent du Monde, auquel elle est jointe par l'isthme de la charité bienfaisante. Elle est baignée au nom et à Test par le vaste océan de l'Amour divin et au sud par la mer du Méprit de toi mime. On trouve le cap de Persévérance à la pointe méridionale, au nord celui de la SainU-Di/lance, et au nord-est celui de la Mortification, ■

Les principaux' fleuves sont lo. celui des Divines Consolations, qui prend sa source au pied du mont de la Générosité, arrose la oité du Bonheur, et se jette dans l'Amour divin ; 2o. le fleuve de la Paix qui sort des monts de Y abandon à la volonté de Dieu, et se jette dans la mer du Méprit de toi-même.

L'abord de ces lieux serait inaccessible si les voyageurs, après avoir côtoyé les rochers escarpés de la Crainte, des Troubles, des Scrupules et des Retours sur soi-même, ne trouvaient enfin le golfe de la Confiance, et ne jetaient l'ancre au port de l'Amour divin. Le commerce est très florissant ; on exporte dans le continent voisin le zèle du salut des âmes, la compassion, l'amour du' prochain, le pardon des injures, et l'on reçoit en échange les solitudes et les croix dont les habitants savent tirer un grand prix ou plutôt un grand parti.

Le sol est très fertile et produit toutes les vertus. Après vingt-deux ans, le parfait modèle de la douceur, saint François de Sales se rendit maître de ce pays.

C'est ainsi qu'en France, au XIXe siècle, on instruit les jeunes filles.

Et les XJltramontains réclameront encore le monopole de l'enseignement!

Des filles que les parents ont la naïveté de leur confier pour en faire des femmes capables de remplir dignemetit leurs devoirs d'épouses et de mères, ils s'efforcent de faire des idiotes !

Cela s'appelle élever les enfants sur les genoux de V Eglise II!

Abonnés de la Lanterne, mes amis ! je suis illustre, illustrior, illustrissime, absolument comme l'évêque de Saint-Hyacinthe, mais sans qu'il m'en coûte aussi cher.

Mardi dernier, j'arrivais tout innocemment dans Québec, cette antique cité si pleine de souvenirs et si vide d'espérances.

Je foulais son sol vierge de macadam, et je cherchais ses trottoirs, ui sont aussi des. souvenirs. Au-dessus de ma tète, les teits couverts e mousse des maisons se penchaient comme pour mesurer la distance qui les séparait du paré. Les commères, installées déjà sur le devant aes boutiques, arrêtaient les passants incertains et gourmandaient leur laitier. On voyait à l'horizon cahoter une calèche au milieu des rochers disposés jadis pour faire des barricades contre les Américains ; le ciel. était serein, ainsi que les bons habitants. . . .

A peine venais-je de gravir l'escalier de la haute ville et de me

rendre compte, par anticipation, des sentiments qu'on éprouve dans le

troisième ciel, qu'un groupe de jeunes gens, débouchant dans la côte

de la Montagne, fond sur moi dès qu'il m'eût aperçu, m'entoure,

m'arrête, et semble vouloir m'enlever.

" Buiee, comment ! c'est toi T Buies, toi ici ! 1 ! Mais tu vas te faire brûler, mon ami. Tu n'as dono pas vu la dépêche? "

Et l'un d'eux, tirant de sa poche le Chronicle de Québec, me lit cette terrible dépêche qui venait d'être expédiée de Montréal, et que je traduis pour vous,. lecteur^ en attendant que vous sachiez l'anglais.

" Une forte pression est exercée sur la Lanterne, journal satirique français, afin de V étouffer le plue tôt possible. Sa lumière e&t trop vive pour plaire à certaines an* toritée ecclésiastiques qui désirent la supprimer. Quelques doute cents exemptai' res de la Lanterne circulent chaque semaine parmi les canadiens-français. "

Un autre, prenant Y Evénement, me met sous le nez cette nouvelle à sensation.

" Les antràt&ecllàriafttQTi* demandent la jnpproeifen de la Lanterne. "

Jugez du.chofe. Je «este ébahi» Mes amis sfempresseut auteur de moi, ma cbnteBnflemt et restent suspendus à* la première parole qui va sortir de ma fauche ; car tî était évident que j'étais illustre, illustre sans avoir été ni brûlé ni pendu.

