‹ La légende de MetzChapitre 35 sur 65 · Il doit y avoir erreur daus les chiffres · texte numérisé non relu

Il doit y avoir erreur daus les chiffres

de défection lu conduite du maréchal, il est permis de rappeler ici l'état réel des choses.

Nous n'avons pas mission de rompre des lances pour l'énergie du maréchal Bazaine; nous voudrions seulement qu'on ne traitât pas plus durement que de raison un adversaire humilié. Nous savons, par la correspondance imprimée de Bazaine avec l'état-major impérial, que le maréchal, après avoir été cerné devant Metz, à la suite des batailles du 14, du 16 et du 18, reconnaissait dès le 20 août la gravité de sa situation. Ces trois grandes batailles, dont le prix a été recueilli le 27 octobre, avaient si gravement atteint notre armée victorieuse, que, malgré la victoire, un sombre sentiment de tristesse dominait, et que les commandants en chef de l'armée eux-mêmes se disaient que le carnage des batailles ne pouvait ainsi durer plus longtemps.

Nous sommes donc autorisés à admettre que le comman-L dant en chef de l'armée française devait être aussi vivement h préoccupé de la situation de sa propre armée.

Les Français avaient combattu trois jours sans succès, et pendant deux jours avaient été rejetés de tous côtés, en n désordre, dans leurs positions concentrées ; ils doivent avoir ^ éprouvé des perles énormes. Sur les 170 000 hommes que l'armée de Bazaine pouvait alors compter, elle avait bien k perdu 50000 tués ou blessés. En tous cas, le 19 et les o jours suivants, l'armée était dans une situation telle qu'une a tentative désespérée pour se faire jour n'avait aucune chance i de réussir.

La vérité est, cependant, que ce ne fut que pendant les premiers jours de l'investissement que le général ainsi cerné ^i put avoir la perspective de se fairejour, non pas avec toute son armée, mais peut-être avec une partie. Chaque jour, chaque i heure, l'artillerie ennemie, couverte par des retranchements, resserrait plus étroitement autour de lui son cercle de feu. «

hs la première semaine du siège, on avait la conviction au iiarlier général allemand qu'une sortie n'était possible à llizaine qu'au prix d'énormes pertes, et n'aurait d'autre ré- Itat que de permettre à quelques débris de son armée de ercher un refuge dans le terrain coupé de la Lorraine éridionale et deBassigny. Jusqu'au jour de Sedan le maréal s'appliqua à renforcer son armée et espéra recevoir un cours du dehors; mais depuis la chute de Napoléon, il ngea que son devoir était évidemment de sauvegarder ssi longtemps que possible l'armée impériale et la fortesse.

Dès lors, s'il parvenait à s'échapper, quelle perspective i restait-il dans le pays ?

Il n'existait absolument plus aucune armée; dans le

di régnaient l'anarchie et la république rouge; se faire jour

squ'àParis avec les débris de l'armée, il ne pouvait pas l'espé-

r, puisqu'il aurait derrière lui une armée deux fois aussi

rte que la sienne et une deuxième armée devant lui. Car,

Metz, il y a eu, sans doute, 173 000 prisonniers, mais il

ut en déduire 38 000 malades, 30 000 hommes de garnison

l'il fallait laisser en arrière; l'armée avec laquelle il pou-

lit tenir la campagne comprenait environ 103 000 hommes,

ins chevaux de train ni de cavalerie, et l'artillerie n'ayant

ae de détestables attelages. Une pareille armée en rase

impagne, poursuivie par un ennemi supérieur, est destinée

être dispersée et égorgée. Nous ne pensons pas que l'hon-

eur militaire le plus scrupuleux justifie un général de

icrifîer inutilement, dans de semblables circonstances, la

e d'une centaine de mille hommes.

Que d'ailleurs le maréchal ait éprouvé de la répugnance

livrer au gouvernement républicain les quelques débris

ui auraient pu s'échapper de l'armée impériale, et à se

oir proscrit lui-même comme bonapartiste maudit, cela est

très vraisemblable. Mais nous ne pouvons admettre que cette pensée ait exercé sur sa conduite quelque influence blâmable.

II a rendu son armée et la forteresse après une résistance opiniâtre, alors que les approvisionnements étaient épuisés; — et sous la menace de l'épuisement et au point de vue militaire, cela était parfaitement dans l'ordre.

Du reste, si Gambetta, dans un mouvement oratoire, avait traité Bazaine de traître, il n'avait pas absolument tort. Tout dépend du point de vue auquel on se place. Gambetta et Bazaine n'avaient pas la même manière de voir. Le premier devait dire peu après : «Périsse la France, mais sauvons la Révolution*.» Bazaine pensait au contraire : Périsse la Révolution; mais sauvons la France!

Leur manière de voir, je le répète, n'était évidemment pas la même.

Si Gambetta avait cru devoir, dans une proclamation, accuser Bazaine de trahison, parce que cela faisait bien dans le paysage, parce que c'était bien dans la note des vieux maîtres les Conventionnels, et qu'il espérait enflammer le patriotisme de tous ces pauvres diables, qui allaient se faire tuer, sans souliers et même sans fusil, — Gambetta était un homme trop supérieur, il avait trop d'esprit et de jugement pour croire à tout ce qu'il était obligé de débiter aux gogos qui buvaient ses paroles.

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