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lie pilié; voulez-vous de moi? Jr ih' irahirai pas un serment que Dieu reçoit.
— Vous, ma femme ? ma femme ! réponditil ivre de bonheur et de joie : vous seriez la femmed'un pauvre marin, vous, une Anglaise, une grande dame ! Mon Dieu ! mon Dieu! je crois que je deviens fou !
— Je serai la femme de mon libérateur , reprit-elle en lui faisant signe de se relever. Cet acte que possède le docteur, vous m'avez promis de me le rendre; allez donc, et déposez hardiment votre plainte et la mienne devant la justice. Cet acte m'appartient et cette forlune, je la partagerai du moins avec un homme de cœur, avec vous!
— Oh! soyez sans crainte, reprit-il, moi aussi je tiens ma parole. Le pauvre baigneur vous doit tant ! Sans vous , sans votre image,
que serait-il devenu pendant tout ce temps do captivité et de torture ! Que de l'ois^ pendant que je me roulais sur la paille humide d'un cachot, votre voix a retenti pour moi dans les brisements aimés de la vague! Quand un rayon de soleil venait me réchauffer dans ma prison, je me disais: <r C'est elle, c'est mon bon ange qui me l'envoie! Je souffre pour elle , mais elle pense à moi , elle me plaint : Dieu fasse qu'un jour elle m'aime! » Puis, lorsqu'à qôté de cette image si douce je retrouvais celle d'un ennemi inconnu , alors , jugez de ma rage î cet ennemi , je le connais enfin, je le soupçonnais déjà, mais il a eu soin de changer lui-même mes doutes en certitude. Ce qui me reste à faire est mon secret; demain, oui, demain, je vous reviendrai digne de vous! de ma femme, reprit-il en baisant pieusement la main de madame de Nanteuil.
— A demain, dil-ellc; ctsoDgez quc(:lia(|iie heure csl une heure d'angoisse pour nmi!
Le baigneur venait à peine de sortir, laissant h\ baronne partagée entre mille sentiments divers, lorsque sir Robert frappa doucement à la porte de sa chambre. Elle courut lui ouvrir, et pour toule réponse à ses questions elle se jeta dans ses bras en fondant en larmes.
— Ne m'interrogez pas, dit-elle , demain , oui, demain , vous saurez tout! Ce que je vous demande , c'est de veiller le reste de cette nuit près de ma chambre. Le baron ne reviendra pas , il est sorti.
VIÏl.
Le lendemain, vers l'heure de midi, les persi<?nnes de madame de Nanteuil demeuraient encore fermées ; le temps était superbe^ quoique la saison fût avancée , el un assez grand nombre de baigneurs se rendaient aux tentes. Les landaus, les phaéions, les calèches
et surtout losy///.s bordaioul le quai. De Tune (Je ces petites voitures construites terre à terre et (|ui n'ont d'antre mérite que leur extrême légèreté, un personnage en habit noir sortit avec précaution ; il regarda quekjue temps autour de lui d'un air de méfiance. Faisant signe au cocher, il lui commanda de stationner à l'angle de la promenade. Quand il fut vis à vis la porte de madame de Nanteuil , et qu'il s'apprêta à en lever le marteau , il ne parut pas peu contrarié de voir venir à lui un homme qui observait depuis quelques secondes tous ses mouvements , masqué par une vieille chaise porteurs.
— Salut au docteur Bernard, dit Langlois d'un air humblement empressé; lui plairait-il de faire aujourd'hui une promenade en boat? Le mien est charmant et je suis bon rameur, il doit le savoir. Plus d'une fois j'ai longé là
côte avec lui dans la compagnie de ses clients.
— Une affaire pressée m'appelle ici , répondit brusquement Bernard , plus tard, un autre jour...
Et il allait frapper de nouveau à la porte quand Langlois posa le doigt sur sa bouche avec mystère :
— C'est de la part de madame de Nanteuil , docteur. Elle dort, n'allez pas la réveiller. Sir Robert est auprès d'elle.
— Que m'importe? Elle me recevra, moi!
— Impossible^ vous dis-je; elle ne se lèvera que dans une heure. Elle m'a fait appeler ce matin et m'a prié de m'entendre avec vous.,.
