‹ La légion étrangèreChapitre 13 sur 37 · ASSASSINATS · texte numérisé non relu

ASSASSINATS

Do tous les clicfs libéraux, lo plus infaligable était Nogueras, comme il en était le plus impitoyable. Dans sa haine féroce, il demanda et obtint de son chef Mina, Tautorîsalion de faire exécuter la mère de Cabrera, qui habitait Tortose. en se fondant sur ce qu'on préparait dans cette ville une conspiration pour laquelle elle servait d'intermédiaire entre son fils et les conspiirateurs.

Ainsi, lo 8 février 1830 fut fusillée une pauvre femme, simple do mœurs et en dehors do tous les débats politiques.

Cet attentat excita un cri d'horreur on Fronce, en Angleterre et môme en Espagne; des voix éloquentes s'élevèrent aux Certes pour lé flétrir. Nogueras dut résigner son (M>mmiuulemont, etrépilhôte d'assassin et de bourreau, justement associée à son nom lui resta toute sa vie.

Quant à Cabrera, devenu digne de pitié, il fit, par représailles, fusiller quatre femmes

d'officiers, iombôos entre ses mains, victimes aussi innocentes que sa môre d'une guerre qui dépassait en barbarie les atrocités les plus grandes de Tliistoire. Puis, après quelques jours consacrés au deuil et A la douleur, il reprit avec une nouvelle ardeur la suite de ses opérations, sous l'aiguillon du désir de la vengeance.

COMBATS irr sif:r.|.:s

Disons pour mémoire, le fait n'entrant pas absolument dans notre sujet,qu*â cette époque se rapporte ri nsurrection de Madrid, fomentée et guidée par de simples sergents qui massacrèrent le général Quésada et forcèrent la reine- régente, Mario Christine, à remettre en vigueur la constitution de 1818.

« Un malheur n'arrive jamais seul. » La régente dut re<îonnaître la vérité de ce proverbe arabe, lorsque aux angoisses qu'elle venait do subir, i\ rimmiliulioii de la majesté royale, au dépit de devoir accepter une constitution qu'elle abhorrait, vinrent se

joindre les mauvaises nouvelles du théâtre de la guerre, et celles qui lui venaient du cabinet des Tuileries.

Le 16 janvier 183G, Cordoba attaque le général carliste Ëguia, au défilé d'Artaban. Le temps est affreux, laffaire sanglante. Cordoba échoue, ce qui ne Tempôche pas d'envoyer à Madrid, selon la coutume, un bulletin pompeux do victoire. Courte joie dans la capitale qui retombe dans le trouble et la terreur en apprenant que le chanoine Batenero, à la tête de 250 cavaliers, bien montés, bien armés, avait franchi TEbre et pénétré sans obstacle à Siguenza.

Villaréal, élève de Zumaiacanégui, commando les Carlistes dans l'ouest. Revenant au système des colonnes expéditionnaires, il fait une attaque générale sur la ligne de Zubiri, de Pampelune à Valcarlos. La légion Bernelle eut à supporter le choc principal dos carlistes et parvint à se maintenir.

Du côté doSt-Sébasticn, sir Evans cherche à s'emparer du vaste port du Passage; il force d'abord les Carlistes à reculer jusqu'à Ilernani; mais, le 10 juillet 183G, il éprouve

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un ôchec sérieux devant Fontarabie, et ne peut donner la main aux détachements de nornello, cantonnés dans la vallée du naztan.

Le général CIiristino,TeIlo, battu dans la province de Santander, ouvre aux Carlistes tout le pays au sud. Espartero accourt, mais sans pouvoir rien réparer. Le 19 juillet, nouveau succès dos Carlistes à Villasma.

Tant de défaites portent le découragement dans les rangs des Christinos, et, avec le découragement, l'insubordination. Elle arriva i\ un toi point, que le général Cordobaso vit forcé de donner sa démission.

En Catalogne, les affaires des libéraux semblent en meilleur état, grâce à la terreur. Mina fait fusiller le général Torrôs et Tun des principaux chefs do bande, Horgôs, qu'il a faits prisonniers. Les autres évitent tout engagement sérieux, mais ilssontconstamment en mouvement : Brugo a 3.000 hommes; Tristany 1.600; Ros de Eroles 1.500; plus 3.000 sous des chefs distincts ; en tout, 10.000 Carlistes, dont Marolo est nommé commandant en chef.

La terreur inspirée par Cabrera était si

grande, qu'on crut nécessaire, à Madrid, de .î^roupcr conlro lui tous les corps dctaclics, doThlbrc, i\ la Sierra Moroua.

