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PARTIE III. LES CONCORDATS

demander, non l'abdication de leurs sièges, mais l’abjuration de leurs erreurs. N'était-il pas dur pour le pape de destituer les évêques fidèles au profit des évêques rebelles? Il le fit pourtant; car il fallait se courber sous la main de l’empereur. Les évêques constitutionnels, offensés jusque dans le bref qui les réhabilitait, consentirent à subir la volonté de Rome, en prenant les précautions nécessaires pour sauver leur dignité, et ne pas condamner leur passé; les évêques non assermentés se divisèrent. Il y en avait sept k Taris, huit dans les départements, en tout quinze qqi étaient rentrés en France, et qui consentirent sans hésiter. Les évêques réfugiés en Allemagne, en Italie et en Espagne suivirent cet exemple. Restaient les dix-huit évêques réfugiés en Angleterre. Treize refusèrent leur adhésion ; il fallut passer outre , suivant la décision qui avait été prise. En somme, on pouvait regarder un tel résultat comme favorable.

Le cardinal Caprara, qui avait remplacé Consalvi en France, espérait au moins qu’aucun évêque constitutionnel ne serait nommé aux évêchés nouveaux, ou que, si quelques-uns étaient nommés, ils ne recevraient l’institution canonique qu’après avoir confessé leur erreur et s’être réconciliés avec la cour de Rome. Mais le pre mier consul ne l’entendait pas ainsi. La faute des constitutionnels était une faute purement théologique ; à ses yeux, la querelle entre les constitutionnels et les orthodoxes était une querelle de sacristie , dans laquelle il ne lui convenait pas d’entrer. Après* tout, ces prétendus schismatiques professaient le même symbole, suivaient la même liturgie que l’église de Rome, et ne cessaient de déclarer en toute occasion qu’ils voulaient demeurer dans sa communion. Leur unique tort était d’avoir reconnu le gouvernement républicain que Rome ne voulait pas reconnaître, et d’avoir obéi à la loi de leur pays. Si Bonaparte avait été catholique, il aurait pu penser autrement ; mais il n’avait d'autre religion que la politique, et il pe-

sait à ce poids toutes les affaires humaines. Il se sentait même un certain mépris pour ceux qui étaient arrêtés par des raisons de conscience. Ges scrupules n’étaient pour lui qu’étroitesse de vues. Il écrivait à son oncle, le cardinal Fesch : « Vous ne devez point vous dissimuler que cette question de constitutionnels et de non-constitutionnels, qui est parmi le grand nombre des prêtres une question religieuse, u’est pour les chefs qu’une question politique 1 .? Get homme, qui unissait, par un rare assemblage, un esprit très-fin ^ une volonté très-forte, et qui bravait les difficultés en les comprenant, comprit tout en effet, excepté une seule chose : le scrupule en matière de foi et en matière de morale. On peut dire en ce sens qu’il ne méritait pas d'avoir à traiter les plus grandes affaires du monde avec des hommes tels que Pie VU et Gonsalvi. Il les brutalisa et il les joua ; mais il ne les comprit jamais.

Gela ne veut pas dire qu’il n’avait pas raison, lui, chef d’un gouvernement sort} de la Révolution, de défendre les constitutionnels, et que ie pape n’avait pas tort, lui qui signait le concordat, de se montrer inflexible pour des hommes qui n’avaient pas cédé beaucpup plus, et qui avaient reculé devant des périls bien plus grande Enfin, le cardinal Gaprara, que le premier consul avait choisi lui-même, parmi tous lqs cardinaux, pour être le premier légat à latere , fut sa dupe jusqu’au bout. Il le Cajola et le terrifia tour à tour; il se servit de lui pour endormir la cour de Rome, et le contraignit, au dernier moment, à faire toutes ses volontés. En voici deux exempies frappants : Gaprara, se conformant à ses instructions, $yait refusé de prêter, dans son audience solennelle, Je sprment autrefois exigé des légats à latere . Le lendemain, le Moniteur inséra, dans sa partie officielle, la formule du serment qu’il était censé avoir prononcé et signé 2 . On

4. Cf. le» lettre» n° 6121, 6122, 6*36, 6214, du tome VII de la Correspondance de Napoléon l* r .

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