— Pour quelle affaire?
— Vous ne devinez pas ? Pour l'affaire de cette nuit Oui, j'ai à vous parler. Un se*
( rcl qui ne peut avoir d'iuilro corirMlt^nt que le eiel et l'eau. Vous avez été attaqué, je le sais, et je puis vous mettre en garde contre votre ennemi inconnu. La journée est belle , nous causerons eu pleine mer plus à l'aise.
— Soit, dit le docteur.
Et il suivit Langlois, en songeant que cet homme, ce familier de madame de Nanteuil , savait sans doute une partie de ses secrets. Le peu d'intelligence qu'il supposait au baigneur je confirma dans l'idée qu'il pourrait lui être utile.
— Dans une heure, m'a-t-il dit, elle sera éveillée. Une heure ! la promenade sera courte.
Il s'était laissé guider par Langlois vers cette partie élégante dii port qui renferme à Brighton une foule élégante de petits boats à
voiles, etnbarcalioiis clianiiantes dirigées |)ar de vieux et jeunes pilotes dont le métier est de promener les habitants et les visiteurs. Ces bords, qui, depuis Kempton jusqu'à Brunswick Square, déploient une broderie féerique de constriietions sur une longueur de trois milles, irisés en ce moment de tous les feux du soleil , étaient battus d'un flot si doux et si calme, que le docteur, en le comparant au trouble intérieur qui Tagitait, laissa échapper un morne sourire. Langlois avait pris place sur le devant du boat , le docteur le vit bourrer sa pipe avec tranquillité. La physionomie du baigneur n exprimait aucune émotion , il suivait tour à tour de l'œil ces mornes pierreux que couronne un maigre reste de verdure, Tesplanade de ia jetée et la ligne somptueuse des hôtels dont .la voile confiée par un vent joyeux i'éloignait. :,f, j
— Tu peux {iarler maintenant, dit le docteur, personne ne peut nous entendre.
— Pas encore, répondit Langlois, et tant que je serai en vue du Pavillon. Il n'y a rien de tel que la pleine mer pour bien causer.
— Es-tu ivre? demanda non sans crainte le docteur à son pilote.
— Ivre? 11 n'y a pas de danger qu'on m*y reprenne. J'ai bu quelques coups de vin pour la dernière fois à Dieppe, il y a dix-huit mois. Vous savez, docteur, ce que cela m'a valu. Depuis ce temps j'ai fait le serment de ne plus boire. Par exemple j'aime à faire boire les autres. Oui , cela me distrait, dit-il en regardant le docteur d'un air qui déconcerta Bernard. Celui-ci porta instinctivement la main à un portefeuille qu'il tenait caché sous son habit.
Le bateau avait gagné rapidement la hante mer, le vent l'emportait, et le docteur se voyait avec inquiétude sur une embarcation aussi frèle. Sans doute qu'en ce moment aussi Bernard élail en proie à des souvenirs qui l'accusaient, car il prenait à tâche d'éviter le regard de Langlois. Ce dernier arrêta les rames tout d'un coup, et s'adressant au docteur :
— Voilà qui est bien, nous pouvons causer ici sûrement.
— Cela est heureux, reprit Bernard on affectant de railler Langlois, ta seigneurie veutelle enfin me donner audience?
— La vôtre ne sera pas longue, répondit le baigneur d'une voix sourde. Docteur Bernard, préparez-vou3 à mourir!
— A mourir ! s'écria Bernard avec angoisse, et de quoi donc as-tn à le plaindre?
— De votre; imprudence, docteur, reprit Langlois en gouaillant. Quand on veut faire passer les gens pour coupables, on a soin de mieux prendre ses mesures, mon cher; on calcule mieux toutes ses démarches. Le soir de l'assassinat du commodore, qui avait les clés des tentes'? qui pouvait pénétrer dans les cabines? Deux hommes seulement : vous et moi. Or, puisque ce n'est pas moi qui me suis mis à la mer, c'est donc vous; puisque ce n'est pas moi qui ai baigné le commodore, c'est donc vous, docteur, qui l'avez tué.
— Tu mens! interrompit le docteur, tu mens! As-tu d'autres preuves?
