‹ La lanterneChapitre 5 sur 26 · MORT DU COMMANDANT TÊTU · texte numérisé non relu

MORT DU COMMANDANT TÊTU

J'interromps un instant ma Lanterne, lecteurs, pour donner cours à des regrets que je ne saurais vous taire.

Je viens de perdre un ami d'enfance, presque un frère. Le commandant Théophile Têtu vient de succomber subitement à un anévrisme, pendant qu'il croisait dans le golfe, à bord de La Canadienne,

II est mort à trente-trois ans, et c'était la première année de son commandement.

Tout le monde aimait Théophile Têtu. Il était brave, spirituel, élégant, plein de cœur.

Sa santé robuste, l'estime publique, sa position fièrement acquise lui promettaient un avenir digne de ses talents et de son mérite.

Il est mort sans avoir conquis, un. nom,, sans avoir donné la mesure de ce qu'il pouvait faire.

La mort est étrangement avide et cruelle dans ses choix. Jamais elle ne fait le compte de ceux qui restent pour pleurer ceux qui ne sont plus. Pressée de moissonner, elle avance l'heure de ses victimes! et prend par surprise celles qui pourraient longtemps la combattre.

Il faut dire ce que l'on pense. Ce n'est pas seulement un droit, c'est un devoir.

" Quiconque a une pensée, dit Paul Louis Courier, est tenu de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est toute à tous.

"Qu'importe ce qu'on dit de vous ! Les jésuites criaient autrefois contre le grand Pascal et l'appelaient tison tfenfér; cela signifie toujours un homme qui dit vrai et se fait écouter. "

" Savez-vous ce qu'il peut y avoir dans une idée, et quand vous empêchez une idée d'éclore, savez-vous si vous n'anéantissez pas des mondes î " (Milton — sur la censure).

Ici, il ne faut ni penser, ni dire ce qu'on pense. Quiconque a des idées est un écervelé : mais s'il les exprime, c'est un scélérat.

J'accepte d'être un scélérat, ne pouvant me résoudre à être un honnête homme en laissant faire le mal.

Toute tèritî n'est pas bonne à dire. C'est là une maxime de poltrons. Dès qu'une chose est vraie, elle est bonne à dire, et doit être dite. C'est l'avantage qu'elle a sur le mensonge qui n'est jamais bon à dire, même pour la plus grande gloire de Dieu.

Le clergé n'a pas demandé la suppression de la Lanterne, comme Fa prétendu un journal de Québec. Le clergé ne demande rien en Canada. Quand il veut quelque chose, il l'ordonne.

Il a commandé à M. Chapleau, libraire de la rue Notre-Dame, de ne plus vendre la Lanterne, mais ne le lui a pas demandé.

Maintenant c'est au tour de M. Perry qui refuse de la vendre.

Voilà les moyens qu'on emploie. Et l'on dira que le clergé est fort en ce pays ! Quoi \ voilà un ordre qui se prétend dépositaire de la vérité absolue, et il n'est pas seulement capable de la défendre, et il a à lui presque toute la presse, il a ses organes attitrés, quotidiens, et pour combattre un pamphlet qui ne paraît qu'une fois par semaine, il en est réduit à faire peur aux libraires qui le vendent ! C'est là une puissance !

Si vous étiez réellement forts, craindriez-vous les attaques d'un simple citoyen comme moi, et ne m'auriez-vous pas écrasé déjà par des réfutations indiscutables, puisque vous avez avec vous la vérité f

Tous avez fait peur aux libraires ; mais vous avez bien plus peur qu'eux, vous, puissance.

J'ai tort ou j'ai raison. Si j'ai tort, montrez-le. Si j'ai raison pourquoi vous opposez-vous à la raison %

Vous croyez que vous allez me vaincre, moi, comme vous avez fait de tant d'autres qui n'ont pas eu le courage de vous braver et qui vous croyaient trop forts, tandis qu'ils n'étaient, eux, que trop faibles.

Vous croyez que les moyens ordinaires d'intimidation, que les persécutions, que la pauvreté, que les intrigues dans les familles, que l'exécration de mon nom, que toutes ces lâchetés de la force réussiront contre moi . . .non, non, jamais !

Je suis prêt à tout, j'ai fait le sacrifice de tout, de mon repos, de mon avenir pour dire la vérité, et je la dirai.

Venez maintenant m'arracher ma Lanterne. S'il n'y a plus de libraires pour la vendre, il restera toujours un homme pour l'écrire et un public pour la lire.

Oui, on lit la Lanterne ; ce qui prouve que si vous avez encore assez de force pour captiver les gens par l'intérêt, vous n'en avez plus aucune sur la conscience, sur le sentiment de la vérité qui pénètre la foule.

J'ai reçu ces jours-ci une lettre d'une vieille parente, digne femme qui m'a élevé, qui m'a toujours chéri comme son enfant. »

Elle me supplie de discontinuer la Lanterne 9 au nom de ma famille, de ma réputation, et, pour prix de mon sacrifice, elle m'offre tous les avantages matériels que je suis en droit d'attendre de son affection : mais elle me menace de rompre toute relation avec moi si je continue à publier la Lanterne .... Eh bien ! soit.

Qu'on m'enlève toutes mes espérances, qu'on me réduise à la pauvreté la plus amère, que mon pain dur soit arrosé de larmes, tant que j'aurai un souffle de vie, on ne m'enlèvera jamais ce qui. est au fond de mon âme, la haine de l'imposture.

Je vous fais la guerre ouverte, je m'expose à vos coups ; vous me faites la guerre des embûches, des intrigues ; c'est bien ! mais voua ne me vaincrez pas.

Il serait trop beau, vraiment, que vous eussiez encore ce triomphe ; que, par ma défaite, le libéralisme fût rejeté encore de dix années en arrière.

Non, vous ne l'aurez pas ce triomphe.

S'il faut une victime aux idées libérales, que cette victime soit moi. Que mon nom soit flétri, j'y consens, mais que le peuple soit enfin arraché à l'odieuse domination, à la succion cléricales.

Vous aurez pour vous la calomnie et l'ignorance. Mais dans cette guerre que j'ai entreprise, acceptant d'avance le plus horrible destin,

j'étendrai partout mon champ de bataille ; j'en appellerai aux hommes de tous lès pays. Ah ! vous n'étoufferez pas la presse du monde.

Voyez ; vous tombez partout. A Rome, vous n'avez qu'une misérable armée de 15,000 mercenaires, recrutés dans toute la catholicité. Ou est-il donc le temps des croisades, où 200,000 hommes allaient à mille lieues combattre pour le St Sépulchre ? Aujourd'hui, vous n'avez pas 15,000 aventuriers pour défendre le siège même de votre empire !

Pourquoi ce pays est-il mort î Pourquoi n'ose-t-il respirer? C'est parce que le chancre de l'hypocrisie ronge toutes les faces. Tout le monde s'observe, mesure chacun de ses mots pour ne pas se compromettre aux yeux des prêtres.

