THÉÂTRE DU JKINK ACE
Louise.
Et les images, qui te plaisaient tant que tu ne voulais jamais nous les laisser regarder?
Jules.
Les images sont affreuses, maintenant. Tiens, vois, je ne mens pas, le rouge a déteint sur le bleu, on ne distingue plus les figures. Si tu crois que j'ai du plaisir à regarder ça!
LoLOTTE (gentiment).
Qu'est-ce que tu as, Jules? Tu as Tair fâché.
Jules (se rapprochant).
Non, mais je dis que mon livre est vilain et je pense qu'il est bien temps que le nouvel An nous apporte d'autres étrennes, car celles de l'année dernière sont bonnes à mettre au rebut. Tiens, regarde ton pigeon plutôt?
LOLOTTE
Mon pigeon! Pourquoi?
Jean.
Ah! bon. Il a une patte cassée, il ne peut plus se tenir debout.
Jules.
Et ta vache donc, qui n'a plus de queue! Et M'»^ Noé qui a perdu un bras! (Riant.) Ah! ah! les pauvres éclopés, ils sont bons à mettre aux Invalides.
L\ LANTERN!-: MAGIQUK 287
LoLOTTE (tristement).
Qu'est-ce que c'est que les Invalides? Si c'est quelque chose qui doit faire mal à mes pauvres petites bêtes, je ne veux pas.
Louise (s'approchant à son tour en riant). Non, non, rassure-toi : les Invalides, c'est une grande maison, qui est à Paris, et où l'on met les militaires qui ont perdu un bras ou une Jambe à la guerre. J'en ai même vu un, une fois, eu me promenant, que l'on traînait dans une petite voiture, il avait les deux jambes coupées et il ne lui restait qu'un bras. Tu vois, Jules a raison, tes pauvTes blessés pourraient aller aux Invalides.
Jules.
Et ta poupée, Louise? Tu disais qu'il n'y en avait pas de plus belle.
Louise.
Oh! je ne le dis plus. Elle m'ennuie rien qu'à la regarder. Ses couleurs sont parties, son nez est aplati, elle est laide à faire peur.
Jules.
Tu paraissais pourtant t'amuser beaucoup avec elle, tout à l'heure.
Louise.
Tu te trompes, c'est de l'habiller et la déshabiller qui m'amusait, et je me figurais tenir une autre poupée
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fraîche et jolie, celle que j'atteiuls pour le nouvel An et que papa et maman me donneront, bien sûr; main tenant, il me tarde (riai)iiant sur sa poupée) que cclhvilaine-là soit remplacée.
LOLOTTE
Tu me la donneras, ta vieille poupée, quand tu en
auras une autre?
Louise.
Oui, tu l'auras, si ça te fait plaisir. (Regardant du côtt' de la fenêtre.) Oh! mais voyez donc, comme il neige; les jolis flocons blancs!...
(Tous les enfants courent à la fenêtre.)
Jean.
C'est çà la neige ! Ça ressemble à du sucre î Est-ce que c'est bon à manger?
Jules.
Oh ! non, moi j'en ai goûté. On dirait de l'eau qu'on met dans la bouche; mais une eau froide, froide qui vous glace les dents.
LOLOTTE
Il n'y a personne dans la rue. Ah! voilà un petit
moineau; il a Fair tout transi. Et cet homme qui
marche du côté de notre maison, avec quelque chose
sur son dos.
Louise.
Je le reconnais à sa grande casquette. C'est le père Vincent, vous savez bien celui qui montre la lanterne
LA LANTKRNK MAdlQlE 289
iiiai;i(|uo el qui ost venu h notro petite fè(e de l'année dernière?
JrLES.
Ah! oui, tiens, je ne m'en souvenais plus. Mais Lolotte et Jean ne te connaissent, pas; ils n'ont pas assisté à la représentation. On sonne, si c'était luil