ARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
le dégoût qui avait envahi toutes les âmes. Rome se crut en péril, et se défendit par le glaive. Il y eut, pendant trois siècles, une grande lutte, et telle que l'histoire n'en avait jamais connue, entre la force et la pensée. Ce fut la pensée qui triompha. Après avoir rougi tous les prétoires du sang de ses martyrs, la religion conquit Pâme de Constantin, et, dès ce moment, elle eut dans la main la puissance impériale. L’empire tomba, la société romaine fut dissoute, les hordes barbares accoururent de tous les points de l’horizon; elles se taillèrent des royaumes dans les provinces de l'empire ; elles se firent des constitutions, elles établirent des droits et des coutumes, elles eurent leurs guerres intestines, leurs batailles sanglantes, leurs proscriptions et leurs grands hommes. Seul, le christianisme demeura debout, toujours semblable à lui-même, avec le même symbole, la même discipline, la même hiérarchie ; maître des rois barbares, comme il l'avait été des empereurs, seul lien visible entre le monde disparu et le monde qui s'organisait, gardant le dépôt de la civilisation et de la morale, mais le gardant avec un soin jaloux, et ne permettant pas à la pensée humaine de s'émanciper. Il ne savait pas, il ne voulait pas disputer ; il ne savait que régner. Il avait des prédicateurs pour les fidèles, des juges et des bourreaux pour les incrédules. Il était intolérant sans pitié et sans remords, parce qu’il regardait la liberté comme une chimère et un péril. Elle grandit pourtant sous les entraves dont il la chargeait ; elle eut par toute la terre ses martyrs et ses champs de supplice, comme autrefois le christianisme, quand il luttait pour la foi contre la puissance romaine. La liberté s’appela d’abord l’hérésie. Les cachots et les bûchers aidant, l’hérésie fit du chemin et elle s’appela la philosophie. Encore quelques siècles de guerres religieuses, de proscriptions et de massacres, et la philosophie devint la Révolution.
Il avait fallu bien longtemps à l’humanité pour se retrouver elle-même. Enfin, la voila émancipée, en posses-
si on de son droit et de sa force. Est-ce le moment de respirer? L’intolérance est-elle vaincue à jamais? Ne le croyez pas! Lee conquêtes de la Révolution subsistent encore peut-être sur le champ de bataille révolutionnaire : mais tout alentour, l’intolérance se relève, le fanatisme reprend des forces ; la guerre à la liberté, à la pensée, à la raison se continue. Ce royaume est fondé sur l’Église catholique ? il fait une loi pour opprimer ceux qui ne peuvent humilier leur pensée devant l’infaillibilité du pape. Cet autre s’est établi sur la doctrine de Luther? il oblige tous les esprits, par sa constitution, à subir l’autorité de Luther. Les villes d’Allemagne se partagent entre des milliers de sectes, et chacune, dès qu’elle est installée sur une surface de quelque centaine de lieues, se met à proscrire les autres. En Suisse, les cantons catholiques, Schwytz, Uri, Underwald, refusent aux protestants le droit de propriété immobilière. Il n’est pas permis d’être protestant en Espagne ; il en coûte d’être catholique en Suède et en Pologne ; un juif, à Rome, en Bohême, en Bavière, est traité comme un esclave. Voilà la liberté du dix-neuvième siècle.
Qu’en présence de cette longue oppression de la raison et de la justice, toutes les religions, toutes les philosophies fournissent des défenseurs ,à la vraie doctrine sociale, qui est la doctrine de la liberté.
il n’y a que la liberté d’agir et de penser qui
SOIT CAPABLE DE GRANDES CHOSES ; ET ELLE n’a BESOIN QUE DE LUMIÈRES POUR SE PRÉSERVER DES EXCÈS.
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