Cela,commence au collège où les élèves apprennent à rapporter les uns sur les autres, puis cela se continue dans les institutions fondées par le clergé, dans les Unions, dans les corps organisés sous son contrôle, et, de là, dans la société tout entière qui est un fouillis de tartuffes.

On ne vit pas en Canada, on se regarde^ vivre les uns les autres.

Aussi, tout languit, parce qu*on n'a pas l'indépendance d'esprit et de caractère nécessaire aux grandes entreprises. On n'ose pas être libre dans son commerce, parce que le clergé veut avoir la haute main sur tout.

Un libraire n'est pas libre, mais il vend dans Farrière-boutique ce qu'il n'étale pas dans ses vitrines ou sur ses rayons. Un instituteur n'est pas libre ; une école ne peut fleurir si le prêtre n'en est pas reconnu comme le guide ou l'oracle.

Voyez le Haut Canada qui est loin d'avoir les mêmes avantages matériels que nous. Comme il prospère ! Il y a 30 ans, il n'avait pas la moitié de notre population ; aujourd'hui, il en a presque le double. C'est que les hommes y sont libres.

Ici, tout languit, tout dépérit. Nos villes, à l'exception de Montréal, se dépeuplent

Toi, peuple, tu es pauvre, tu croupis dans la misère ; tu es obligé de fuir ta patrie, tu vois tes enfants te quitter l'un après l'autre.

L'hiver, tu ne peux te chauffer ; l'été, tu ne trouves pas d'ouvrage #

a II faut mépriser les biens de la terre, " te dit-on.

Oui, mais regarde. Vois-tu ce séminaire ? vois-tu ce collège ? Vois-tu ces palais épiscopaux, ces palais, entends-tu bien, habités par des hommes qui se disent les successeurs de celui qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tête ?

Eh bien ! ce séminaire, ces collèges, tout cela est riche, grasse, ment doté, et s'enrichit tous les jours.

Ces prêtres se chauffent, eux, ils n'émigrent pas; ils sont seigneurs, ils perçoivent la dtme, chantent des messes payées pour le repos de ton âme, quand ton corps a souffert toute ta vie.

Regarde dans les campagnes. Quelle est cette belle maison, la plus belles de toutes î C'est le presbytère. Cette autre, splendide, c'est le couvent.

Tes mères, tes filles, tu ne sais comment les nourrir; elles ont froid, elles gémissent, elles souffrent et se désespèrent.

Oui, eh bien ! regarde ces couvents, ces congrégations, habités par des femmes aussi. Mais cfs femmes sont heureuses, elles jouissent, elles regorgent de richesses, elles ne méprisent pas les biens de la terre, et, par dessus le marché, elles passent leur vie à mendier.

Souffre, toi, peuple, c'est ton lot. Mais n'émigre pas dans les pays où tu deviendras libre, où tu ouvriras les yeux sur tous les mensonges qu'on te débite en Canada.

La reine d'Espagne, très-catholique, emprisonnait, exilait, fusillait les adversaires de son gouvernement.

La Junte Provisoire, qui ne s'est pas appelée catholique, comme en Canada les conservateurs prennent le titre de Parti des bons principes, afin de commettre, à l'abri de ce nom, tous les forfaits imaginables, la Junte Provisoire, dis-je, n'a encore emprisonné, ni exilé, ni fusillé aucun des ennemis de la révolution. Mais elle proclame la liberté des cultes, la protection du clergé inférieur, la suppression des dotations des séminaires, des abbayes et prébendes, le suffrage universel, la liberté de l'enseignement, l'instruction gratuite et obligatoire, la liberté municipale, l'abolition de l'esclavage, la liberté du travail, l'unité du droit, l'établissement du jury, l'abolition de la peine de mort, la suppression des loteries comme revenu de l'état, l'expulsion des Jésuites, l'abolition des monopoles, la fraternité avec tous les gouvernements libres, l'assimilation des monnaies avec celles de France.

Voilà ce qu'a fait l'Espagne, démocratique et révolutionnaire, en

moins de huit jours.

Mais la monarchie espagnole, elle, qu'a-t-elle fait pendant une durée de huit siècles <

Elle a détruit la civilisation des Maures qui avait embelli, enrichi et policé l'Espagne ;

Elle a fait l'Inquisition qui a jeté dans les bûchers cinq millions d'hommes ;

Elle a fait égorger, en moins d'un siècle, trois millions d'Indiens du Mexique, du Pérou, de Cuba, de la Colombie, etc . . .

Elle a institué, légalisé l'esclavage et la traite des noirs, dont elle percevait le cinquième des bénéfices.

Elle a mis Christophe Colomb aux fers ;

Elle n'a pas permis que des cultes autres que le culte catholique fussent exercés, et cela jusque sous le règne d'Isabelle.

Elle avait des collèges où Ton .enseigne, encore que c'est le soleil qui tourne autour de la terre ;

Elle a inondé l'Espagne de couvents, d'abbayes, de congrégations, de corporations religieuses de toutes sortes, qui prenaient le plus clair de l'argent du peuple ....

Pendant qu'elle, la monarchie, livrée à tous les désordres, à tous les déshonneurs, couverte de toutes les souillures, trônait dans l'Escurial, de par la grâce de Dieu*

On a vu encore ceci après le succès de la révolution. La Banque, la Bourse, l'Hôtel de la Monnaie, les ministères, l'Hôtel-de-Ville et les grandes maisons de Madrid ont été gardés par des volontaires en guenilles, et pas un vol n'a été commis. Jamais la ville ne fut plus sûre ni plus paisible.

D'un autre côté, le général Calonge, un des exécuteurs de

Pex-reine, avait été pris et l'on parlait de le fusiller.

Alors la Junte de Valladolid reçut la dépêche suivante : "La Junte de Saatander remercie sincèrement celle de Valladolid de la résolution qu'elle a prise d'envoyer le général Calonge à Santander npnr y être mis h

votre prisonnier. "

Ce sont là les excès de la révolution espagnole, sur lesquels le Nouveau-Monde fait des articles spéciaux depuis trois semaines.

Excès de générosité. Car le peuple, toujours bon enfant, ne prend jamais de précautions contre ses tyrans tombés.

Il leur" pardonne, afin de leur ménager l'occasion de le faire fusiller de nouveau, quand ils seront rétablis, en guise de représailles.

L'Angleterre retire, des colonies une grande partie de ses troupes. Elle veut réduire son effectif militaire. Le ministre américain, à Londres, a pour mission de régler pacifiquement tous les différends entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La paix, une longue paix, est désormais assurée entre ces deux grandes nations.

C'est le moment de commencer les fortifications de Montréal et de jeter vingt autres millions dans celles de Lévis. U faut montrer que nous n'avons pas peur.

Voilà que le Nouveau-Monde me fait des compliments. Je demande à être guillotiné.

Si, maintenant, la Minerve se mêle de dire que je suis un modèle de vertu, je suis perdu à tout jamais.

