‹ La légende des GirondinsChapitre 42 sur 274 · Histoire de Robespierre, par Ernest Hamel, t. II, p · texte numérisé non relu

Histoire de Robespierre, par Ernest Hamel, t. II, p

la présidence, et la vice-présidence confiée alors à Lanthenas, l'homme de Mme Roland, taudis que, sur les six secrétaires, quatre au moins appartiennent à la Gironde, Louvet, Broussonnet, Boisguyon et Bancal des Issarts. Rien par conséquent n'était plus exact ([ue cette nomination de jacobins donnée aux memlires du parti de la Gironde, — ainsi que nous le rapi:)elions au- début de ce chapitre, — pendant toute la durée de l'Assemblée législative.

Etablir une distinction entre les Jacobins et les Girondins, condamner les uns et amnistier les autres, est donc chose impossible, au moins pour la période qui vient de nous occuper, celle qui va du l»"" octobre 1791 au 10 août 1792; et si les défenseurs de Brissot, de Mme Roland et de leurs amis veulent continuer à célébrer la droiture de leurs intentions, leur dégoût (Je la multitude, leur répugnance pour les moyens violents i, il faut qu'ils aient le courage d'être logiques et qu'ils célèbrent en même temps la droiture de Robespierre, le dégoût de Danton pour la multitude, et la répugnance du club des Jacobins pour les moyens violent s !

Au moment de terminer ce chapitre, nous n'essayerons pas de tirer nous-même des faits qu'il renferme Lîs conclusions qui s'en dégagent ; nous laisserons ce s)in aux lecteurs. Qu'il nous soit permis seulement, après avoir placé sous leurs yeux les principales pièces du procès, de leur faire entendre la voix d'un témoin honorable entre tous et qui a été le collègue des Girondins à l'Assemblée législative, de Hua. Voici l(î jugement qu'il porte sur eux dans ses Mémoires :

Ce parti de la Gironde, qui devint fameux, d'abord par ses fautes, et ensuite par ses malheurs bien mérités, soutenait

1. Mignet. Histoire de la Révolution française, t. I' p. 316.

les Jacobins sans se mêler avec eux; il les poussait en avant comme une troupe de bandits qui lui ouvrait le chemin *. Il fit plus de mal qu'eux, dans ce sens que les Jacobins se seraient promptement discrédités par leurs excès; tandis que les Girondins, factieux plus modérés, et par cela même plus habiles, exerçaient sur la partie faible de l'Assemblée une influence que je ne puis définir, et, avec son aide, rompaient toutes les mesures par lesquelles on aurait pu déconcerter leurs projets*...

Tandis que les Jacobins marchaient droit à la République, c'est-à-dire à l'anarchie, les Girondins, non moins coupables, employaient les violences et l'intrigue pour forcer le roi d'abdiquer. La ditlërence entre ces deux partis consistait donc en ce que l'un voulait abattre le trône, et que l'autre voulait simplement détrôner le roi. Quand on a vu cela comme moi, on est tenté de prendre en pitié l'ouvrage de M. Lacretelle et son auteur qui, dans vingt endroits, laisse percer l'intérêt qu'il porte aux députés de Bordeaux 3...

Les nuages s'amoncelaient (à la veille du 20 juin). La faction scélérate était à la veille de faire un coup. Vous croyez que c'est des Jacobins que je parle ? Non, c'est de la Gironde. Elle veut se venger du renvoi des ministres, porter non pas le massacre (ce sont les Jacobins qui tuent), mais la terreur au château. Je ne sais comment s'y prenaient ces coquins, mais en deux heures ils faisaient mouvoir vingt mille liommes *.

A côté de cette déposition, plaçons celle d'un autre témoin qui a vu de près, lui aussi, lés hommes de la Gironde, qui est mort martyr de son amour pour la liberté et de sa passion pour l'honneur, et de qui l'on peut dire avec Pascal : « Je crois volontiers les témoins qui se font égoi^ger. » Ecoutons André Chénier :

1. Madame Roland dit de même, dans ses Mémoires, en parlant des Cordeliers et des Maratistes : « Les Girondins laissaient aller cette meute bruyante et n'étaient pas fâchés de s'en servir comme d'enfants perdus. »

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