‹ La liberté de conscienceChapitre 194 sur 269 · PARTIE III. LES CONCORDATS · texte numérisé non relu

PARTIE III. LES CONCORDATS

La religion catholique du rit latin en Pologne et en Russie ne fut pas plus épargnée. Non -seulement on lui appliqua les dispositions de l'oukase de 1832 relatives aux mariages mixtes, et des oukases de ,1833 sur renseignement théologique; mais on la fit gouverner, même pour les matières spirituelles, par une commission administrative dont les membres appartenaient, bien entendu, k l’Égli se schismatique. On ferma d’un seul coup tous les monastères , afin que cet opulent héritage devînt la proie de l’Église russe 1 . Le recrutement du clergé fut rendu presque impossible par un oukase de 1832, dont voici les dispositions principales : « Tout aspirant au ministère ecclésiastique devra faire preuve de noblesse, justifier d’études complètes dans l’une des universités de l’empire, fournir un remplaçant pour le service militaire, obtenir la \ permission du ministère des cultes , et verser une somme de six cents francs dans la caisse provinciale au profit du clergé gréco-russe. » Enfin, rien ne fut négligé pour effrayer les populations et pour gagner les prêtres aux projets du synode.- La possibilité de se marier aussitôt après leur apostasie fut un puissant appât pour les membres les moins méritants du clergé latin 2 . Un oukase du 2 jan-

qu’à ce qu’ils consentissent à une nouvelle apostasie. Un protopopc, suivi de gendarmes, fustigeait impitoyablement des populations entières Nous avons vu le prolopope Paul donner le knout de sa propre main aux habitants d’un village, et cela sans épargner les vieillards. Il arriva une fois que les prisons de Witepsk furent tellement encombrées qu’il n’y avait plus de place pour les victimes.... Les mères et les femmes des dé tenus se rendirent près de l’archevêque russe pour lui demander protection : il les fit disperser à coups de bûton. Les docteurs en théologie sont placés comme paysans et domestiques dans les séminaires russes.... Baronownki, curé de Bore est mort en prison à Zyrowice; Jean Ralkiewitz, Sosnowski, sont morts; cent soixante prêtres exilés...., etc. » ( Vicissitudes de V Église catholique des deux rites , par le P. Theiner, traduit en français avec une préface de M. de Montalembcrt, t. Il, p. 323 sqq.)

t. Oukases des 24 juin *833, 22 avril »834, érection de deux évêchés du culte dominant à Polock et à Varsovie.

2. Il y a en Russie deux sortes de catholiques : les ruthéniens ou grec»

vier 1839 accorde amnistie complète à tout catholique condamné, pour meurtre ou pour vol, au knout, aux mines ou aux galères, pourvu qu'il se convertisse. En revanche, un oukase du 21 mars 1840 prononce les peines les plus sévères contre les schismatiques convertis au catholicisme 1 .

Ces détails sont pénibles à retracer, mais il faut savoir qu'au dix-neuvième siècle on enseigne encore par le fer et par le bâton. Sans doute, les catholiques qui chez nous protestent contre la liberté de conscience ne demandent pas que les hérétiques ou les philosophes soient spoliés de leurs biens, traînés en prison ou en exil , battus par des soldats, séparés de leurs enfants, sabrés, jetés à l'eau. Mais jamais persécution n'a débuté par ces moyens violents. Le principe de l’intolérance fait vite son chemin. En l’acceptant aujourd’hui, vous n’êtes que fanatiques; demain , ceux qui viendront après vous seront sanguinaires 2 . Gela est prouvé, si quelque chose peut être prouvé par Thistoire. Proclamer le principe de l’intolérance, comme vous le faites avec un entraînement si coupable,

unis, qui, en rentrant dans la communion de l’Église de Rome, ont conservé le rit grec et le mariage des prêtres, et les latins, qui ont toujours été soumis à l’Église romaine, et ne diffèrent en rien des catholiques do tous les pays.

1. « Tout individu possédant des serfs qui sera convaincu d’avoir abandonné la religion orthodoxe (schisme russe) perdra l’administration de scs biens, sans préjudice des peines personnelles portées par la loi.

« 2° 11 ne pourra garder à son service aucun de ses serfs orthodoxes, ni demeurer dans aucune de ses propriétés habitées par des serfs orthodoxes.

« 6° S’il a des enfants en bas âge, des mesures seront prises pour protéger leur orthodoxie. » (21 mars 1840.)

2. Dans le premier procès de Penn, le patriarche des quakers, le juge, irrité du sang-froid de l’accufé, s’écria : « Je n’avais jamais compris jusqu’à présent que les Espagnols aient souffert l’établissement de l’inquisition; mais je m’aperçois bien que nous ne serons jamais tranquilles si nous n’avons en Angleterre quelque chose de semblable à l’inquisition d’Espagne 1 » Quiconque opprime la liberté de conscience finit, un jour ou l’autre, par souhaiter l’inquisition d’Espagne,

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