Mais je suis incorruptible. L'encens, pas plus que les coups d'assommoir, ne m'empêchera d'être le meilleur ami de l'évêque de Montréal et de lui dire ma façon de penser, comme tous ceux qui

aiment bien.

Le Nouveau-Monde qui n'imaginait pas seulement, il y a cinq mois, que le libéralisme pût faire des progrès, dit aujourd'hui que :

place que l'ennemi ne devait pas longtemps laisser inoccupé

Vos yeux ne sont pas de ceux qui voient loin, puisqu'ils n'ont pas vu, il y a cinq mois à peine, ce que tant d'autres jugeaient être une nécessité depuis des années déjà.

Et cependant, vous êtes inspirés, éclairés de la lumière d'en haut.

Encore une preuve que la Providence vire de bord.

" Vous avez fait des sacrifices pour fonder de nouveaux organes de publicité.'* Quels sacrifices, s'il vous plait I Est-ce que vous avez des sacrifices à faire, vous qui avez tout en main ? Cet argent souscrit par les curés pour le *Nouveau-Monde, d'où provenait-il, si ce n'est de la

dlme ? et qui paie la dîme, si ce n'est le peuple î

" Il vous fallait prendre dans l'esprit des populations une place que l'ennemi ne devait pas longtemps laisser inoccupée. "

Ceci mérite une béatification spéciale.

Voilà deux siècles que vous l'avez, cette place, dans l'esprit, dans le cœur, dans la bourse des populations, et vous en êtes encore à dire " qu'il vous faut la prendre ! "

Jusques à quand, confrère céleste, me forcerez- vous à faire connaître moi-même tous vos avantages 1

Le Nouveau-Monde termine son article par ce cri d'alarme : " Sentinelles, prenez garde à vous. "

Tous les bedeaux endormis sur les colonnes du Nouveau-Monde ont fait un saut. " Hein ! quoi 1 qu'y a-t-il ? qu'est-ce qu'il y a 7 "

— Mais, malheureux ! c'est le Pays qui devient quotidien.

— Oui, ah ! bien, nous allons sonner les cloches.

U Ordre n'a qu'un défaut; il est formidablement bête. En revanche, il n'a aucune qualité pour compenser ce défaut.

L'évêque de St Hyacinthe a changé de domicile afin d'en avoir deux. L'un, celui de St-Hyacinthe, est pour recevoir les visiteurs ; l'autre (Belœil) est pour ne pas les recevoir.

" Il faut espérer, dit le secrétaire de l'évêque, M. Moreau, que, Dieu aidant, cet ordre de choses amené par la nécessité ne sera pas de longue durée. Il n'est pas permis de douter que tel est le vœu unanime de toute la population du diocèse. "

Je connais bien des gens qui voudraient se trouvor dans la dure nécessité d'avoir deux domiciles. " D'autres, et des plus exigeants, se contentent d'en avoir un seul. Mais un évêque ne saurait être heureux, paraît-il, sans en avoir une dizaine.

Quant au vœu il est bien certain que, s'il était unanime, il

était de toute la population. Il n'est pas permis de faire un pléonasme, même à un prêtre.

Etre au-dessus des lois de son pays ne veut pas dire qu'on est au-dessus de la grammaire.

Ce vœu unanime a laissé échapper une excellente occasion de se manifester ; c'était au départ de l'évêque de sa ville épiscopale. Il n'en a rien été. Il faut croire que M. Moreau ne s'était pas encore imaginé représenter à lui seul tout un diocèse.

Je me rappelle un autre évêque qui, forcé aussi lui, de quitter son siège métropolitain, vit la foule gémissante, remplissant l'air de lamentations, se précipiter sur son chemin, et lui faire une escorte comme jamais triomphateur n'en vit à sa suite.

C'était Jean Chrysostôme, banni de Constantinople par l'impératrice Eudoxie.

C'est aller chercher un peu loin, si l'on veut. Mais je ne saurais mieux faire que de comparer les prélats d'aujourd'hui à ceux de la primitive Eglise qui ne se faisaient point appeler m grandeur, qui n'étaient pas toujours les humbles serviteurs de César, mais qui avaient des vertus modestes, sans se soucier du nombre de leurs domiciles.

LA LANTEKNE

J'adore le merveilleux, mais y a des imites.

La Minerve raconte qu'une jeune fille de Belgique voit apparaître du sang sur ses mains tous les vendredis, que ce sang coule également

de ses pieds et de Bon côté gauche, que pendant ce temps

44 L uise interrompt son travail et reste immobile, les fera» et les yens levés vers le ciel. Elle demeure dans cet état pendant toute la journée, sans prendre aucune nourriture et sans adresser une parole à personne.

" Bile parait avoir perdu complètement le sentiment de la vie.

" Elle joint les mains, étend ses bras en forme de croix, se prosterne ; on voit sa face se couvrir d'une sueur froide, elle semble sur le point d'expirer.

" Les autres jours elle se livre à ses occupations ordinaires.

" Elle n'a rien conservé des plaies par où le sang a coulé, sauf une sorte d'ampoule blanchâtre.

" Le vendredi 4 septembre, par ordre de Mgr. l'Evéque de Tournay, une information fut commencée dans le presbytère de Bois-d'Haine, en présence de; Louise, par M. Ponoeau, vicaire-général, et par le P. Huchant, religieux rédemptoritte. avec le oonoours du docteur Lefebvre, professeur de médecine à l'Université de Louvain. Cette information, interrompue à cause de la multitude qui se pressait aux abords de la salle d'enquête, a été continuée le vendredi 18 septembre. Les mêmes personnes passèrent la nuit auprès de la jeune fille, dont le sang coulait abondamment et qui était constamment en extase. Le docteur Lefebvre essaya de la saigner au bras. Il ne put obtenir de sang ; les divers moyens qu'il employa pour exciter la sensi b ilité des yeux et des autres, organes n'eurent aucun résultat ; mais, d la voix du vicaire générait Louise sortit de son état extatique et répondit aux questions qui lui étaient posées, puis elle revint à son attitude première.

"Dix à douze médecins sont allés à Bois-d'Haine, les uns sans esprit de parti, les autres espérant trouver une hallucinée ; ils ont vu les phénomènes que nous avons racontes, aucun d'eux n'a pu les expliquer.

" L'opinion générale dans le pays est que la jeune extatique est une sainte âme que Dieu a favorisée de dons extraordinaires.''

Je ne sais pas jusqu'à quel point c'est un don que de se voir couler du sang des pieds et des mains pendant toute une journée, ni en quoi cela peut être utile aux hommes.

Quand on invente de jolies petites histoires comme celle-là, pour les idiots et les congréganistes, il' faut avoir soin de :les rendre inattaquables. '

Il faut que les médecins qui ont pris la peine d'aller voir cette jeune fille, sans esprit dep&rti ni autre, soient de fiers crétins, s'ils* existent. .

Comment ! ils n'ont pas su expliquer pourquoi ce sang coulait ainsi tous les vendredis abondamment du côté et des pieds de Louise, sans qu'elle en soit morte au bout de deux heures, comme toute personne raisonnable l'aurait fait, suivant le» lois de la nature !

