‹ La liberté de la presse [microforme]Chapitre 2 sur 6 · partie de la liberté · texte numérisé non relu

partie de la liberté

Mais l’homme at-il besoin d’une loi pour protéger sa liberté? ou À ]

bien doit-il être exempt de toute loi ? I

‘ Dieu,” dit Bossuet, en qui réside la souveraine liberté, a sa loi souve- ( ‘ ‘“ raine dans la nécessité de sa propre nature; ce qui le fait libre, c’est que sa loi ‘eat en Jui même, c’est qu’elle ne lui vient pas du dehors, c’est son absolue

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Mais cette indépendance absolue ne se trouve qu’en Dieu, L'homme (

a le pouvoir de faire le mal comme le bien; c'est un être imparfüit, Donc nécessité d’une loi et d’une autorité publique, nécessité d’une règle pour le diriger et d’un frein pour l'empêcher de s'égarer: cette règle et ce frein salutaires se trouvent dans la loi, ‘ Cette loi n’enchaîno pas la liberté; elle la protège et la défend contre la violence. Dans l’homme, être composé de parties différentes et subordonnées,tout ce qui contrarie la partie supérieure,qui doit dominer € et commander, est de nature à lui faire violence; d’un autre côté, tout €

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ce qui tendra à écarter ces obstacles, à comprimer cette violence, favorisera par là même l'exercice de la liberté. Tel est lo rôle de la loi: elle veille à ce aue les tendances du corps n’entreprennent rien contre la raison ; elle les retient dans l'ordre et le devoir, et permet à la volonté de tendre librement vers son but, le bien, le bonheur, Comme l'enseigne Saint-Paul, il y a en nous comme deux hommes, associés pour la vie et qui doivent marcher dans l’orde, l’un intelligent et l’autre animal, Il y a aussi comme deux volontés qui ont des tendances bion opposées: celle qui n’est qu’une inclination aveugle, un instinct violent, entraînerait la volonté intelligente et véritable, si cette dernière n’était soutenue et dirigée par la loi... la loi dans tous les ordres, dans l'ordre naturel, civil, politique et religieux.

Donc l’affranchissement de toute la loi n'est pas la liberté; c’est la licence, et la licence tue la liberté.—(T'iré des leçons de M. B. Paquet sur le libéralisme.)

La loi naturelle existant prouve que l’homme n’est pas indépenpendant ; il a le devoir, imposé par la nature ou plutôt, son auteur, d'accomplir cette loi et de s’y conformer,

La vraie liberté, celle qui fait de l’homme une image de Dieu, c'est la liberté réglée, dominée, sanctifiée, réalisée par la loi morale,

En résumé, on peut établir comme règles pratiques les formules suivantes :

10 La liberté, d'après la nature, n’est pas donnée pour le mal, mais pour le bien. 20 La vraie liberté est nécessairement conforme à la raison et à la vérité, 30 Donc, tout ce qui est contre la vérité ou la raison, est en même temps contre la vraie liberté, et conduit à l'esclavage. 4o Loin d'enchaîner la liberté, la loi la guide, la défend et la protége, 5o L'exercice juste et libre d’un droit, comme l’accomplissement sans entraves d'un devoir, c’est la vraie liberté.

Pour répondre à la question: Que faut-il penser de la liberté de la presse ? Je distingue la vraie liberté de la presse, par laquelle on défend le bien et la vérité, la justice et le droit ; et la fausse liberté, la liberté abusive ou la licence de la presse, qui consiste à propager et à défendre l'erreur comme la vérité, le mal comme le bien,

La bonne presse a été souvent et fortement encouragée, tandis que la mauvaise a été bien des fois condamnée par les Souverains Pontifes, notamment par les Encycliques. Mirari vos de Grég. Vi; Quantà curàâ de Pie TX et la propos. 79e du Syllabus, savoir :

‘ Il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir ‘“ Jaissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées “ et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les pe: les dans la corruption “ des mœurs et de l’esprit, et propagent la peste de l'in. Ltigme.”?

Plusieurs fois, Pie IX et Léon XIIT ont insisté sur les avantages et la nécessité de la bonne presse pour combattre et réprimer l'erreur et le vice propagés par la mauvaise presse.

