PARTIE I. L'HISTOIRE
Le vieux roi Gharles-Quint, retiré dans son couvent de Saint-Just, en avait frémi. Mais Philippe II, se souvenant que sa maison avait été en Europe la ferme colonne de la foi, n’avait reculé devant aucun sacrifice pour extirper cette plaie 4 . Poussé par le saint-siège, aidé par l’inquisition, dont lui-même stimulait le zèle, il avait rempli les cachots, allumé les bûchers, jusqu’à ce que l’hérésie fût détruite ot vaincue par l’extermination de tous les hérétiques 2 . Voilà ce qu’on répétait chaque jour à Louis XIV ; et comme il était préoccupé de son aïeul Henri IV et de la foi solennellement jurée, on lui remettait aussi sous les yeux le serment du sacre qui contenait les paroles suivantes : « Au nom de Jésus-Christ, je promets au peuple chrétien qui m’est soumis de m’appliquer, selon mon pouvoir et de bonne foi, à écarter de toute l’étendue de ma domination tous les hérétiques dénoncés par l’Église.... Je confirme ces promesses par serment; j’en prends Dieu à témoin et ses saints Évangiles. »
Déjà sous Louis XIII, pour accorder ces paroles avec
mède avait été différé de deux ou trois mois seulement, toute l’Espagne aurait été en feu. » Voyez les articles de M. Rossew-Sainl-Ililaire , dans la Revue chrétienne du 4 5 janvier, du 4 5 février et du 4 5 mars 4 857.
4. « Il faut couper court au mal, écrivait Charles-Quint. 11 faut que les coupables, quel que soit leur rang, soient punis avec l’éclat et la vigueur qu’exige la nature de la faute.... Sans la certitude que j’ai que vous et les membres du conseil extirperez le mal jusqu’à sa racine, je ne sais si je ne me résignerais pas à sortir d’ici pour y remédier moimême.... »
2. L’inquisition se prépara en silence. Le même jour, à Séville, à Valladolid, partout où l’hérésie s’était glissée, tous les suspects furent saisis en même temps. Dans Séville seule, il y eut huit cents arrestations dans la même journée.... Le premier auto-da-fé eut lieu le 2t mai t553. Il n’y avait que trente victimes, et quatorze seulement furent jetées aux flammes. On apporta dans un coffre les os de la mère des Cazalla, que l’inquisitiou avait fait exhumer, et qui furent réduits en cendres. Le second auto-da-fé eut lieu le 8 octobre 4 559, à Valladolid, en présence de Philippe II. Le sombre roi- qui devait, dix ans après, signer l’arrêt de mort de son propre fils, ne laissa reposer les bourreaux que quand il ne leur resta plus dans l’étendue des Espagnes une proie à saisir. (Voy. M. Rossew-Saint- Ililaire, lac . laud.)
l'édit de Nantes, on avait eu recours à un étrange subterfuge : on avait défendu par ordonnance royale d’appliquer aux réformés la qualification d’hérétiques. Il est juste de dire qu’au commencement de son règne, Louis XIV avait exécuté ponctuellement les prescriptions de l'édit. On avait mêmepublié, pendant sa minorité, une déclaration destinée à rassurer les protestants 1 : « Voulons et nous plaît que nos dits sujets faisant profession de la religion prétendue réformée jouissent et aient l’exercice libre et entier de la dite religion, conformément aux édits, déclarations et réglements faits sur ce sujet, sans qu’à ce faire ils puissent être troublés ni inquiétés en quelque manière que ce soit. Lesquels édits, bien que perpétuels, nous avons de nouveau, en tant que besoin est ou serait, confirmés et confirmons par ces dites présentes. Voulons les contrevenans à iceux être punis et châtiés, comme perturbateurs du repos public. »
Le roi, devenu majeur, s’efforça de diminuer le nombre des protestants, en leur refusant toutes les grâces qui dépendaient de lui ; « et cela, dit-il dans une lettre à son fils, par bonté plus que par rigueur, pour les obliger par là à considérer de temps en temps, d’eux-mêmes et sans violence, si c’était avec quelque bonne raison qu’ils se privaient des avantages qui pouvaient leur être communs avec tous ses autres sujets. » 11 avait encore une autre tactique, qui était de récompenser largement les conversions, et il avait fondé pour cela une caisse secrète, dont Pellisson, un nouveau converti, avait l’administration. C’était, il faut l’avouer, bien mal connaître et bien peu respecter la liberté de conscience ; mais au moins ces indignes manœuvres n’allaient pas jusqu’à la persécution violente. Bientôt on se lassa de cette douceur. Pendant une période de vingt-cinq ans, le gouvernement prit à tâche de fatiguer la
l. 8 juillet 4 643. Cf. l'arrêt du conseil du 30 janvier 1645. — Autre, du 2 1 mai 4 652. Déclaration du 18 juillet 4 666.