Quels progrès depuis deux cents ans ! Aujourd'hui on peut être illustre en dehors de l'église, et vivre 1

C'est même tout le contraire de ce que c'était au bienheureux temps des bûchers et des auto-da-fè.

Nous sommes dans une honteuse- décadence. Je publie un journal abominable, on s'empresse autour de moi, on me félicite, tandis que l'évêque de Saint-Hyacinthe, le jour même qu'il est proclamé illustrissime est obligé de quitter son siège épiscopaL

Il se sera dit sans- doute " que sert à Vhomme de gagner ses procès s'il vient à perdre son âme t "

Il a préféré ne pas les gagner, se sauver corps et âme à Belœil, laissant derrière lui ses nombreuses créances contre la famille Deasaulles, et vivre dans une retraite modeste, de l'avis de son confrère, l'évêque de Montéal, qui a 4Q,000 dollars de devenus» .

Je vis dans Québec une chose qui vaut mieux que tous les embellissements de Montréal.

L'ancienne prison, qui était an centre de la ville, est convertie en un collège, Ce collège s'appelle le collège Morrin, du nom de son bienfaiteur le Dr. Morrin, un Anglais mort il y a quelques années, en léguant huit mille douais pour fonder une maison d'éducation.

J'ai visité dans tous ses coins et recoins ce nouveau collège éclos des cellules et des cachots. Aucun édifiée, grâce aux transformations qui ont été faites, n'est plus complet, mieux distribué, plus propre à faire un collège II y a salles d'exercices, chambres de bains, gymnase, classes spéciales de Chimie, de métallurgie, de géologie. . . ., etc., de spacieux corridors où Pair joue en liberté, des appartements qu'éclaire une lumière prodigue et joyeuse. Tout cela est frais et jeune ; et cependant e'est avec les muas décrépits d'une vieille prison, avec ses planchers chancelants, avec ses cachots humides et ses plafonds vermoulus que tout cela a été fait.

Il m'est venu une réflexion amère. Vos prisons sont trop petites pour le nombre des détenus. Elles ne le seraient pas trop peut-être* converties en collèges* pour le nombre des élèves.

Un jour «viendra sans doute où toutes les prisons seront changées en collèges. C'est lorsque Finstruction, cette grande moralisatrice, aura banni l'ignorance et la misère qui sont la cause dé tant de crimes.

H faut pour cela que l'instruction soit libre, qu'elle soit dirigée ptfr des' hommes qui veulent faire d'autres hommes, et non par une caste ambitieuse qui ne cherche qu'à faire des esclaves afin de leur commander.

Les dernières nouvelles d'Espagne annoncent que la Juntb provi" soire a saisi les propriétés des Jésuites et banni leur ordre.

Allons, pauvre Espagne! te voilà atteinte du même mal qui a sauvé la France, et qui menace de sauver prochainement le Mexique.

Il n'y aura bientôt que le Canada où Ton pourra faire son salut en payant.

Je lia dans le Papa.:

" Si l'on se souvient que, par suite d'un décret, le nombre des couvents existant en Espagne, avant 1837, a été diminué de moitié, il ne sera pas sans intérêt de connaître le nombre de ceux qui existaient tn mil huit cent tovxanU, date du dernier recensement officiel.

" A «cette époque, il y avait 866 couvents, dans lesquels vivaient 12,990 reli-

Sieuses, dont le chiffre des pensions se montait à 8,990,620 reaux par an. Le nombre es chapelains, sacristains, organistes et chanteurs des dits couvents était de 2,174, et leur budget annuel de 3,421.086 réaux.

" Il y avait en outre 8 espèces d'ordres religieux, d'hommes, repartis dans 32 établissements, et composés de 719 personnes.

" Mais, depuis 1860, les communautés religieuses des deux- saxes ont augmenté dans une proportion considérable, à l'abri de la protection que leur accordait le gouvernement,

" En 1833 on comptait en Espagne 29 ordres religieux d'hommes qui possédaient 1834 maistfna ou «ooveots. Les religieux étaient au nombre de 319279."

Maintenant, veut-on savoir pour quels gens on tenait ainsi l'Espa* gne comme embouteillée, et si bien, et si fort, qu'élis a fini par éelaterl

On s'entretenait, savant la révolution, dans une réunion assez nombreuse, de la conspiration qui a eu pour résultat l'exil dés généraux de l'Union Libérale. Le curé d'une. paroisse s'écria: si Juarez estarà en eso, donnant à entendre que le président de la République Mexicaine pouvait être le promoteur de la dite conspiration.

