HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE
La lèpre dans l'antiquité et au moyen âge. — La lèpre est une des maladies les plus anciennement connues.
Certains auteurs croient en retrouver des traces en Egypte dès la plus haute antiquité, d'autres la font sortir de Palestine. Quoi qu'il en soit, elle paraît ne s’être montrée en Grèce que vers l'an 400 avant Jésus-Christ, Hippocrate ne l'a pas connue, tandis que Aristote a, sans doute, désigné sous les noms de Satyriasis, Leontiasis, une maladie qu'Arétée a décrit avec les symptômes de la lèpre tuberculeuse.
Ramenée d'Asie Mineure à Rome par les légions de Pompée, elle s'est étendue peu à peu en Italie où elle existait avant la formidable invasion qui a suivi les Croisades,
À ce moment, elle était devenue un si grand danger que le monde ecclésiastique s’émut. L'ordre des religieux de Saint- Lazare, dont le chef a toujours été lépreux jusqu’en 19253, fut fondé en 1048 et se consacra au traitement des malades. Auprès de chacun des couvents qu’élevèrent les membres de cette compagnie, était établi un asile pour les lépreux. Les malades et suspects étaient soigneusement recherchés et séparés du monde après une cérémonie qui ne différait guère d’une cérémonie funéraire. Ils restaient dans la léproserie jusqu’à leur mort. Non point absolument cloitrés, ils en pouvaient parfois sortir, mais vêtus d’une robe noire, la bouche couverte d'un voile de même couleur et munis d’une cliquette qu'ils agitaient pour annoncer de loin leur passage. Au x siècle, il y avait environ 19.000 léproseries réparties dans toute la chrétienté et près de 2.000 pour la France‘ seulement. Des mesures aussi
1. D'après Mathieu. Paris (1244). — JransezMe et Marcel Sée. — Lépre, dans La pratique dermatologique. Paris, 1902. — Voir aussi : George PERNET. —
A note on the number of Leper-houses in Europe, in Madieval times, Lepra, t. I, p. 143 et la note d'EaLers, qui lui fait suite.
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énergiques ont rapidement arrêté les progrès du mal, et la lèpre devait avoir disparu de notre territoire au xvI° siècle, puisqu'un édit de 1693 transforme les léproseries en établissements hospitaliers”. | E
La lèpre en France. — Il semblerait que depuis cette époque, au moins en France, la lèpre ne dût plus relever que de l'histoire. Il n’en est rien. Elle y est rare sans doute, mais il persiste encore quelques petits foyers mal éteints en Bretagne*, en Provence”, dans les Alpes-Maritimes * eten Auvergne D
On a signalé quelques cas sporadiques dont la filiation n'a pu être établie dans la Gironde”, l'Ardèche, le Dauphiné, à Marseille, à Lyon, à Vichy, dans les Vosges.
Dans le reste de l’Europe. — S'il y a encore quelques cas de lèpre en France, il y en a bien davantage dans beaucoup
1. JEANSELME. — La lèpre,in Leçons de dermatologie exotique. Paris, 1904.
2, ZaAwBaco pAcHA. — Voyages chez les lépreux. Paris, 1891.
— Les lépreux de la Bretagne, en 1892. Bull. de l’Ac. de méd., 23 août 1892, t. XXVIIT, 2e série, p. 309.
— Lepra-Conferens. Berlin, octobre 1897, t. I, 3° section, p. 21.
Macrror. — Sur une variété de cagots des Pyrénées. Bull. de l'Ac. de méd., 28 et 31 août 1892, t. XXVIIL, 3° série, p. 589.
Taéopu. RousseL. — Les cagots, leur origine, leur postérité et la lèpre. Bull. de l'Ac. de méd., 29 novembre 1892, t. XX VIII, 3° série, p. 753.
Hazcorgau et Roy. — Sur un foyer lépreux des environs de Guingamp. Soc. française de dermatologie, 5 avril 1906.
3. L. VazenwniN. — De la lèpre à Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Séalistique du départ. des Bouches-du-Rhône, 1821, p. 912.
Borner. — Etude clinique basée sur 80 observations inédites de lèpre. Journal des maladies cutanées et syphilitiques, décembre 1892.
— La lèpre en Provence. Gazette médicale de Paris, 5 janvier 1901.
4. CaanTEMESsE et Montrez. — Bull. Ac. de méd., 19 juin 1888.
Bonver et Encers. — Un vieux foyer italien de lèpre dans les Alpes-Maritimes. Lepra, t. III, 1902, n° 1.
Marcaoux et Bourrer. — Enquête étiologique dans un foyer de lèpre. Bull. de la Soc. de path. exot., t. I, 1908, p. 288.
5. Muan et FERNET. — Un cas de lèpre autochtone. Soc. méd. des hôp., 9 octobre 1908, t. XXVI, 3° série, p. 280.
Muizran. — Pseudo-peladeet lèpre autochtone. Soc. méd. des hôp.,23 avril 1909, t. XXVII, 3° série, p. 143, et Bull. de la Soc. de Dermatologie, mars 1909, n° 3, p. 86, in communication de de Beurmann.
— Lèpre du Cantal, à forme de syringomyélie spasmodique. Soc. méd. des h6p., 18 juin 1909, t. XXVII, 3e série, p. 1304.
6. Prrres. — La lèpre dans la Gironde à notre époque. Soc. de méd. el chir. de Bordeaux, 19 décembre 1902.
d'autres pays d'Europe ‘. En Espagne, cette hideuse maladie est très répandue et s'étend encore tous les jours. Il n'existe que trois hôpitaux spéciaux à Malaga, à Grenade, à Séville et il en faudrait bien plus pour contenir tous les malades qu'on rencontre dans les villes et dans nombre de villages, notamment dans les provinces de Valence, d’Alicante, de Tarragone et même en Catalogne.
