ET LES TRAITEMENTS DU PERSONNEL DE CE SERVICE
La guerre à Dieu et aux consciences n'est pas seulement une atteinte portée à la morale et à la liberté religieuse, c'est encore une détestable opération financière. Chasser des maîtres dont le dévouement se contentait de traitements des plus modestes et bâtir pour loger leurs successeurs des palais scolaires souvent dépourvus d'élèves, tout cela ne se fait pas sans imposer au budget des charges énormes. Si, comme dit le proverbe, les conseilleurs (qui fout les lois) ne sont i>as les payeurs, ceux-ci sont toujours les pauvres contribuables qui d'ailleurs ne sont jamais consultés sur l'emploi qu'on fait de l'argent pris dans leurs poches. Après le vote des lois de 1881, 1882 et 1886 qui bouleversaient de fond en comble l'enseignement primaire, il fallut se préoccuper des dépenses considérables que nécessiterait cette nouvelle organisation1. Tel fut le but de la loi du 20 juillet 1889.
Séance du 5 avril 1889
Cette loi qui permettait d'assurer le fonctionnement du nouveau système scolaire ne pouvait laisser indifférent M. Chesnelong. Aussi, lors de la discussion générale au Sénat, la combattit-il avec toute l'ardeur de sa foi et de son patriotisme, en reprenant un à un les arguments du rapporteur M. Combes, qui n'avait pas encore donné toute la mesure de son esprit étroit et sectaire. S'il est nécessaire d'améliorer dans une juste mesure la situation des instituteurs, il n'y a pas lieu pour cela de les soustraire à tout contrôle de la part des communes et des pères et mères de famille, pour en faire exclusivement des fonctionnaires de l'Etat omnipotent.
La gratuité instituée par la loi de 1881 2 n'est qu'un leurre et M. Ches-
1. M. Ernest Boulanger, sénateur de la majorité, constatait, dans la séance du 4 avril, que les sommes prélevées depuis 1877 sur les budgets ordinaires s'élevaient, pour l'instruction primaire, à 850 millions.