Cette sublime ignorance ne peut être comparée qu'à celle d'un de nos curés de campagne qui, prêchant la passion le vendredi saint,, se tourna, dans un transport, vers un crucifix surmonté du coq légendaire. " C'est toi, s'écria-t-il, oui, c'est toi, maudit coq, qui es cause que notre Seigneur a été pendu à Rome, entre deux autres voleurs. "

Cette aversion légitime des coqs, jointe a d'autres motifs très graves, faisait que ce curé était toujours contre les Rouges dans les élections.

 propos de M Art de croire que je continue à voir parmi les annonces de mon confrère en Jésus-Christ, il m'est venu une idée*

L'art de croire n'est rien ; tous les imbéciles viennent au monde perfectionnés dans cet art-là. Mais l'art de paraître croire 1 voilà qui est essentiel. Il faut pour possèdes cet art un stage d'au moins un atf dans les bureaux du Nouveau-Monde, ou un apprentissage illimité dans les confréries du Scapulaire Bleu de V Immaculée Conception, du Scapulaire Bouge du Précieux Sang, du Scapulaire Noir du Mont" Carmel — il y en a pour tous les goûts, afin d'éviter les discussions — ou encore dans la confrérie de la Couronne d'Or, de l'Adoration Perpétuelle, du Rosaire- Vivant .... etc ... . après quoi on passe dans les bureaux ù& la Minerve où l'on apprend l'art de faire croire 9 qui est le dernier degré de toute ambition intelligente.

Je lis que la reine d'Espagne s'est sauvée en France, emportant* avec elle la couronne et tous ses bijoux, plus 22 millions de réaux en or.

Je sais bien qu'il y a deux morales, l'une pour les princes, l'autre pour les simples mortels. J'ai même fait des études particulières des différents genres d'honnêteté dans la Minerve, où l'on apprend que la conscience des hommes au pouvoir ne peut être comme celle des simples citoyens.

Mais il m'arrive toujours de fourrer mon nez partout où je ne comprends rien.

Je me suis donc demandé si les bijoux de la couronne appartenaient bien à Isabelle II, depuis qu'elle n'est plus reine, et si les 22 millions de réaux qui forment sa liste civile sont bien à elle, dès lois qu'elle ne règne plus.

Je suis dans une perplexité extrême. Mais si l'on m'assure que les bijoux de la couronne et les réaux appartiennent de droit divin à l'ex-reine d'Espagne, alors je comprendrai absolument tout.

Le droit divin ne pouvant se perdre, grâce à son origine, si on ne l'applique plus aux trônes, il convient du moins de «rappliquer à* l'argent qu'on en retire. %

C'est de la plus stricte logique. On ne peut jamais les prendre en faute, les absolutistes ; c'est ce qui me désole.

Si, grâce à nos institutions, nous n'avons pas la presse bâillonnée,, en revanche nous avons la presse ébêtée.

, Je ne sais pas si c'est un avantage ; dans tous les cas, nous le payons cher. Nos journaux en effet trouvent le moyen d'être plus serviles et plus plats devant la seule puissance qui règne chez nous, que les français ne le sont devant les 600,000 bayonnettes de l'empire.

Ici, la servilité n'est pas imposée; elle est volontaire, gratuite, adulée, recherchée à cœur-joie, avec transport. Nous sommes bien

faits pour être méprisés par lès races qui nous entourent, et nous ne le volons point, Dieu merci.

L'évêque de Montréal fait-il un pas, tous les journaux de s'écrier : " Sa Grandeur Monseigneur par ici, Sa Grandeur Monseigneur par xa • > • • eue • • . •

L'autre jour, Sa Grandeur, donc, allait consacrer la nouvelle

église de l'Assomption.

Les élèves du collège, dit la Minerve, se disposaient à aller au devant de Sa Grandeur t tout armés de pied en cap pour lui faire escorte ; mais, par malheur, le mauvais temps empêcha qu'on arrangeât les choses au gré du zèle ; et une heure et demie avant l'heure fixée pour l'arrivée de Sa Grandeur f Elle descendait à l'église d'abord, puis au presbytère, à la grande surprise des habitants qui se trouvaient pris en flagrant délit de bonnes dispositions.

