‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 30 sur 36 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

Comme elle était chrétienne et n'avait pas voulu. Pour de vains dieux d'argile ou de bois vermoulu. Allumer de Tencens ni célébrer des fêtes, Le préteur ordonna de la livrer aux bêtes ; Et comme elle était jeune et vierge, et rougissait Quand Toeil du juge impur sur elle se fixait, Une clause formelle en l'édit contenue Précisa qu'au supplice on la livrerait nue.

Nue, et le sein voilé de ses chastes cheveux, Elle entra dans le cirque.

En quatre bonds nerveux Un lion famélique et rugissant de joie Jaillit de la carcère et vint flairer la proie. Le peuple regardait, étrangement jaloux, Palpiter ce corps blanc près de ce mufBe roux. Et montrait, allumé d'une affreuse luxure.

Des rictus de baiser, peut-être. de morsure.

Elle, chaste, tirait ses cheveux sur son sein.

Cependant le lion, instinctif assassin, Entrebâillait déjà sa gueule carnassière.

« Lion I » dit la chrétienne.

Alors, dans la poussière On le vit se coucher, doux et silencieux ; Et,co mme elle était nue, il ferma les deux yeux.

PENTHËSILÉE

REIME DES AMAZONES

La reine au cœur viril a quitté les cieux froids De la Scythie.

Avec ses sœurs vierges comme elle, Elle gagne la plaine où la bataille mêle Les courages sanglants et les blêmes effrois. Qu'une autre en son logis file les lentes laines ! Elle, un désir la mord, indocile aux retards, De vaincre le plus fort, le plus beau des Hellènes, Achille ! Et son cheval bondit, les crins épafs.

Et l'emporte vers la mêlée,

Et le cri de Penthésilée S'ajoute au bruit montant des armes et des chars I

a Achille ! Achille I Achille 1 ô héros ! voici l'heure Où ton sang coulera comme un ruisseau vermeil ! Tout plein d'un songe horrible, et fuyant le sommeil. Ton père aux cheveux gris hurle dans sa demeure I

Tu fus comme un lion dans une bergerie ; Tu fus comme un vent noir dans un bois de roseaux ; Que de rois, ô guerrier ! mangés par les oiseaux Sur un sol qui n'est pas celui de la patrie.

Les festins te plaisaient après les chocs d'épées ; Tu domptais, jeune dieu ! les cœurs de vierge aussi, Quand sur tes bras charmants noirs d'un sang épaissi. Roulaient les boucles d*or de ton casque échappées !

Mais frémis à ton tour ! Le glaive enfin se dresse Qui percera ton sein comme un sein d'enfant nu ; Car lamazone vient qui n*a jamais connu La peur ni la tendresse ! »

Telle en sa course, hélas ! qui n'eut point de retour. Par dessus les fracas criait la vierge fîère ; Elle ne savait pas qu'avant la fin du jour.

Mourante, elle mordrait la sanglante poussière. En jetant au vainqueur beau comme une guerrière Un regard moins chargé de haine que d'amour I

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