Eh bien ! je vais vous l'expliquer, moi qui ne suis ni médecin, ni évêque, et par conséquent ni charlatan ni inspiré ; c'est que cette jeune Louise est ... . mais c'est qu'elle est .' . . '. excessivement sanguine !

Faites des miracles maintenant. Je me charge de les expliquer tous.

Le Dr. Lacerte l'a emporté sur Gérin-Lajoie dans l'élection de St- Maurice.

Si j'avais la perspicacité du Nouveau-Monde, je dirais que j'avais parfaitement prévu ce résultat. J'en ai prévu bien d'autres et j'en prévois encore, tant qu'on n'aura pas remis le clergé à sa place.

Voici comment Y Evénement t sorti des gonds, s'exprime à ce sujet :

Cette élection s'est résolue en une question d'argent. Le Dr. Lacerte l'a emporté parce qu'il a dépensé dix fois plus que M. Gérin.

voilà a quel degré 'd'abaissement moral en est arriva le corps électoral en Canada. Point d'esprit révolutionnaire, c'est vrai ; mais aussi peu ou point d'intelligence politique, l'amour du gain, la soif du whisky.

Puis, derrière les électeurs qui se saoulent, des journaux, comme le Journal de Frois-Ilivières, qui leur versent à boire et bénissent l'orgie.

Qu'il vienne, non pas un ambitieux revêtu de quelque ploire, mais des banquiers étrangers, des spéculateurs oui veulent acheter nos droits et trafiquer de nos libertés, et ce peuple est mûr pour l'encan. On le conduira au comptoir.

Bah ! est-ce que vous ne faites que vous en apercevoir 1 Et la Minerve :

" La défaite de M. Gérin ne doit surprendre personne. Notre ami avait à lutter contre tous les préjugés îe« plus en vogue en pareille circonstance ; il est même étonnant qu'il ait fallu, pour obtenir contre lui une centaine de voix de ma* jorité, des sommes qui étonneraient, s'il était permis au public d'en faire l'addition.

Meîb si le résultat de cette lutte électorale est pour nous un sujet de regret, il nous est encore plus pénible d'avoir a constater que des principes faiix, dangereux, t- ès-impolUiques ont égaré des hommes qui ne devraient pas être exposés à de pareils errements.

Les jeunes gens sont les premiers au travail, doit-on les renvoyer au dernier rang quand il s agit de titrés à conférer, de charges a partager ? On leur dit d'attendre. Attendre quoi? que toutes les nullités soient passées avant eux? Alors >1b ne vivront pas assez vieux pour avoir leur tour.

La jeunesse passe pour être très-confiante ; elle n'est pas souvent de force à lutter d'astuce et d'habileté, mais son courage et sa franchise peuvent être de terribles armes, et le parti qui s'ali nera la jeunesse aura certainement un côté faible/'

Ah, ah ! jeunes gens, vous y voilà donc ! ,

Depuis votre sortie du collège, vous demandez aux prêtres leur appui, vous leur avez offert votre talent, vous leur avez livré tout ce

qui était en vous d'ardeur et d'énergie; votre ambition, vos espérances! tous les avez mises à leur service, et vous vous étonnez qu'ils vous plantent là pour de bonnes vieilles croûtes bien façonnées, bien ' atrophiées, durcies dans le pétrin, et dont ils pourront faire tout ce qu'ils voudront !

Et vous vous plaignez de ce résultat, après avoir aidé à le préparer ! Depuis dix ans, vous parlez contre Gérin, et vous vous étonnez qu'il soit vaincu, quand vous ne parlez pour lui que depuis un mois !

Vous ne comprenez donc pas l'infaillibilité de la logique 1 Vous avez travaillé à l'asservissement de votçe pays et au vôtre, et quand vous vous trouvez en iace d'une population dégradée, sans idées, sans opinion, sans vertu, cela vous étonne 1

Ah 1 vous voyez aujourd'hui ce que c'est que d'avoir prêté vos mains jeunes et viriles à l'étoufiement des idées. Vous en êtes les premières viotimes.

Sachez une chose : on ne veut pas de vous, parce que vous n'êtes pas assez brisés sous le joug, qu'il vous reste encore des années à courir, pendant lesquelles vous pouvez être emportés par les idées libérales, et que le pouvoir clérical, votre maître, sentant aujourd'hui le terrain manquer sous ses pas, a besoin de s'entourer de fidèles aussi aveugles que certains et irrévocablement acquis.

On s'est servi contre vous des mêmes armes que contre les rouges. Ça ne coûte pas plus cfeer. Là encore, vous avez recueilli ce que voua aviez semé. »

Votre grand cheval de bataille dans les luttes électorales était la religion : aujourd'hui ce cheval a pris le mors aux dents, vous n'avez pu le retenir, et il vous a tués dans sa course.

Béfléchisssez devant l'évidence.

Je dis ceci à la jeunesse. Tant qu'elle ne sera pas virtuellement et pratiquement affranchie du clergé qui, loin de voir en elle un allié, n'y voit qu'un instrument qu'il brise dès qu'il ne lui sert plus, eUe n'a rien à espérer de l'avenir.

Si le courage lui manque, qu'elle continue d'être esclave. La liberté n'est pas le pain des tremblants ; l'avenir n'est pas le prix des faibles,

On m'a raconté une histoire très-drôle.

Depuis que je rédige un journal immoral, (immoral, parce que je consigne les obscénités et les turpitudes de nos saints hommes), il me vient de tous côtés une telle quantité de renseignements et de documents divers, qu'il me faudra en faire une édition spéciale.

Or, un jour, un brave citoyen de la Pointe-aux-Trembles (en bas) qui n'avait jamais commis d'autre crime que de ne pas être le mouton de son curé, vient à mourir subitement pendant qu'il travaillait sur sa terre.

Punition de Dieu ! Exemple manifeste du châtiment qui attend tous ceux qui refusent de se faire tondre.

Le curé consciencieux, infaillible, fait voir à ses bons paroissiens ce qu'il y a d'horrible dans cette mort arrivée tout exprès pour qu'il en parlât (il est bon de noter, en passant, que les curés ne sont plus les représentants ni les serviteurs de Dieu, c'est Dieu qui est leur représentant et leur serviteur ; ils lui font faire tout ce qu'ils veulent). Après une éloquente semonce, le digne curé déclare qu'il ne peut enterrer le mort en terre sainte, mais que, celui-ci ayant été baptisé, il lui mettra seulement la tête dans le cimetière.

Vous voyez que le pauvre diable aurait mieux fait d'être un baptiste, parce que les baptisées se plongent tout le corps dans l'eau en naissant, ce qui lui aurait valu un enterrement in toto corpore.

Mais comme il était catholique, on ne lui mit que la tête dedans.