Voici des extraits des enseignements de ces deux Papes sur la matière importante du journalisme :

Pie IX disait dans l’Encyclique ‘“ Inter multiplices ” aux archevêques et évêques français, en 1853:

‘ Mettez votre sollicitude à éloigner des fidèles confiés à vos soins le poison des mauvais livres et des mauvais journaux, et donnez votre bienveillance et vos encouragements à ces hommes animés de l’esprit catholique et instruits dans les lettres et les sciences, qui da uent à écrire, imprimer et répandre des livres et des journaux, pour défendre la doctrine catholique, les droits et les enseignements du Saint Siège, et À combattre les opinions opposées à l’autorité de ce même siège apostolique, à dissiper les erreurs et à répandre la lumière de la vérité dans les esprits. Il se met à la sollicitude et à la charité épiscopales, d'encourager ces écrivains catholiques bien intentionnés à continuer avec un zèle plus grand encore, à défendre la cause de la vérité catholique avec soin et science, et s’ils errent en quelque chose, de les avertir avec prudence, usant de paroles paterrelles ”.

Léon XIII signale lui-même les ennemis de l'Eglise, qu'il faut combattre, et trace le plan de la campagne.

Il veut qu'on fasse la lutte sur le terrain des principes, il vout l'union du clergé et des laïques; il multiplie les directions aux journalistes. Ecoutons-le, Dans l’Encyclique ‘“ IHumanum genus, ” le St- Père parlant des ruines accumulées par la franc-maçonnerie, dit:

“ Notre devoir est de nous appliquer à trouver des remèdes a un mal si ntense et dont les ravages ne sont que trop étendus...

Notre meilleur et plus solide espoir de guérison est dans la vertu de cette religion divine que les francs-maçons haïssent d’autant plus qu’ils la redoutent davantage. Il importe donc de faire d’elle le point central de la résistance contre l’ennemi ccmmun.

Et s'adressant aux évêques :

L'œuvre est immense: pour l’accomplir, vous aurez avant tout l’aide et 1a collaboration de votre clergé. Toutefois, une cause si belle et d’une si haute importance appelle encore à son secours le dévouement intelligent des laïques.

Mettez en coxmmun les forces de ces deux ordres,

Dans l’Encyclique aux Evêques d’Italie en 1882, Léon XIII dit:

Il importe de publier et de répandre partout de bons écrits. Ceux qu’une haine mortelle separe de l’Eglise savent combattre avec la plume....De là, ce déluge de mauvais livres ; ces journaux de désordre et d’iniquitése.... Aux écrite, il faut opposer les écrits. Que cet instrument si puissant pour la ruine devienne

uissant pour le salut des hommes, et que le remède découle de la source même À u poison.

Toutefots, que ceux qui se dévouent à écrire, observent plusieurs pointe : que tous aient le même bout devant les yeux ; qu’ils déterminent avec une sage précision les mesures opportuner, qu’ils ne passent sous silence rien de ce qui peut être utile ou avantageux à convaître; dans un langage grave et modéré, qu’ils reprennent les erreurs et les vices, sans aigreur dans Île reproche, avec indulgence pour les personnes,

Que tous ceux qui veulent voir fleurir la religion et la société, défendues par le génie et par la presee, que ceux-là les protègent par leurs libéralités, proportionnant leurs largesses à leur fortune. Les soldats de la presse ont besoin de ce secours, Si dans cette œuvre, quelques vexations éprouvent nos fils dévoués ;

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s’il leur faut soutenir le combat, qu’ils descendent dans l'arène, se rappelant qu’un chrétien ne peut souttrir pour une plus noble cause que pour préserver la religion d’être déchirée par les méchants, Car si l'Eglise a engendré et élevé des fils, ce n’est pas pour qu'aux heures difficiles elle ne pût en attendre aucun secours, mais bien pour qu’à son repos et à d’égoistes intérêts, chacun préférât le salut des âmes et l’intégrité de la cause chrétienne,

E' dans sa lettre aux Evêques des Provinces de Turin, Milan et Verceil, il dit :

Que le caractère des Evêques soit sacré pour les écrivains catholiques ; comme ils sont placés au degré supérieur de Pautorité, ils ont droit À un honneur en rapport avec leur dignité et leur charge, Que les particuliers ne 8e croient pas permis de discuter ce que les Evêques ont décidé dans leur autorité ; autrement, il s’en suivrait un grand désordre et une confusion intolérable.