Au Portugal, on n’a pas dénombré les lépreux qui existent un peu partout et que ne peuvent recevoir les deux seuls hôpitaux de Lisbonne et de Coïmbra.
La maladie de Lazare compte en Italie plus de foyers qu’en France ; la Sardaigne, où Colombini et Serra” dernièrement ont trouvé plus de personnes atteintes qu’on ne le pensait; la Sicile, où existent encore un assez grand nombre de cas (plus de 100), le Piémont, la Ligurie, la Vénétie, l’Emilie, la Toscane, les Marches et l’Apulie.
Jadassohn et Bayard ‘ ont découvert un petit foyer en Suisse dans les montagnes du Valais.
Des cas sporadiques ont été signalés en Autriche-Hongrie, dans le Tyrol, la Galicie, la Dalmatie, à Buda-Pesth.
Un vieux foyer persiste en Bosnie-Herzégoviné qui, à la fin de juin 1904, renfermait encore 317 malades.
Au Monténégro, on connaît une centaine de lépreux.
La lèpre cantonnée en Roumanie dans certains districts à l’ouest de la Valachie, dans la Moldavie et la Dobroutja n'existe pas dans la partie centrale du royaume. La statistique a relevé près de 200 malades.
En Serbie, on n’a signalé que quelques cas. On en a découvert davantage en Bulgarie.
De nombreux malades vivent en Turquie sans soins et sans précaution, près de 300 ont été reconnus à Constantinople seulement.
La lèpre n'est pas rare en Grèce.
1. Consulter EHLERS et VERDIER. — Géographie de la lèpre, 11e Conférence
de la lèpre, 1er vol.
2. CoLomBini et SERRA. — L'état actuel de la lèpre en Sardaigne. IIe Con-
férence de la lèpre, Bergen, 1909, t. II, p. 170. 3. Japassonn et BAyarp. — Ueber die Lepra in Kanton Wallis. Nebst Bemerkungen über exotische Leprafälle in der Schweiz. Lepra, 1907,
t. VIL n°1.
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Ehlers et Cahnheim ont vu 378 lépreux en Crète”.
On connaît, en Russie, trois centres importants : un dans le Caucase, l’autre dans l'Oural et le troisième dans les provinces baltiques.
Un petit foyer a été découvertrécemment en Allemagne” dans le district de Memel où a été établie une léproserie qui doit recevoir tous les malades signalés dans l'Empire.
On ne voit plus que des cas d'importation en Rte en Belgique, en Hollande et au Danemark. Le gouvernement de ce dernier pays a pris des mesures pour isoler les lépreux d'Islande dont Ehlers a fait connaître le nombre.
D'après Saltzmann, il y avait encore en Finlande 67 lépreux le 1° juillet 1897.
Enfin un dernier foyer existe en Europe dans la péninsule scandinave. Il est moins important par le nombre des malades qui décroît constamment, que par les remarquables travaux qu'il a suscités.
La lèpre n’a donc point disparu d'Europe puisque nous l'y trouvons presque en tous pays, mais elle y est apparemment en voie derégression, On peut espérer qu'elle finira par en disparaître, si toutefois les nombreux cas d’origine étrangère qui y affluent de plus en plus ne viennent pas raviver les foyers qui s'éteignent et en allumer de nouveaux.
Pitres, Dubreuilh et d'autres ont observé trente cas de lèpre à Boss depuis vingt ans ; Boinet et Perrin en ont vu plus encore à Marseille. On ES à 200 les lépreux qui vivent à Paris, il y en à peut-être une centaine à Londres, il en débarque plusieurs chaque année à Hambourg.
En dehors de l'Europe. — Car en dehors d'Europe, la lèpre devient une maladie très commune.
Elle est répandue dans toute l'Asie.
Elle a été signalée en Sibérie, en Turquie d’Asie et en Palestine, à Chypre, en Arabie, en Perse. On estime à 100.000 le nombre des lépreux de l'Inde anglaise, encore dans ce nombre
1. Eucers et CaHNHEIM. — La lèpre en Crète. Lepra, t. II, p. 29 et 126. 2. PipiKkowski. — Mittheilung über eine in Deutschland bestchende Lepraendemie. Deuf. med. Woch., 1893, n° 40.
ne sont pas compris tous les cas légers ou à diagnostic difficile qui en doubleraient le nombre. Jeanselme pense qu'il existe environ 45.000 lépreux en Indo-Chine‘. Ils sont nombreux dans la presqu'île de Malacca et dans les îles de la Sonde. Les Américains ont relevé la présence de plus de 3.000 lépreux dans les Philippines. On en connaît plus de 25.000 au Japon. Sur leur nombre en Chine, aucune statistique ne nous renseigne, mais on sait qu'il est considérable.
La lèpre existe dans toute l'Afrique; assez rare dans le nord, elle est plus commune dans le sud, plus encore dans le centre. Madagascar renferme un très grand nombre de malades et plusieurs léproseries gouvernementales ou privées.
En Amérique, la lèpre n’est pas rare. On en trouve encore au Canada une vingtaine de cas; aux Etats-Unis 278 cas Elle est commune au Mexique, aux Antilles, dans l'Amérique Centrale et dans toute l'Amérique du Sud.
Elle est devenue un fléau terrible en Océanie. À part l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui se défendent énergiquement, toutes les autres îles sont ravagées par la lèpre qui y fait des progrès constants. Introduit en 1860 en Nouvelle-Calédonie, le mal s'est étendu considérablement depuis et a gagné la population européenne qui, tous les ans, fournit de nouveaux cas.