Maintenant, je me pose cette question. Qu'aurait-on fait à des étudiants en médecine qui, voulant se livrer à une dissection anatomique, — passe-temps utile, sinon agréable — seraient allés prendre le corps de ce malheureux, tout en laissant sa tête dans le cimetière 9

Le corps d'un païen ne saurait être sacré Encore une preuve

de l'embrouillamini qu'apporte la réunion du spirituel et du temporel.

C'est égal. Elle est très-drôle, l'histoire de cet homme qui n'était pas catholique des jambes, ni du ventre ni du dos, mais qui l'était de la tête.

Je le vois arriver devant l'Eternel, au jour du jugement dernier, avec sa tête à la main, la lançant dans le troisième ciel, en faisant avec le reste de son corps une pirouette sublime dans le domaine (Dominion ou Puissance) de Belzébuth, où c'est tout plein de scorpions, de vipères, de serpents venimeux, qui trouvent le moyen de vivre là-dedans, qui y sont sans avoir commis de péché mortel, et de chaudières toutes rouges qui chauffent, depuis la chute de Lucifer, sans pouvoir crever, et de fourches d'un fer encore plus dur que celui de Moisic, parce que le fer de Moisic, chauffé à blanc pendant vingt-quatre heures, se volatilise.

Ce qui me consterne, c'est que les curés de campagne, infaillible» toujours, et éclairés de ' la lumière d'en haut, n'ont pas prévu qu'il apparaîtrait un jour en Canada, précédant la fin du monde, une Lanterne, rédigée par un antéchrist endiablé, qui se ferait un plaisir diabolique de publier toutes ces jolies petites anecdotes, où il trouve le parfait bonheur.

Le Nouveau-Monde et le Journal de Québec m'invectivent, parce que j'ai écrit au Witness. L'un dit que je fais appel aux protestants et à tous les ennemis du catholicisme ; l'autre que je m'associe> que je mHdentifie avec une feuille protestante, célèbre par son fanatisme et par son intolérance.

En faisant un appel aux protestants, j'aurais fait comme le pape, qui vient de leur adresser une longue épître, et n'aurais pu mieux faire ; mais je me permets d'avoir une autre ligne de conduite.

Je ne fais pas d'appel aux protestante plutôt qu'aux juifs, ou aux mahométans, s'il y en a. Je fais appel à tous les hommes libres qui ne veulent pas se laisser fouler aux pieds par le clergé ; et j'ai fait cet appel dans le Witness, parce que c'était mon bon plaisir.

En voulez-vous la raison f La voici.

En fait de fanatisme, il n'y a rien de si outrageusement et de si stupidement fanatique que la presse canadienne-française. C'est elle qui a réussi à faire en Canada deux populations distinguées entre, elles, non pas tant par la langue, par l'esprit, les mœurs et le caractère, que par la religion.

En Canada, il n'y a que des catholiques et des protestants. La religion absorbe tout. Nous avons des institutions libres, mais elles sont nullifiées par le fanatisme et le servilisme de la presse française. Aucune idée indépendante ne peut s'y faire jour.

Est-ce ma faute, à moi, si vous êtes tellement bornés et tellement bigots, qu'il me faille avoir recours à une feuille anglaise pour publier ce que je crois utile et juste ?

Quoi ! voilà un journal qui parait dans une ville que j'habite, un journal estimé, qui se tire à 8 ou 10,000 exemplaires, qui est lu par tout le monde, et je n'aurai pas le droit de lui envoyer une lettre, parce qu'il est rédigé par des protestants ! Ah ça ! où vivons-nous donc î

Il est temps que cela finisse, que les cultes ne soient pas ennemis du moins, s'ils ne dont pas semblables, et qu'une intolérance odieuse, fruit de l'ignorance des uns et de la bigoterie intéressée des autres, ne soit pas la règle qui domine tous nos actes.

J'ai prêché d'exemple encore cette fois en écrivant dans le Witness, pour démontrer qu'il est temps de s'affranchir de préjugés et de mœurs barbares qui mettent à couteaux tirés toute une population jouissant des mêmes droits, des mêmes institutions, des mêmes libertés.

Avec ce fanatisme de la presse française, il est impossible que nous ' formions jamais en Canada une nation une, et c'est vous qui maintenez cette division, que le progrès de notre époque aurait dû depuis longtemps effacer.

Vous dites, Journal de Québec, que les persécutions dont je me plains n'existent pas, que je ne ferai croire à personne que V autorité religieuse s'occupe de moi, qu'elle se contente de me laisser m' agiter dans le vide, et ne veut pas donner à mes attaques une réfutation bien facile, qu'elle les méprise, parce que S est ce quelles méritent.

Eh bien ! mais pourquoi venez-vous donc, vous, organe officieux de cette autorité, me chercher dans ce vide où je me débats f

Pourquoi, si cette réfutation de mes attaques est si facile, ne la fait-on pas 1

C'est votre devoir impérieux de la faire, et le clergé est coupablede laisser accomplir le mal qu'il pourrait empêcher.

Ah ! voua lie me réfutez paa, perce que vous serez bien que je ne m'arrêterai pas à moitié chemin, que loue vos moyen» ordinaires d'intimidation et d'étouffement sont nuls avec moi ; que l'injure et 1* calomnie, vos aeula argumenta, je m'en arauae ; que je vais droit sans m'occuper de ce qui m'arrivera, et au'avec un passé comme le vôtre, plein de tyrannie révoltante^ d'abus d autorité inouïs, voua ne sauriez raisonner sans vous perdre.

Vous n'avez d'autre ressource que dans le soulèvement des préjuges et des haines sans motifs.

Mais cette réfutation-la, très-facile, il est vrai, n'a qu'un défaut, c'est qu'elle ne réfute rien, et que, pour entendre aboyer des chiens furieux, il n'est pas nécessaire de s'abonner à un journal

Je vous attends. C'est à vous de mettre un terme k la Lanterne. Réfutez-la et elle cesse de paraître. En attendant, n'y en eût-il que dix exemplaires répandus par semaine,, voua êtes coupable de ne pas en empêcher la lecture, ai la vérité est de votre cdté.

On écrit du Havre à un journal de paris :

Tout prfes de VtquariUm, qui attire tas* 4* curieux, sa trouvent detuc Irios-

2 nos : l'un protestant, l'autre catholique : c'est dire qu'il* ne m regardent pas d'un on oeil. Dans l'un de oes kiosques, un brave bomme distribuepour rien des Bibles et autres livres pieux j il en a déjà donné plus de 900,000. Dans l'autre, une charmante jeune fille imtcf le plus cher cessible.... devines quint Je vous le donne en nulle : donnez votre langue aux chiens tout de suite, car vous ne trouverez jamais. J£ue vend de l'eau de toilette de f Immaculée Conception.

O mystère 1 o profondeur I Eau de toilette de V Immaculée Conception / A quels uai^oè^ eau peutoll* bien ttr*Qon*t*rôT Je m'y perds,

Je ne m'y perds pas, moi, et je vais expliquer à quoi sert cette eau,

Elle sert à enrichi? les congrégations, avec l'argent des vieilles femmes, comme l'huile de Notre-Dame-de-Pitié, fc Montréal.

