SERVICE RENDU PAR LA LECTURE
beaux vers italiens, elle se prit de passion pour la poésie française et faisait la lecture, dans le petit cercle de la reine, des tragédies les plus admirées. Sa voix vibrante, émue, et jusqu'à son accent italien, donnaient à sa diction un charme étrange.
C'est là que Louis XTV fit son éducation littéraire; c'est là qu'il apprit à goûter, à admirer, à lire et à dire lui-même tout haut les chefs-d'œuvre de notre poésie. Son âme s'en ressentit, et M'i« de Montpensier fait la remarque, dans ses iMémoirei«-, que c'est de ce moment que date, chez Louis XIV, ce goût pour les œuvres nobles qui ne l'a jamais quitté ; on peut donc dire de lui qu'il fut dans une certaine mesure l'élève de la lecture à haute voix. Sans doute la lectrice fut pour quelque chose dans le succès de la lecture; raison de plus pour les jeunes filles de cultiver un art qui leur permettra de produire dans les âmes de si nobles mouvements. Ce qui est vrai pour Louis XIV, l'est aussi pour les hommes les plus obscurs ; ce qui est vrai pour les fiancés, l'est également pour les frères, pour les pères, pour les maris; et ainsi la lecture, sous la forme ds la jeune fille, s'assied au foyer
domestique, non seulement comme consolatrice, mais comme guide, je dirai presque comme éducatrice. Relisez la page charmante que Stahl a écrite dans la Morale familière, sous le titre : La lecture dans la famille.