‹ La lanterne [microforme]Chapitre 2 sur 73 · AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AUX LECTEURS

Je publie cette LANTERNE sans crainte qu'elle soit supprimée. Je n'ai pas, Dieu merci, à redouter des ministres absolus, comme mon confrère Rochefort. Si elle est supprimée, ce sera grâce à vous, et surtout grâce à moi-même qui n'aurai pas su montrer autant d'esprit que j'en ai réellement.

C'est là qu'est le danger. Si je m'en tire, je jure de changer mes habitudes de vieux garçon et de chercher à plaire aux femmes, cé qui est encore plus difficile que de plaire à des lecteurs.

J'entre en guerre ouverte avec toutes les stupidités, toutes les hypocrisies, toutes les turpitudes; c’est dire que je me mets à dos les trois quarts des hommes, fardeau lourd ! Quant aux femmes, je ne m'en plaindrai pas, elles sont si légères !

Du reste, je ne leur connais que des caprices. Pourvu qu'elles aient celui de me lire...

nn rames =- à os à SES FRET “ né Le emmener eneme

Tous les imbéciles ne sont ‘pas mes ennemis personnels ; l’apparition de cette Lanterne les décidera. Je ne parle point du Courrier du Canada, du Courrier de St. Hyacinthe, du Journal de Trois-Rivières, de l’Union des Cantons de l'Est, ete, je parle des imbéciles qui ont des noms d'homme, 'et qui se comptent par centaines de mille, ici comme ailleurs.

Il y a deux catégories d’imbéciles, ceux qui le savent et ceux qui ne le savent pas. Ceux-ci sont les pires ; ils font des comptes-rendus dans la Minerve. Quant aux autres, ils se consolent par la perspec-

‘tive du royaume des cieux. :

Il y a deux grandes sociétés dans notre ville, la Société St. Jean- Baptiste et l'Association Pacifique pour l'Indépendance du Canada. La première compte cinquante membres, dont quatre à cheval (les chevaux ne comptent pas); la seconde en compte trente-deux qui vont à pied, guidés par un chef dont la principale fonction pacifique est de coller sur les murs des affiches non imprimées.

Ce chef, est-il besoin de le nommer? L'univers le connaît; c’est Lanctôt, Lanctôt, vous dis-je, et c’est assez. Si l'univers ne le connaît pas, ce n’est pas la faute de Lanctôt. Moi, je suis obligé de le connaître ; tant pis pour lui! “

Voilà un homme ‘qui a beaucoup de langue et pas du tout de langage. Il dit qu'il veut jouer en Canada le rôle dé Wendell Philipps aux Ktats-Unis. (C’est comme si l’on voulait faire exécuter une charge de cavalerie par un bataillon de sauterelles.

Lanctôt ne croit pas seulement qu'il joue un rôle; il croit encore qu'on est jaloux de lui, et que c’est pour cela qu'il ne crée pas une immense sensation chaque fois qu’il pérore devant trente braves et indépendants électeurs. Nous nous montrons ingrats en n’aidant pas cet homme à jouer son rôle aux dépens du bon sens, Après tont, ne sommes-nous pas le même peuple qui a élevé sur les tréteaux M. Cartier? .

Ces deux rivaux se sont combattus, (Ce qui prouve leur égalité de mérite, C’est que là victoire fut longtemps indécise et dût être chèrement achetée, (Cartier paya, Lanctôt ne paya point. Il est vrai qu’il avait des mines, c'est-à-dire des carrières de pierres; mais on ne séduit pas un électeur avec des pavés,

# PA : Un jour Lanetôt, sé croyant assez fôit, fit la guerre àt parti libéral

ans lequel il n'était rièn. Il n'eut jamais d'autre rêve que celui de 2n ambition personnelle, beaucoup .trop grande pourlui Il s'est

épuisé à se hisser, croyant que le nombre de ses dupes, mises les unes sur les autres, serait assez grand pour lui faire escalader les nues. Après avoir monté sur quelques dizaines d’épaules, il est tombé sur la place Chaboillez avec des œufs pourris dans les oreilles, Chute qui ne fut pas éclatante, mais qui fait voir combien parfois les grandes choses sont défaites par les plus petits moyens.