Le cortège qu'on se proposait de faire à Monseigneur eût bien valu la peine d'être compté, si Sa Grandeur n'eût prévenu les plus empressés.

Malpri qu'on eût été pris d Vimprovitte dix minuta après l'arrivée de Sa Grandeur, 300 à 400 personnes stationnaient devant le presbytère. Et Monseigneur ayant paru eto....

Ceux qui peuvent avaler tout ce dégobillage, sans avoir dès crises» . ont l'estomac robuste. Quant à moi, je suis dispeptique, et, des la ' troisième ligne, j'ai eu des nausées.

Je connais un temps, qui n'est pas le nôtre, où l'on était bien meilleur catholique qu'aujourd'hui, tout en l'affichant bien moins..

Dans ce temps-là, on se contentait d'appeler un prélat tout bonnement M. l'évêque, ce qui ne l'empêchait pas de bénir autant de cloches et d'accorder autant d'indulgences que le prélat de Montréal.

L'exagération pompeuse des titres est toujours en raison directe de

l'affaiblissement du respect qu'on porte à la personne, ou à ce qu'elle

représente.

Le Journal de Québec a changé son amour du féminin pour celui du pluriel. " Le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, dit-il, le général Doyle, sont en ce moment à Terreneuve.

Quand on n'a plus la qualité, il faut au moins se rattraper sur la quantité.

Les zouaves canadiens ont reçu une distribution de tabac que leur a envoyé le comité de Montréal. Voici comment ils témoignent leur reconnaissance.

Rome, Cercle Canadien, 8 septembre 1867.

Tous les enfants du Canada, Zouaves Pontificaux, sur lesquels vous avez déversé vos bienfaits, sans distinction de localité, vous disent simultanément : merci, mille fois me ci, et vous envoient des souhaits de bonheur et de joie. Nous pensons avoir bientôt occasion de battre le briquet au nez des forçats anti-catholiques • nous leur montrerons qu'elle gaieté donne au cœur canadien une bonne pipée de bon tabac. Les sacrifices que vous avez faits auront) nous vous l'assurons, leur récompense.

Si les zouaves canadiens ont été envoyés à Eome pour se battre avec des forçats, ça n'était pas la peine, à moins que ce ne soit là une

manière d'avouer qu'à Rome il n'y a pas de tribunaux» et que le seul châtiment qu'on réserve aux scélérats est de leur battre des briquets au nez»

On voit que le gouvernement pontifical est un gouvernement paterneL

Si, d'un autre côté, les zouaves ne se rendent au combat qu'avec des pipes, quand bien môme elles seraient bourrées de tabac canadien, le plus pontifical de tous les tabacs, ils pourront réussir à produire la fumée des batailles, mais pas le feu ... . qui est essentiel

Peut-être sera-ce une façon pour eux d'affirmer leur nationalité, mais je doute que les garibaldiens, qui ne sont pas tous au fait de la société Saint Jean-Baptiste, leur tiennent compte d'une bonne volonté si évidente.

Maintenant, je ne saurais trop m'associer aux zouaves pour reconnaître les sacrifices énormes que le comité s'est imposés pour leur faire avoir du tabac.

On n'aurait jamais pu croire à tant d'abnégation, si l'on ne savait tout ce qu'inspire l'espoir d'une récompense dans l'autre monde.

A force d'admirer le régime qui régnait à Naples sous les Bourbons, alors que les rois pactisaient avec les brigands, nous en sommes venus à l'imiter.

C'est ainsi qu'après un vol de $200,000. commis au préjudice de l'Assurance Royale, à New-York, les coupables ont été arrêtés à Montréal, " et après mille procédures, la compagnie, s'apercevant qu'elle ne pourrait recouvrer ses fonds, a pris le parti de traiter avec les voleurs et de toucher la dîme de ce qu'on lui avait enlevé. "

Nouvelle à sensation ! Le Nouveau-Monde se vend maintenant un sou aux gamins qui le revendent comme ils peuvent

Son dévouement à la propagation de la foi tue mon confrëre. Ce qui m'étonne, c'est que lui qui raconte toute espèce de miracles depuis un mois, n'ait pas trouvé moyen d'en faire un pour lui-même. Il est temps d'y penser, parce que, sans miracle, au point où il en est rendu, il lui faudra sombrer.

