‹ La liberté de conscienceChapitre 2 sur 269 · PARTIE I. L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. L'HISTOIRE

Qu’est-ce qu’une religion? C’est une doctrine philoso- - phique fondée non sur la démonstration, mais sur l’autorité. jr

Il y a d’autres différences entre la religion et la philosophie, mais celle-là est la principale. La philosophie tend à la vérité par l’usage de la raison ; la religion se croit en possession d’une vérité qu’elle a reçue de Dieu, et qu’elle s’efforce d’imposer à la raison elle-même. Le principe de la philosophie est la liberté, le principe de la religion est l’autorité. Il faut que cette autorité soit irréfragable 1 , car, si le dogme se discute, il rentre dans le domaine de la philosophie, et dès lors il appartient à la science, et non à la foi.

Cette définition s’applique surtout à la religion catholique. Oserai-je dire que c’est de toutes les religions la plus religieuse, ce qui, pour un libre penseur, n’implique nullement que ce soit la doctrine la plus vraie, ou même la doctrine religieuse la plus voisine de la vérité philosophique. La religion païenne s’appuyait sur l’autorité comme toute religion, mais sur une autorité sans consécration, sans unité, sans règle, sans symbole. Des fictions poétiques, des traditions contradictoires, des prêtres incrédules, ne pouvaient en imposer qu’à l’ignorance la plus grossière. Les diverses églises protestantes, tout en invoquant la tradition et l’autorité de l’Évangile, font une large part à la liberté. On peut même dire qu’aujourd’hui la liberté les envahit, et qu’elles luttent péniblement pour mettre à part, comme dans une arche sainte, quelques dogmes indiscutables. Elles cessent de plus en plus d’être des églises pour devenir des écoles philosophiques. Le

\ . Les cahiers du tiers état de ta ville de Paris en \ 789, résumant un siècle de discussions, s’exprimaient ainsi au chapitre de la religion , art. 3 : a La religion chrétienne ordonne la tolérance civile ; » ce qui est tout autre chose que la tolérance religieuse. Au reste, on pensait encore à cette date que la tolérance civile pouvait se concilier avec l'existence d’une religion dominante.

catholicisme au contraire a une tradition consacrée par l’histoire, remontant sans interruption à l'origine du monde, renouvelée et sanctionnée par une révélation dont il nomme l'auteur, dont il dit la date précise, et qui se résume dans un symbole clair et unique. Il se fonde donc sur la déclaration même de Dieu, à laquelle il ne peut jamais être permis de rien changer, de rien ajouter. Ainsi sa doctrine, pourvu que son origine soit authentique, est nécessairement vraie et la seule vraie. Nul ne peut être chrétien, s’il n'accepte le dogme révélé dans toute son étendue, et si, en adhérant à la religion chrétienne, il ne renonce à toiftes les autres ; et nul ne peut être catholique s'il ne regarde les dogmes promulgués par l'Église universelle comme émanant directement de l’Esprit-Saint. On ne saurait rien concevoir de plus rigoureusement exact que ces conséquences ; et l'on peut en conclure que le principe de la révélation étant donné, l'intolérance religieuse est non-seulement juste, mais nécessaire, et qu'une religion qui ne la professerait pas serait par cela même condamnée.

Il est sans doute inutile d’ajouter que, par l'intolérance religieuse, j’entends seulement l’intolérance qui consiste à ne pas admettre de dogmes nouveaux ni de modifications aux dogmes anciens ; qui s'applique aux seuls fidèles, et n'attente en aucun cas à la liberté des incrédules ; et qui, pour les fidèles mêmes, ne prononce aucune peine temporelle, et se borne pour toute pénalité, quand les voies de la persuasion sont épuisées, à l'excommunication purement spirituelle. L'intolérance religieuse ainsi entendue est la condition indispensable de l'unité et de la stabilité de la foi, et la conséquence naturelle du dogme de la révélation. On ne peut reprocher à une Église de croire à la vérité de ses propres dogmes, et d'exclure les dissidents de son sein. Elle ne fait, en les renvoyant, que constater la situation de leur esprit, car on ne saurait appartenir à une Église dont on rejette les croyances. Si

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