‹ La liberté de conscienceChapitre 60 sur 269 · PARTIE I. L HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. L HISTOIRE

bliques, des hôpitaux et des écoles, ni les déshériter ouïes injurier pour cause de religion. Quant au culte public, il ne sera permis que dans les lieux où il existait déjà à la date du mois d'août 1597, dans deux localités désignées à cet effet par chaque bailliage ou sénéchaussée du royaume, dans les châteaux des seigneurs, avec cftte distinction que les seigneurs haut-justiciers pourront admettre au prêche un nombre illimité de protestants, et les seigneurs qui ne jouissent du droit de haute justice, trente étrangers seulement, outre leur famille et leurs vassaux. Les seigneurs haut -justiciers jouissant du droit reconnu par cet article étaient au nombre de trois mille cinq cents. Tout exercice public du culte protestant était interdit dans les grandes villes de la Ligue, qui en avaient fait la stipulation particulière par leurs traités avec le roi, dans tous les bailliages de Rouen, et dans une étendue de cinq lieues autour de Paris ; cependant, par dérogation à cette clause, des prêches furent autorisés à une demi-lieue de Rouen, à Ablon, qui n'est qu’à quatre lieues de Paris, et ensuite à Gharenton, qui n’en est qu’à deux lieues 4 . Il ne pouvait y avoir de prêche à l’armée quand le roi y était, ni dans aucune ville du royaume où il faisait momentanément sa résidence. Les églises nommaient deux députés généraux pour résider auprès du roi. Elles s’assemblaient librement en consistoires, colloques, synodes provinciaux ou nationaux, et pouvaient même tenir des assemblées politiques, mais seulement avec autorisation royale. Le parti conservait, comme sûreté, deux cents villes, parmi lesquelles la Rochelle, Montpellier, Montauban, plus, toutes les places du Dauphiné qui se trouvaient, à l’époque de l’édit, au pouvoir de Lesdiguières. Le roi pourvoyait à l’entretien des fortifications et à la solde des troupes, ce qui constituait une dépense de cinq cent quarante mille livres (environ deux millions d’aujourd’hui). Il consacrait en outre

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M. Poirson, Histoire d'Henri IV ) t. I er , p. 307 gq<f.

une somme de cent soixante-cinq mille livres (quatre cent quatre-vingt-quinze mille francs d’aujourd’hui) aux gages des ministres et des régents dans les collèges et les écoles. Les églises avaient d’ailleurs le droit de posséder des biens propres et d’accepter des dons et legs. Enfin, une chambre spéciale, nommée chambre de l’Édit, où les causes des protestants étaient portées, fut créée dans tous les parlements du royaume. La chambre de l’Édit se composait à Bordeaux, Toulouse et Grenoble, de deux présidents, dont un réformé, et de douze conseillers, dont six réformés. A * Paris et à Rouen, la chambre était composée de seize membres, dont quinze catholiques et un réformé seulement; mais les catholiques ne siégeaient dans cette chambre que de l’aveu des protestants et sur leur présentation.

Henri IY, pour éviter une révolte des protestants, leur avait accordé cet édit, qui ne contenta personne et donna lieu à mille difficultés jusqu’à la révocation. Pour lui, il était si loin de concevoir la séparation du spirituel et du temporel et de la souhaiter, qu’après avoir souffert si longtemps de l’usage que ses ennemis faisaient contre lui de l’autorité de Rome, il donna tous ses soins, une fois converti, à mettre le pape dans ses intérêts, et k se servir de lui contre les catholiques excessifs. Un jour que les critiques violentes dont l’édit de Nantes était l’objet avaient lassé sa patience, il rassembla le parlement et lui tint ce dis~ cours : « Je sais que l’on a fait des brigues ici même, que l’on a suscité des prédicateurs séditieux; mais je donnerai bon ordre k tous ces gens-lk et ne m’en attendrai pas à vous.... G’est le chemin qu’on a pris pour faire des barricades et venir par degrés au parricide du feu Roy.... Mais j’ai sauté sur des murailles de villes, je sauterai bien sur des barricades.,.. Ceux qui pensent être bien avec le pape s’abusent; j’y suis mieux qu’eux. Quand je l’entreprendrai, je vous ferai tous déclarer hérétiques pour ne me point obéir 4 . »

4. Le Grain, déc . hist.y ap. Journal d’Henri I V, p. 303 noie.

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