Quand je pense que je vends ma Lanterne aux gamins quatre cents, qu'ils la revendent cinq, et qu'il n'en est aucun qui ne fasse ses trois shillings par jour, je reste confondu des manières d'agir de la Providence qui se plaît à enrichir des misérables comme moi, et qui accable d'infortunes ses plus dociles serviteurs.

Il y a quelque chose là-dessous.

L'erreur est toujours à côté de la vérité, comme un défi ou une me* nace. C'est ai&si que, dans les Etats- les plus catholiques, la révolution est en permanence à côté de l'ordre établi.

En Espagne, dans le Pérou, dans l'Equateur, dans le Venezuela, ' dans l'Amérique Centrale, on est toujours à couteaux tirés.

Je veux bien croire qu'il en est ainsi pour que l'étincelle jaillisse. Mais il faudrait ne pas être exclusif et convier un peu les protestants à s'entre-égorger de temps à autre, pour qu'il leur arrive aussi à eux quelques éclairs de vérité.

Ces gens-là s'amusent trop à raisonner, ça les embrouille. Si l'Angleterre et les Etats-Unis étaient comme l'Espagne où l'on enseigne . encore, entre autres vérités, que c'est le soleil qui tourne autour de la terre, ils sortiraient vite de cette tranquillité funeste qui donne libre jeu à la science et à la raison, choses damnables.

Je reçois à l'instant la lettre suivante que je m'empresse de publier.

" Monsieur,

Comme vous avez été le premier à annoncer dans la Lanterne l'établissement d'une parfumerie religieuse, je me hâte de vous faire savoir que je dois avant peu commencer une exploitation de ce genre, afin d'augmenter le nombre des bonnes œuvres instituées à Montréal,mais dont les bénéfices s'évaporent toujours mystérieusement, sans qu'on sache qui les retire.

Pour mériter l'encouragement que je sollicite, je déclare que tous.

les profits réalisés par moi seront employés au recrutement de l'armée

pontificale, attendu, comme dit Y Univers, que

Si Pie 9 avait de l'argent et voulait simplement ouvrir les yeux sur les d 'sortions italiennes, il ne tarderait pas à avoir à son service la majeure partie des troupes de Victor-Emmanuel.

" Voici quelques uns des articles que j'offrirai d'abord en vente pour faire voir la sainteté de mes motifs.

Protoxide de remords pour prévenir l'impénitence finale ;

Pilules anti-schismartiques pour empêcher les apostasies ;

Extraits de mandements pour guérir de la manie des théâtres ;

Poudre d' Amalfi pour arrêter les incursions des buffles impies dans les capitales ;

" Vous avez pu voir, M le rédacteur, que le Nouveau-Monde a retiré son annonce de la pharmacie tptritvelle depuis que vous en avez parlé. Je n'ai donc plus à craindre de concurrence. La raison en est sans doute que cette pharmacie n'étant qu'une pharmacie de pache t était établie sur un trop petit pied pour réussir. La mienne échappera à cet inconvénient par l'extension que |e lui donne.

J'ose oompter, monsieur, que vous voudrez bien en favoriser l'établissement. "

Je ne saurais trop féliciter cet honnête industriel de la résolution' qu'il a prise. Son projet répond à ua des grands besoins de notre époque. On avait bien jusqu'à présent toute espèce d'excellents

remèdes, comme le denier de Saint-Pierre, les indulgences. . . .etc . . . . mais la demande étant devenue hors de proportion avec l'offre, il est nécessaire de créer de «nouveaux produits qui satisferont toutes les consciences avides.'

Parmi les bénédictions célestes qui ont été prodiguées au Canada pour Tenvoi à Rome de cent cinquante zouaves pontificaux, on remarque l'élévation de trois canadiens au grade de caporal.

En revanche, le Witness de Montréal affirme, d'après L'Echo cFItalia, que s'il y a trois zouaves canadiens caporaux, il y en a cent atteints de maladies honteuses, qu'il ne nomme pas; s'imaginant que les gens devineront de quelle maladie honteuse peut être affligée cette milice sanctifiée par toutes les bonnes oeuvres.

