SCENE XV
MADELEINE, entrant par le fond à droite. Elle ett mite avec une élégance ridicule , porte un chapeau et un schall , CHALAMEL, MARTIAL.
Martial cl Clialamrl sont au fond.
»l ADELE INK.
Suite de V air.
Ma loilellf,jVi|)ère,
Aura Pari de lui plaire.
MARTIAL
Justement la vuili I
CHALAMEL
DialiP! la particulière.
Ça n’rftl pas <T la p'iip lm-re !...
MADELEINE, à futrt. nnnuiiil.ni/ .
J* duil f'ét’ pa> mal comme ça 1
REPRISE
CHALAMEL et MARTIAL.
L'avcuturc «1 piquante, etc., etc.
MADELEINE, A part.
Nous allons voir c' qu’il citante !
Je ne suit pas méchante!
Mais, pour avoir «lu cnriir.
Et qu’ ça soit Gui d’ rire,
J’ viens il’ prendre «ans rien dire Uu p’tit verr’ de liqueur 1
Martial sort par la gauche.
madeleine, apercevant Chalamel.
Eb bien! c'est pas lui? où donc qu’il est?
cualamel , à Madeleine , qui fuit un mouvement pour sortir.
Pardon, madame ; n’est-ce pas à une veuve de la grande armée que j’ai l’honneur de parler ?
MADELEINE
Justement, monsieur, mon premier mari avait celui d’en être.
CHALAMEL, à part.
Belle femme! joliment ficelée! Ça doit avoir été au moins l’épouse d’un capitaine d’habillement. (Haut.) Madame, j’aurais une proposition à vous faire, qui peut être avantageuse à l'un comme non pas à l’autre.
MADELEINE , à part.
Qu* est-ce qu’il me veut cet oiseau-là?
CUALAMEL.
Mais, d’abord, avez-vous déjeuné ? cl pourraiton vous offrir un rafraîchissement?
MADELEINE
N, i, ni, c’est fini, mon petit!
CHALAMEL, à part.
Elle est gaie ! ( Haut. ) D’après les renseignemens qu'on m’a donnés sur vous, je crois que nous pouvons nous entendre.
Voyons, voyons, de quoi qu’il s'agit?
CHALAMEL
Madame, pour occuper mes loisirs, je compte fonder un établissement... mais, la, important... pas de la gnognotle!
MADELEINE
Un établissement de quoi?
CHALAMEL
Dam! un magasin de modes, ou un débit de tabac, je ne sais pas. Je ne suit encore fixé que sur un point, c'est que ça sera loin d'ici ; du reste, on fournit les fonds, c’est là l’essentiel.
MADELEINE
Eb bien ! csl-cc que ça me regarde, moi ?
chalamel , trùs-galamment.
Comment, si ça vous regarde! Avant tout, ne me faut-il pas, pour tenir mon comptoir, pour être à la téle de ma maison, une femme belle et de manières engageantes?
madeleine, avec pudeur.
Ah ! militaire!
chalamel, s'animant.
Si ça vous regarde! mais vous avez là, au lieu de prunelles, deux petits obusiers de calibre capables d’incendier un département!
madeleine.
Vous me confusionncz !
chalamel.
Une taille qui n’aurait pas été dédaignée même dans la vieille garde I
madeleine.
Ah 1
chalamel.
Enfin, en vous voyant, je vois que pour la tenue soignée comme pour le reste, le total de l'addition c'est fameux 1 fameux I
madeleine , à part.
U est très-galant! (Lui offrant une prise de tabac.) En usez-vous, militaire?
chalamel, en puisant dans la tabatière.
Je crois que nous nous déciderons pour le bureau de tabac. (Après avoir pris la prise.) Celuilà doit venir de la Civette... ça la sent !
madeleine , à part.
C’est possible 1 j’ai épluché des oignons ce matin. (Haut.) Mais pardon, je cherchais M. Palémon?
CHALAMEL
Ce jeune olibrius en question? Mais c’est avec son autorisation que je vous fais ma déclaration, dans la supposition d’une acceptation!
MADELEINE
C'est lui qui vous a chargé... (A part.) Il voulait se débarrasser de moi ! m’envoyer au Missipipi ! Ah! les chiens d’hommes! (Haut.) Militaire, vol’ proposition ne peut pas me convenir; je ne suis pas libre; j'ai un emploi qui me retient à Paris, un emploi qu’on veut m’ôter; mais j'ai consulté, je ferai valoir mes droits.
CHALAMEL , à part.
C'est une duchesse qui revient de l’émigration. (ITaut.) Madame, peut on savoir qui vous êtes?
MADELEINE
Je suis... je suis cuisinière.
CHALAMEL
Cuisinière t
MADELEINE
Chez M. Palémon.
CIUUMEL.
Tiens! tiens ! tiens !
MADELEINE
Oui, chez M. Palémon, un... Ah! militaire, on toit bien que vous n’étes pas marie ! vous ôtes trop aimable avec les dames !
CUALAMEL.
Marié? mais je le suis peut-être !
Comment, peut-être?
CUALAMEL.
Oui, autrefois, j’épousai, pour mon malheur, une pie-grièche, tranchons le mot, une rien du tout, car elle me planta là quand je partis, sous prétexte qu’il était défendu aux femmes de suivre le régiment.
MADELEINE
C’est comme moi, j’ai été abandonnée aussi, après quinze jours de mariage !
cualamel, d part.
Tiens! tiens ! liens !
MADELEINE
Ce n’est pas que j’en soye fâchée!
CUALAMEL.
M moi non plus!
Ail : Pour obtenir celle qu'il aime.
Ma femme était une bégueule!
MADELEINE
Mon mari n' valait pas deux sous !
CUALAMEL.
Eli* n'était )>onn* qu'à vivr' tout* seule!
MADELEINE
C'était bien le roi des s'Iiiboux t
CUALAMEL, montrant Madeleine.
Un’ femm’ charmante !
madeleine, montrant Chalamel.
Un homme aimable!
CHALAMEL
La fuir, ali ! c’est abominable !
Pourquoi ma femme
MADELEINE
Mon époux
ENSEMBLE
Ne pensait-il pas comme tous ?
CUALAMEL.
Ne pensait-eir pas comme vous?
MADELEINE
Hélas!... I.élas !... hélas!
CUALAMEL.
Pourquoi ma femme
MADELEINE
Mon époux
Ne pensait-il pas comme vous I CUALAMEL.
Ne pensail-cir pas comme vous!
CUALAMEL.
Abandonner un pareil trésor!...
C’est pourtant ce qu’il a fait; foi de Madeleine Berlaudicr !
CUALAMEL, élOntlé.
Madeleine Berlaudicr!... aie!...
madeleine, avec intérêt.
Qu’cst-ce que vous avez?
chalamel, se tâtant la jambe.
Même air.
Rien, c'est une vieille blessure Qui se réveille tout-i-coup !
MADELEINE
De son abandon, j'rn suis sure,
Il t'esl repenti.
CHALAMEL, d part.
Pas beaucoup !
Moi, qui prenais feu, nom d’un* lame!
Qu'allais-je faire? c'csl ma femme !
Je ni' croyais veuf, je suis époux !
Un’ cuisinier’, fi ! sauvons-nous !
ENSEMBLE
Ilélall... hélas I... hélas!
CHALAMEL
J* m’ croyais veuf, etc.
Hélas! pourquoi le sort jaloux N’m’cn donna-t-il pas un comm’ vous!
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