Patriote français^ n'= 857, 15 décembre i
constitution, et montraient nos soldats promenant à travers l'Europe notre drapeau, salué par les bénédictions des peuples :
La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés, et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis *.
Il avait suffi à Robespierre, pour s'élever à des considérations pleines de vérité et de force, de prendre le contre-pied des idées de la Gironde. Quant à Yergniaud et ù ses amis, ils s'obstinèrent de plus en plus dans leur aveuglement, et jusqu'au jour de leur chute ils ne cessèrent de prêcher le soulèvement des peuples contre les rois, ce qui équivalait à provoquer le soulèvement des peuples et des rois contre la France : politique véritablement insensée, dont Brissot lui-même avait tracé le programme en ces termes : Il faut incendier les quatre coins de l'Europe; notre salut est là 2.
Dès les premières séances de la Convention, le 26 septembre 1792, Lebrun, ministre des atiaires étrangères, l'homme de la Gironde et le prête-nom de Brissot au département des relations extérieures, présente à l'Assemblée un conipte-rendu, dans lequel il semble prendre à tâche de déchaîner contre la France une coalition européenne. Passant successivement en revue chacune des puissances, cet étrange ministre des affaires étrangères déverse le mépris sur les po-
1. Le discours de Robespierre est reproduit in extenso dans les Révolutions de Paris, n» 130, p. 17 à 39. M. Ernest Hamel en a donné une longue analyse, au tome II, pages 58 à 66 de son Histoire de Robespierre.
2. Considér. sur la nature de la Rëvol., par Mallet du Pan, p. 37.
tentais de l'Europe, signale leur dévorante ambition, leur immoralité profonde, leur atroce machiavélisme, leurs insultantes prodigalités, leur improbité politique. Non content de couvrir d'imprécations et d'outrages les deux cours avec lesquelles nous étions alors en guerre, celles de Vienne et de Berlin, il lance l'insulte et le mépris aux puissances avec lesquelles la France était en paix. Il montre l'impératrice de Russie, « cette femme qui sait allier les faiblesses et les qualités de son sexe avec toute la force et les vices du nôtre », il la montre « toujours constante dans la haine qu'elle a vouée aux Français et toujours irritée des distances immenses qui la séparent de nous ; toujours nous menaçant de ses vaisseaux et de ses cosaques, et toujours humiliée de la nullité des uns et des autres ». L'Angleterre et la Hollande ! «c'est là surtout qu'il est vrai de dire que, si, en général, les peuples y sont favorablement disposés pour notre révolution, leurs gouvernements, au contraire, l'ont prise en haine et que cette haine est fortement caractérisée. » L'Espagne ! « des intérêts de famille, l'honneur d'un sang royal blessé, le nom de Bourbon justement flétri parmi nous, ne sontcepas, aux yeux d'un roi, de légitimes prétextes pour ravager la terre et verser le sang des peuples ! Je ne crois donc pas qu'il y ait à douter un seul moment que l'P^spagne ne prenne une part active dans cette guerre l. »
Deux jours plus tard, le 28 septembre, Louvet proclamait à la tribune que « le meilleur moyen de nous faire de nombreux alliés, c'était de déclarer que nous entendions délivrer les peuples et les ravir pour toujours à l'oppression des tyrans 2. »
Le 13 octobre, Lasource, l'un des principaux ora-