Et il continue :

Maintenant, vénérables frères, c’est à vous qu’il appartient de travailler à ce ue nos conseils soient suivis et de faire tout ce qui peut assurer la concorde, ette concorde est d'autant plus nécessaire que les ennemis qui menacent les

institutions catholiques se montrent plus nombreux et plus acharnés, c’est contre eux qu’il est nécessaire d’exercer toutes ses forces en les accroissant par l’union, bien loin de es détruire par la division.

Dans l'Encyclique aux Evêques de Portugal en 1886, Léon XIII dit :

“ L'impiété, si répandue au siècle dernier, envahit aussi comme une coutaion les esprits de vo: concitoyens, et elle causa de grandes ruines, Cependant, es plus grands maux furent causés par les factions des partis politiques, par les

discordes intestines, Au reste, la liberté et l’action propre appartiennent légitimement au pouveir politique..,,,..,

Quoiqu'il soit libre à chacun d’avoir sa propre opinion sur les aifaires purement politiques, pourvu qu’elle ne répugne pas à la religion et à la juetice, et bien qu’il soit permis À chacun de soutenir son opinion d’une manière honnète et légitime, vous savez combien est pernicieuse l’erreur de ceux qui ne distinguent pas assez les affaires sacrées des aflaires civiles, et qui font servir le nom de la religion à patrouer les partis politiques.

Pais le St Père, conseillant d'amener la concorde par la prudence et la modération, par une communauté de conseils et une même manière d'agir auprès des fidèles, ajoute :

Quant au choix de ces conseils et À l’adoption des moyens les plus propres à atteindre le but, il ne vous sera pas difficile d’être éclairés, si vous prenez pour règle ce qui a été déjà exposé et prescrit dans les affaires de ca genre par le Siège Apostolique, notamment par nos lettres encycliques sur la consuitution chretienne des Etats.

Il dit encore :

Vous connaissez bien les temps présents, vénérables frères: d’un côté, les hommes sont animés d’une avidité insatiable de lire; de l’autre, un torrent de mauvais écrits se répand en tous lieux; et c’est à peine si l’on peut évaluer quels ravages il en résulte pour l’honnêteté des mœurs...,pour lintégrité de la religion. Persévérez donc à exhorter, à avertir par tous les moyens et sous toutes les formes, afin de détourner les hommes de ces gouftres de corruption et pour les amener aux sources salutaires. Il sera très utile qu’on publie des jour-

naux, qui, au ris répandu de toutes parte, opposent un remède opportun... en prenant la défense de la religion et de la vérité...

Pour ces journalistes, s'ils veulent que leurs travaux soient féconds et louables sous tous les rapports, qu’ils emploient, en écrivant, la modération, la prudence et surtout cette charité qui est la mère ou la compagre de toutes les vertus—or, vous voyez Combien est contraire à la charité la tendance de soupçonner à la légère, ou la témérité de lancer des accusations, D'où l’on comprend combien ils en agissent mal et injustement ceux qui, afin de soutenir un parti politique, n'hésitent pas à accuser les autres de foi catholique suspecte, pour cela qu'ils appartiennent à un parti politique différent,

Voici maintenant ce qu'on lit dans l’Encyclique de Léon XIIT aux évêques d'Espagne en 1852:

Il en est qui veulent désunir etsèparer complèten la religion et la politique, et ne.veulent pas tolérer l’influence de l’une sur | .itre. Ceux-là ve diffèrent guère de ceux qui souhaitent que l’Etat soit constitué et administré en dehors de Dieu, créateur et maitre de toutes chores..,.erreur funeste.,,.car, lorsque la religion est supprimée, on voit néces-airement chanceler la stabilité des principes sur lesquels se fonde surtout la sécurité publique, qui tirent de la religion leur principale force, et qui se résument particulièrement en ceci: commander avec justice et modération, se soumettre par conscierce du devoir, dompter ses passions par la vertu, rendre à chacun ce qui lui appartient,

Mais il faut aussi fuir l’opinion,qui mêle et confond la religion avec l’un ou l’autre parti politique, Cela fait entrer à tort les factions politiques dans le domaine auguste de la religion; c'e t vouloir supprimer la concorde fraternelle, etouvrir la porte À une multitude de funestes incouveénients,

[l importe donc que la religion et la politique, qui son distinctes par essence et par nature, soient dans l’opinion et dans le jugement lobjet de la même distinction,

Or, le fondement de la concorde ert dans le christianisme le même que dans toute société bien constituée ; c’est l’obéissance au pouvoir légitime qui, par ses ordres, par ses interdictions, par sa direction, procure la concorde et l’harmonie dans la variété des esprits,

