‹ La lanterne sourdeChapitre 46 sur 89 · LA BAGUETTE · texte numérisé non relu

LA BAGUETTE

Tiennette roule une baguette entre ses doigts, la gratte avec ses ongles, la mord du bout des dents, la déshabille de son écorce. Elle s'avance sur la route et dit aux arbres :

— Vous savez que je me marie aujourd'hui. Sérieusement, je vous assure. Il m'aime, je l'attends.

Elle leur sourit à droite et à gauche, répète déjà la cérémonie.

Or une voix qui part des arbres lui ordonne :

— Ote ton bonnet, Tiennette.

Elle hésite, regarde les arbres d'où s'échappe un souffle et demande en tremblant :

— Est-ce vous, cette fois?

— Oui, Tiennette; ôte ton bonnet.

Confiante, elle jette son bonnet comme elle a jeté les feuilles de sa baguette.

— Ote ta camisole, Tiennette.

Elle obéit, jette sa camisole comme elle a jeté les menues branches de sa baguette.

— Ote ta jupe, Tiennette. Elle en va dénouer d'une main les cordons, mais

elle voit dans son autre main la baguette sans écorce,

toute nue, et, soudain réveillée, Tiennette ramasse pudiquement son bonnet, sa camisole et se sauve loin du libertin qui voulait encore l'attraper et qui rit derrière les arbres.

ÉÊtLm

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