‹ La Légion étrangère en Espagne, 1835-1839Chapitre 35 sur 106 · eu M X ;-; NJ · texte numérisé non relu

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DOCITlfENTS CONTEHPOBAINS 437

A, A. O.y Dossier Joseph Conrad.

Mi^el de Alava au général Sshramm, directeur du personnel.

Paris, 27 avril 1836.

Monsieur le Général,

En réponse à la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'adreseer en date d'hier je m'empresfie de vous dire que le gouvernement de Sa Majesté Catholique, en acceptant la démission de M. le colonel Conrad, n'a eu bien certainement d'autre but que celui d'éviter les funestes coneéquences que pouvaient avoir pour le service de Sa Majesté les différende survenius entre cet officier et M. le maréchal de camp Bemelle. Je n'ai pas lieu de croire que mon gouvernement ait eu jamais le moindre motif de plainte à former contre M. Conrad : tout au contraire; je sais que les services de cet officier ont été de la plus grande utilité à la cause de la Reine, et que son activité, sa bravoure et son excellente conduite lui ont acquis en Espagne une popularité justement méritée.

Agréez, Monsieur le Comte, rafisuranoe de la haute considér&tion avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble et obéissant serviteur.

Miguel DE Alava.

A. H. G. y AS. d'Esp., Corresp., carton 17. (Rapport imprimé par ordre d'Harispe, dans le supplément du Phare de Bayonne, du samedi 30 avril 1836; et joint à la lettre du général Harispe au Ministre de la guerre, datée du 30 avril 1836.)

Le général Bemelle au général baron de Meer, yice-roi de Navarre.

Larrasoafia, 27 avril 1886.

Monsieur le Baron,

J'ai l'honneur de porter à votre connaiesance que le 25 de ce mois j'ai envoyé un bataillon sur les hauteurs de Tirapegui en face le blockhaus nouvellement construit, à l'effet de couper entièrement le bois de sapins dans lequel s'embusquaient tous les jours les rebelles pour tirer sur nos sentinelles du blockhaus et inquiéter nos troupes. Cette opération commencée à 8 heures du matin fut terminée à 6 heures du soir. Le bataillon commençait son mouvement

pour rentrer quand nos tirailleurs furent attaqués par les factieux qui venaient de déboucher par la borda d'Esain, ot deux bataillons des leurs étaient en position. Des coups de fusil furent échangés, et, la nuit arrivant, le bataillon de la légion rentra dans Larrasoafia, n'ayant perdu personne; les factieux eurent un officier et trois hommes tués.

Hier 26, vers midi, environ 100 tirailleurs ennemis couronnèrent les mêmes hauteurs de Tirapegui et commencèrent le feu sur le blockhaus qui riposta. Les factieux occupèrent bientôt toute la montagne et leurs dispositions me firent penser qu'ils étaient appuyés par des masses cachées derrière.

Dans cette circonstance je donnai Tordre à deux compagnies de se porter sur la gauche du blockhaus, de s'embusquer, et de ne pas engager le combat; je fis porter également une compagnie à droite presque en face du blockhaus avec les mêmes instructions. Mais nos soldats emportés par leur ardeur habituelle et n'écoutant pas la voix de leurs officiers s'élancèrent, et contrairement à mes instructions le combat s'engagea à droite et à gauche, le blockaus faisant toujours feu sur les hauteurs de Tirapegui. Cet engagement me mit dans l'obligation d'appuyer les trois compagnies qui combattaient. Je sortis de Larrasoa&a avec 4 ipièces de canon et environ 500 hommes, y compris la compagnie de sapeurs du génie et les tiradores espagnols, ne pouvant mettre plus de monde sous les armes, attendu l'utilité de garder le point de Larrasoafia. Je montai au blockhaus de Tirapegui, dont le canon tirait toujours. Les foctieux, qui avaient reçu de nouvelles troupes, attaquaient vigoureusement nos tirailleurs; je me vis donc dans l'obligation d'enlever la position; à cet effet je me mis à la tête de ma colonne, la portai en avant, et la position fut prise en un instant. Quatre pièces de canon s'y établirent, et commencèrent Je feu sur la montagne à droite, couronnée par un bois de sapin dans lequel était un bataillon factieux; un autre arrivait par le versant; un troisième était massé à gauche de la borda d'Esain, et un quatrième descendait de cette montagne par un ravin profond, dans l'intention de nous attirer. Ces troupes factieuses venaient de la direction d'Ericé (l).