De même que le Pontife romain est le maitre et le chef de toute l'Eglise, de même les Evêques sont les directeurs eu les chefs des églises qu’ils ont reçues canoniquement pour les gouverner. C’est à eux qu’il appartient, chacun dans sa juridiction, de présider, d’ordonner, de corriger et généralement de décider des choses qui paraissent 6e rapporter à l’église,

Le St. Père donne aux journalistes rspagnols les avis qu'il a déjà donnés à ceux d’autres pays et il ajoute :

Ce sera À vous, vénérables frères, d’être les interprètes de nos pensées

auprès du peuple, et de veiller à ce que tous conforment leur conduite à nos avis,

Le Moniteur de Rome a commenté, l’an dernier, l'Encyclique aux Evêques du Portugal. Ce travail a l’avantage de donner l’interprétation des enseignements pontificaux sous les yeux, pour ainsi dire, du Pape, En voici un extrait en ce qui touche la presse :

L’utilité et les lois de la presse catholique: voilà une des idées chères au cœur du Pape. Il encourage cette avant-garde de l Eglise à l’égal d’une puissance incomparable, mais qu’il faut modérer, guider par le respect hiérarchique et les lois de la juetice......

Organiser autour de l’Eglise la garde brillante des zouaves littéraires ; en faire le premier bataillon de l’armée catholique, tel est le désir du Pape. ..,..,

Renan a appelé la papauté et le journalisme les deux plus grandes forces du

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monde moderne, C'est peut-être une force négative, souvent destructive, un peu corrosive, mais quelle expansion n’a pas le journal? Il est devenu nou-seulement une arme, mais une puissance indépendante, La diplomatie, la politique, les artis, tous 8’en servent comme du levier d'Archimède, La brochure a tué le ivre, le journal tue la brochure, il remplace presque tout. C’est comme la cloche de tous les jours qui appelle le monde au spectacle des choses. L’homme d’état le plus lustre (Bismarck) est celui-là même qui jongle le plus avec le journalisme ..,,..

De nos jours, nous ne comptons que si nous sommes une puissance, une force vivante et publique. L'exemple de l'Allemagne est topique, Il y a quelques années, la presse catholique allemande n’était qu’à l’état d’embryon Dès 1461, le coup de elairon fut donné ; mais en 1870, un seul grand organe, la Gazette Populaire de Cologne ralliait les troupes religieuses. Depuis, le centre a fait des prodiges de patience et d’habileté ; chaque ville de province, même la moins importaute, a «on organe. De haut en bas de l’échelle sociale, il a organisé une hiérarchie de journaux....., cette presse répond À tous les besoins, ,,,,, Tout le monde lit en Allemagne, et comme les catholiques lisent la presse religieuse, qui est alerte, vivante, d’une verve intarissable, le centre À une assistte solide dans le pays. Voilà un des engins de la puissance religieuse en Prusse.

Sur ce ‘Les Annales Catholiques”, revue hebdomadaire de Paris, font les judicieuses remarques suivantes :

‘ La feuille romaine, indique ensuite les devoirs de la presse, groupés ainse : modération, prudence et charité.

Modération ! Il n’est pas un mot dont on ait autant abusé contre la presse catholique. Chaque fois qu’elle a dû signaler et démasquer nn ‘ennemi de PHglise, une manœuvre dangereuse pour #es droits et ses libertés, on lui a ‘“ reproché de manquer de modération.”

“ La modération (dit le Moniteur), c’est l'équilibre, c’est le jeu régulier des facultés, c’est la domination de soi-même, c’est la compréhension juste et com-

lète des choses. c’est la résultante de ces qualités. Rien n’est plus difficile que a modération, comme rien n’est plus fécond et plus grand, Elle suppose une nature saine, un jugement ferme, du bon sens doublé de vertu, des connaissances approfondies. Les modérés sont les for‘, Tis ont le ton juste, ils ne connaissent ni les exagérations dangereuses, ni les confusions regrettables, Renseigner, éclairer, persuader, c’est lÀ tout le secret du journal.

a prudence ! C’est le choix moral et honnête des moyens les plus aptes à atteindre son but. Il distingue à cet égard deux sortes de Journaux; les journaux de partis, qui servent aussi la religion et l'Eglise, et les journaux purement religieux.

