TOMBE ISOLÉE
A Varennes, pays de calme et de bien-être, Au milieu d'un enclos ombragé de grands fûts, Blanche, parmi le vert des herbages touffus Une pierre tombale est là sous ma fenêtre.
Pauvre mort délaissé ! je ne veux rien connaître M même soupçonner rien de ce que tu fus ; Pourtant à ta pensée un sentiment confus De troublante pitié me hante et me pénètre.
Serait-ce que la mort elle-même a le don Au-delà du cercueil de sentir l'abandon ? La tombe a-t-elle aussi ses ennuis ? non sans doute ;
Mais le cœur, pauvre cœur — à quoi bon le nier ? — Est bien fait pour aimer sans fin, puisqu'il redoute Jusqu'au fond du tombeau l'isolement dernier.
Tu régneras longtemps après.
A. Deschamps.