Maintenant il s'occupe à faire souscrire pour l'Indépendance. Paci-'

fique. Quand il aura ramassé cinquante dollars, nous proposerons un marché à l’Angleterre, qui, entre parenthèses, seraitbien sotte de ne pas se débarrasser de nous à ce prix-là !

Les Néo-Ecossais donnent des preuves ‘d’une énergie et d’une volonté frappantes. Voilà des gaillards qui veulent mettre en pratique ce qu’ils déclarent dans leurs remontrances au gouvernement fédéral ; ce dont les journaux fories sont furieux. Ils s’imaginent que la sagesse suprême pour les néo-écossais serait de faire le contraire de ce qu'ils disent ou de ne pas faire ce qu’ils disent qu’ils feront.

Les Néos sont décidés à ne plus faire partie de la confédération, et si l'Angleterre refuse de faire justice à leur nouvelle requête, ils déclarent qu'ils se feront justice à eux-mêmes. Alors, qu’arrivera-t-il M. Cartier prendra son bill de milice avec les hommes qu'il y a dedans, il mettra sa tuque bleue, accrochera à son côté le sabre de son père, et accompagné de la Grande Duchesse L...., il se rendra à cinquantequatre milles des côtes de la Nouvelle-Ecosse, - .

Là, il fera une sommation respectueuse aux rebelles de ce pays d’avoir à se jeter dans ses bras. Aussitôt qu'il aura eu le temps de ne pas recevoir. de réponse, il déploiera le drapeau britannique, le drapeau loyal, chantera Vive Oftawa, la Capitale des Canadas (et des maringouins), et cinglera en toute hâte vers le port de Québec, où l'attendra M. Cauchon qui veut exterminer les néo-écossais.

*., : | Le lendemain, on lira dans la Minerve cet étourdissant bulletin : Grande victoire militaire de l’honorable Sir George Etienne Cartier ! Ce grand homme, dont on ne connaissait pas encore le génie guerrier, vient de-mettre le sceau à sa gloire. Il n’a fait que paraître devant les insurgés de la Nouvéellé Ecosse, et tous se sont tus. Ce triomphe mémorable, unique, a été obtenu sans effusion de Le il est vrai de dire que l'honorable Sir George Etienne Cartier jjcin une âme magnanime et tendre à une profondeur politique sans exemple. aintenant, on peut être certain que la Nouvelle-Ecosse est pacifiée et va entrer ai le giron de la Confédération, cette arche sainte qui est le salut de notre peuple. ë. ; : , ; Il y aura promenade aux flambeaux, concerts, speechs, illumina-

. tion, et le lendemain, une dépêche telegraphique annoneera que M:

Wilkins, procureur-général de la Nouvelle-Ecosse, a demandé purement et simplement l’annexion de sa province aux Etats-Unis.

Alors, ce sera:au tour de M. Cauchon qui, lui, est un fameux lutteur. . Arrivé à dix lieues des frontières de la Nouvelle-Ecosse, avec sa brochure contre la confédération, d’une main, et. sa brochure pour la

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Confédération dans l’autre main, il fera un tel vacarne en les tappant l’une contre l’autre qu’il y auraautour de lui un attroupement de gamins curieux : “Tas de marmots, leur criera-t-il, êtes-vous pour la Confédération ou contre la Confédération?” Et comme ils n'auront pas l'air de le comprendre, M. Cauchon s'en reviendra au Journal de Québec, où il déclarera que les Néo-Ecossais sont un peuple d'enfants qui ne savent pas ce qu’ils veulent, el ne comprennent même pas quand on leur parle.

Et la question sera décidée, Mais, par exemple, si nous achevons les fortifications de Lévis et si nous construisons celles de Montréal, il est évident que les Néo-Ecossais ne pourront jamais s’affranchir du joug fédéral.

Je lisais l’autre jour dans le Journal de Trois-Rivières ce gracieux entrefilet :

Fourqpol le rédacteur du Pays qu ne conseille-t-il pas à M. Fréchette (2) de passer en Italie, et là, à 8on exemple, de revêtir le froc garibaldien et de porter le poignard des sicaires ? (8) La chose en vaudrait la peine, puisqu’au lieu d’un monstre, la patrie en compterait deux.

