‹ La Légion étrangère de 1831 à 1887Chapitre 48 sur 117 · Tu<S à IfagOQta · texte numérisé non relu

Tu<S à IfagOQta

LA LÉGION ÉTUANOÊRE EN GllIMÉE. 191

le capitaine Lachcnel a la jambe emportée pai* un boulet, et le capitaine Gabrielli est blessé d'un coup de feu h la tête.

Le 1"' mai et le 2, ordre est donné d'enlever, en avant du bastion central, les ouvrages de contre-approche de l'ennemi déjà armés de petits mortiers et qui prenaient nos tranchées h revers.

L'opération est dirigée par le général de Salle. L'atta- (|ue de gauche est conQée aux 4 compagnies d'élite du 1" régiment et à 2 compagnies d'élite du 2* régiment qui hont partagés en 3 échelons de 2 compagnies. Le reste du 1*^' régiment de la [jégion étr.ingèrodoit soutenir les compagnies d'élite. A 8 heures et demie du soir, les troupes sont rangées à droite et à gauche de la batterie 34. A 9 heures, le signal d'attaque est donné. Les échelons s'élancent successivement. Le 1" échelon est commandé parle capitaine Franzini, le 2* par le commandant Nayral, et le 3*" i>nr le lieutenant-colonel Martcnot de Cordoue,

Du premier élan on arrive sur les ouvrages que l'on r.herche à escalader. Les ofliciers russes s'avancent bravement à notre rencontre et appellent leurs hommes. Aux cris de : En avant, à la baïonnette, on saute dans les tranchées, luie lutte d'homme à homme s'engage ; les canons, les embuscades, les ouvrages russes sont emportés. Le commandant Nayral, les capitaines Kocli et Aubry sont blessés. F^e lieutenant-colonel, avec les capitaines Delcbecque et Franzini, dispose les troupes sur le revers des ouvrages pour attendre le retour offensif de l'ennemi. La défense de gauche est coudée au capitaine Franzini; la droite se relie au 46-. La ligne entière supporte le feu de nions«iuelerie d(î l'fMiiKMni, (|iii r(î pré<îipito pour reprendre les ouvrages. Le colonel Viénot arrive alors avec le reste du T' étranger.

Plusieurs fois les Russes accentuent leurs attaques, mais elles viennent se briser contre la solidité des légionnaires qui ne font feu qu'au commandement de leurs

192 LA M^CION KTUANIJÈUK.

chefs et empâchcnt Tennemi de les aborder. Le colonel Yiénot est tué quelques instants après son arrivée. Le lieutenant-colonel MarUnot prend le commandement de la ligne.

Le régiment repousse dùlinitiveinont les tinsses et tnivaille sous la direction du génie, jusqu'à l'arrivée du jour, malgré la mitraille et la fusillade qui l'accablent. Les ouvrages conquis sont reliés à nos tranchées par des travaux exécutés par des hommes d'autres régiments; et nous en restons maîtres pour toujours.

8 petits mortiers russes sont les trophées de ce comlial. En outre du colonel Yiénot, tué l'épée à la main, le régiment a subi des perles sensildes : le capitaine DeniaiUy a l'épaule gauche enlevée par un biscaïen. Ou lui remet la croix». Il est trop tard, dit-i),envoyez-laà ma vieille mère.»

Le capitaine Èlokrewskt, commandant bïs voltigeurs du 2* bataillon, usé par les campagnes, était désigné pour partir le lendemain et prendre à Gallipoli le connnaudement d'une (!oni[>agnio de dé|>ôt; apprenant que s:i compagnie est désignée pour la sortie, il ne laisse à personne l'honneur de la commander et est tué. Sont blessés : le commandant NayruI, le capitaine des voltigeurs Koch qui a i*eru de nombreux coups de baïonnette, le capitaine de àiassol ; les lieutenants Alavoinc, de Clwulol, (iérnrd, Ahn'el, Yeixlière, Diniviel, blessé d'un coup de canon tiré à bout porLint, au moment où il pénétrait dans la Imtterie.

3 sous-oiiiciers et 34 soldats sont tués; 12 sous-oiliciers et 43 soldats blessés ou disparus. Le sergent de grenadiers Ëlsasser a un bras emporté et un œil crevé; le caporal Olivera est blessé. Ce caponal, honmie d'un cerLiin âge, capitaine de cavalerie dans l'armée espagnole, s'était engagé dans la Légion pour faire la campagne. Nommé sergiMit de grenadiera et médaillé, aussitôt la paix signée, il relonrua en Espagne.

