‹ La liberté de conscienceChapitre 5 sur 269 · PARTIE I. L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. L'HISTOIRE

territoire, pauvre, sans commerce , sans industrie, sans gloire militaire, peu versé dans les sciences, ou réelles ou imaginaires, qui formaient ailleurs le prestige des castes hiératiques, destiné cependant à transformer le monde, et à l'occuper d’âge en âge, de son histoire, de sa civilisation et surtout de ses dogmes : c'était le peuple juif, le seul peut-être de tous les peuples pour qui l’intolérance fût un principe vital. Sa théologie était très-simple, puisqu’elle ne comprenait que le dogme de l’unité de Dieu, celui de la création, celui de la chute, avec la promesse d’un Messie. Son histoire, sans obscurité , sans lacune, # remontait, selon la prétention de ses historiens, jusqu’aux premiers jours de l’humanité; Dieu même avait dicté la loi, fondé le sacerdoce et l’empire. Il n’y avait ni place pour la dispute , ni distinction possible entre la politique et la religion. Un tel peuple ne pouvait qu’être impuissant et méprisé jusqu’à ce qu’il fît, par la religion, la conquête du monde.

Le mouvement, la liberté, la philosophie, dans l’antiquité , c’était la Grèce. Pendant près de mille ans, l’histoire de la Grèce est l’histoire du monde. Là la philosophie naît avec Pythagore ; elle s’épure avec Platon; elle s’étend, elle se fortifie avec Aristote; elle devient, avec le stoïcisme, la maîtresse et la régulatrice des mœurs. Eschyle éteint fait place à Sophocle. Chaque siècle apporte à l’art une nouvelle forme, une nouvelle idée à la science. Rien ne ressemble moins à la mystérieuse immobilité de l’É-* gypte et de l’Inde que ce peuple plein de mouvement et de contrastes, divisé en nombreux États, agite par des révolutions perpétuelles, créant chaque jour des constitutions pour les déchirer le lendemain, traitant la réalité comme des esprits curieux et légers traitent la théorie, vivant à l’armée ou sur la place publique, connaissant à peine la vie intérieure et laissant le travail aux esclaves, multipliant les dieux et les légendes théologiques suivant la fantaisie de ses poètes et les intérêts de ses prêtres,

superstitieux sans être crédule, tour à tour fanatique ou sceptique, tantôt permettant aux sophistes de mettre tout en question jusqu’à l’existence des dieux, et tantôt livrant Socrate aux rancunes sacerdotales.

Cependant la Grèce a beau être libre dans son esprit, et dans la plupart de ses constitutions ; elle a beau être le berceau, le génie, la langue de la philosophie, elle débuta dans la philosophie, comme tous les peuples, par la religion. Ses premiers poètes, qu’on appelle aussi les théologiens, recueillirent pendant les temps antéhistoriques et transmirent à leurs successeurs un ensemble confus de légendes qui a reçu des anciens eux-mêmes le nom de mythologie. Les plus illustres parmi ces poètes sont Orphée, Musée, Homère, Hésiode, auxquels il faut peut-être ajouter deux écrivains beaucoup plus récents, Épiménide de Crète et Simonide de Céos. On conjecture qu’Orphée florissait 1250 ans avant J.-G., deux siècles et demi avant Homère. Il est impossible d’expliquer comment ces poèmes, remplis de fictions incohérentes, devinrent les livres sacrés de la religion grecque ; ce qui est certain, c’est que, dès l'origine de l’histoire, on trouve en Grèce une religion nationale, des temples, des collèges de prêtres, des oracles, et une théogonie fondée sur les poèmes d’Orphée, d’Homère et d’Hésiode. On trouve, dès la même époque, la Grèce partagée entre une minorité éclairée et à demi incrédule, et la foule ignorante et superstitieuse ; c’est dire qu’on y trouve aussi l’intolérance.

A l’origine de toutes les civilisations, les monuments des vieux âges nous montrent des prêtres à côté ou au-dessus des rois. En Grèce, où toutes les institutions étaient mobiles, les prêtres, secondés par les politiques et abusant de la superstition populaire, avaient presque seuls une organisation stable. Ils employaient, pour se maintenir, le plaisir et la terreur, les fêtes et les menaces. Toutes les cérémonies nationales étaient inventées, réglées, présidées par eux. L’État, soit confiance ou habileté, suivant les

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