Cette huile miraculeuse est inépuisable, et se débite régulièrement dans l'église SWogeph. Ella n'a aucune odeur, si ce n'-est l'odeur de sainteté qui ne s'évapore pas.

L'argent retiré de la vente de cette huile se dépense en bonnes œuvres, comme celle de procurer du tabac aux zouaves pontificaux, et d'acheter des cordons de St. Thomas, enroulés trois fois autour du corps, pour conserver la chasteté,

12 Ordre demande la liste des actionnaires du Pttya quotidien.

Je vais satisfaire Y Ordre ; j'ai cette liste, je la connais par cœur, et la lui passerai, k une condition. Pour chaque nom de protestant qu'il y trouvera, je lui donne (100. Pour chaque nom de catholique, il me donnera un écu. Est-ce fait 1 II y a 150 noms.

Ah I ah ! elle est jolie la demande de V Ordre. Vous voudriez bien l'avoir, n'est-ce pas, cette liste, afin de persécuter les actionnaires,

lettre le désordre dans leurs ménages et, au moyen des femmes, les faite renoncer aux versement» obligés en leur taisant retirer leurs noms !

Mais elles sont trop usées, Vos ficelles, cher ami. Notre éducation tfest fait», Voye»-vt)ua.

Quand je pensé toutefois que les libéraux ont été assez ie

ne dirai pas quoi, pour voir dans V Ordre un allié ! Et quand je

leur montrais clair comme le jour cette énorme bêtise, ils me traitaient de , je ne dirai pas quoi encore.

Enfin, j*esi>ère qu'ils ont ouvert les ^reux. UOrêre, l'Ordre est votre pire ennemi, enfants. Votre meilleur ami, le connaissezvous ï c'est le Nouveau-Monde,

C'est lui, c'est ce journal, complètement idiot du reste, qui a plus fait pour le libéralisme depuis un ail que tous les actionnaires au Pays imaginables.

Mon Dieu ! s'il pouvait donc y avoir trois Nouveau-Monde dans Montréal, je me ferais élire à l'unanimité représentant de n'importe quel comté.

Si je n'avais pot a écrire pour le public, je ne m'occuperais certainement pas d'un article publié dans la Minerw de la semaine dernière, un des articles les plus sois, les plus vides, les plue saturés d'ineptie qu'on puisse enfanter en délire.

Il y a évidemment deux rédacteuxa-ertahef à la Minerve, L'un écrit des articles sensés, du moins par la forme, discutables, saisisse blés par quelques arguments qui ne rendent pas la discussion oiseuse et lui donnent une raison d'être ; l'autre semble avoir été mis là, oomme un bouche-trou, pour dire n'importe quoi, quand il n*y a rien & dire.

Or, le bouche-trou a essayé, la semaine dernière, de démontrer l'excellence des monarchies, et en regard, la faiblesse, le danger, Pinstabilité des républiques. Ecoutez-moi ça.

" La révolution, dit-il, teçoit dans «oit Min tous les affamés et tout les ambitieux. Elle paie ses soldat» et ses sicaires par les rapines et les places."

Les affamés et les ambitieux ne sont pas ceux qui font naître les révolutions, mais ceux qui les étouffent Les révolutionnaires Rappellent Brutus, Camille Desmouline, Guillaume Tell, Washington; les étouffeurs, soldats ambitieux, se nomment Syllâ, Cromwell» Bonaparte.

Et quand une révolution est étouffée, c'est alors que surgit et se multiplie là gént des affamée, courtisans avides, valets blaeonnés, à quatre pattes devant les rois, n'ayant pour fonction que de mendier des faveurs et des places.

Dans les républiques, tous les hommes étant égaux, il n'y en a pas qui soient les marchepieds des autres, ni esclaves par profession»

" Si ke monarcàies ont tant à lutter» c'est que la révolution leur tend l'hoa mage que leur existence est incompatible avec le désordre social."

Les monarques luttent contre les peuples, parce que les peuples ont des droits à conquérir et que les rois n'ont que le pouvoir à conserver.

Qui a séparé les rois des autres hommes % Le fait. Quels droits ont-ils à maintenir 1 Aucuns. Car ils ne sont rois que pour leurs peuples, et leur autorité ne leur a été que déléguée, loin d'exister de par elle-même et de constituer un droit spécial, d'une origine surhumaine.

La royauté est incompatible avec le désordre. Sans doute, si vous appelez désordre la réclamation constante et répétée des droits que les souverains refusent de reconnaître aux peuples, en rendant par là les révolutions inévitables.

L'ordre règne en Russie. Le peuple n'y demande rien, parce qu'il ne connaît pas ses droits. Ignorant et barbare, il reste courbé sous un joug de fer, sans se douter seulement qu'il existe des nations, libres.

L'ordre règne en France avec le concours de six cent mille baïonnettes. Mais les peuples, qui ont une fois connu la liberté, ne peuvent plus être menés comme un troupeau de bétail.

Vous parlez de la tranquillité, de l'ordre des monarchies. Y eut-il jamais empire plus troublé, plus livré à l'anarchie, aux guerres civiles, aux excès sans frein de la soldatesque que l'empire romain 1 Est-il un souverain plus inquiet aujourd'hui sur son trône que Napoléon II1 1 Comment se maintinrent Ferdinand VII et Isabelle 111 Par les massacres.

C'est la lutte éternelle de l'autorité contre le droit qui, une fois se

connaissant, veut s'affirmer et se voir reconnu.

" Toutes les perturbations sociales sont venues de la révolution. Sans la révolution, la tranquillité publique n'eût jamais été troublée."

Je voudrais bien savoir où les hommes en seraient aujourd'hui sans les révolutions. Elles troublent la tranquillité, bien sûr, de même que lorsque, pour assainir une ville» vous desséchez un marais, vous en troublez les eaux croupissantes. Il y a tant à faire dans les sociétés corrompues et abâtardies par le despotisme, que les révolutions, pour produire des résultats durables, sont obligées de les bouleverser de fond en comble.

En s'arrêtent à la surface, elles ne créent qu'une agitation inutile,

suivie bientôt de la réaction, et tout est à recommencer, comme cela a

eu lieu pour toutes les révolutions espagnoles depuis 60 ans. Mais

aujourd'hui, la dernière de ces révolutions, consciente de sa mission

et de son objet, a accompli des choses sur lesquelles il sera impossible

de revenir.

" Il est inouï que les républiques aient été attaquées par le principe monarchique au moyen de la violence, du vol public et des grandes boucheries d'hommes qui ont accompagné la chute des trônes. Les républiques n'ayant contre elles aucune des influences indues qui travaillent contre les monarchies, il est surprenant que leur règne ne soit pas perpétuel."