Le 2* régiment a 1 oiRcier blessé, le sous-lieutenant Bernard, 7 hommes tués et 18 blessés.

LA LÈOION ÊTHANOKUE EN CHIMKK. 193

i.os ouvrages enlevés sont confiés à la garde de 2 compagnies d'élite du 2*" régiment.

Le 2 mai, à 3 heures du soir, un peu avant le relèvement des gardes, la place ouvre un feu violent sur les ouvrages pris dans la nuit et les fait attaquer par plusieurs bataillons; les 2 compagnies commandées' par le br.ive capitaine Robert, les laissent approcher à 50 pas avaiit d'ouvrir le feu ; le reste du bataillon arrive à son secours. 2 compagnies de voltigeur? de la garde et 1 compagnie de chasseurs, sortant de la 2' parallèle, se jettent à travers champs et prennent Tcnnemi en flanc, celui-ci se retire.

Le 2'' régiment a un ollicier blessé, le sous-lieutenant lirrnai'fl, 11 hommes sont tues et 29 blessés; le capitaine llnhert est promu ollicier de la Légion d'honneur.

Sont cités, dans Tordre général de Tarmée n" 206 :

Au r** régiment de la Légion (combat du l"mai): lieutenant-colonel Marlenot de Cordoucy commandant iVa//rnly capitaines de Ihmnjoin, Vranzini, de lilaillyr, Auhri/y fourre de Cliaussy, les lieutenants Girard, Guegniard, Verchhrc, le sergent Baumann, les soldats Sklins, Afscnch, Petroivski.

Au 2' régiment : le capitaine Robert est cité pour le combat du 1" mai ainsi que le sous-lieutenant Bernard, blessé, le sergent Jacob, les grenadiers Ileberley et Nicomcde.

Pour le combat du 2 mai, le capitaine Robert, les lieutenants Chaves et Lambert, le sous-lieutenant Pacorel, le sergent Van-Schwerin, les grenadiers Krebs, Kueng, Qu ncliel, le clairon SancJw,

Le 3 mai, il y a suspension d'armes pour ensevelir les niorls. A une sonncîricî de elaircni, les brancardiers sortent des Lrancbées et des fossés de la ville; pendant qu'ils accomplissent leur funèbre besogne, les officiers français et russes échangent quelques paroles, s'offrent des cigares; puis à une nouvelle sonnerie, les pavillons blancs sont al)attus, la trêve est finie, chacun se quitte en se sa-

LKO. BTRAMOKRK. 13

194 LA LlICGION ÉTUANGÊIIE.

luaiU, i*ogagne Sci place de baUiille et le feu, un însUiiit interrompu, recommence.

Le 11 mai, chaque régiment reçoit 200 recrues. En janvier et en mars, 800 hommes avaient déjà été répartis entre les deux régiments.

Quelques jours après, les troupes apprennent civecétonnement que le général Canrobcrl cède le commandement en chef au général Pélissier, qui commandait le corps du siège depuis deux mois.

Le général Pélissier veut marquer son avènement par une action de vigueur.

A la suite de la prise de leurs ouvrages, le 2 mai, les Russes avaient entrepris à leur extrême droite, entre le cimetière et la mer, la ronslruction d'ime grande place d'armes, destinée à enfiler nos tranchées avec une de ses faces, et avec l'autre à commander nos travaux. Le général de Salle, qui avait pris le commandement du 1" corps, reçoit Toitlre d'enlever ce nouvel ouvrage, opération qu'il confie au général Paie. Deux attaques sont (entées; celle de gaucho, contre les end)ns('ades, a lieu sons la direction du général Drunel. Les troupes auxquelles incombe cette mission sont : 2 bataillons du 2"" étranger, 1 l)atailIon du 98' et une avant-garde de chasseurs à pied.

A 9 heures du soir, les compagnies franchissent le para[)et et, suivant l'habitude de la Légion, s(,' courbent à plat ventre \ puis, après quelques minutes de repos, les hommes se relèvent et, dédaignant de répondre au feu de l'ennemi, se jettent sur lui <à la baïonnette, le tournent par la droite et s'em£»arent des embuscades. Ils s'y maintiennent solidement, malgré une attaque de 3 bataillons russes. Le génie et les travailleurs retournent les embuscades et, avant la Un de la nuit, la gabionnade était faite et reliée solidement h nos ouvrages.