Ça, au moins, c’est témoigner des égards aux gens. Décidément, la Grande Duchesse a tourné la tête de tous nos dévôts ; ils ne voient plus que sabres, poignards, .. . .et frocs! ! |

J’ai horreur de l'isolement. Etre le seul monstre dans la patrie me paraît ennuyeux. Que le rédacteur du Journal de Trois-Rivières, qui est un ange, ait donc la bonté de s'associer avec moi ; je lui passerai le poignard, il me passera le goupillon, nous laisserons le froc de côté, et nous chercherons ensemble s’il n’y a pas moyen de trouver un deuxième monstre qui m'aide à passer la vie. Quant à Fréchette, il est bien certain qu’il ne prendra pas la peine de partir de Chicago pour venir jouer le rôle de monstre en Canada. (Ça né paierait point. . 3

Dans quel pays, dit le Courrier de St. Hyacinthe, a-t-on fait plus de sacrifices

u’en Canada pour la belle et sublime cause de l'éducation ? Dans quel pays le clergé s’est-il dévoué avec plus de zèle à la propagation des lumières? Et où ces pt ae ce zèle et ce dévouement ont-ils eu des résultats plus satisfaisants

Je ne conteste pas au clergé ses sacrifices qui, du reste, paraît-il, ne l'ont pas ruiné. Mais ce que je conteste, c’est le résultat. En effet, si l’on peut me faire voir un jeune homme sortant d’un de nos collèges, qui sache tant soit peu d'histoire, de géographie, de géologie, de mathématiques, de chimie, d'anglais, ..::je ne contesterai plus rien. Si l’on veut, je ne me montrerai pas si difficile et je demanderai seulement où est le collégien qui sait le français.

À propos de sacrifices, on devrait bien aussi parler un peu de ceux

1) J'étais alors rédacteur-en-chef du Pays, 3] Louis Honoré Fréchette vivait en 0e temps-là à Chicago. 3) Allusion à la campagne des Deux-Siciles que j'ai faite sous Gtaribaldi.

que font les pauvres pères de famille qui envoient leurs enfants au collèe pour ne rieu apprendre pendant huit ans, et qui, eux, n'ont pas 60,000 à 80,000 louis de rente pour réparer la perte inutile qu'ils ont faite.

J'admire cétte façon de toujours se représenter soi-même dans des organes attitrés comme un holocauste intarissable, comme une fontaine d’abnégation. Il me semble que c’est bien le moins qu’on

fasse quelque chose pour un peuple qui se prosterne à deux genoux 4

devant soi, et qui se livre corps et biens quand on le veut. # + +

Il y a aujourd’hui toute espèce de façons d’être Zbéral / mais il paraît que la plus en vogue est celle d’être libéral en niant le libéralisme. C’est cette façon « qu'ont adoptée l'Ordre et le Franco-Canadien. Pourtant, je dois dire que l’Ordre n’a plus de façon du tout, puisqu'il vient de repudier l'appellation elle-même de libéral. Personne ne s'imegine que cela va le changer ; mais enfin, il avait toujours le nom,

s’il n'avait pas la chose. C'est à ce nom qu'on faisait la guerre, ce É

qui pro” ve bien qu’on était incapable de la faire aux idées.

Mais voyez quelle attraction il y a dans ce mot {thérall Comme l

il indique bien de suite les instincts, les penchants secrets de l’huma- ‘hi nité! Les torys eux-mêmes, désespérés du nom qu'ils portent, ont %

imaginé d’y ajouter aussi eux celui de libéral, et ils ont fait Zibéralconservaleur.

Cela me rappelle un petit spectacle qui se passait à Paris dernièrement. Un charlatan criait aux passants sur la place publique:

‘“ Entrez, mesdames, entrez, messieurs, venez voir la chose la plus mer- &

veilleuse, la plus étonnante, la plus incroyable, venez voir ce prodige | nouveau, unique, oui, unique, messieurs, mesdames, le produit d’une ! carpe et d’un lapin.”