Vous oubliez sans doute les proscriptions d'Auguste qui noyèrent Borne dans le sang, le coup d'état de Napoléon III, les boucheries

commandées par Ferdinand VII, appelé le Néron moderne, et les fusillades d'Isabelle IL

Si rien ne travaillait contre les républiques, il est évident qu'elles dureraient toujours. Mais je vais vous dire pourquoi plusieurs d'entre elles n'ont pas duré. C'est que la république est le gouvernement des hommes et que la monarchie est celui des enfants. Les peuples capables de se conduire par eux-mêmes n'ont pas besoin de rois ; aux peuples en tutelle, ceux-ci sont nécessaires.

Les peuples qui ont tour-à-tour proclamé la république dans les temps modernes, n'y étaient pas préparés. Sortis brusquement de longs siècles d'oppression, de misère, et d'une servitude qui les réduisait à l'état de brutes, ils étaient incapables d'exercer judicieusement et longtemps des droits qu'ils avaient conquis sans les comprendre.

Le plus frappant exemple en est donné par le peuple français qui a fait 89, mais qui ne tarda pas a retomber sous le joug, parce que les trois quarts de ses enfants ne savaient pas lire.

La liberté est une école, et sans l'éducation politique, sans la science du droit populaire, les républiques sont imposables.

L'Espagne retombera encore peut-être sous la monarchie ; il faut s'y attendre. Mais la Suisse y est-elle retombée depuis cinq cents ans ? Les Etats-Unis y sont-ils retombés 1 Non, parce qu'avant de proclamer leur indépendance, ils avaient eu deux siècles d'institutions libres, deux siècles d'une république de fait, si ce n'est de nom.

" Sait-on pourquoi les adversaires de la monarchie ont à citer pins d'exemples de monarchies tombées que nous en avons à citer de républiques déchues ? CTest que le sentiment républicain est si peu naturel à l'humanité qu'il n'a jamais eu la vogue et que les peuples n'en ont pas voulu. De là le nombre restreint des républiques."

Le sentiment républicain n'est pas naturel à FhuTnanité, et les peuples n'en veulent pas !

Qu'ont-ils donc fait, les peuples, toutes les fois qu'ils ont brisé un despotisme, chassé des rois 1 Ils ont proclamé toujours et invariablement la république.

La république est l'aspiration constante, universelle des hommes* Semblable à un but éloigné, niais qu'on poursuit toujours, tantôt avec des défaillances, tantôt avec une ardeur nouvelle, la république apparaît comme le terme de leurs espérances, comme le seul gouvernement ou la liberté ait des garanties inviolables, ou le peuple soit maître de ses destinées.

Dira-t-on que les hommes tendent à l'éternisation de leur dépendance plutôt qu'à la jouissance de la liberté % Dira-t-on qu'ils aiment mieux obéir qu'exercer eux-mêmes leur volonté dans la souveraineté nationale t Voilà pourtant ce que vous prétendez.

Interrogez l'histoire depuis qu'on l'a écrite pour l'enseignement des générations.

Que fit Rome lorsqu'elle s'affranchit des Tarquinst Elle fit la république. Cette république dura cinq cents ans ; tant qu'elle fut vertueuse, elle mérita d'être libre. Plus tard elle se corrompit, et

c'est alors qu'on vit surgir les maîtres, les despotes, les empereurs en un mot. La corruption des mœurs engendre toujours les tyrans, de même que l'eau stagnante produit la boue.

Le premier de tous fut Sylla. Il fit voir aux Romains qui commençaient à être énervés tout ce que peut faire celui qui ose. Plus tard Auguste montra aux Bomains devenus esclaves tout ce qu'on peut faire sans rien oser. Sous Sylla, ils se souvenaient encore d'avoir été libres : sous Auguste, ils n'avaient même plus la force de résister. Ils étaient propres à la monarchie.

Que fit l'Angleterre lorsqu'elle détrôna les Stuartst La république. Que fit la Suisse lorsqu'elle s'arracha des serres des Habsbourg ? La république. Que fit la France lorsqu'elle précipita sous la guillotine sa monarchie douze fois séculaire t La république. Que firent toutes les populations de l'Amérique du Sud, lorsqu'elles brisèrent le joug' de l'Espagne f La république. Que demande aujourd'hui cette Espagne elle-même, affranchie à tout jamais de la camarilla t La république ; et c'est la république que tous les esprits éclairés de France lui conseillent.

Voilà donc ce gouvernement «t peu naturel à Thumanite, et dont Vhumanité ne veut pas / Ah ! si les hommes n'étaient pas si confiants, si, k peine rendus à la liberté, ils n'abandonnaient pas leurs destins aux ambitieux qui les trompent, la terre entière ne serait aujourd'hui qu'une vaste république, et les hommes, au lieu d'être les jouets des despotes qui les font s'entr'égorger, ne seraient plus que des frères s'embrassant sous le ciel satisfait.

La république, ou la liberté, n'est pas aujourd'hui ce que les peuples la croyaient autrefois. * La liberté moderne est inséparable de la fraternité. On ne la veut pas seulement pour un peuple, mais pour tous les peuples. On veut effacer les frontières et voir tous les hommes dans la recherche du bien commun.

Voyez ces associations d'ouvriers qui se rencontrent sur un point donné de l'Europe, mais qui viennent de tous les pays à la fois. Ces ouvriers déclarent qu'ils sont frères et que les gouvernements ne les forceront pas à se battre les uns contre les autres. Voyez ces congrès pacifiques qui se réunissent à Genève. C'est le premier pas vers la fusion des races et l'harmonie des droits populaires.

Voyez l'Angleterre elle-même, la constitutionnelle Angleterre* Elle marche à grands pas vers la république. Sa reine n'est plus qu'une femme respectée et aimée ; mais ce n'est pas une reine, c'est un souvenir. Le prince de Galles sera probablement le dernier des rois anglais. Quand on aura renversé l'église établie qui est le principal soutien du trône, et que le suffrage aura atteint ses dernières limites, alors il n'y aura plus de raison pour conserver un fantôme de Majesté.

L'Angleterre a pris exemple des Etats-Unis, et elle a plus fait pour s'assimiler leurs institutions depuis cinq ans qu'elle n'avait fait de progrès constitutionnels dans les cinquante années précédentes.

C'est qu' aux Etats-Unis la liberté est une science. La république n'y est pas un système de gouvernement, mais un axiome, dont toutes les conséquences se déduisent d'elles-mêmes, que Ton applique au fur et à mesure, et qui font l'école du monde.

Qu'était à côté de Ja liberté américaine la liberté antique ? C'était une marâtre pleine d'égoïsme et de tyrannie. Elle ne dépassait pas les murs de la ville natale, et tel grand homme qui se perçait le sein plutôt que de voir sa patrie asservie, traînait derrière lui des milliers d'esclaves. Cette liberté s'accommodait du despotisme, comme on le vit bien dans la Venise républicaine, sous le Conseil des Dix.

