‹ La lanterne sourdeChapitre 82 sur 89 · LE GESTE DU SEMEUR · texte numérisé non relu

LE GESTE DU SEMEUR

Eloi goûte de plus en plus la campagne et recherche chaque jour une nouvelle émotion. Levé ce matin de bonne heure, il aperçoit le paysan Jaquot qui ensemence le labour des Magnes. li le joint et lui dit:

— Jaquot, l'occasion est favorable ; faites-moi le geste auguste du semeur.

— Plait-il?

— Je veux voir le fameux geste du semeur que si souvent ont peint nos grands peintres et décrit nos meilleurs poètes. Allez, faites ! Ne saisissez-vous pas? Je vous prie de me montrer comment vous semez quand vous semez.

— Voilà, dit Jacquot.

— Non, mon pauvre ami, s'écrie Eloi, ce n'est pas ça ! Vous avez l'air de donner timidement à manger aux poules. Ne craignez rien. Je ne vous veux aucun mal. Supposez-vous seul et recommençons. D'abord, vous vous placez à tort face au bois sombre. Tournez-vous plutôt vers la lumière. Découpez-vous sur l'horizon. Ensuite, plongez avec lenteur la main dans votre tablier, retirez-la pleine de blé, lancez à toute volée les grains fécondants, et que votre geste

libre semble parcourir limmense nature, tel qu'un oiseau lâché. Attention, une î deux!...

Mais, Jaquot, pourquoi me regardez-vous comme un hébété ?

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