Et les vieilles femmes, les badauds et les niais d'entrer. Une fois #

entrés, on leur faisait voir une taupe,

Voilà ce que c’est qu'un libéral-conservateur. Ça ne voit pas Ë clair, Produit chimérique de deux choses impossibles à accoupler, il ne manque cependar* pas de badauds et de niais pour croire en lui et pour chercher à le voir.

Il n’y a dans tout le Bas-Canada que deux journaux logiques, le ! Nouveau-Monde et le Pays. Entre eux, pas de discussions possibles } sur la porté, et le sens du mot Zbéralisme. (C'est entendu. Mais avec l'Ordre il a fallu discuter trois mots pour s'entendre, et faute de pouvoir s'entendre, on a supprimé le sujet de la discussion. (Cela ! donne à croire que si, un jour, les Etats-Unis et l’Angleterre se querellent pour la possession du Canada, et qu’ils ne puissent s'entendre, le | plus court pour eux sera de le prendre et de le jeter dans la lune.

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bles, puisqu'il a suffi de leur fermer une porte au nez pour les mettre M à la raison. (C’est le moment de les insulter. 4 Mais auparavant, qu’on ma permette de m'étonner de ce que les (M Fénians, n'étant pas plus dangereux ni plus féroces qu’ils se sont 0% montrés il y a quinze jours, on ait fait depuis deux ans de si nom- ‘Mbreux et de si vigoureux appels aux volontaires pour les repousser. Pourquoi, puisque nous sommes un peuple loyal par excellence, “comme nos ministres s’'épuisent à le dire, avons-nous besoin de tant de stimulants pour échauffer notre patriotisme ? M. Cartier voulait-il emplir les cadres des volontaires et trouver ses 40,000 hommes! Mais puisoue le Canada est. prêt à s'offrir lui-même aux dévastations des armées en campagne, est-il nécessaire d’imaginer à chaque instant des invasions de Fénians pour éprouver notre zèle britannique ? Ps Je n'aime pas les sens qui vont à la messe avec de gros livres

qu'ils tiennent à deux mains, carrément appuyés sur l'épigastre, et

qui regardent de tous les côtés pour voir si on les re ue. Je con-

naïis une femme qui sort ainsi cinq ou six fois par jour de Notre

Dame de Pitié, avec un livre qui lui couvre toute la poitrine. Si je

la revois, je jure de lui faire un affront et de lui demander si elle sait . lire. ‘

La fausse piété cherche toujours à se montrer, parce qu’elle n’est

Æque ce qu'elle paraît. Mais la vraie piété se cache, comme celle du rédacteur du Nouveau-Monde qui n’a jamais fait voir ce qu’il fait de ‘Mbien.

Je rencontre un ami dernièrement ; il's’agissait desnvoir si je mettrais mon nom à cette Lanterne, “Ne signez pas, me dit-il ; vous [ne sauriez croire combien il y a de gens pour qui votre nom est un Miépouvantail; vous empêcherez la vente.”=* Ah bah! répondis-je,

Mceux qui m'en veulent tant sans me ronnaître ne savent pas lire ; que mon nom paraisse ou non, qu’en sauront-ils ? TÎls ne le verront pas. Tandis que mes amis seront contents de le voir paraître. Déplaire à

cent ennemis pour plaire à un ami, ce n’est pas là un sacrifice ; je n’hésite pas, je signe. :

ste | L'Ordre entend l'emprunt. C’est là qu’il est Zbéral. Ù Ainsi, l’autre jour, il empruntait une colonne entière au Pays sans ui en tenir le moindre compte. Maintenant il emprunte au Wouveau-Monde, journal qui lui interdit jusqu'aux qualités et titres qu'il veut prendre. Il est évident que l’Ordre n’est. d'aucun parti, puisqu'il s'habille indifféremment de toutes les défroques. Depuis que ce pauvre journal n’est plus que Z’Ordre tout bonnement, sans qualification ni couleur, tout le monde se jette dessus omme sur. le baudet, Voilà ce que c’est. Quand on a des ennemis, il faut avoir en revanche des amis qui vous soutiennent, La plus mau-

D D D D ER SR Se tar Dam

vais tactique est de. vouloir ménager tout le monde. Sur le terrain des complaisances,on ne sait jamais où l’on s’arrête ; et quand une fois

on a pris le pli de la concession, on arrive vite à la bassesse, qui est #

l’ignominie. Etra où n'être pas ; il n’y a pas d'autre alternative.