(!o n'est qu'un sutiès [KU'iiel, la grandii embuscade sur le plateau entre le cimetière oi la mer i*este à l'ennemi. Nos pertes sont sérieuses à cette place ; les capitaines

LA LKGION KTRANGÈKE EN CUIMÉE. 195

l^liilipiic, lUgny, les lieulenaiits Baron, Gauthier, Tisserand sont tués, plus 32 hommes. Nous avons, en outre, 8 offiriers l)lossés et 174 hommes hors de combat.

\j'd colonne do droite, sous les ordres du général de La Motte lloufje, se compose de 3 bataillons d'infanterie, précédés par les compagnies d*élite du 1" étranger, sous le «omniandement de l'adjudant- major Uounctou, Les compa- •:uics du rentre du T' bataillon, qui est de garde de tranchée, et le reste du régiment, sous les ordres du lieutenant-colonel Mavlcuol de Cordoue, forment la réserve et se placent en arrière des tranchées dans un champ situé à ;:auche et en avant de la maison dite des Chasseurs.

J.(»8 compagnies d'élite, accolées deux à deux, forment 3 échelons commandés par les capitaines Bowielou, Tourre de Chaussy et Franzini. Elles franchissent les parapets et an jettent sur les Russes ([ui se retirent; mais 4 bataillons lusses soutenus par 2 autres reprennent la place (rarmes ; des renforts .'irrivinit de la ville et bientôt nous avons devant nous 12 bataillons.

Les compagnies du centre du T' bataillon, sous le commandement du capiUiine Delebectjue, sont dirigées au pas de course sur le lieu du combat. Arrivées à portée, elles se; couchent, reprennent haleine et se jettent à la baïonnulte sur rennemi; Touvrage est enlevé de nouveau. De \) heures du soir à 4 heures du matin, la place d'armes est prise et reprise 5 fois. Au jour, nous en sommes maîtres it Touvriige nous t^eniit reste, si au milieu des attaques, il avait été possible de le retourner; mais le parapet est tellement bouleversé et éventrc, que personne ne peut s'y l<Miir;il est évacué, les ouvraj;es de gauche seuls nous restent.

Nos pertes sont sérieuses, au 1" régiment : les lieutenants Viez et Lecas sont tués ; le capitaine Franzini meurt des suites de ses blessures. MM. Delebecque, Tourre de Chaussy, Fontanelle, Fis citer sont blessés, ainsi que 10 sousnilicierset 93 hommes. Nous avons en outre4sous-ofliciers

19G LA LÉGION ÉTnANOÈnB.

et 20 hommes tués. Au 2* régiment : les capitaine /^/»i7/pj)f eilU'jny, le lieutenant Tisserant sont tués. Lo capitaine Bamlnni, les lieutenants Gauthier de Mers(h\, Frilsclier, les sous-lieutenants lioyer, Fonfrède et Jamel sont blessés, plus 27 hommes tués, 153 blessés et 21 disparus.

liC terre-plein do Touvmge et le teri-ain en avant des tranchées est couvert de morts et de blessés. Ceux-ci poussent des cris déchirants ; on enlève quelques blessés, on jette aux plus rapprochés des bidons pleins d'eau.

La journée du 23 reste au canon, mais le soir, il faut reprendre l'opération qui n'a qu'à demi réussi.

Le 1'* bataillon du 1*' régiment de la Légion occupe la gauche des embuscades enlevées la veille. L'attaque contre la grande place d'armes, à l'angle nord-est du cimetière, est confiée au général Levaillant, qui dispose de 6 bataillons, formés en 3 colonnes. Celles-ci abordent les Russes avec tant d'élan, que l'ennemi, moins en force que la veille, se retire sur la ville, protégé dans sa retraite par rarlillerie de la place.

Toute la nuit, les troupes restent exposées aux feux de la place, mais elles donnent le temps aux travailleur de transformer la gabionnade en une parallèle solide qui délie tous les eiVorts des Russes et les feux d'eniilade de la batterie de la Quarantaine. M. le lieutenant Oinlenlutlf meurt des suites de ses blessures, 1 sous-oilicier et 9 hommes sont tués ; 4 oiliciers, 4 sous-oiliciers et 67 hommes sont blessés.