L'ennemi, avec ses forces nombreuses, et cinq fois supérieures aux nôtres, voulait enlever notre position; trois fois il fut repoussé à la baïonnette. Nos soldats, mêlés avec les leurs, ont montré dans cette circonstance, comme dans les autres, le plus grand courage. Le ravin par lequel débouchaient les factieux fut couvert de leurs morts; leur perte a dû être considérable.

A 6 heures et demie environ, ne voulant pas poursuivre l'ennemi, pour ne pas m'éloigner de ma ligne d'opérations et parce qu'il y aurait eu imprudence de s'engager dans le bois où il y avait des forces nombreuses, je me décidai à faire opérer la retraite par échelons, et dans le plus grand ordre sur le blockhaus ; ensuite je rentrai à Larrasoafia.

Quoique ce combat, qui a duré six heures, n'ait pas eu de résul-

(1) Sans doute Erize, à l'ouest de Pampelun*^, sur la route d'Irureun. (Note de P. A.)

DOCUMENTS CONTEMFOBAINS 439

tat décisif, il a prouvé à l'ennemi notre supériorité sur lui puisqu'il n'a pu enlever, avec de» forces évaluées à 3.000 hommes, une position occupée par 500 des nôtres. Les troupes factieuses qui se sont mêlées deux fois avec les nôtres ayant été repoussées à la baïonnette et s'étant toujours trouvées, dans leur fuite, sous le feu de nos tirailleurs et le feu roulant d'un bataillon déployé, ont perdu beaucoup de monde ; des monoeaux de cadavres jonchaient la terre. Notre x>«rte a été d'un officier et 12 hommes tués ; 70 blessés dont 5 officiers ; moi-même je l'ai été légèrement au bras. Cette perte est peu considérable en raison du grand nombre d'ennemis que nous avions à combattre.

Les officiers et soldats dei la légion et ceux des troupes espagnoles qui ont pris part à cette affaire ont fait preuve d'un courage et d'une intrépidité qui ont peu d'exemplea Tous ont combattu avec cette confiante bravoure qui ne calcule pas le nombre deâ ennemis.

Je me réserve, par un rapport particulier au général en chef, les détails de cette affaire et les noms des officiers, sous-officiers et soldats décorés sur le diamp de bataille ou promus à des grades supérieurs, conformément aux pouvoirs qui m'ont été dévolus par M. le général en chef Cordova.

Il résulte des renseignements que je reçois à l'instant que les bataillons ennemis sont encore en position près de la borda d'Esain ; la fumée des feux du bivouac s'aperçoit. En conséquence j'ai donné des instructions aux bataillons de Zuriain et d'Urdaniz de se porter sur Larrasoafia si ce point était attaqué, mais de laisser des gardes suffisantes aux endroits retranchés ou fortifiés qu'ils occupent.

Quelques coups de fusil ont encore été tirés ce matin sur le blockhaus.

Le poste de Guendulain qui a observé les mouvements de l'ennemi nous fait connaître qu'il était au nombre de sept bataillons, bien supérieur à l'évaluation que j'ai indiquée plus haut. Il résulte de la conduite atroce des factieux envers un officier et un voltigeur qui imprudemment s'engagèretnt trop et furent massacrés après avoir été faits prisonniers, que l'ennemi n'a rien changé au traitement qu'il a déjà exercé envers nos hommes.

Je suis, Monsieur le Baron, etc.

J. Bernelle.

A la suite de ce rapport est imprimée, dans le même journal, la réponse

du vice-roi :

Le général baron de Meer, vice-roi de Navarre, au général Bernelle.

Pampelune, 28 avril 1836-

C'est avec joie. Général, que je vous félicite sur la manière dont vous avez rempli votre mission; vous vous êtes montré tout à fait

digne de la haute réputation que vous avez su acquérir, elt l'avez con£«erv6e avec autant de gloire pour voue que pour les braves troupes françaises et espagnoles à la tête desquelles vous avez fait sentir à Tennemi que s'il était cinq fois supérieur en nombre, il était aussi inférieur en bravoure, intelligence et décision.