Après les troubles qui suivirent la révolte de Madrid, le 14 août 183G, ou — pour ôtro plus exact — la révolte de la Granja, qui imposa à Marie Christine la constitution de 1812 don Ciirlos aurait pu prolitor do la situation avantageuse que les libéraux oux-mômos lui avaient faite; il ne sut pas en tirer parti.

1! veut cependant tenter une grande entreprise; et pendant qu'il la prépare, Espartero dégage Bil bao que les Carlistes s^obstinaient i\ assiéger, et reçoit le titre do comte de Lucliana, du lieu où il a été victorieux de ses adversaires.

L'infant don Sébastien prend bientôt sa revanche; il bat sir Lacy Evans qui serrait de près les Carlistes dans les lignes d'Hermani, mais il a le regret de voir Espartero lui échapper, bien qu*il lui eût iniligé une porto do 500 hoinnics.

rOINTR DR DON CA.RT.OS SUR MADRID

Don Carlos partit d'RslclIa lo 15 mai 18:^.7 avv3C 1.200 fantassins et I.GOO cavaliers. 11 passa TArga et le Gallego sans obstacle.

C'est seulement à Huesca qu'il fut atteint par le général Irribarren, commandant en chef de la division chargée do garder la ligne do l'Ebrc du côté do la Navarre. Emporté par son ardeur, Irribarren no sut [»as combiner ses mouvements avec ceux des capitainesgénéraux d'Aragon et do Catalogne, qui pourtant avaient été prévenus et arrivaient en toute hâte. Il attaqua l'armée royale à la sortie do llucsca avec trop d'impétuosité et pas assez de précautions (24 mai 1837).

Après une lutto sanglante, dont la Légion étrangère porta principalement le poids, sa division fut tailléo en pièces, et lui-même, sans force contre celte disgrdco, alla chercher la mort au milieu des balles ennemies. Ses soldats, épars, s'enfuirent dans la direction du sud, et allèrent demander protection aux

autres colonnes que leur général n'avait pas attendues.

Oraa, qui avait le commandement en chef des Christinos, dans l'ardeur de venger le désastre do Huesca, livra à don Carlos, dans les environs de Balbastro, une autre bataille aussi désastreuse pour les libéraux que celle de Huesca, où la Légion étrangère fut presque entièrement détruite après des prodiges de • valeur, et où périt glorieusement son colonel Conrad qui avait succédé à Bernelle revenu en Afrique dégoûté des mauvais procédés du gouvernement et des généraux christiiios envers la Légion oison chef.

Après avoir facilité à don Carlos le passage do l'Ebro, en battant deux armées qui voulaient s'y opposer. Cabrera avait fait sa jonction avec le prince, et, réunis, ils avaient pris la direction sud, vers Guadalaviar.

Oraa, de son côté, s'était fait une armée avec les débris de celles (jui avaient été battues î\ Jaca, Huesca et Balbastro. Surpris par leur adversaire à Blida, don Carlos et Cabrera prirent une éclatante revanche non loin de Daroca où les libéraux perdirent 90 officiers.

2.000 soldats tués, blessés ou prisonniers, 5.000 fusils, leur artillerie et leurs bagages^ tandis que les Carlistes n'avaient que 100 hommes hors du combat, parmi lesquels, il est vrai, un général, Quillez (21 août 1837). Battue le 10 septembre à Aranzucque, Tarmée carliste de l'est se décomposait; Zariatôgui accourt du nord; il passe sur le corps de la légion portugaise, trompe les généraux christinos et tombe sur Ségovie dont il s'omparo sans coup férir. Los Carlistes n'étaient qu'à 80 kilomètres de Madrid où régnaient la confusion et la terreur. Don Carlos ne sut pas profiter du trouble de ses ennemis; apprenant que tout ce que ceux-ci avaientde troupes non indispensables ailleurs convergeaient vers Madrid, don Carlos rebroussa chemin vers le nord. Son entreprise était manquée, de sorte qu'on peut dire que si l'expédition de don Carlos marque l'époque du plus grand péril qu'ait couru la cause do Christine, elle indique aussi le commencement de la ruine du parti Carliste.