La prudence des premiers consistera à ne jamais mêler confusément la religion à des intérêts secondaires, À ne pas traiter cette reine comme une vile servante. La prudence des seconds est moins onéreuse. Bien choisir le terrain de la lutte ; ne livrer À l’adversaire aucun prétexte pour vous surprendre, ne pas soulever des questions irritantes et personnelles ; ne pas transformer surtout es affaires secondaires, accidentelles, purement historiques en questions de principes ; ne pas confondre la vérité dogmatique et morale avec les opinions changeantes; combattre le bon combat, non pas au nom de jugements personnels, mais au nom de Dieu, de l’Eglise et de la vérité objective: voilà le rôle de publiciste catholique. Il est austère mais beau et grand. Ce qui a fait un mal irréparable dans ce siècle, ce sont le confusions et les compromissions.

La charité ! Le Moniteur définit la charité dans la vie publique : la justice et la vérité avec le respect d’autrui. Il déplore les luttes fratricides, qui, en certains pays ont énervé l’action catholique.

Pour complèter nos renseignements sur les devoirs et les droits du journaliste catholique, citons encore :

ER Mgr Parisis (cas de conscience) dit :

‘ Un homme qui se présente à l’élection de ses concitoyens, se livre, par cela seul,à l’examen de tous les électeurs et même de tous ceux dont les électeurs ont en main les intérêts. Par le fait volontaire de sa candidature, il se soumet luimême au jugement public ; il veut ce jugement et toutes ses conséquences. Le journalisme a donc devant Dieu comme devant les hommes le droit de révéler les opinions de chaque candidat en politique, en religion, en morale; de faire connâître son degré d’intelligence et de capacité pour les fonctions auxquels il aspire, de peser les garanties qu’il otre, ou les craintes qu’il inspire du côté du zèle, du désintéressement, de la moralité, etc. Or, comme ces jugements ne seront admis qu’autant qu’ils seront appuyés, il a le droit de donner au public les preuves et les faits à l’appui de ses assertions, en faveur ou en défaveur des concurrents.

Sans aucun doute, il en résultera pour plusieurs une certaine déconsidération, qui peut aller jusqu’à leur causer un dommage sérieux, et cepend: it, il est certain que, si le publiciste est resté dans la vérité, s’il n’a fait d’ailleurs queles révélations qui lui paraissent nécessaires au bien public, ce dommage n’est ni contre la justice, puisque celui qui le subit a voulu s’y exposer, et que celui qui le cause use en cela d’un droit supérieur aux intérêts individuels ; nicontre la charité, puirqu'on doit aimer la communauté des hommes plus que chaque hommes pris à part, et que l’amour dû à la socièté civile ou religieuse exige, surtout dans nos mœurs Constitutionnelles, que lon démasque les hommes incapables ou pervers qui veulent mettre la main dans les choses publiques, ce qui ue pourrait arriver sans un grand préjudice pour tous et pour chacun ”.

Mais est-il défendu dans les polémiques de la presse d’assaisonner sos attaques de mots spirituels et piquants ? Le même Mgr Parisis répond :

‘“ Cette conséquence ne découle aucunement de nos principes, et nous ne voyons pas pourquoi un usage loyal de cette arme utile serait interdit à la bonne cause, L’'Evangile n’a jamais défendu d’avoir de Pesprit nides’en servir. La forme du langage, regardée comme la plus piquante, c’est l'ironie ; or, l’Écriture Sainte, modèle divin de toute parole humaine, n’est-elle pas remplie de phrases ironiques ? Nos adversaires coutestent souvent ce droit aux catholiques, tout en g’en servant largement pour eux-mêmes, comme s'ils en avaient seuls le privilège. Cette prétention de leur part est manifestement injuste, et, de plus, elle est très perfide. En rendant tous les écrits des catholiques ennuyeux et tous leurs Journaux endormants, ils remporteraient sur eux une prompte et facile victoire, Ne nous laissons donc pâs effrayer par le rigorisme hypocrite de ces pharisiens nouveaux, qui trouvent que de leur part tous les moyens sont bons contre nous, et qui crient au scandale quand nous savons leur résister avec quelque succès.

Certes, il y a mille moyens de réussite que nos adversaires emploient, et que nous ne pouvons pas nous permettre, que nous ne nous permettrons jamais ; mais nous ne serons pas assez simples pour nous abstenir de ceux que Dieu ne défend pas, quand ils nous sont utiles. .