--Je pourrais vous dire encore que le
lendemain du crime et le soir même de mon arrestation, vous avez quitté ma ville, que vous avez suivi la baronne, ainsi que moi. Mais je ne veux qu'un fait, docteur, mon ami, c'est que l'acte que le commodore portait sur lui et qu'il avait laissé avec ses vêtements dans la cabine, vous l'avez sur vous et que vous allez me le donner, continua froidement Langlois.
— De quel acte veux -tu parler? murmura le docteur, qui devint plus pâle que la voile de la nacelle.
— D'une donation écrite et signée, donation que j'attends de votre extrême courtoisie. . .
— Viens donc la prendre I s'écria Bernard en sortant de sa poche un couteau effdé qu'il
arracha rapidemenl de j^^ gaine. Aussi bien, il y a un de nous deux de trop sur terre maintenant 1
En dépit de ce fer, qu'il brandissait avec rage, Langlois se précipita sur le docteur; son poignet robuste étreignait la main de Bernard et tint son arme en suspens. Fouillant ensuite les poches de l'habit, il rencontra bientôt le portefeuille... Au moment où il venait de le saisir, il se sentit frappé à la poitrine par la lame aiguë de Bernard.
La violence d'un tel coup eût fait évanouir tout autre que Langlois. Exaspéré, furieux, il rassembla ses forces, et se ruant de nouveau sur le docteur :
.— On m'a accusé d'avoir noyé un homme,
ce sera vrai cette fois ! A ton tour, docteur du diable !
Et le saisissant avec une vigueur herculéenne par le milieu du corps, après lui avoir arraché son arme, Langlois le lança à la mer...
Quand le bateau du baigneur arriva, le temps avait changé, et les promeneurs de Brighton, dispersés par une pluie subite, venaient de rentrer dans les hôtels. Une seule voiture demeurait obstinément à l'angle du quai, c'était \eflij du docteur, que son cocher attendait. Épuisé, haletant, Langlois trouva la force de se traîner jusqu'à la porte de madame de iNanteuil; il franchit rapidement les quel(]ncs marches qui conduisaient à sa chambre. Les volets en étaient fermés, un demijour pâle éclairait à peine rapparlemcnt.
— Sauvée, s'écria-l-il, sauvée! en loinbanr aux tjenoiix de la baronne. Prenez, prenez ce portereuille, c'est le sien.
Il enlr'ouvrit sa veste, tachetée d'un sang déjà noirâtre. A la vue de ce sang et de cet homme, madame de Nanteuil, que soutenait sir Robert, poussa d'abord un cri aigu, auquel succéda un éclat de rire prolongé... La malheureuse femme était devenue folle !
— Mort par lui, mort pour vous! murmura le baigneur en embrassant une dernière fois ses pieds.
Elle vit la chute de ce cadavre sur le sol, sans pousser le moindrecri. Les sanglots étouffaient encore la voix de sir Robert, qu'un rire stupide, affreux, errait encore sur ses lèvres.
' Des watchmen et des gens de justice, accourus en hâte, guidés par les traces de sang du baigneur, avaient pénétré dans riiôtel , ils allaient relever ce corps quand les bateliers amenèrent sur le quai un homme qu^ils avaient recueilli et dont les habits étaient trempés de Teau de la mer. Le cocher, qui gardait le fly le reconnut, c'était sou maître, le docteur Bernard^ directeur de la maison h^'giénique de fous, près Brighton. Le constable le fit placer dans sa voiture, il lui fit respirer des sels; le docteur prétendit qu'il avait usé du droit de légitime défense. Malgré les supplications de sir Robert, le magistrat anglais enjoignit de transporter madame de Nanteuil à côté du docteur et dans sa voiture pour être conduite au German-Spa.
— Cette jeune dame est folle, dit-il^, les soins
(lu (locl<^nr ol le rc^gi me excellent de sa maison la remettront.
\ l'heure qu'il est, la baronne est encore folle... Elle a épousé le docteur, dont la clientèle est exclusivement composée de riches malades. Madame de Nanteuil a échangé ce nom contre celui de Bernard ; elle est
Ixîllo, mais un peu pûlo. Sa folie innocoiUo consiste à descendre sur la terrasse du Gcinian-Spa, et à ne jamais reconnaître le lendemain les gens qu'elle a vus la veille. Elle chante souvent des fragments très-décousus des ballades de Thomas Moore.