Sans doute qu'en attendant l'occasion de les purifier par le feu des batailles, la Providence a voulu rappeler à ces soldats de la religion, de la vertu, de la morale chrétienne, de la pureté évangélique, qu'ils sont encore peccables et sujets à tous les maux de l'humanité généralement quelconques.

Ne pouvant me faire supprimer ni emprisonner, les journaux cléricocaux ont entrepris de me rendre fou.

Deux peuples qui se font la guerre ont des instants de trêve ; deux ennemis acharnés, après un long combat, font la paix. Mais pas de., répit, pas de trêve, pas de repos pour celui qui se bat avec les stupidités du Nouveau-Monde.

Il faut que ce journal cesse de paraître, ou je deviendrai fou. Oui, je vous le jure, je ne pourrai résister trois mois de plus à l'amas deplatitudes qu'il imagine encore tous les jours, après en.avoir expec^ tore pendant un an.

Depuis une semaine, il a trouvé moyen de nous administrer deux miracles, dans un siècle où l'on ne croit plus aux pilules.

Le premier a été fait pour le père d'un zouave pontifical qui,, atteint d'une maladie mortelle, s'est guéri tout à coup, grâce à Saint Joseph, et s'est mis à sauter comme une carpe.

Le second concerne les hommes de cages, (1) dont l'un ayant dû son salut a la Sainte Vierge qu'il invoqua en pressant son scapulaire sur son cœur avec confiance, publia le fait a la louange de son auguste protectrice, et, dès le lendemain, plusieurs de ses compagnons se présentèrent au couvent vis-a-vis duquel avait eu heu le naufrage, pour demander des scapulaires.

Dieu a daigné bénir ces nouveaux zouaves, ils n'ont éprouvé aucun accident cette année, tandis qu'ils ont vu plusieurs cages se briser dans des rapides qu'ils venaient de traverser.

C'est cette modeste fleur de dévouement et de reconnaissance envers le Cœur de Jésus 4ue nous osons offrir a la bienveillance du Messager, afin que, par son moyen, le parfum s'en exhale à la gloire de ce divin Cœur.-— Messager du Cœur de Jésus.

(1) On appelle communément " cages " des trains de bois.

Ce sont là les contes de vieille femme que le Nouveau-Monde offre quotidiennement* à ses lecteurs.

Ce qui m'étonne, c'est que le Canada ne soit pas j>euplé aujourd'hui exclusivement de bêtes, mais là ! de vraies bêtes, allant à quatre pattes, car il y en a assez de ceux qui n'en ont que deux*

Il faut que notre peuple ait une intelligence hors ligne pour avoir résisté depuis dix ans à des journaux comme le Nouveau-Monde, le Courrier du Canada, le Journal de Troie-Rivières, Y Union des Cantons de VEst et la Minerve dans laquelle je lisais, l'autre jour, cette annonce : " On demande un jeune homme pieux dam un magasin de chaussures"

Comment trouvez-vous ce rapprochement du cuir et de l'eau bénite ? Quelle consolation pour les gens bien-pensants que d'enfermer leurs pieds dans des chaussures vendues par un jeune homme qui a fait ses pâques !

Après cela, il n'y a plus qu'à tirer ^échelle, diraient les uns. Moi, je vous prédis ceci :

Avant trois mois, si cela continue, on ne voudra plus se chausser qu'avec du cuir de veau béni, pour éviter les faux pas, ou bien du cuir de marsouin consacré, qui fera gagner des indulgences à ceux qui le porteront.

La Minerve annonce que la reine d'Espagne est tombée parce qu'il lui manquait un homme.

Il est vrai que son mari n'en était pas un, mais elle a su en trouver ailleurs, et plus d'un, même. «

La reine très-catholique avait des maréchaux qui étaient des hommes, et ils l'ont bien fait voir, et la reine en a d« nné la preuve six fois, pendant que son mari, vain simulacre d'époux, admirait, sans pouvoir l'expliquer, la fécondité de son impuissance.

" Il lui fallait des ministres énergiques, continue la Minerve.

Je ne sais ce qu'elle entend par ministres énergiques. Il est à ma connaissance que ceux qu'a eus la très-pieuse fille chérie de l'église ont fait f usiller un quart des Espagnols et déporter un autre quart.

! Probablement que pour être énergiques, il leur aurait fallu en fusiller une moitié et déporter l'autre.

