PARTIE III. LES CONCORDATS
les années suivantes. Napoléon ne ménageait plus, dans le Pape, ni le prince temporel dont la souveraineté le gênait, ni le pontife dont il dédaignait les scrupules et qu'il voulait asservir à sa politique. « Vous êtes le souverain de Rome, lui écrivait-il, mais j'en suis l’empereur; » empereur par le seul droit du plus fort, mais empereur qui voulait être obéi à Rome comme à Paris. Chacun des deux pouvoirs en vint assez promptement aux extrémités: le Pape excommunia l’Empereur; l’Empereur emprisonna le Pape, qui fut conduit à Grenoble, puis à Savone. Rome, déjà envahie en 1808 par le général Miollis, fut réunie à la France par unsénatus-consulte, et l'Empereur assembla un concile pour aviser au moyen de donner l’institution canonique sans le Pape 4 . Cette tentative de retour à la constitution civile du clergé avorta *. Pie VII, qui, d’abord s'était laissé entraîner comme le concile luimême, retira son consentement et fut amené à Fontainebleau, où il entra le 10 juin 1813. Ce fut là que Duvoisin, évêque de Nantes, lui lut de la part de l'Empereur les propositions suivantes :
que de dire qu’on respectera et fera respecter les articles organiques. Respecter et faire respecter la liberté des cultes , suppose l’engagement, non de tolérer et de permettre, mais de soutenir et de protéger, et s’étend non-seulement aux personnes, mais à la chose, c’est-à-dire à tous les cultes. Or, un catholique ne peut protéger Verreur des faux cultes. »
4. « Que ceux qui avaient imaginé la constitution civile du clergé et créé la république romaine, en agissent ainsi, dit M. Thiers, rien n’était plus simple et ne pouvait plus honorablement se justifier, puisqu’ils étaient convaincus! Mais l’auteur du Concordat se conduire de la sorte ! » L. 1., tome XI, p. 304.
2. Vingt-sept sièges étaient devenus vacants dans l’empire, et le pape refusait d’instituer de nouveaux évêques. L’Empereur de son côté songeait à exiger des papes futurs un serment de fidélité à l’Empire, et à les faire résider alternativement à Rome et à Paris. Il leur donnait d’ailleurs des palais, de belles résidences, et une dotation de deux millions.... A la suite de ces décisions, il ordonna immédiatement des travaux à l’archevêché de Paris, au Panthéon, à Saint-Denis, pour y recevoir le gouvernement pontifical et le pontife lui-même. » M. Thiers, 1. 1., t. XI 1, p. 73,
1° Le Pape et les futurs pontifes, avant d’être élevés au pontificat, devront promettre de ne rien ordonner, de ne rien exécuter qui soit contraire aux quatre articles de
la Déclaration de 1682 ;
2° Le Pape et ses successeurs n’auront à leur nomination qu’un tiers du Sacré-Gollége ; il sera pourvu aux deux autres tiers par l«s princes catholiques ;
3° Le Pape, par un bref public, désapprouvera et condamnera la conduite des cardinaux qui ont refusé d’assister au mariage de Napoléon avec l’impératrice Marie- Louise 1 * * 4 .
Pie YII opposa à ces propositions une résistance passive. Il vivait dans la plus profonde retraite, ne voyant que son médecin et son chapelain, entouré pourtant, dans sa captivité, de la splendeur royale. Le capitaine de gendarmerie qui le gardait portait l’habit et le titre de chambellan. Napoléon, à son retour de la campagne de Russie, et au moment de commencer une nouvelle campagne qui devait être décisive, ne voulut pas laisser derrière lui ce qu’il appelait une guerre de dévots , et résolut d’en finir, ou surtout de paraître en avoir fini avec la question religieuse. Il se rend inopinément à Fontainebleau, court chez le pape, le serre dans ses bras en l'appelant son père, l’environne pendant quelques jours de bruit et d’hommages, et lui arrache un nouveau Concordat. On convint que le pape exercerait le pontificat en France et dans le royaume d’Italie de la même manière et avec les mêmes formes que ses
1. a L’Empereur avait réuni auprès de lui vingt-huit cardinaux de toutes nations, qui assistaient presque tous les dimanches à la messe de sa chapelle, bien qu’il fût excommunié. Le jour de son mariage, treize cardi-
naux sur vingt-huit manquèrent à la cérémonie.... L’Empereur, le soir même , avait mandé le ministre de la police, et avait ordonné d’arrêter
les treize cardinaux, de les dépouiller de la pourpre (d’oü ils furent de puis désignés sous le nom de cardinaux noirs), de les disperser dans différentes provinces, de les y garder à vue, et de séquestrer non-seulement leurs biens ecclésiastiques, mais leurs biens personnels, » M. Thiers,