J'ai pris les devants pour donner connaissance à S. £xc. le général en chef de l'agréable nouvelle de> oe combat, lui transmettant l'original de votre premier rapport et lui témoignant ma satisfaction de voir cette ligne et les vallées prononcées (1) sous la surveillance d'un chef aussi digne et défendues par des soldats aussi braves que ceux sous vos ordres.

En attendant que S. Exe. le général en chef, ayant pris connaissance de cette brillante affaire, puisse, au nom de Sa Majesté, remercier Votre Seigneurie, ainsi que M;M. les officiers, sous-officiers et soldats, qui ont eu le bonheur de prendre part à un combat si glorieux, je m'empresse, comme représentant de Son Excellence, de vous en témoigner toute ma reconnaissance, voulant au moins donner cette juste récompense au mérite de ces braves militaires.

Dieu garde, etc.

Le Vice-Roi par intérim de Navarre, Signé : Rahon de Meeb.

Pour copie et traduction conformes :

Le général Joseph Bernelle.

.«1. B. G., Aff. d'Esp., carton 17 (copie jointe à la lettre d'Harispe au Ministre, du 2 mai 1896).

lies officiers français de la légion étrangère à un rédacteur du (( Phare de Bayonne ».

Larrasoana, 29 avril 1836.

Monsieur le rédacteur,

Connaissant tout l'intérêt que vous prenez à la légion étrangère et les détails exactes que vous seul avez donnés sur oe beau corps depuis son entrée en Espagne, nous, officiers français, venons i^clamer auprès de vous 'contre une erreur grave dans laquelle sont tombés plusieurs journaux en rendant compte des motifs qui ent déterminé l'envoi d'un agent français auprès de Don Carlos, ayant pour mission spéciale de lui enjoindre, de la part de la France, qu'il ait, à l'avenir, à traiter les prisonniers français de la légion étrangère comme doivent être traités des prisonniers de guerre dans tout pays civilisé.

Le style dei ces journaux donnerait à entendre o.u'on a divis? les

(1) Cest-à-dire : prononcées en faveur de la Reine. (Note de P. A)

militaires composant la légion en deux classes, les Frajiçais et les étrangers, et que la France demanderait seulomeot que les Français qui s'y trouvent ne fussent pas massacrés impitoyablement lorsque le sort des armes lee ferait tomber entre les mains de leurs cnuemis, comme cela s'est pratiqué jusqu'à présent, abandonnant les autres à la merci des soldats du prétendant.

Tout en reconnaissant que cette supposition est inexacte, puisqu'elle serait outrageante pour la France qui a promis aide et protection à des malheureux qui sont venus nous offrir leur ifang en échange d'une patrie, nous nous hâtons, nous, Français, au nom de tous ceux qui se trouvent à la légion, de réclamer contre une distinction qui tendrait à séparer notre position de celle des braves qui partagent nos dangers depuis longtemps.

Peu de gens savent, probablement, quelle est la composition actuelle de la légion : elle fut formée, dans le principe, pour donner asile à des hommes, en partie nés Français avant 1815, et qu'une nouvelle délimitation de notre territoire avait placés sous le joug de l'étranger, et à des hommes vis-à-vis desquels la France avait contracté des engagements soit directs, soit moraux^ déterminés par les grandes idées politiques qu'elle avait jetées dans l'Europe.

Dans la première catégorie se trouvent beaucoup d'officiers, sousofficiers et soldats composant les anciens régiments suisses et celui de Hohenlohe : certes, ce n'est pas en 1836 que personne songe à rendre les premiers responsables de la révolution de Juillet. La plupart d'eux ayant déjà de longs services en France ont naturellement profité de l'occasion qui leur était offerte de continuer une carrière qu'ils avaient entreprise dans l'intention de la pousser jusqu'au bout dans un pays qu'ils avaient adopté et sous des couleurs qu'eux-mêmes ou leurs proches avaient portées honorablement avant la Restauration; et de quelque parti que l'on soit, pourvu qu'on ait un cœur français, on sentira qu'une indemnité une fois payée ne pouvait suffire à des hommes qui, vieillis dans nos rangs, avaient compté sur nous.