Ainsi, nos adversaires, il faut le dire, emploient souvent contre nous le mensonge ; ils l’emploient même sans honte et sans remords ; or, le mensonge, surtout quand il est hardi, public et persévérant, est une arme terrible, qui fait toujours des blessures. Eh! bien, le catholique ne s’en sert jamais, du moins volontairement, pas même par voie de simple exagération, surtout quand il s’agit de dire du mal. Ilen est ainsi de beaucoup d’autres moyens iniques et

uissants. On nous attaque per f' : et nefas, nous ne nous défondons que selon a justice ; d’où il suit que déjà ies armes ne sont pas égales.” (Scavini annotationes, 3e tractatus) (dd) 3e édit. parisienne en 1859.

Remarquons en passant que tout en permettant aux polémistes catholiques les mots spirituels 6. piquants, Mgr Parisis veut que.

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l'usage en soit loyal et selon la justice. Voilà pourquoi il faut bannir toute allusion blessante étrangère au point discuté, ou s'appliquant à des fautes ou choses dont l'adversaire n’est pas responsable.

Mgr Mermillod, dans une lettre pastorale écrite en 1886, consacre à la presse catholique quelques pages riches en enseignements, Sa Grandeur transmet les enseignements de Léon XIII, expose l'attitude de l'Eglise envers la presse catholique, la soumission que celle-ci doit à l'autorité hiérarchique, et la nécessité pour les écrivains catholiques d'étudier les documents pontificaux.

‘ L’attitude de l'Eglise à l’égard de la presse catholique est nettement déñnie. Les journalistes n’ont pas le droit de parler au nom de l’Eglise, ils sont seuls responsabies de leurs paroles et de leurs actes. Ce n’est pas à dire que Pautorité les désavoue ; au contraire, elles les encourage, les bénit et ne cesse de leur adresser des avis et des directions. Mais elle tient à ne pas se rendre solidaire d’une institution, qui, imposée par les circonstances et née de notre organisation moderne, présente des inconvénients. Par la, du reste, l'Eglise laisse à la presse catholique une latitude que ne s&’auraient avoir des organes offtieiels.

11 y a un devoir que nous tenons à signaler surtout aux hommes appelés à exercer quelque influence: c’est l'étude sérieuse des documents pontificaux. Notre siècle est favorisé plus que tout autre. Dieu a inspiré aux papes cette prodigieuse multiplication de leur parole À notre époque si agitée; il y a à notre disposition une abondance extraogdinaire de vérités rappelées, de lumière opportunes, de directions prudentes, de périls dénoncés; lettres apostoliques, Brefs célèbres, Encycliques lumineuses, constitutions dogmatiques du concile, que complètent, résument et couronnent les actes éclatants de Léon XIII. N°y a-t-1l

as dans cet ensemble doctrinal une profusion de clartés, un faisceau de rayons jetés sur les ténèbres, sur les doutes, les aspirations, les efforts de notre siècle tourmenté?...,,...

Obligé à chaque instant de se prononcer sur des personnes et des choses très-fugitives ; chargé, en fait, de former la conecienee publique sur les matiètes de religion, de morale et de droit; devenu à notre époque, le plus prompt et l’un des instruments les plus puissants du bien et du mal, le journalisme ne doit-il pas avoir dans tous ses comités de direction, à défaut de theologiens, qui y seront appelés quelque jour, un exemplaire des plus récentes conetitutions pontficales, un code sacre décidant et jugeant sans appel au nom du Pape?

De ces divers extraits et du 22è décret du 5ème concile provincial de Québec (De scriptoribus catholicis) on peut formuler ainsi les notes caractéristiques du journal vraiment catholique :

10. L'écrivain catholique, instruit dans les lettres et les sciences, doit professer avant tout la doctrine de l’église ;

20. Rieu de contraire à la doctrine catholique ou à la morale, comme romans, faits divers immoraux, n’est publié dans le journal catholique ;

30. Respect constant dans ses colonnes pour la vérité et la justice;

40, Aucune annonce ou réclame pour un livre immoral ou anticatholique, pour séances dramatiques immorales, voyages de plaisir les dimanches ou fêtes, etc. ;

50, Il suit invariablement les directions des souverains pontifes ;

. 60 Il reçoit volontiers les conseils de son Evêque et respecte ses avis ;