Sont cités, dans Tordre général n**4: au P' régiment, le capitaine Fvanzini, le grenadier Bodclel et le caporal CMiincourt; au 2* régiment, l'adjudant Foerster et le caporal t^uHcUL Dans ce même ordre, le général Pélissier, commandant en chef, dit :

Ju cite ici avec orgueil les eor|i8 qui uut figure ou ont été re^irésentés dans cette lutte où ils ont combattu uu contre plusieurs, avec une solidité et un élan que n'ont pu déconcerter ni les nhx-

LA LKGION ÉTRANGKUE EN CllIMÊE. 197

inciirs sauvages de rcinicini, ui ses masses profoiulcs, ni les feux redoublés de la inousquetcrie, ni la mitraille.

Ce sont les l*' et 2* réginient4S de voltigeurs de la garde iuipélinlc, h'H 14% 18% 28% 4H% (ÎG% 79% 8()« et 98« régiments do ligne, 1*' et 2' régimeutB de la Légion étrangère, 6®, 9« et 10" bataillons de chasseurs h pied, Tartillerie et le génie du corps de siège.

Une suspension d'armes n lieu dans la journée pour permettre d'enterrer les morts et de relever les blessés. Il faut 5 heures do travail pour achever cette douloureuse besogne. Par suite de la chaleur, les corps étaient déjà ^'onllrs et noirs. On arrive à sauver un certain nombre de J)lcssûs; les soins qui leur sont prodigués sont vraiment touchants : amis et ennemis fraternisent devant la souffrance.

Ces deux affaires avaient brillamment inauguré le commandement du général Pélissier. Hors de la ville, du côté des attaques de gauche, il n'y avait plus de place pour les travaux do contre-approche, les opérations de siège suivaient de ce côté un coui*s régulier, la guerre de mines rommenrait sur tout le front d'attaque, mais l'effort prinripal se portait sur notre droite en face du faubourg de Karabelnaïa. Le général en chef, ayant choisi comme point d'altaquc la tour Malakoff, la tâche de la Légion étrangère était considéi-ablement réduite.

Le 27, le 1" régiment recoitun renfort de 2 compagnies d'éliic qui doivent faire partie du 3' bataillon.

Par décret du 24 mars 1855 *, il avait été créé un 4' bataillon dans chacun des régiments étrangers; ce bataillon élait sous les ordres du major et composé de 6 compagnies du ciMilriî (1rs i\ balaillotis artifs avaient 4 compaguies du «entre ai 2 compagnies d'élite). J^es «-onipagnies d'élite du IV bataillon et les disponibles du 2" étranger laissés en Cor^e n'arrivent en Crimée que le 21 juin.

i. Voirmix piOces juslincatives.

198 LA LÉCiION ÉTnANGÈRE.

Les pertCB su))ies par les deux régiments sont lioaucoup moins fortes en juin, juillet et aoAt. En juin, le T'^éhauger a un officier blessé, M. Girard, 4 soldats tués, 2 sdusofficiers et 32 hommes blessés.

Le 2* régiment perd M. Journel, tué; MM. Tamwivn et Girganti sont blessés, 5 soldats tués et 28 blessés.

Eu juillet, le 1" régiment a 2 officiers blessés, MM. Doumhomet et Giovanna, plus 2 sous-ofliciers et 22 soldats blessés, 11 hommes tués.

Le 2^ régiment a 13 soldats tués et 20 blessés. En août, le 1*^' régiment a les capitaines Moiiin et Jourdan blessés, 8 soldats tués et 39 blessés.

Au 2"", M. le capitaine Save est blessé; 9 soldats sont tués et 33 blessés.

De nouveaux renforts viennent combler les vides. En juillet, 400 recrues sont réparties entre les deux régiments. M. le colonel Lévy, nommé au 1'"' étranger, rei>art immédiatement prendre le commandement du 2''de ligne. Pendant que la brigade de la Légion fait obscurément sou devoir dans les tranchées de gauche, de graves événements se passent sur d'autres points du théâtre de la guerre et modifient complètement la situation des deux armées.

A la fin de mai, la flotte franco-anglaise avec une division anglaise, une division turque et la division d*Aulemarre, avait fait ruxpédition deKertch, détrnisautles magasins des Russes, coupant les routes de la Flèche-d'Arabal et réduisant les communications de Sébastopol avec la Russie à une seule route, celle de Pérékop.