Viennent ensuit© les Allemands, les Belges, les Italiens, les Prussiens des provinces rhénanes, etc., etc., tous proscrits et victimes de révolutions qui furent tentées, il faut le dire, sous le patronage de la France. Ce n'est point ici le cas de soulever la grave question de savoir si on devait venir directement à leur secours; mais ce qu'il y a de sûr, c'est que leur malheur nous les a rendus sacrés et que leur recours à nous les a rendus Français.

Enfin, se présentent les Polonais !...

Voilà quels sont les prétendus étrangers qui forment la légion. Le reste est composé de Français placés alors dans la légion de la même manière qu'ils l'eussent été dans d'autres régiments de l'armée française, et qui sont restés dans les rangs parce qu'ils y trouvaient les mêmes garanties que dans tous les corps français ; [on doit reconnaître] que la légion, grâce aux soins de M. le général Bemelle, avait dignement pris son rang parmi les plus beaux régiments et qu'elle se trouvait toujours aux avant-postes de la Liberté et de la Civilisation.

Et nous le devons dire, si à l'époque du passage de la légion étrangère au service de l'Espagne constitutionnelle, on nou« reconnaît quelque mérite pour avoir obéi au désir de notre gouver-

442 LA LÉaiOX AntANGÈRE EN ESPAGNE

nement en suivant une autre bannière, de combien plus d'éloges ne sont-ils pas dignes, ces étrangers qui, ne s'étant enrôlés par une stipulation particulière que pour servir la France, ont, par un dévouement sublime, obéi aux vœux de leur nouvelle patrie!

Nous donc, Français, qui formons la minorité, verrions avec peine une mesure qui tendrait à séparer notre destinée de celle de nos braves compagnons d'armes : nous avons combattu ensemble en Afrique et en Espagne ; un baptême de sang nous a tous unis au nom de l'honneur et de la France et nous désirons que la gloire et les dangers continuent à être communs.

Chacun de nous combat au nom de la Franco et de l'Europe constitutionnelles ; c'est pour des intérêts aussi sacrés que nous avons renoncé temporairement à des couleurs pour lesquelles, presque tous, nous avons versé notre sang. Tous ceux que la loi appelle encore étrangers n'attendent que les délais fixés pour prendre le nom de Français; ce n'est qu'à cette condition et dans cet espoir qu'ils servent. Les titres, les honneurs, les grades ne sont rien pour eux sans le titre de Français. C'est une adoption faite depuis long< temps dans nos rangs, et nous le répétons, ce n'est qu'avec douleur qu'il serait fait une distinction parmi nous, car nous sommes déterminés à souffrir ensemble les chances de la bonne comnie de la mauvaise fortune et à attendre avec une respectueuse résignation ce qui sera sans doute stipulé pour faire cesser un système d'atrocité que noiis regrettons tous, cependant sans le craindre, honteux de nous voir ramenés aux siècles de barbarie par les prétendus défenseurs de la légitimité et d'une religion de paix et de douceur.

Comptant donc sur votre obligeance déjà prouvée. Monsieur, pour livrer cet article à la publicité, nous avon^ l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée,

Vos tous dévoués serviteurs,

!8 serviieurs,

Les Officiers français à la légion étrangère en Espagne,

A. H. G., AS. d'Esp., carton 44 (original).

Le général Bernelle au Ministre de la guerre, à Paris.

la guerre, sur les opérations de la di :no pendant le mois d*aYriI 1835.)

Larraâoaûa, le l**" mai 183C.

(Rapport à M. le Man^shal Ministre de la guerre, sur les opérations de la division auxiliaire française en Espagne pendant le mois d*aYriI 1835.)