Elle admettait l'oligarchie et l'odieuse distinction des rangs qui nourrit toujours l'injustice; elle regorgeait de privilégiés. Monstre décoré d'un beau nom, on lui vouait un culte qui étouffait dans le cœur tous les sentiments du juste et du vrai. C'était enfin une courtisane impérieuse dont il fallait caresser les violences, et non pas cette vierge sévère qui, aux Etats-Unis, convie tous les hommes à l'amour du droit commun, à la recherche de l'égalité, à l'exercice plein et facile des droits de l'individu qui sont le fondement même de la constitution

américaine.

" Nommez-noms, continue la Minerve, les républiques qui ont vécu le quart de l'espaoe de temps qu'a duré la monarchie anglaise, ou même la monarchie espagnole, que Ton croit morte aujourd'hui, mais qui renaîtra sous peu. Combien de temps la république a-t-elle vécu a la place de cette longue et glorieuse monarchie française ? Si le sentiment républicain était si fort, il nous semble que le peuple, tour-à-tour maître de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne, eût pu s'y installer à son aise."

Je nommerai la République Romaine qui a duré cinq cents ans sans interruption, celle de la Suisse qui date de 1389, celle des Etats- Unis qui remonte réellement à trois cents ans ; j'en nommerai partout enfin où il y a eu des peuples éclairés.

N'est pas libre qui veut, -mais qui est digne de l'être.

En Asie, les monarchies se perdent dans la nuit des temps, parce que les hommes n'y furent jamais que des troupeaux d'esclaves.

Qui ne voit que le despotisme ne pourrait subsister, s'il n'éblouissait et s 'il nétreignait les peuples t Ce respect superstitieux qu'il grave dans les imaginations les rend comme inertes et comme fascinées. Bu jour où Ton raisonna le pouvoir en France, on fut effrayé à la vue des abîmes qu'il avait creusés tout autour de lui pour rester seul debout. C'était un monstre, engraissé de l'ignorance de douce siècles, qui apparaissait soudain dans toute son énormité, qui fit voir par là ce qui l'avait toujours soutenu et ce qu'il fallait d'efforts pour l'abattre.

Aussi, pour donner la liberté au peuple français, fallut-il le plonger dans des flots de sang

C'est à cela qu'avait abouti cette longue et glorieuse monarchie.

" Ce m'est, ■'écriait La Bruyère, une chose toujours nouvelle de contempler avec quelle férocité des hommes traitent d'autres hommes. L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, avides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une fiée humaine { et en effet Us sont des hommes ; Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères."

Voilà Yheureux peuple (la majorité des Français) sur lequel régnait le roi-soleil ; sur ce fond sombre et sinistre tranchaient comme des teintes vives et joyeuses, comme des lueurs dorées et sanglantes, la richesse et les privilèges des grands. Le souverain d'abord, pompe énorme et absorbante de tous les sucs vitaux de la nation ; puis, jangées près de lui en tuyaux d'orgues, pompes moindres, mais sans cesse aspirantes, les princes royaux, les princes de l'Eglise, les favoris et les favorites, les courtisans sans nombre, les financiers et les accapareurs.

Le clergé avait la meilleure et la plus sûre part, car ses bénéfices

consistaient en superbes et inaliénables domaines, grossis chaque jour

par les dons de riches testateurs, désireux d'acheter par ces dons une

place au paradis, aussi belle et aussi privilégiée que celle dont ils

avaient joui sur la terre.

'* Ce garçon si frais, si fleuri, et d'une si belle santé, dit encore La Bruyère, est seigneur d'une abbaye et de dix autre- bénéfices ; tous ensemble lui rapportent six cent vingt mille livres de revenu, dont il n'est payé qu'en médailles d'or. Il y a ailleurs six-vingt mille familles indigentes qui ne se chauffent point pendant l'hiver, qui n'ont point d'habits pour se couvrir et qui souvent manquent de pain ; leur pauvreté est extrême et honteuse."

" Un gouvernement despotique, dit à son tour Baynal, n'est jamais assez puissant pour faire le bien. Il commence par ôter aux sujets ce libre exercice des volontés qui est l'âme, le ressort des nations, et quand il a brisé ce ressort, il ne peut plus le rétablir.

Je reçois de Toronto la lettre suivante :

A M. A. Buies, rédacteur de la Lanterne,

J'ai lu votre lettre dans les journaux ce matin et j'admire votre ferme et courageuse résolution de résister aux ennemis de la libre parole. Nous sympathisons avec vous dans Ontario et nous souhaitons ardemment votre succès.

U ressort évidemment des actes du parti ultramontain qu'il esl mal à Taise, qu'il est effrayé de la lumière que répand «votre Lanterne.

Brillez, brillez encore, vous disons-nous. Faites ce qui est juste, et résistes fermement à toutes les menaces.

Envoyez-moi votre pamphlet et le compte d'abonnement.

Bien à vous,

Free-Speech.

Un autre aussi m'écrit de Lyn (Ontario)

" Envoyez-moi, je vous prie, votre Lanterne pour six mois. Dites la vérité, dût le eièl tomber sur votre tète :" Soyez tranquille, je la dirai, la vérité.

Ce sont doux pr- testants qui m'ont écrit ces deux lettres. Ce n'est pas là le pire ; ce qui est horrible, c'est que je ne m'en cache pas. Oui, mes amis, de l'argent de protestants, monnayé et frappé par Belzébuth, qui va servir à payer mon cordonnier, lequel le prendra sans demander d'où il vient

C'est un signe des temps.

Un autre correspondant m'écrit de Québec, sous la signature " Historicus. "

Je regrette d'avoir à refuser son article.

Qu'il soit bien entendu, et je désire bannir toute équivoque à ce sujet, que ma Lanterne ne peut 'servir à aucun genre de personnalités.

J'écris pour instruire, non pour satisfaire des haines. Qu'importent le nom ou les actes de tel ou tel. Tant que ces actes n'ont pas un caractère public et ne peuvent servir d'exemple, je n'ai rien a y voir. N

Je veux maintenir ma Lanterne à la hauteur d'un pamphlet, et non l'abaisser au libelle.

Ça ne serait vraiment pas la peine de prendre une plume pour me mettre au niveau de ces petits insulteurs gagés qui rfiendient l'aumône du scandale et vivent des réputations que leur souffle flétrit.

Je descendrai dans l'arène pour y combattre le vice, le mensonge, l'hypocrisie, toutes les hontes, jamais pour outrager un nom.

Non que ce soit là le rôle que veuille me faire jouer le correspondant " Hixtoricus ; " mais j'y arriverais bientôt et n'aurais plus raison de m'arrêter, ayant entamé la pomme.

On comprendra sans doute maintenant que je ne puis sortir du terrain où je^ne suis placé, et que, voulant rendre ma Lanterne utile, je ne puis la faire méprisable.

Bon nombre de personnes me demandent encore tous les jours " Où donc trouve-t-on votre Lanterne ?

Je déclare que je suis exaspéré.

Oà trouve-t-on la Lanterne ! Mais partout. Partout les affiches brillent et vous invitant.

Si vous voulez l'avoir, vous n'avez qu'à ouvrir les yeux. Si vous ne la voulez pas, ne venez pas m'en parler.

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