70. Ses écrits sont toujours marqués au coin de la prudence, de la modération et de la charité:

10, Prudence ! Point de jugement précipité, point d'attaques

intempestives, point de questions irritantes et inopportunes, point d'accusation hasardée et sans preuves, point de confusion des vérités dogmatiques et morales, et des opinions fondées sur des jugements personnels, ou encore des matières religieuses, et des matières purement politiques, point de compromissions sur les vrais principes, point de préventions et de parti-pris sur les personnes,

20. Modération! Renseignements exacts, arguments solides, précision et élucidation des questions en litige, discussion lumineuse et calme, toujours sur le ton juste, sans exagération de doctrine, sans aigreur contre les personnes,

30. Charité! c’est-à-dire, rester toujours sur le terrain de la justice et de la vérité, ne blessant le droit de personne. Lo journaliste, digne de sa mission, (qni est de diriger l'opinion publique en instruisant et en corrigeant), défendra la vérité et la justice, combattra le mensonge, l'erreur et le vice, d’après le principe que:

Il est permis de révéler le crime certain et occulte d’un autre, pour empêcher

un dommage public, par la raison que le bien de la société l’emporte sur le bien d’un particulier :

Sans jamais tomber dans le mensonge ou la calommie. S'il peut révéler une faute cachée, a fortiori pourrad-il parler des fautes et des défauts publics des adversaires. Mais ses moyens de défense et ses expressions seront toujours dignes du chrétien bien élevé et il ne révèlera pas les secrets que le devoir lui défend de révéler.

Si telles sont les notes du bon journal, il est facile de trouver celles du mauvais journal: c’est la contradiction des premières, avec cette différence toutefois que quelques-unes et même une seule suffit pour qu'un journal soit réellement mauvais: ‘“ bonum ex integrà causà malum ex quocumque defectu.”

Sont pernicieux et suspects de libéralisme les journaux, qui, sans publier au” cune des erreurs du Syllabus, blâment les documents pontificaux, critiquent les ministres de l’église, accusent d’exagération et d’imprudence le zèle des bons

catholiques ls ics ou des ecclésiastiques sous prétexte qu’ils se mêlent de politique, (casus conec. ler vol. page 91-92.

30. Quels sont les devoirs du clergé relativement à la bonne et manvaise presse ?

De droit naturel et positif, la lecture des mauvais journaux ( contraires à la morale ou à la doctrine catholique, ou animés d’un mauvais esprit), est défendue sous peine de péché, ex genere suo mortali, (mortel de sa nature) P. V. 1 vol, p.101, 102, 103.

Défendu aussi de coopérer à la rédaction, publication ou vente de ces journaux,

Trois arguments appuient cette défense :

10. Danger prochain de perversion pour les lecteurs. Excopté ceux qui les liraient, (surtuut avec permission), pour les combattre et les réfuter, Les ignorants seraient plus exposés que les hommes insstruits, sous le rapport de la doctrine. Lecture assidue plus coupable,

20. Danger de scandale donné aux autres, surtout si le lecteur ou l'abonné passe pour honnête et pieux, surtout s'il est ecclésiastique. Certaines raisons pourraient empêcher ou diminuer le scandale,

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30, Ooopération par son exemple et son argent à propager et soutenir le mauvais journal.

Les rédacteurs, abonnés, imprimeurs, etc. coopèrent. (Celui qui fournit de bons articles à un mauvais journal, empêche autant de mal qu'il remplace de mauvais écrits, et produit quelque bien)...

Si le journal ne peut-être lu sub-gravi, toute coopération formelle est défendue aussi sub-gravi. La coopération matérielle et prochaine doit être jugée d’après son importance et son motif. Selon les circonstances, elle sera mortelle, ou vénielle, ou même exempte de péché.

L'ecc'ésiastique ayant charge d’âmes a des devoirs particuliers à remplir relativement aux journaux bons et mauvais. Il est responsable, ex-officic, de toute coopération même négative (mutus, non obstans non manifestans) ne parlant pas, n’agissant pas, ne dénonçant pas (ça regarde le curé) la lecture des mauvais journaux.