Monsieur le Maréchal,

Les six bataillons de la division auxiliaire française ont occupé pendant le mois d'avril dernier les points de Zabaldica, Anchoriz, Zuriain, Quendulain (église fortifiée), Larrasoafia, Urdaniz et Zubiri. Ces cantonnements font partie de la ligne de Pampelune aux Pyrénées, et tout en protégeant nos communications et l'entrée des

marchandises, etc., venant de la France, le but de Toccupation est encore d'empêcher les bataillons rebelles, dont 7 occupent la vallée d'Ulzama, de traverser la ligne et de les réduire ainsi aux seules ressources du pays; ce système de blocus adopté par le général en chef Cordova gêne considérablement Tennemi et épuise ses moyens d'existence. Nous avons également la mission de protéger les vallées, qui se sont armées pour la Reine et d'empêcher que les rebelles no les envahissent et y exercent les vengeances dont ils les menacent.

Le général, ayant appris, le 2 de ce mois, que six bataillons du prétendant voulaient couper notre ligne et se jeter dans ces vallées, partit de Larrasoafia avec trois bataillons et alla occuper les positions de Zubiri et de Saigos, où il resta jusqu'au 5, époqiue à laquelle, ayant appris que l'ennemi avait renoncé à ses projets, il fit rentrer ses troupes dans leurs cantonnements.

Les Rebelles cherchaient toujours à nous inquiéter ; dans le but d'engager les soldats de la légion à la désertion, ils venaient souvent sur le sommet des montagnes qui dominent Larrasoafia tirer des coups de' fusil sur les postes avancés, mais en cherchant par des cris et des promesses à ébranler nos hommes pour les faire pasEer dans leurs rangs. Four faire cesser ces actes d'un ennemi lâche et qui n'a d'autre sentiment que celui de la fourberie et de l'indélicatesse, le général Bernelle fit passer chez les factieux avec armes et bagages un nommé Simonetti, voltigeur, homme adroit et dissimulé, qui fut bien accueilli par eux et qui devait informer le général du jour où il serait facile d'enlever un de leurs postes. En effet, le 7 avril, après avoir vécu huit jours parmi les rebelles, Simonetti, à la faveur de la nuit et d'un temps pluvieux, s'échappa du poste avancé dont la garde était plongée dans le sommeil, et vint rendre compte au général de la facilité qu'il y avait de l'enlever. Le général Bernelle fit partir de suite des sapeurs et quelques Espagnols commandés par son capitaine aide de camp : ils surprirent dans le village d'Ësain, à une lieue de Larrasoafia, un officier factieux, Français d'origine et 3 hommes ; d'autres furent tués, blessés ou s'échappèrent. Les prisonniers sont conservés, le général regardant les représailles exercées sur les Rebelles par nos soldats, à l'affaire de Femandorena, comme coiffi^antes pour venger le sang des prisonniers de la légion indignement versé, par des bandes factieuses, dans la Catalogne et dans la Navarre.

Le 25 avril, le général envoya un bataillon sur les hauteurs de Tirapegui, en face le blockhaus nouvellement construit, à l'effet de couper le bois de sapins dans lequel s'embusquaient tous les jours les Rebelles pour tirer sur nos sentinelles ; cette opération commencée à 8 heures du matin dura jusqu'à 5 heures du soir et le bataillon commençait son mouvement pour rentrer à Larrasoafia, quand les tirailleurs furent attaqués par les factieux qui avaient débouché par la borda d'Esain où deux bataillons des leurs étaient en position ; des coups de fusil furent échangés, la nuit mit fin au combat dans lequel nous ne perdîmes personne; l'ennemi eut un officier et trois hommes (ste),

le lendemain, 26, vers midi, 100 tirailleurs factieux couronnèrent les mêmes hauteurs de Tirapegui et commencèrent le feu sur le blockhaus qui riposta. Les Rebelles occupèrent bientôt toute la montagne, et leurs dispositions firent penser au général Bernelle

444 LA LÉGION ÉrRANGÈRE EN ESPAGNE

qu'ils étaient appuyés par des masses cachées derrière, qu'ils voulaient descendre dans le ravin et traverser la ligne. Il donna Tordre à deux compagnies de se porter sur la gauche du blockhaus, de s'embusquer et de ne pas engager le combat; il fit porter à droite une autre compagnie avec les mêmes instructions. Les points principaux étant bien gardés, le général réunit tout ce qui lui restait de troupes disponibles et en forma une colonne de 500 hommes pour la diriger ou la conduire là où il serait besoin. Dans cette colonne étaient compris une compagnie de sapeurs du génie espagnols et 40 tirailleurs.

