‹ La légende d'un peuple (volume 2)Chapitre 84 sur 120 · AU FRERE STEPHEN · texte numérisé non relu

AU FRERE STEPHEN

J'ai planté ce matin un bouquet éphémère Au-dessus du cher mort sous le tertre endormi ; Et je veux, un moment, dans votre sein d'ami Epancher le trop plein de ma détresse amère.

Dieu, qui ne fait jamais les choses à demi, Près du pauvre exilé vous mit comme une mère ; Et quand le sort fatal vint briser ma chimère Des peines de mon cœur votre cœur a gémi.

Aussi, dans le secret de mon âme froissée,

Je vous confonds tous deux, et ma triste pensée

Va de celui que j'aime à celui que j'aimais.

Hanté par l'un, je sens que l'autre me regarde ; Je vous complète l'un par l'autre, et je vous garde Tous deux dans ma tendresse alliés pour jamais.

J'ai cherché du secours près de tous ceux que j'aime.

Louise d'Isolé.

A Mlle AlmiTxV LE DUC

O ma chère Almita, dis-moi, t'en souvient-il ? Ce n'était qu'un bébé, tu n'étais qu'un doux ange ; Et Dieu sait quel courant de sympathie étrange Vous pénétra tous deux de son charme subtil.

Puis l'âge vint ; la vie est un décor qui change. Pourtant, presque mourant, quand il revint d'exil, Ton nom fit souvent poindre une larme à son cil : Du temps et de l'oubli toujours le cœur se venge.

Tout est passé, ma chère ; et ton petit ami Repose maintenant dans sa tombe endormi ; Si fragile est la base où tout espoir se fonde !

Il dort, et j'attends l'heure où, pensive, à genoux. Celle qui l'eût aimé viendra, seule avec nous. Laisser tomber un pleur sur la fosse profonde.

Je ris et je pleure à la fois.

Mme Desboede-Valmore.

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