Un soir à table, elle a prononcé le nom de Langlois en regardant le docteur, et en lui offrant un délicieux mimosa qu'elle avait cueilli. Rodolphe de Nanteuii est devenu l'un des premiers lions de cette ville sans vin et sans soleil qu'on nomme Londres. Il promène en calèche et dans les loges d'Opéra une sorte de mannequin enrubanné de couleurs aussi tranchantes que l'arc en ciel : c'est sa femme lady
Aminthe Warwick.
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Si vous allez à Brighton, en vous dirigeant
par Ghurh-Street, vous atteindrez aisément )?') r»llj ; r>'f<;iri ..'1 "-b îuh) ^ijnoo mon 9'>
un plateau sur lequel s'élève à pie l'église paroissiale. A eôté de l'église et dans le ciinelièrc, il y a une petite croix qu'un Anglais a fait planter ; cet Anglais, c'est sir Robert, le seul qui vienne prier parfois sur cette tombe. Il y a dessus cette simple inscription : A Lanijloïsy baujneur de Dieppe,
FiN.
T. II. jC)
(c Songe, mon cher ami, à ce que tu m'as promis. Tu m'as juré, par tout cequ'il y a déplus sacré, de me défaire de mon époux. Je me repose sur toi du soin de ma vengeance... Ciel! je vais donc être bientôt libre... je vais donc être vengée... J'aspire à
— 2im —
cet instuiil plein de charmes pour moi. Prends bien ton temps. Songe qu'il y va de la vie et de la mienne. Vois jusqu'où va ma fureur... situ ne te sens pas assez de fermeté pour me servir, a voue- le moi j il est d'autres moyens que je mettrai en usage pour me délivrer d'un barbare toujours occupé à augmenter mesmalheurs... Jenesuisque rage. L'enfer est dans mon cœur. Rien n'est sacré pour moi... Ahî si tu connaissais le cœur d'une femme outragée, persécutée^ désespérée, tu exécuterais bien promptement Tordre dont je t'ai chargé... Que j'apprendrai avec plaisir la mort de mon époux! avec quelle joie je verrai son meurtrier! jamais tu n'auras paru si aimable à mes yeux ; mais, hélas 1 les craintes que tu m'as déjà fait voir m'en annoncent de nouvelles...
« Non, tu n^uras pas le cœur de rne satisfaire. Tu appréhendes de perdre ce peu d'instants qui forment le cours de notre vie ; voilà ce qui te retient...
Tune m'as jamais aimée... Tu n'as jamais sonli pour moi ces saillies impétueuses que l'amoui* inspire... Je n'ai jamais lu dans tes yeux cette ardeur que l'on ne peut cacher, et qui annonce combien le cœur est enflammé... Que je suis malheureuse de t'avoir connu'.... Tu m'as séduite. Je coulais mes jours dans l'indifférence. Tu es venu me tirer de la léthargie dans laquelle j'étais plongée. Tu as su, par tes discours flatteurs et par mille soins prévenants, gagner mon cœur. Tu m'as forcée à t'a vouer ma défaite. Tu as triomphé de mes caprices, de ma résistance, démon devoir... Si je m'étais abandonnée à tout autre qu'à toi, mon époux ne serait déjà plus,.. Crois-tu donc m'intimider par tes vaincs clameurs? Tu me fais une image horrible des tourments que subissent les criminels. Tu me dépeins avec force toutes les horreurs qui accompagnent les derniers moments de ces malheureux. Tu veux que je me transporte en idée dans une place publique, et que
je ly voi(; expirer sur réchafaiid. Tu ino menaces
inèiuc de cette mort. Tu m'appr(wn!s(|ue lu n'aurais
pas le courage de résister aux tourments qu'on le ferait endurer; que tu m'avouerais ta complice... N'importe, poursuis, ne t'embarrasse point du soin de mes jours; ils me seront odieux, si mon épour. vit : j'en fais volontiers le sacrifice, pourvu que je suis rassasiée du sang barbare que je déteste... C'est assez t'en dire... Que ne vas-tu, malheureux, dès à présentme dénoncer à la justice?... jeté crois capable de tout... Cependant... si tu peux remplir mes vœux, si tu secondes mes desseins, si je te vois couvert du saîîg démon époux, attends tout de moi. Je donnerai mille vies pour loi; tu seras toujours le dieu de mon cœur : on n'aura jamais tant aimé que je t'aimerai. »
« C'en est fait, Monsieur, je vais me réconcilier avec mon mari. Je vais me jeter à ses genoux, et lui avouer tous les horribles desseins que mon cœur renf<>rmait. Je veux l'aimer autant qu'il doit me détester.