Les soldats des trois compsignies qui occupaient les positions de droite et do gauche, emportés par leur ardeur habituelle, sortirent de leur embuscade et, n'écoutant pas la voix de leurs officiers, s'élancèrent en avant et engagèrent un combat que le général voulait éviter, puisqu'il ne pouvait avoir de résultat décisif. Cet engagement le mit dans l'obligation d'appuyer nos combattants, il sortit de Larrasoafia avec ea troupe et quatre pièces de canon ; il monta à Tirapegui où le canon du blockhaus faisait feu depuis un moment. Les factieux qui venaient de recevoir de nouvelles troupes attaquant vigoureusement les tirailleurs, le général se vit dans l'obligation d'enlever la position et à cet effet il porta sa colonne en avant et arriva au pas de charge sur le sommet des hauteurs de Tirapegui. En face de notre petite colonne, se trouvaient 4 bataillons ennemis, les 5*, 7% 10* et les guides, avec la bande de la Sanca et 50 cavaliers environ, en tout 4.000 hommes.

Notre aile droite et celle gauche étaient gardées, la l*** par une compagnie du centre, et la 2^ par une compagnie do voltigeurs et 40 tiradorcB ; le général fit démafiquer l'artillerie et tirer sur les masses factieuses. Le bataillon rebelle qui se dirigeait sur notre centre, pour l'ébranler, chercha à pénétrer dans nos rangs : trois fois il fut repoussé à la baïonnette, trois fois il essuya presque à bout portant un feu de bataillon qui lui fit le plus grand mal: la pente de la montagne et le ravin étaient jonchés de leurs cadavres.

Comme il n'entrait pas dans l'intention du général de poursuivre Tennemi, afin de ne pas s'éloigner de sa ligne d'opérations; après avoir soutenu le combat jusqu'à 6 heures et demie du soir, il opéra par échelons et avec ordre sa retraite sur le blockhaus, où, après avoir rallié ses tirailleurs d'arrière-garde, et mis ce point en état de défense, il rentra à Larrasoafia à la nuit tombante.

Il résulte des rapports bien certains que l'ennemi eut dans cette affaire 80 hommes tués et 200 blessés; notre perte fut de 20 hommes tués sur le champ de bataille et 70 blessés. Le général Bernelle a été atteint légèrement d'une balle au bras gauche, un officier fut tué et cinq autres blessés. Officiers et soldats ont combattu en cette circonstance avec une confiante bravoure qui ne calcule pas le nombre des ennemis.

Il résulte de la conduite atroce des factieux envers un officier et un voltigeur qui furent faits prisonniers par leur trop grande audace, qu'ils continuent à massacrer de la manière la plus horrible ceux d'entre nous qui tombent en leur pouvoir. Quelques soldats faits prisonniers, et qui sont parvenus à s'échapper dans le désordre où l'ennemi s'est trouvé pendant sa retraite, étaient couverts (le blessures qui attestaient d'une manière irrécusable l'atrocité avec laquelle ils avaient été traités.

DOCUMENTS CONTEMPOItAINS 445-

Plusieurs tirailleurs qui, s'étant écartés de la ligne et ayant été blessés hors de la vue de leurs camarades, sont demeurés sur le champ de bataille à la disposition de l'ennemi, ont subi un traitement dont le souvenir seul fait frémir d'horreur; deux de ces braves ont été retrouvés à la un de l'action et rapportés à l'ambulance : ils avaient les lèvres coupées, les joues hachées avec le sabre ou le couteau, la peau du front enlevée et les paupières arrachées ; cependant ils vivaient encore et l'un d'eux témoignai b par des paroles presque inarticulées, mais pourtant intelligibles, qu'il avait connaissance de son état; il reconnut à la voix quelques-uns de ses camarades.

Les points qu'occupe la légion ont été mis par elle en état d& défenjse et, pendant le mois d'avril, les travaux ont été complète^ ment achevés.

