‹ La légende d'un peuple (volume 2)Chapitre 35 sur 120 · LE PREMIER DE L'AN · texte numérisé non relu

LE PREMIER DE L'AN

C'est le premier de l'An ! Allégresse partout ! On s'aime, on se caresse, on s'embrasse, on se choie. Mais le premier de l'an, pour les petits surtout, Est un jour d'ineffable joie.

Pour les enfants la vie est un céleste accord ; Chaque nouvelle année au bonheur les invite : A cet âge naïf on ne sait pas encor

Combien le temps s'envole vite.

Pour eux point de soucis, nul chagrin n'est profond ; Ces coeurs que rien ne blesse ont en eux leur dictame ; Et pourtant qui dira ce qui se passe au fond Quelquefois de la petite âme ?

Je connais des parents qui, sur leur seuil joyeux, Ayant vu s'arrêter le spectre au front livide, — Des sanglots plein la voix, des larmes plein les yeux, Se penchent sur un berceau vide.

Le pauvre ange est parti, par la mort emporté ; — Pères qui m'entendez. Dieu vous garde les vôtres ! Ils ne blasphèment pas, non, car en sa bonté Le ciel leur en a donné d'autres.

Tous trois sont là, groupés au milieu de monceaux De cadeaux radieux, — bonbons, tambours, épées. Chevaux de bois, soldats de plomb, frêles berceaux Où dorment de roses poupées.

Oh ! les bons cris de joie ! oh ! la franche gaîté !. . . Doux échappés du ciel, qui donc pourrait décrire Ce timbre d'innocence et de sérénité

Qui sonne en votre éclat de rire !

Le cœur gonflé, le père ose à peine parler ; Et, tandis qu'autour d'eux le frais essaim se joue, La pauvre mère est là, triste, et qui sent couler Deux grosses larmes sur sa joue.

— Allons, dit le brave homme, en couvrant de baisers Les petits innocents à la voix de mésanges.

Ces jouets sont à vous ; prenez et divisez

Entre vous trois, mes petits anges.

Or, comme l'on faisait quatre parts, étonné :

— Pour qui, dit le papa, cette autre part entière ? Et, levant ses grands yeux : — C'est, répondit l'aîné,

Pour petit frère au cimetière !

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