Un futur ministre vient de partir de Québec. C’est Doran, défal.

cataire de la Municipalité pour quelque chose comme soixante mille

dollars. Sans doute Doran, qui était pressé de voyager, (ceux qui 4 ont de l'argent ont toujours peur des voleurs) n’a pas pu attendre le # prochain remaniement du Cabinet. Et puis, on n’est jamais sûr dece # qui. peut arriver; un gouvernement dans l'embarras est capricieux et peut négliger les objets de sa prédilection habituelle ; Doran n'aurait !

peut-être pas eu de chance, malgré tous ses mérites.

Le Nouveau-Monde s'exalte de sa deuxième année d'existence. M H est si étonné d’avoir pu vivre un an qu’il va passer les trois mois k qui lui restent encore à vivre à le rappeler à ses lecteurs. Mais comme les lecteurs du Nouveau-Monde sont des gens qui, par état, sont habi- ! tués à toutes les vertus évangéliques et surtout à la résignation, ils le ls

laisseront bien faire encore pendant ces trois mois-là.

* La Minerve a moins de scrupules que le Nouveau-Monde. Elle À &ouve la Grande Duchesse simplement stupide. En cela elle a rai- }

son : mais c’est ce qui m'étonne.

Ææ * *

Le Nouveau-Monde ne ‘se,contente plus d’être moral ; voilà qu’il | est modeste. Je lis dans son numéro du 9, à propos des lettres # échangées entre le gouverneur et.le ‘prosureur-général de la Nouvelle #

Ecosse : ‘“ Nous sommes comme d'ordinaire le premier journal fran-

çais du Bas-Candda qui donne la traduction de ces documents impor- |

tants.”

méditer sur l’autre monde, se dit sans doute “qu'est-ce que c’est que quelques heures en comparaison de l’Eternité ?”

Si le Nouveau-Monde prend comme cela toutes les vertus pour lui |

seul et ne laisse à ses adversaires que le choix des vices, il est évident qu’il mourra en état de grâce.

Comme tout change! C’est pourtant le publicain, se disant le der- |

nier ét le plus indigne des hommes, qui fut préféré par le Sauveur!

Entre deux sourds, dont l'un juge et l’autre avocat, Le témoin | est dans la boîte où l’on jure et où l’on se parjure encore mieux. Mais |

parlez donc plus fort, dit le juge B...., M. l'avocat G.... D....

ne peut pas entendre.” En même temps, le juge B.... s’approche insensiblément du témoin qui crie à tûe-tête. L'avocat, qui est |

resté à sa place : ‘‘Elevez donc la voix un peu, témoin, vous voyez

SÉés s cé é

Quand une nouvelle arrive le matin, le Nouveau-Monde, qui se : publie le soir, a naturellement le pas sur les autres journaux qui se à publient le lendemain. Mais le Nouveau-Monde, qui passe sa vie à

le terrain «

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>, qui est

ative.

Tan, défal- 4 taloches à faire frémir tout homme qui a la conscience du devoir, ante mille 4 (ceux qui # ttendre le # s sûr dece ?

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de, qui se ux qui se |

bien que M. le juge B.... n'entend pas un mot.”—Eclats de rire dans l’auditoire.

Un huissier se rend chez un saisi, et comme il procède à la numération des meubles et effets, ce dernier lui applique une. volée de

L'huissier se plaint au tribunal,et le délinquantest, condamné à trois shillings d'amende ; il avait négligé d’assommer toutà fait l’huissier ; ç’aurait fait un compte rond, et il eût été condamné à payer un dollar. Un autre saisi, croyant profiter de cette règle, éreinte un autre huissier et soustrait en outre la plupart de ses effets pendant que celui-ci est sans connaissance. Traduit devant la cour, il est condamné à remettre les objets qu'il avait dérobés à la saisie. Une seule difficulté se présentait, c'était de constater l'identité des objets ; rien que ça !

