‹ La légende ailée de Wieland le forgeronChapitre 8 sur 12 · WIELAND ÉCOUTE ET ENTEND · texte numérisé non relu

WIELAND ÉCOUTE ET ENTEND

L'ombre, avant l'heure, se glisse Sous les solives saures et basses, Sur l'établi large et lisse, Sur les mains qui s'y posent lasses ; Il semble que le jour finisse.

Alors qu'au dehors D'autres vont partir pour la chasse...

Comme l'Alvitte dort !

Que ne s'éveille-t-elle?

Pourquoi dort-elle encor?

Sans doute, elle se disait très lasse ;

Wieland écoute son sommeil...

Il écoute : le vent passe ; il écoute :

Le vent passe et pleure et se plaint

Comme un cor

Qui sanglote et s'éteint

Tout au loin,

Ou si près !

Une flèche qui siffle à l'oreille...

L'Alvitte sommeille :

Par delà le rideau de la couche, Il guette un son léger; N'est-ce le souffle de sa bouche Harmonieux, égal et parfumé?

Il écoute, il doute...

Soudain !

Éclate la voix de Slafîde au dehors,

Mêlée en un cri au vent du Nord :

« Wieland ! es-tu là ? »

« — Que t'importe? laisse et passe! »

Pense Wieland, en un souffle, énervé;

Car ses frères qu'il évite

Sont jaloux de l'Alvitte

Et se rient de son œuvre rêvé.

Mais Égile crie plus fort :

« Que te disais-je, Wieland ?

Elles nous quittent I

Elles se sont envolées ;

La saison nous les devait voler :

Le vent les apporta et le vent les emporte !

Il fait froid. »

Et il frappe à la porte :

« Vas-tu laisser ta lime? N'est-elle encore usée ?

Et rallumer ta forge devant l'enclume claire?

Nous nous y chauffions, tous trois, comme des rois,

L'autre hiver ;

Ouvre, Wieland, aux frères ! »

« — Passe au large I » souffle-t-ilà voix basse.

« — Il est fou ! »

Mais Wieland en est pâle :

Leur chanson aux mots lourds

Sonne au seuil comme un deuil:

« C'est fini la saison des amours ! »

D'un grand geste fébrile

11 écarte le rideau de feutre...

L'Alvitte n'est pas là !... que sait-il ?

Il écoute :

« Viens, Wieland, chante encore avec nous

Le vieux refrain d'automne ;

Tu Tas chanté l'antan ; es-tu sourd ?

C'est fini la saison des amouj^s... »

Wieland serre sur son cœur le manteau de sa peine;

11 est lourd !

« Wieland ! on entend ton haleine;

Vas-tu parler enfin ?réponds-nousî

Es-tu fou ? »

« — 11 est mort! »

Mais Wieland, de voix forte :

« Passe au large! elle dort »

Il est pâle comme un mort,

Son âme est comme une morte...

« Bien du bonheur tous deux î

Car rOline est partie sans adieux,

Et Lodrune est partie sans rien dire ;

Nous n'aurions rien trouvé de mieux ;

Elles auraient pu faire pire ;

Nous nous sentons si légers, tous deux ;

Il semble qu'elles nous aient laissé

Leurs ailes î »

11 riait.

« Vas-tu laisser ta belle ?

Viens chanter avec nous :

C'est fini la saison des baisers...

Il va neiger, Wieland,

On se sent si léger. »

« — En chasse I » crie Slallde. « 11 est fou l

Laissons-les. »

« — Au moins, forge-nous de l'acier;

lu.

Laisse Tor, prends du fer :

C'est fini la saison de ne rien faire /... »

Et leur voix s'envola dans le vent Qui s'en vient des glaciers.

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