CirAN(;EMIi:NT DK POLITIQUE EN FRANCE

Un coup terrible avait été porté aux provinces du nord et du sud des Pyrénées parle décret français du 3 juillet 1835 qui prohibait tout trafic entre les départements frontière et les pays Carlistes, tandis que les Anglais trafiquaient librement. Louis-Philippe, blessé dans son amour-propre et dans ses mesures diplomatiques, abrogea ce décret et chargea notre ambassadeur, M. de Rayneval, de notifier cette décision au gouvernement de la j'égente, dont le mécontentement se traduisit par un redoublement d* avanies i\ l'adresse de notre ambassadeur et de cajoleries envers les Anglais.

Louis-Philippe ne se borna pas à cette mesure de sagesse économique, que nous allons voir, (lu reste, malhcurcusment rapportée.

Depuis la révolution do la Granja, impressionné par cette révolte militaire et les assassinats qui en avaient été la suite — celui entre autres du général Quesada — le roî des

Français demanda à son premier ministre do dissoudre tous les corps qui avaient été ras* semblés à Pau pour aider les mouvements du général Cordoba.

Tiiiers, plein de sympathie pour les Chrislinos, avait transformé le concours autrefois purement moral du gouvernement français, en une action plus sérieuse, qui s'appelait la coopération armée. Il avait permis qu'on pressât avec activité le recrutement do la légion étrangcVo sur notre territoire, et on l'avait déjà portée de 0.000 hommes à 8.000.

Des pourparlers s'étaient établis pour leur donner un chef éminent — il avait été question du maréchal Clausel, du général Bugeaud.

Le ministre de la guerre, disait-on, s'en occupait lui-môme très activement, au lieu de laisser agir Tambassadeurd'Rspagneà Paris.

L'intention du roi était de faire obstacle à une politique qui lui était antipathique. Il n'avait jamais été partisan de l'intervention, comment la supporterait-il maintenant qu'elle devait avoir lieu au profitdes partisans de la constitution 1812? M. Thicrs aima mieux donner sa démission que de dévier de sa

ligne do conduite; il se retira avec ses collôfïuos et coda sa place au cabinet, dit du G scplcnibro, prôsidôpar M.MoIô; co cabinet n'eut rien de plus pressé que d'ordonner la dissolution de la légion étrangère et de supprimer tout envoi de renforts à cette légion en Espagne; mais il s'engagea à interner les Carlistes qui pénétreraient en armes sur notre territoire, et il interdit do nouveau tout commerce entre nos départements du midi et du nord de l'Espagne.

L'Angleterre, au contraire, redoubla d'efforts en faveur des Christinos, auxquels elle prêta un concours décisif devant Bilbao.

DÉSORDRE DANS l' ARMÉE CHRISTINE

L'insubordination sévissait pendant ce tcmps-l;\ dans Tarméo libérale, et, avec elle, la révolte et les crimes cjui l'accompagnent.

Le 4 juillet 1S;57, à Hernani, le régiment écossais de la légion britannique de Soulive, demandant sa solde, les habitants de Saint-

Sébastien s'imposent une contribution pour payer l'arriéré aux étrangers. A la vue de ces sommes^ les soldais espagnols se mettent eux aussi à réclamer avec violence. Le comte de Mirasol, (]ui veut les <*alnicr, sauvo sa vie à grand'peine, ses aides de camp sont tués ou blessés.

Le 15 août, le général Escallere est assassiné à la tôle de son armée de TEbre.

Le IG août, les bataillons de Zurbano et d'Alman/a se soulèvent à Vittoria, massacront le gouverneur do la place, un de ses aides de camp et sept des principaux personnages de la ville.

A Pampelune, une sédition militaire met la ville à contribution; le général Saarfield est criblé de balles et de coups de baïonnette; son cadavre ignominieusement jeté dans la rue; le commandant de place et plusieurs autres personnes sont assassinées; de nombreuses maisons sont pillées.

Espartero accourt au bruit de ces attentats; la répression sera terrible. 11 entoure avec son armée les bataillons coupables, les fait décimer sans jugement et fusiller séance

ténante ceux que le sort a désignés. Son influence grandit do ce jour; et Cordoba, ainsi que Narvao/, ses divisionnaires qui lui faisaient obstacle, doivent céder devant lui et rentrent en France en donnant leur démission.

ciiAinTRi^: VI

DISSOLUTION DU PARTI CARLlSTli:

Pendant quo TarmôQ do Mario Christino était on proio î\ Tcsprit do dôsordro et do rébellion, cello do don Carlos sentait ôcloro en elle les germes de la dissolution, semés par la lassitude et fécondés par la trahison. Deux partis s'y étaient formés : celui des apostoliques et celui des transactionnistes^ dont les noms seuls disaient clairement les tendances et les vœux. Bientôt des devises et des emblèmes, arborés par les transactionnistes, ne permirent plus de douter qu'un schisme n'éclatât prochainement parmi les défenseurs de la loi salique.

