SAINT JEAN, L*AUMONIER
Le bienheureux Jean fit donner cinq deniers à un mendiant qui, indigné de n'avoir pas reçu davantage, se mit à dire du mal de lui et à Tinsulter en sa présence. Les gens du saint, témoins de cette scène, voulurent se jeter sur le mendiant et le maltraiter; le bienheureux Jean s'y opposa absolument. <( Laissez, dit^il, mes frères, laissez-le me maudire. Voici que j'ai soixante ans pendant lesquels j'ai outragé J.-C. par mes œuvres, et je ne pourrais pas supporter une injure de cet homme ! » Il fit apporter sa bourse devant lui pour lui laisser prendre ce qu'il voulait. Après la lecture de l'Évangile, le peuple sortait de l'église, et restait dehors à dire des paroles oiseuses ; une fois, après l'évangile, le Patriarche sortit et s'assit au milieu de la foule. Tout le monde en fut surpris: « Mes enfants, dilr-il alors, où sont les brebis, là est le pasteur, ou bien entrez donc et j'entrerai avec vous, ou bien demeurez ici et j'y resterai aussi. » Il fit cela une ou deux fois, et il apprit ainsi au peuple à rester dans l'église. Un jeune homme avait enlevé une religieuse et les clercs blâmaient cette action devant le bienheureux Jean, en disant qu'il méritait d'être excommunié parce qu'il perdait deux âmes, la sienne et colle delà religieuse. Le bienheureux Jean les calma en disant: « Ce n'est pas cela, mes enfants, ce n'est pas cela. Permettez que je vous montre que vous commettez, vous, deux péchés ; le premier, en allant contre le [)réceptedu Seigneur qui dit : a Ne jugez point et vous M ne serez pas jugés » : le second, parce que vous n'êtes pas certains s'ils contiiiuent de pécher encore aujour- 4i'hui et s'ils ne se repentent point. » Le bienheureux
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Jean, dans ses prières et dans ses extases, fut entendu en discussion avec Dieu et disant ces paroles : « Oui, oui, bon Jésus, nous verrons qui l'emportera de moi qui donnerai ou de vous qui me fournissez de quoi donner. » Saisi par la fièvre et se voyant près de mourir, il dit : « Je vous remercie, ô mon Dieu, d'avoir exaucé ma misère qui priait votre bonté qu'on ne trouvât qu'une seule obole à ma mort. Je veux qu'on la donne aux pauvres. » On plaça son corps vénérable dans un sépulcre où avaient été inhumés les corps de deux évèques, et ces corps se reculèrent miraculeusement pour laisser la place du milieu d'eux au bienheureux Jean. Quelques jours avant *sa mort, une femme, qui avait commis un péché énorme, n'osait s'en confesser à personne : saint Jean lui dit qu'au moins, elle l'écrivît (car elle savait écrire), lui apportât le pli scellé, et qu'il prierait pour elle. Elle y consentit, et après avoir écrit son péché, elle le scella avec soin et le remit à saint Jean. Mais peu de jours après, saint Jean tomba malade et passa au Seigneur. Aussitôt que la femme apprit sa mort, elle se crut déshonorée et perdue, dans la conviction qu'ilavait confié son écrit ti quelqu'un et qu'il était passé entre les mains d'un tiers. Elle va au tombeau de saint Jean et là elle répand un torrentde larmes en criant : a Hélas ! Hélas ! en pensant éviter la confusion, je suis devenue une confusion à Tesprit de tous. » Or, comme elle pleurait très amèrement et qu'elle priait saint Jean de lui indiquer oii il avait déposé son écrit, voilà que saint Jean sortit en habits pontificaux de son cercueil, ayant à ses côtés les deux évèques qui reposaient avec lui, et qui