‹ La liberté de conscienceChapitre 101 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

l'habitude d’être opprimé, se contractent comme tontes les autres; la violence, après des siècles, se prend de bonne loi pour un droit, et ceux qui la subissent finissent euxmêmes par lui trouver quelque apparence de légitimité ; iis ne la contestent qu’à demi, ils lui font des concessions. Deux jours après le décret qui proclamait l’égalité absolue descitoyens, on décréta l’article 1 8 en ces termes : « IJul ne doit être poursuivi pour ses opinions, même religieuses, . pourvu que leur manifestation ne trouble point l’ordre public établi par loi. » Il était donc nécessaire de protéger les dissidents contre les poursuites judiciaires; ils n’étaient donc pas réellement et complètement égaux à leurs concitoyens, en dépit des termes si généraux de l’article 1 er et de l’article 6. Gomment y aurait-il eu des dissidents, s’il - y avait eu liberté des cultes ? La Constituante entendait protéger les individus, et tolérer seulement les religions ; elle n’allait même pas jusqu’à leur permettre le culte public. Son principe était en matière de religion d’avoir une religion dominante, et de tolérer seulement les autres. Si nous n’avions tant d’exemples de la ténacité des préjugés et des obstacles que la liberté en tout genre est obligée de surmonter avant de s’établir dans la loi et dans les esprits, nous aurions peine à comprendre que la Révolution de 1789 n’en ait pas fini irrévocablement avec la prétention • d’imposer aux hommes, par la force, des doctrines et des méthodes. Le dix-huitième siècle avait tant fait que le septicisme était partout, chez les gens de lettres et dans une grande partie du peuple, à la Cour et dans la magistrature. Il avait pour maîtres Voltaire et Rousseau. L’Assemblée constitutante était toute pleine de leurs partisans. Elle se sentait parfaitement dégagée de la tradition, puisqu’elle prenait quelquefois des résolutions importantes uniquement pour rompre avec le passé, pour détruire des habitudes, pour désarmer ou supprimer des institutions qui n’auraient pas manqué de ramener la Dation en arrière. Cependant cette Assemblée, même quand elle com-

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mence à frapper les grands coups, se déclare catholique. Elle écrit dans l’article 18 de la Déclaration des droits que * nul ne doit être poursuivi pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble point l’ordre public établi par la loi ; » et cette restriction, que Von pourrait accepter dans son sens littéral, car il y a, il 'doit y avoir une police des cultes, avait au contraire, dans la pensée du législateur, une portée immense. Elle signifiait que l’exercice des cultes non catholiques aurait lieu sans publicité 1 . Un ministre protestant, Rabaud de Saint- Étienne, député de Nimes, demanda pendant la discussion la publicité pour le culte protestant ; cette demande fut repoussée par une majorité considérable. Le journal de Prudhomme,les Révolutions de Paris , journal très-avancé, en rendant compte de la séance, avoue que « la demande de M. Rabaud de Saint-Étienne parut excessive. R aurait peut-être mieux réussi s’il eût moins demandé. » Le système bien arrêté de l’Assemblée était celui-ci: un culte dominant, le culte catholique, et tous les autres cultes tolérés, mais privés de publicité. Au mois de juin 1790, l’Assemblée assiste en corps à la procession du saint sacrement dans sa paroisse (à Saint-Germain l’Auxerrois). Le 16 et le 17 juin de la même année, elle règle les traitements des ministres du culte, c’est-à-dire des évêques et des prêtres catholiques, car il ne vint à l’idée de personne de salarier les autres cultes. L’année suivante (29 octobre 1791),Ramond demanda que tous les cultes fussent salariés ; cette proposition inouïe fut couverte par les murmures vie l’Assemblée. Sous la Convention même, et jusqu’aux décrets qui abolirent le culte, le clergé catholique toucha seul une indemnité du Trésor.

On n’était plus, à la vérité, depuis les premiers décrets

\ . Mirabeau écrivit à cette occasion au Courrier de Provence : « Nous ne pouvons dissimuler notre douleur, que l’Assemblée nationale, au lieu d’étouffer le germe de l'intolérante, l’ait placé comme en réserve dans une déclaration des droits de l'homme, »

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