MARÉCHAL DE MAC-MAHON
Après avoir reçu les lettres peu compromettantes pour leurs auteurs qu'on vient de lire , je n'étais guère plus avancé, on le comprendra facilement ; mais, loin d'être découragé et de renoncer à une entreprise dont toutes les difficultés commençaient
LA. LÉGEiNDE DE METZ. 75
\ in'apparaître, je fus au contraire stimulé el plus
jiiésireux que jamais de faire jaillir la vérité.
I J'écrivis de nouveau à des officiers de tout grade,
jdepuis les divisionnaires qui étaient à iMetz, jusqu'aux
kous-lieutcnants, leurs officiers d'ordonnance. Je me
suis adressé à ceux qui, ayant connu le maréchal
Bazaine, avaient été mêlés, de près ou de loin, au pro-
pès de Trianon, et auxquels je reconnaissais assez
d'indépendance d'esprit, de loyauté et de franchise
pour rendre hommage à la vérité, sans préoccupation
'aucune sorte.
Tous ceux à qui j'adressai des lettres, et je tiens à Heur en exprimer ma reconnaissance, me firent l'honjneur de me répondre.
Quelques-uns d'entre eux, qui ont joué des rôles importants dans la lugubre tragédie de Metz, m'ont parlé avec franchise, mais en me priant de ne pas publier eurs appréciations. D'autres, qui ont occupé de grands emplois civils en France, et dont la haute intégrité mpose le respect et la confiance, m'ont laissé libre ie publier ou de ne pas publier, à mon choix. Je regrette sincèrement de n'être pas autorisé à nommer 'officier général dont les notes m'ont si puissamment lidé à écrire ce volume, et auquel j'aurais voulu pouvoir exprimer publiquement ici ma reconnaissance.
Enfin, m'étant à peu près rendu compte des conclusions que les renseignements qui me parvenaient de toutes parts m'obligeraient à tirer^ j'entrepris un nou-
veau voyage en Allemagne et je me décidai à écrirej au maréchal Bazaine lui-même.
Voici sa réponse :
Madrid, 14 octobre 1887,
Monsieur le Comte,
Heureux de pouvoir être utile à votre œuvre de rétablis sèment de la vérité, pour ce qui a trait à l'armée du Rhin et à la conduite politique de son chef, je mets à votre dis-^ position les divers documents qui rae sont restés.
Je ne saurais trop affirmer que ma conscience ne me reproche rien, que j'agirais encore de même, parce que j'ai/ toujours été persuadé qu'un maréchal de France, chef; d'armée, avait plus de droit qu'un mouvement révolutionnaire de s'opposer à une sédition contre le pouvoir issu du suffrage universel, et de mettre fin à une guerre désastreuse pour son pays et continuée par un parti qui voulait arriver ^ au pouvoir. Disposez de moi, à l'occasion, et croyez, etc.