Le juge B...., l’autre jour, était furieux, ce qui lui arrive toutes les fois qu’il n’a.pas avalé une bouteille “’eau de Plantageneten se levant. L'avocat Per.... plaidait devant lui. Le juge impatienté, ahuri,

ayent que l'avocat eût pu dire deux mots : ‘ Asseyez-vous, asseyezvous, dit-il, et finissez-en.”—‘J’ai beaucoup d'obligation à Votre Honneur de sa complaisance, répond l’avocat, mais j'aime mieux plaider debout.”

Un autre ‘uge disait à un autre avocat peu célèbre qui déblatérait à tort et à travers : ‘“ Que venez-vousfaire devant moi,espèce de moitié

A d'avocat ?....Pardon, Honneur, réplique celui-ci, je n'ai rien de

coupé.

Le Journal de Trois-Rivières affirme solennellement que le Zibéra-

D lisme ne fait pas de progrès dans sa localité. J'ai toujours remarqué

que c’est pour les choses les plus incontestables qu’on fait le plus de déclarations. Mais je n’ai jamais oui dire que les gens qui avaient la teigne s'en vantassent dans les journaux.

ae é “+

Cette mème feuille, à propos d’une lettre de Mazzini publiée dans le Pays, sans commentaire aucun, et seulement à titre de document contemporain, jette ces paroles terribles :

Ainsi osent se montrer devant nous, catholiques, ces lâches et sauvages démagogues, plus pur e- de la nation répandu fera leur joie pendant qu’ils

pende.

baiseront ignominieusement la main des meurtriers, Que la honte: et l’opprobre À

les couvrent et que le mépris public soit leur châtiment !

Bang! Pif! Paf! S'il est un fait connu pourtant, c’est D.

que je n’ai jamais recommandé aux jeunes canadiens de se rendre à Rome, et que par conséquent je n’ai pu vouloir les y faire tuer.

Il faut s'entendre là-dessus. Sont-ce les patriotes d'Italie qui #

veulent démolir les zouaves canadiens, ou les zouaves canadiens qui veulent démolir les patriotes d'Italie ?

Je ne sache pas que Mazzini soit venu au Canada nous provoquer, tandis qu'il est constant que les zouaves canadiens sont allés à Rome

provoquer les Italiens.

Pa

Le Journal de Quebec dit en parlant de: mai :

Il en veut à ceux qui parlent sa langue--nous ne disons pas qui professent sa religion --d’avoir suivi d’autres conseils que les siens, et il les anéantira s’il le peut. Ces libres-penseus ne permettent pas aux autres de penser librement, et ceux qui 4: ont le malheur d’avoir d’autres idées que.les leurs sur la philosophie, sur la politi- 1 que, sur la sociécé, sur les droits et les devoirs, ne sont poureux que des niais ou À

e vils mercenaires.

Pardon, Journal, il ne tient pas à moi d'empêcher ceux qui |

pensent d'exprimer leurs idées librement quand ils le voudront. Mais

vous qui n'êtes ni penseur, ni libre, je ne vois pas de quoi vous pou- l#

vez vous plaindre.

Il me reste maintenant à parler des grands hommes; je commence : par Paul Denis qui a été nommé Conseiller de la Reine pour avoir fait !

deux faux. Malheureurement, Paul Denis préfère l'obscurité au 4 grand rôle qu'il aurait pu jouer à notre époque de gloire, En ce mo-

ment il fabrique des cocks-tails dans un bar de Chicago.

Je ne suis pas, moi, comme ces gens du Pays qui s’imaginent |

que le peuple puisse être trompé. Nôn, le peuple est infaillible ; et À ce qui le prouve, c’est qu'il a réélu Jean-Baptiste Daoust après | ses deux procès paur faux. Done, Jean-Baptiste Daoust: n’était pas À

coupable.

Je ne vois pas pourquoi nous avons des tribunaux; si c’est le peu-

ple qui décide de ces choses-là..

Quand un homme aura commis un vol ou un meurtre, ne lui

faites pas de procès ; envoyez-le dans un comté, et s’il est élu, la à

Minerve dira qu’il est:un agneau sans tache ; s’il n’est pas élu, qu'on le

Il n’y a plus que deux alternatives pour lés scélérats. Etre n: |

conseiller de la reine, ministre ou forçat.