I^e 7 juin, les Ouvrages-Blancs étaient enlevés et on serrait de près Sébastopol. Le 18 juin, Tassant était donné à Malakoiî et au Grand-Redan, mais nous étions repousses avec de grandes perles. Sans so laisser abattre, l'armée h'anraise continuait ses oprrations, resserrait de plus en plus la place et poussait activement &es ouvrages contre Malakoff.

LA LÉGION ÉTRANGÈRE KN CUIMÉE. 199

Le IG août, on entendait à l'Est nnc forte canonnade, les Russes attaquaient les corps d'obseiTation, mais ils étaient repoussés et à 9 heures, ils battaient en retraite.

Le 5 septembre, le ])ombard(îment commençait tivec G07 pièces françaises et 294 pièces anglaises ; enfin, le 8 septenil)re, les ordres sont doimés pour Tassaut: on devait attaquer le bastion central et ses annexes. La division Pillé est en réserve derrière les divisions LevaUlanletd'Avtemayre; la liri^^^ide de la Légion étrangère est placée entre la batterie 38 et la baie de la Quarantaine. Les bataillons sont collés contre la tranchée, le drapeau et la musique sont présents.

Jjiî 1" étranger fournit 100 volontaires, porteurs d'échelles et de madriers, qui doivent précéder les colonnes d assaut; le sergent-major ValUez, qui les commande, est nommé sous-lieutenant. Ce sont les seuls légionnaires engagés. I/assaut contre le Grand-Redan est repoussé, mais Malakuir est enlevé. Les deux régiments étrangei's gaixlent leurs positions dans les tranchées jusqu'à 10 heures du soir, puis rentrent dans leurs camps de la baie de Strelitzka, laissant chacun un bataillon de garde, poui* empêcher les isolés d'entrer dans Sébastopol que les Russes évacuent.

Le 10, la brigade vient tenir garnison dans la ville; le général Bazaine en est nommé commandant supérieur. Les régiments étrangers entrent par la brèche faite à gauche du bastion central et marchent avec précaution sur un terrain brûlant et au milieu des ruines fumantes. On traverse toutes les lignes de défense intérieures des Russes et on plare des postes pour «assurer la surveillance et la sécurité. L'artillerie est amenée i^our tirer sur les navires à vapeur mouillés dans la partie nord de la rade, mais les Russes les coulent avant de se retirer.

l^endant le mois de septembre, jusqu'à la fin du siège, le 1" régiment avait eu 1 officier blessé pour la deuxième fois, M. Bouruhomet, 1 sous-offî'ier et 19 hommes tués.

2(>0 LA i.ËdioN iVrii.\N(;kitK.

1 sous-ofïlcier et 20 hommes blessés. Le 2° régiment avait perdu 16 hommes tués et 18 blessés.

En résumé, les perles des deux régiments étrangers s'élèvent, pendant la durée de la guerre d'Orient, ii: 12 ofliciers tués, 06 blessés et 1,625 hommes tués ou blessés.

Le 12 septembre, la brigade de la Légion retourne à son ancien camp de la baie de Strelitzka.

Le 15 septembre, la brigade de la Légion fait partie du corps d'observation, fort de trois divisions d^iufanterie et d'une division de chasseurs d'Afrique qui doit opérer dans la vallée de Baïdar. Le but de cette colonne est de reconnaître le terrain, les forces de l'ennemi et de s'assui^er s'il ne serait pas possible d'agir de ce côté, de pousser jusqu'à Simphéropol et de chasser les Rueses de hi Crimée.

Le 15, la brigade campe près du village de Kadikoï. Tout le corps d'armée se met en marche le 18 et vient s'établir dans la vallée de liaidar. Do ce coté de Sélmstopol, le pays est magnifique, giboyeux ; les vergers sont huperbes, les fourrages abondants et l'eau excellente. La c«ivalerie pousse trois reconnaissances dans la vallée de la Belbeck, la Légion l'appuie et vient prendre posiliou sur les hauteurs d'Kxden-Oltar. Puis elle vient camper à Jeni-Iala où la colonne se trouve au milieu de champs de choux. Reçus comme la manne, ces légumes viennent changer l'ordinaire du soldat réduit depuis longiempsaux légumes secs. Aussi, en gens reconnaissants, les soldais appellent cette colonne, la colonne des clwux.

Le 27, la brigade revient prendre ses positions dans la vallée de Baïdar. A un repos, quelques cosaqnes viennent tirailler sur l'arri ère-garde et nous tuent le capitaine Leclerc et le sergent Marini, du 2* étranger, plus 1 homme du 1'*'' étranger.