Le cas suivant, tiré des “Casus conscientiae”, par le protesseur de théologie morale P, V. (édition de Paris), jettera de la lumière sur la question qui nous occupe :

Pérujus, homme influent dans sa paroisse à cause de &es richesses, de son caractère et de sa conduite, veut vivre catholique et passer pour tel. Il assiste à la messe tous les jours, communie souvent, ne manque pas les sermons, fait des aumônes, visite les malades, etc. Maïs n’aimant pas faire du bruit, comme il dit, ni susciter des haïines autour de lui, il cherche plutôt à se concilier les esprits par son argent, il ne veut pas être compté parmi les catholiques qu’il appelle militants, et ne prend pas part aux œuvres de zèle soutenues courageue. ent pour l’église de Dieu. Il veut être en paix avec tout le monde, et respects opinions de tous, $’il voulait user de son influence, il pourrait facilemeur ramener plusieurs de ses amis et de ses concitoyens des filets du libéralisme et des autres erreurs proscrites par l’Eglise. Mais pour ne pas les contrister, et redoutant du reste l’accusation donne exagéré et imprudent, il préfère dissimuler et se taire.

Questiox :—On demande si Pérujus est sage ou coupable ?

R£PoxsE :—Malgré ses bonnes œuvres et ses pratiques pieuses, il est coupable de péché mortel contre la charité, ne faisant pas la correction fraternelle à des amis et des concitoyens qu’il pourrait ramener de l’erreur et du péché. En outre, son respect exagéré pour les opinions ou plutôt les erreurs des autres l’expose au danger de violer la vertu de religion, soit en ne la défendant pas quand elle devrait l’être publiquement, soit en connivant avec les erreurs du Libéralisme au point d’être censé les professer contre les prohibitions de Eglise et contre ses propres convictions,

Etre catholique de nom et de profession ne suffit pas; les œuvres aussi doivent distinguer le catholique véritable et sincère. Et le confesseur de ce catholique ne s’acquittera pas complètement de son devoir, si, après avoir éntendu les péchés de commission et d’omission de son pénitent, il ne l’exhorte fortement aux œuvres pieuses et méritoires pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

St Alphonse de Liguori applique les paroles du Seigneur au prophète Jérémie : “ Æcce constitui te super gentes ut evellas et dissipes, ut œdifices et plantas, ” “je t’établis sur les nations pour arracher et détruire.... bâtir et planter ” aux confesseurs, qui non-seulement doivent arracher les vices de leurs pénitents, mais encore planter les vertus en eux. ”

I] faut que les fidèles remplissent les devoirs que leur impose la charité pour le bien des individus et des familles; ensuite, ils s’appliqueront aux bonnes œuvres surérogatoires avec d’autant plus d’ardeur qu’ils aimeront davantage Dieu et son église. 11 faut correction fraternelle; instruction; avis, écrits, libéralité, (P. V, prof casus conscientiae,) Page 367 à 375.

Encore une citation.

Le journalisme (dit Mgr. Parisis, cas de conscience) voilà la première, la souveraine puissance sociale, parce que c’est lui qui popularise le plus les idées, et que ce sont les idées populaires qui font l’opinion, et l'opinion gouverne le monde. Ÿ en a-t-il encore qui doutent du besoin que nous avons du journalisme catholique? Il faut donc laisser le champ de la parole à nos ennemis seuls ; l’erreur aura seule le droit de se faire entendre. église qui doit élever la voix, selon St Paul, opportune, importune, l'Eglise ae,.., 8e taire, et parler à ce petit nombre qui vient encore dans nos cathédrales; que l'Eglise abandonne ce uoble genre de prédication, le journalisme, et qu’elle abandonne à eux-mêmes ces enfints à qui elle pourrait se faire entendre par cette voix ! Ô conseil insensé !

Mais on dit: les journaux catholiques ont souvent des torts, souvent leur rédaction est défectueuse. Soit! mais de grâce, à part même les faciles excuses que présentent les difficultés de la profession, les fautes, les erreurs personnelles pourront-elles diminuer les avantages et la nécessité du journalisme ? Il faudra donc accuser le saint ministère sacerdotal, parce que souvent le prêtre manque en l’exerçant! Et que l’on ne s’étonne pas de ce rapprochement. Le journalisme religieux est à nos yeux une espèce d’apostolat, uue œuvre indispensable au salut des âmes. Peut-être ceux qui l’exercent ne portent pas si haut leurs vues; son objet, ses œuvres le démontrent clairement. En effet, le journalisme a pour objet de combattre l’erreur,kde défendre la vérité, en particulier les vérités révélées, Démasquer l'injustice, détruire ies abus, reprimer les écarts, ensuite exciter, accroître, fortifier de toutes manières les institutions religieuses, par l’autorité d’une parole généreuse, publique, infatigable, et, ce qui vaut mieux, véridique: tout cela n’est-il pas d’un veritable apostolat ? ”

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