LE NIAGARA
L'onde majestueuse avec lenteur s'écoule ; Puis, sortant tout à coup de ce calme trompeur, Furieux, et frappant les échos de stupeur, Dans l'abîme sans fond le fleuve immense croule.
C'est la Chute ! son bruit de tonnerre fait peur Même aux oiseaux errants, qui s'éloignent en foule Du gouffre formidable où l'arc-en-ciel déroule Son écharpe de feu sur un lit de vapeur.
Tout tremble ; en un instant cette énorme avalanche D'eau verte se transforme en monts d'écume blanche. Farouches, éperdus, bondissant, mugissant. . .
Et pourtant, ô mon Dieu, ce flot que tu déchaînes. Qui brise les rochers, pulvérise les chênes. Respecte le fétu qu'il emporte en passant.
Nous montâmes longtemps par des marches croulantes.
Joseph RorssE.