Notre ligne est établie et liée ainsi qu'il suit, de Pampelune aux frontières de France :

Zabaldica, Anchoriz, Zuriain, Guendulain, Larrafioa&a, Illaretta (1), Zubiri, Saigos, la borda Fernandoreina, la borda d'Inigo, Viscarret, Burguete et Val Carlos.

Les deux premiers esca^drons du régiment de lanciers polonais sont organisés et 300 cavaliers peuvent faire du service.

Un déserteur qui arrive des factieux nous fait connaître que le général Garcia commandait dans la journée du 26 les troupes que^ nous avons combattues.

Le Général commandant la division aiMciliaire française, J. Bernelle.

A. H. G., Aff. d'Esp., carton 44 (original). Le général Bernelleau Minisire de la guerre, à Paris.

(Rai port du mois de mai 1836)

Larrasoana, le 1" juin 1836.

Jusqu'au 15 mai inclus, la division auxiliaire française est restée dans les cantonnements de Zabaldica, Zuriain, Guendulain, Larrasoafia, Urdauiz et Zubiri. La fortification de ces points a été terminée, quoique le temps ait été peu favorable; Tennemi n'a fait aucune démonstration hostile et occupe toujours la vallée d'Ulzama.

Le 16 mai le général Bernelle, ayant appris que quatre bataillons carlistes., les 6% 7*, 10^ et les guides de Navarre avaient Tintention de traverser notre ligne pour entrer dans' les vallées pro-

(1) Illarelta n'c^t pas porté sur les cartes de Capitaine et de Cce!lo. C'est sans doute Ylarra. ÇSote de P. A.)

iioncéoe en faveur d© la Reine, résolut de se porter sur les derrières de rennemi, en combinant son mouvement avec celui du colonel Iriarte, qui occupait Viscarret ; cependant les communications ayant été interrompues et les renseignements que le général Bernelle attendait du colonel Iriarte n'ayant pu lui parvenir, il dut remettre son départ au lendemain.

Le 17 mai, à quatre ibeures du matin, il se mit en marche de Zubiri sur Viscarret avec 4 bataillons de la légion, 70 lanciers polonais et 4 pièces de canon. Arrivé sur les hauteurs de Linzoin vers cinq heuree et demie, il eut connaissance que Tennemi, déjà prévenu de l'approche de nos troupes, opérait un mouvement de retraite sur Eugui ; il appuya alors but la gauche avec sa colonne aân de se placer sur les hauteurs par lesquelles les Rebelles devaient se retirer.

L'ennemi ayant eu connaissance de notre mouvement changea de suite de direction et prit la route du Bastan (1), fe général Bernelle suivit son mouvement et au moment où il passait le gué de la petite rivière qui alimente le moulin de Viscarret, il établit ses quatre pièces de canon et dirigea son feu sur les masses qui l'avaient déjà passé ; il envoya en outre un bataillon de la légion afin de fermer le passade du gué et harceler Tarrière-garde ennemie.

Cette manœuvre faite avec beaucoup de promptitude jeta Tépouvante chez les factieux qui, abandonnant armes et bagages, se sauvèrent dans le Bastan ; ils eurent beaucoup de blessés et laissèrent 15 hommes morts sur le champ de bataille.

Le colonel Iriarte, ayant enteadu les détonations de notre artillerie, arriva en œt instant de l'autre côté de la rivière avec un bataillon de tiradores et poursuivit l'ennemi ; il lui fit 27 prisonniers dont -2 officiers et reprit les troupeaux qui avaient été enlevés au village de Guezalda (2) ; 9 rebelles passèrent en outre dans les rangs du colonel Iriarte; la déroute de l'ennemi a été aussi complète qu'à l'affaire du 24 mars dernier.

Le 17, le général alla à Burguete et, le lendemain, il rentra avec ses troupes dans les anciens cantonnements, laissant à Viscarret un bataillon de la légion.

Le général Bernelle a été nommé au commandement d'un corps de 10.000 hommes, pour opérer en Navarre; ce corps est composé de la légion étrangère, de la brigade de réserve, infanterie, cavalerie et artillerie, etc.

Le Colonel général commandait la division auxiliaire française,

J. Bernelle.

(1) Nom de la haute vallée de la Bidassoa. (Note de P. A.) <2) II s'agit sans doute de Garraltla, (Note de P. A.)

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