‹ La lanterne sourdeChapitre 31 sur 89 · LE FROMAGE A LA CRÈME · texte numérisé non relu

LE FROMAGE A LA CRÈME

Leur discussion s'éternise. Las de parler pour ne rien dire, Noirmier et Paponot décident qu'il faut consulter M. Castel. Il jugera.

Noirmier et Paponot le trouvent assis à l'ombre de ses noisetiers, et la discussion recommence devant lui, comme s'il n'était pas là.

M. Castel, arbitre, les laisse aller, écoute sans interrompre, et quand ils se taisent de fatigue il promet d'examiner l'affaire et de donner sa réponse un de ces jours.

— Prenez votre loisir, dit Noirmier qui s'essuie le front. Quelle chaleur! On se coucherait sur un jet d'eau.

— On a toujours soif, dit Paponot.

— Plus soif que faim, dit M. Castel, arbitre. Je perds Tappétit, et je ne mange que du fromage à la crème pour me rafraîchir.

— Et moi pareillement, dit Noirmier.

Or, Noirmier feint de dire cela, comme il dirait autre chose, par flatterie et politesse. Mais il comprend M. Castel à demi-mot et il se réjouit d'autant plus que cet imbécile de Paponot ne devine jamais rien.

Et, le jour même, Noirmier fait porter de sa part, chez M. Castel, dans du linge propre, sur de la paille neuve, un fromage soigneusement égoutté et un bol de crème. Puis au lieu de se morfondre comme Paponot, il attend avec tranquillité la justice.

Quelle surprise quand M. Castel, sur toute la ligne donne raison à Paponot !

— Au moins, dit Noirmier ironique et rageur, mon fromage à la crème était-il bon ?

— Jfe me suis régalé, dit M. Castel.

— J'avais donc bien tort? dit Noirmier.

— Est-ce qu'on sait jamais? dit M. Castel.

— Alors, vous favorisez Paponot contre moi ?

— Oui, dit M. Castel. Peut-être qu'il va m'offrir un fromage à son tour...

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