(( J'avais compté sur vous. Je vous aurais cru capable (le tout entreprendre pour moi 3 vous m'aviez tant de fois juré que je pouvais disposer de vous. J'avais été assez crédule pour ajouter foi à vos dehors trompeurs : faut-il que j'aie aimé un homme tel que vous? j'en rougis, et c'est une faute que je ne me pardonnerai jamais. Je vous ai préférée tous vos rivaux, qui n'étaient pas en petit nombre. .. J'ai tout méprisé, tout rejeté pour toi, perfide.. . J'ai cherché toutes les occasions de te prouver de mille et mille façons mon attachement extrême... Que n'ai-je pas souffert par rapport à toi?. .. N'est-ce pas pour toi que j'ai rompu avec mon mari?. .. N'est-ce pas pour toi que j'ai renoncé à tout ce que le monde m'offrait de plus séduisant?... Je t'ai fait le sacrifice de mon repos, démon honneur, de mes charmes... Si j'avais possédé une couronne, aurait-elle été pour un autre que pour toi?.,. Par quelle fatalité as-tu
donc pu me subjuguer, moi, qui n'iii fait aucun cas des conquêtes les plus brillantes?...
r( Croira-t-on jamais qu'un bomrae qui régnait sur mon âme, et qui m'assurait que je régnais sur la sienne, ait refusé de me délivrer de mon plus cruel ennemi ? Tu as causé tous mes malheurs, tu m'as conduite pas à pas dans l'abîme j et lorsqu'il faut un coup d'éclat pour m'en retirer, tu recules...
u Au reste, c'est toujours beaucoup pour moi de connaître le fond de ton cœur!... qu'il est méprisable'.... que je vais haïr les hommes!... Ne viens pas t'offrir davantage à mes regards^ ne viens pas me proposer le secours de ton bras : je serais déshonorée à mes }eux,si j'acceptais tes offres... Tu n'es qu'un monstre, qu'un barbare.. . Quel bonheur pour moi, si je peux oublier que j'ai répondu à tes sou-
pirs, que je l'ai rendu tendresse pour tendresse, que je me suis livrée à toi sans aucune réserve... Celte idée seule me tue... Autant nous avons été amis, autant nous devons être ennemis... Fatal pouvoir de mes attraits, sur quel objet indigne as-tu agi?... Je t'écris pour la dernière fois. Puissent tous les malheurs t'accabler ensemble! tu ne peux souffrir autant que tu le mérites. Que je suis glorieuse d'avoir su me détacher de toi;, de t'avoir rendu justice, et de t'abhorrer pour toujours!... mon mari vivra donc!... ah! pensée qui m'anéantit... je serai donc obligée de voir toujours celui que j'ai trahi tant de fois... et pour qui? pour toi, traître, pour toi qui devrais te faire un devoir, une gloire de l'immoler... Ah ciel! quel funeste sort m'attend! que je vais traîner une vie affreuse l . . . Mon plus grand tourment sera de songer à toi, de penser que j'ai é.3 assez faible pour le donner mon cœur... Hélas! tu
le possèdes cucorcj je ne le sens que trop aux mouvements confus qui m'agitent... Rends-toi donc digne de sa possession. Cours,... vole, vole assassiner mon mari , ne vas pas combattre avec lui. Le sort des armes est incertain. Qu'il meure, c'est tout ce que j'exige...
« Je ne suis qu'une femme, et j'ai cent fois plus de courage que toi. »
FIN DES LESTTRE