Les avant [»os tes «iinicniis ciMlcnt à notre approche, ne cherchant j.imais à tenter une action sérieuse et viennent reprendre leurs positions aussitôt que nous nous replions.

LA LÉGION ÉTRANGÊnE EN CIIIMÉE. 201

3 officiers diiGO'*, qui s'étaient un peu écartés en chassant, sont enlevés par les cosaques ; dès ce jour, la chasse est défendue et les popotes d'ofliciers en sont réduites aux vivres d'administration.

Le 1" novembre, toute la colonne rentre et rejoint le gros de Tannée sur le plateau de Chersonèse. La Légion reprend son camp de Strelitzka.

Lo 16, la S** division va occuper le camp du Clocheton: la Légion est au camp dit de la Maison des zouaves. Outre le service de garde, la division fournit cha(|ue jour 4,000 iravaillours, 2,800 aux fortifications et à l'armement dos lignes de Kaniicsch; 700 au nivellement des tramliées; .500 à la roule du grand quartier général, à Tenlëvement du nialéricl d'artillerie pris dans la ville et à l'entretien de la route de Kamiesch. En outre, les hommes restant disponibles préparent l'installation pour l'hiver. On va àSébastopol chercher des pierres, des planches, des gabions, qui servirent à entretenir le feu des cuisines et le cliau(rag(^ des tîntes.

1856. — Jusqu'au 13 avril 1856, la brigade de la Légion continue à prendre part à tous les travaux. Deux fois, les régiments changent de camp ; ils vont camper près de Kaniicsch pendant huit jours pour être plus à portée des chantiers des fortifications. Enfin, le 2 mars, à 2 heures (le raprès-midi, une salve de 101 coups de canon annonce que la paix est signée.

A l'ennui qui règne dans les camps, succède la joie d'apprendre que l'on quittera bientôt le plateau peu hospil.ili(.'r lie (ih(îrsonrs(». Puis, vient la p«'M-io<le d'impatience Mil rh.icun (iéconiple les jt)nr8 «jui le srparent de «eux (lui lui sont cliers et l'attendent au i)ays.

Les travaux qui restent à exéculer sont poussés avec une rapidité vertigineuse. Les légionnaires achèvent le • ifuelière de Slrelilzka où leurs camarades sont enteiTés. Le 13 avril, les deux régiments sont sous les armes ; l'an-

202 LA LÉGION ÉTRANCiÈHË.

mônier de la division bénit le cimetière. Le îzrnér.il «le brigade Goze, les colonels MarUnot de Cordouc et de CUabricre, qui commandent les deux régiments étran^^tM's en remplacement de MM. Léoijoi de Caprez, vieiment prononcer quelques paroles éloquentes sur les tomlios ue ceux qui ont donné leur vie pour la France.

Après une grande revue passée par le maréclial Pêlissier et le général russe Luders, les deux régiments apprennent, parla voie de Tordre, que TEmpereur, voulant récompenser dignement les services rendus par eux en Crimée, admet à la naturalisation, tons les étrangers qui demandent à servir dans les régiments français ; que la brigade des deux régiments est licenciée et formera à l'avenir un seul régiment. Toutefois, le maréclial donne oindre de conserver la foimation actuelle en attendant que les ordres de détail soient arrivés*.

La Légion quitte le camp du Clocheton le 31 mai et vient s'instiiller près de Kainiescli on elle fait [);irtie de la 1'" bri';a(le de la iV divisiim (général irAundhî dcî l*aladines), du corps de réserve sous les ordres du général de Mac-Mahon.

C'est à Kamiesch que les légionnaires reçoivent les croix du Medjidié que le sultan leur ciccorde.

L'ordre de dépîirt arrive, et le 17 juin les deux régiments sont embanjués snr le Jemmapes et sur VUlm ({uï mettent à la voile à 11 heures du matin, et arrivent à Alger le 2 juillet, après avoir fait escale à Malte. Les deux Mtiments continuent leur route jusqu'à Mers-el-Kéhir on ils débai*quent les troupes, le 6 juillet.

On fait séjour le 7 et le 8 ; les deux régiments se mettent en route pour Bel-Abbès, on les dépôts venant d'Ajaccio et de Stora, les avaient précédés depuis la lin du mois demai*s.

Arrivées le 10 à liel-Ahbès, les troupes vont (iamper

Page 1