Ce qui m'a toujours étonné, c’est que la Minerve appelle les Amé- 1 ricains canatlles.. Îln'ÿ, a pas de canailles. . Les seules canailles sont. !

les honnêtes gens,

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tuer.

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J'ai trouvé mon deuxième monstre ; je le tiens, je nele lâche plus. —Mon deuxième monstre, c’est....ah bah ! vous ne le croirez point,

OÙ mais c’est lui pourtant, bien lui....lé Nouveau-Monde. e commence 4

ur avoir fait M bscurité au En ce mo-

En voilà une! Vous allez saisir.

Les augures se sont pris aux cheveux.

Voyez jusqu’à quel point ils devaient se haïr entre eux, puisqu'il a sufi d’une étincelle toute petite, allumée par le Pays, pour produire un feu que rien désormais ne pourra éteindre,

Il m'est impossible de rester neutre dans un conflit de presse ; aussi je me range immédiatement du côté du Nouveau-Monde, que je prie de ne pas me repousser avec dédain., Ces unions monstrueuses, pour être peu durables, n’en sont pas moins logiques.

Ce matin, mardi, 22, la Minerve accuse mon allié de s'approprier

| ses dépêches, de lui faire des vols littéraires, de lui prendre ses 2nfor-

mations, de mentir pour soutenir ses diffamations, d'avoir englouti son capital souscrit, plus le fruit de générosités considérables, ... et mille autres douceurs, tout cela après avoir eu d’Elle tant. de compliments

Set de bons souhaits à son apparition dans la presse.

Je démbntre par l’absurde ou par l’imvossible la fausseté des ac-

S cusations de la Minerve.

érats. Etre

lo. Il est impossible de faire à la Minerve un vol Xiftéraire ; parce que le corps du délit, c'est-à-dire la littérature, manquant, bien plus, n'ayant jamais existé, l'accusation tombe d'elle-même,

20. Mon allié ne peut s'approprier les dépêches de la Minerve ; parce qu’à moins d’avoir fait des études spéciales de KamsKatquois, on

Em

ne peut les déchiffrer et, par suite, encore bien moins se les approprier.

30. Mon allié ne dérobe pas davantage à la Minerve ses informations, à moins qu’il ne lui ait pris celle où la Déesse a puisé que. le nommé Daniel Drew (qui est un bateau à vapeur,) s’est crevé en se heurtant contre un roc—Dans ce cas mon allié aurait eu tort.

40. Le Nouveau-Monde ne peut pas mentir pour soutenir n'importe quoi, attendu que le Nouteau-Monde étant inspiré à la source de toute vérité, le mensonge lui est impossible. La Minerve sachant cela et disant sciemment tout le contraire de mon allié, doit

être elle-même, et elle seule, convaincue de fausseté, accusation

qui ne lui fait plus d’effetaujourd’hui, mais qui ne perd pas de sa justesse pourtout cela.

5o. Mon allié ne peut pas être aceusé d’avoir englouti son capital et les aénérosités qu'on lui à faites, parce que tous les biens de la terre étant méprisables et la pauvreté étant agréable à Dieu, le plus tôt le Nuuveau Monde engloutira le reste de son capital, le plus tôt il rentrera dans la pensée de ses fondateurs.

Maintenant que j'ai lavé mon allié de ces cinq premières accusations, je lui retire mon appui pour le reste. Je ne me sens pas capable de réfuter les autres chefs, tous portés par la Minerve de ce matin et que voici dans leur ordre, textuellement :

Ainsi donc, dans l’espace d’un an,

: Le Nouveau-Monde a eu le temps de travailler à la ruine de nos gouvernements OCAUX ; : :

À Îa ruine de notre nationalité ;

A la ruine de la bonne presse ;

Le Nouveau-Monde a eu le temps d’insulter de vénérables membres du clergs, qui lui donnaient de bons conseils.

Le Nouveau-Monde a eu le temps de pratiquer des faux littéraires en falsifiant le texte d’un journal français, pour éviter de mentionner notre nom.