Ainsi, pendant que Cabrera, ayant reconstitué son armée, dominait tout le pays entre 'larragono et Terucl, Murviedro et Alcanis; tandis que Negri faisait une pointe hardie jusqu'à Ségovie, un notaire basque, dit nom

de Mognogorri, levait une bando avec cotte enseigne : Paix et Fuéros! Si on se rappelle que c'est au nom do leurs fuôros menacés que se soulcvôrcnl les provinces du nord de l'Espagne, il était ôvidont que ce nom, vù\in\ •aujourd'hui à celui de la paix, était une invite à la soumission, en môme temps qu'une promesse de conservation des Fuôros. Un grand mécontentement se manifestait en môme temps parmi les bataillons navarrais.

Ces indices de décomposition ne pouvaient pas échapper à don Carlos; il y cherche un remède; et, poussé par la fatalité, il croit l'avoir trouvé dans Maroto qu'il rappelle do Bordeaux où il s'était retiré, se sentant deviné par les autres généraux carlistes, entrés aussitôt en lutte avec lui.

MAROTO

Maroto avait enfin ce commandement en chcrdo rariHco carliste qu'il enviait de[)uis longtemps, comme nécessaire A l'exécution de ses projets. 11 commence par quelques

succès qui entretiennent la sécurité de don Carlos, pendant (lu'il reprend avec Espartcro dos pourpai'lors ébauches depuis longtamps. Il allègue que sa vie est compromise; il est désespéré, avec son mérite et son intelligence, de devoir obéir à un prétendant idiot: il est convaincu qu'en se dégageant do sa lidélité à don Carlos, il rendra un grand service à son pays.

Pendant ces pourparlers, il agit, et il agit en maître. Il entre avecses bataillons à Estella, il se saisit des généraux Garcia, Sanz, Cormona, de l'intendant Urris, ses ennemis personnels, ctlesfait fusiller pardcrrièro, comme traîtres, sans jugement.

La première im|)ression do don Carlos fut d'éclater en reproches contre Maroto. Il fit publier une proclamation dans laquelle Maroto était déclaré traître et déloyal (21 février). Maroto réunit ses troupes et marcha sur Tolosa oiVsc trouvait alors don Carlos, cl no s'arrêta qu'après avoir obtenu une seconde proclamation disant qu'il n'avait jamais manqué à la fidélité.

De tous côtés on travaillait ù la démora-

lisation des troupes carlistes : agents et trésor, tout y était employé. Espartero simulait des attaques auxquelles Maroto no résistait pas, tandis que Elio, qui n'était pas du complot, luttait avec avantage contre le général Christino, Manuel de la Concha, le !•' mars 1839, & Aroniz. Les succès des christinos étaient exagérés à dessein, afin de porterie découragement dans le cœur des Carlistes (idoles, en leur présentant leurcauso comme irrévocablement perdue.

Maroto conseilla alors à don Carlos ahuri de réunir un grand conseil do guerre qui se tint, le 29 mai 1839, à Zornoza. On y décida d'éviter les grandes affaires et de rester sur la dôrcnsivc. Aussitôt, Maroto abandonnais places fortes qu'il ne voulait pas défendre, et alla s'établir fort en arriére de la première ligne.

Espartero se porte aussitôt en avant et occupe tout le pays qu'on lui livre. Plusieurs bataillons, voyant enfin clair dans cette ignoble comôdic, se soulèvent au cri de Vioe le roi! A bas Maroto l Mort nu traître!

Maroto demande ii don Carlos de faire

rentrer les rebelles dans le devoir; don Carlos promet d'intervenir, lorsr|u'iI voudrait au contraire ôlro débarrassé do Marolo. Dos lors des conférences avec Espartero ont lieu, ouvertement; à partir du 24aoùt, les généraux carlistes La Torre, Urbizlonda, les suivent avec les chrislinos, Zabala et Linage.

Tout étant convenu, surtout pour la conservation des grades, Maroto eut l'audace de communiquer un projet de traité à don Carlos (25 août). Un cri d'indignation accueillit ce document, publié tout aussitôt.

Don Carlos accourut à Eigueta, quartier généial de Tannée carliste. Ses troupes, gjignées à la trahison, le reçurent froidement, il ne songea plus, dés lors, à les ramener à lui.

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