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Ch. Labilte, les Prédicateurs de la Ligue f p

contraindre, fallût-il pour cela soulever contre lui ses propres sujets.

Qu'il y eût, sous ces prétentions religieuses, des passions et des intérêts politiques, les Guises cherchant une couronne, le roi d'Espagne rêvant la domination du monde catholique, quelques citoyens, dégoûtés des folies et des cruautés de leurs maîtres, et se demandant déjà si la présence d'un tyran est, pour un peuple, une condition de vie ou une cause de mort, cela n'empêche pas que tous les ambitieux se cachèrent sous le prétexte religieux, que l'Église dirigea la guerre d'action et la guerre de paroles, et que tous les partis, unis dans leurs colères, divisés seulement par leurs espérances, s'accordèrent à proclamer que l’autorité temporelle dépendait de l'autorité spirituelle, et que l'Église était la maîtresse des rois.

L'Église ne tarda pas à traiter le roi de France en maîtresse et en maîtresse irritée. Le curé de Saint- Gervais, Guincestre, appelle Henri HI empoisonneur et assassin, et déclare « qu'on ne lui doit plus rendre obéissance. » Ce sermon, prêché devant une grande foule, est du 29 décembre 1588. Peu de temps après, le même Guincestre raconte en chaire « la vie, gestes et faits abominables de ce perfide tyran, Henri de Valois *. » Boucher, curé de Saint-Benoît, qui avait été recteur de l'Université, écrit un livre intitulé : La vie et faits notables de Henry de Valois tout au long sans en rien requérir , où sont contenus les trahisons , perfidies , sacrilèges, exactions, cruautés et hontes de cet hypocrite et apostat . « C'est un tyran, dit-il, tout le monde a le droit, le devoir de le tuer 1 . » La faculté de théologie avait proclamé la déchéance du roi. ÜDe procession immense (cent mille personnes, disent les mémoires du temps) parcourut Paris en criant : « Dieu, éteignez la race des Valois 3 . »

K Labitte, tes Prédicateurs de la Ligue, p. 45. — 2. II?., p. 89. 8. Labilte, Il . , p. 4 5.

Les moines s’armaient, couraient la ville avec des casques et des hallebardes, passaient des revues. La Satire Mè nippée , qui raconte ces saturnales, n’exagère rien; c’est de Thistoire. « M. Roze, naguère évêque de Senlis, et maintenant grand-maître du collège de Navarre et recteur de TUniversité, fit dresser l’appareil et les personnages par son plus ancien bedeau. La procession fut telle : Ledit recteur Roze, quittant sa capeluche rectorale, prit sa robe de maître ès arts avec le camailet le roquet, et un haussecol dessus : la barbe et la tête rasées tout de frais, l’épée au côté et une pertuisane sur l’épaule : les curés Amilthon, Boucher et Lincestre, un petit plus bizarrement armés, faisaient le premier rang ; et devant eux marchaient trois petits moynetons et novices, leurs robes troussées, ayant chacun le casque en tête dessous leurs capuchons et une rondache pendue au col, où étaient peintes les armoieries et devises desdits seigneurs.... Entr’ autres y avait six capuchins ayant chacun un morion en tête et au-dessus une plume de coq, revêtus de cottes de mailles, l’épée ceinte au côté par-dessus leurs habits, l’un portant une lance, l’autre une croix, l’autre un épieu, l’autre une arquebuze et l’autre une arbaleste, le tout rouillé, par humilité catholique; les autres presque tous avaient des piques qu’ils branlaient souvent par faute de meilleur passe-temps, hormis un feuillant boiteux qui, armé tout à cru, se fesait faire place avec une espée à deux mains et une hache d’armes à sa ceinture, son bréviaire pendu par derrière; et le faisait bon voir sur un pied faisant le moulinet devant les dames *. » Ces comédies burlesques suivaient de près la Saint-Barthélemy; ces capucins en cuirasses avaient fait l’apologie de Jacques Clément; chaque jour, dans leurs prônes, ils poussaient à l’assassinat et aux massacres; ils tiraient leur coup de pistolet au besoin, ou, se faisant chefs * de bandes, ils menaient les meurtriers, la nuit, jusqu’au

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