A ce compte, il est certain que la reine serait encore sur le trône.

A quoi tiennent les monarchies de droit divin ! A un homme !!!....

Parmi les dernières améliorations introduites à Québec, on remarque un quartier spécialement réservé aux loups-cerviers.

Ce quartier comprend les rues Fabrique et Saint-Jean, les deux rues f asnionables.

Les ministres de la province étant établis permanemment à Québec, on a compris qu'il fallait avoir des forêts de l'état, pour qu'ils pussent occuper dignement leurs nombreux loisirs.

Le prochain rendez-vous de chasse aux animaux à fourrures aura lieu à Québec, en décembre prochain.—

Un British, tout récemment déballé d'outre-mer, a pris les devants, croyant que puisqu'il y avait des bupe-cerviers, il pouvait aussi bien y avoir des ours, et il s'est rendu à Québec pour leur faire la chasse.

Quelques personnes bien renseignées de l'endroit l'ont dissuadé de son projet, en lui faisant comprendre, à grand'peine, que toutes les bêtes de la création ne pouvaient pas habiter en même temps la capitale.

Les journaux d'Italie annoncent que François IL, Fex-roi de Naples, abdique en faveur de son frère, le comte Girgeati.

En voilà un qui ne se presse pas. Voilà huit ans qu'il a perdu son trône, et c'est d'aujourd'hui qu'il l'abdique !

Il n'y a que ces gens-là pour nous donner le fou rire.

Mais le plus drôle sera de voir le Nouveau-Monde prendre la chose au sérieux, et conseiller au roi sans royaume de ne pas abdiquer.

LE CONCERT PRUME

' " Montréal, comme centre d'attraction artistique, dit la Minerve, ne se croit pas du tout à plaindre. Avec Prume et Madame Petipas, deux réputations européennes, nous laissons volontiers à New-York ses combinaisons Bateman et Grau, pour conserver nous-mêmes la véritable suprématie du bon goût en Amérique.

On connait Madame Petipas, M. N. Mairovitch et M. Mayerhoffer. On s'est acharné à les applaudir, et les applaudissements n'étaient pas volés. "

Il est bon d'observer, avant d'aller plus loin, que ee n'est pas nous qui laissons à New- York les combinaison» Bateman, ce sont elles qui

nous laissent que tant que la troupe Bateman est restée à

Montréal, la ville entière s'est précipitée à ses représentations comme une véritable furie, malgré la concurrence qu'ont essayé de faire les

jésuites que là où nous donnons les plus remarquables preuves de

bon goût artistique, c'est aux concerts de ménestrels, aux jeux de cirque, aux séances de nécromanciens, auxquels nos gens accourent avec fureur ......

Ensuite, il faut observer qu'on ne fait pas preuve de bon goût en mettant ensemble Mme PETIPAS et M. N. Mairovitch.

J'ai déjà dit dans mon premier numéro que les pires imbéciles sont ceux qui l'ignorent au point de se croire fins, et que * ceux-là ont invariablement un penchant étrange, qui est de faire des comptesrendus pour la Minerve. Faut-il que je le redise ?

Dieu qu'il m'en coûte d'être toujours sur le dos de mes confrères ! Mais pourquoi sont-ils toujours sur mes nerfs?

Nous avions jeudi dernier deux grands artistes, Prume et Mnie Petipos. Quelle idée a-t-on eue d'aller fourrer là Narcisse Mairovitch 1 Quelle idée a-t-il eue d'aller s'y fourrer lui-même ?

Je ne dis conviens pas que Narcisse ait une voix, mais pas pour chanter. Il est bien mieux quand il tousse:

Il n'a donc pas d'amis, ce pauvre jeune homme 1

Voilà Madame Petipas, une artiste nécessaire dans notre ville, une femme dont la longue perfection et les leçons savantes sont indispensables à toutes nos jeunes filles qui ont des dispositions musicales, et vous lui servez des comptes-rendus de Minerve pour reconnaître son talent et l'encourager ! 1

Nom d'une clarinette ! ceci me froisse. .

Ah ça ! dans le grrrand parti conservateur, vous ne trouvez donc pas un homme capable d'écrire deux lignes supportables ! Importezen, que diable ! et ne faites pas payer vos lecteurs pour les rendre

idiots.

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