Le Nouveau-Monde, pour résumer, a eu le temps de donner l’exemple de tous les scandales en nous autorisant à é

Insuilter les prêtres,

Falsifier des textes,

Renier ses opinions au moyen de correspondances,

Refuser de rendre justice devant l’évidence,

Sacrifier le bien du pays à l'intérêt d’un plaideur,

Diviser les consciences,

Détruire la force nationale:

Tout cela, c’est beaucoup trop à dire ; mais nous n’avons pas trop dit ; et en disant tout cela, nous ne voulons pas qu il soit compris que nous travaillons à détruire le NouveauMonde. Au contraire, qu’il vive, s’il veut vivre honorablement ; il y a place pour lui à Montreal. : Nous serons son meilleur ami.

Cette conclusion nous serons son meilleur ami, au sujet d’un journal qu'on appelle menteur, faussaire, voleur. etc., fait voir que la Minerve n’est pas du tout dégoûtée, et qu’il y a beaucoup à « adre d’elle pour l'avenir, vs) 4

: # + + 1 devient de plus en plus difficile d’avoir des servantes ; c'est presque aussi difficile que d’avoir de l’esprit pour un rédacteur de l’Ordre ou de faire quelque chose d’intelligible, pour un traducteur de la Minerve.

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Voici ce que je lis dans un journal anglais :

tique mâle. Le:

famille. Le maître de la maison se lève de bonne heure, mais préparé le déjeuner

lui-même. Le blanchissage se fait en de la maison, et la cuisine est pour-

vue de tout ce qui fait le comfort et le ; La viande froide et le hachis sont

scrupuleusement bannis de la maison. On donnera n'importe quels gages ; money , On échanges en outre 8a pho phie.

On ne dié s'il y a une Lanterne. la cuisine de la petite famille.

À Maintensnt que la mienne est conuue, les servantes vont devenir d’une exigen-

cel... J'y verrai...patrons. :

Sir Narcisse Fortunat Belleau, lieutenant-gouverneur de la province de Québec, est venu à l'Exposition la semaine dernière. (Je ne puis me résoudre à l'appeler Son Excellence, malgré toute l'envie que j'en aie, parce que je suis colon,et tant que je serai colon, je veux prouver ma loyauté par mon obéissance.) (*) La Minerve s’exprimait ainsi au sujet de cette visite :

En allant sur son passage contribuer à un accueil enthousiaste, nous aurons fait parvenir à Sa Gracisuse Majesté l'expression de notre inébreniable loyauté, et, en même temps, nous nous serons honorés à nos propres yeux, puisque ces hommages s'adressent à un digne et sympathique com te.

Nous l'avons déja dit. l’arrivée de son Excellence Île lieutenant gouverneur de la Province de Quebec à Montréal est une de et solennelle occasion où il

nous sera donné de nous affirmer, et pour avoir droit d'espérer de l'avenir, nous devons nous affirmer.

Je ne sais pas si sa Gracieuse Majesté est abonnée à la Minerve, ni si elle a quelque autre moyen de connaître chaque mouvement de Sir Narcisse ; il peut se fairs même qu’il lui échappe quelque détail, malgré le retentissement qu: va avoir en Europe ‘notreexposition provinciale, retentissement qui poursuivra la reine partout, dans tous ses voyages caren Angleterre on ne parlera que de cela pendant bien longtemps. Mais enfin, si cette expression de notre inébranlable loyauté ne lui parvenait pas,il nous resterait toujours la consolation de nous être honorés à nos propres yeux et de nous afirmer pour avoir droit à l'avenir.

Le marchand qui ne peut pas vendre sa marchandise la garde

* pour lui-même ; c’est une grande consolation, mais qui mène droit à

la banqueroute. |

Il paraît que jusqu'a présent nous n'avons pu nous affirmer, et qu'il a fallu une visite aux moutons et aux bœufs de la rue Sherbrooke pour nous donner drvit à l'avenir. Il y avait bien avant cela la Confédération, mais qui ne donne pas de droits ; au contraire, elle en ôte. C’est pour cela qu’il fallait nous rattraper. Aussi, une population immense de vingt-deux personnes entassées dans sept voitures,

(*) Le titre officiel accordé au lieutenant-gouverneur par le vernement

impérial était tout simplement ‘“ Son Honneur ” et non pas ‘‘ Son Excellence ” ; mais on lui prodiguait ce dernier titre par aabitude de la flagorncrie,

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