CHAPITRE XI
LA POPULATION ET LE SYSTÈME DE *IALTHUS ÇHVANT LA DÉMOCRATIE. — L’ÉMIGRATION LIBflE DES TRAVAILLEURS.
Mais, dit-on, cette liberté de travail que l'écpnemie politique préconise dans l’intérêt des masses, cette asso-n dation revêtant tant de formes fécondes, cette instruction elle-même' partout répandue, et cette capacité professionnelle accrue dans tous les rangs et pour les deux sexes, tout cela ne servira de rien, s’il est vrai, comme le prétendent les économistes, que les facilités de vivre ne sont, pour les classes ouvrières, qu’un appel à se multiplier, qu’un excitant pour la population obéissant à une tendance qui la pousse à se développer toujours plus vite que les subsistances. Quelques-uns même en sont venus à proposer des prohibitions aux mariages pour les ouvriers sans capital, ce qui parait assez singulier pour des hommes qui condamnent partout les prohibitions. Malthus, ajoutet-on ironiquement , est le grand-prêtre de cette religion nouvelle du célibat ou de la stérilité dans le mariage ; et de là on passe à l’injure contre Malthus et contre les économistes ennemis du peuple. On peut lire ce qu’ont écrit là dessus MM. Proudhon et Pierre Leroux.
On va voir que nous n’admettons pas ce qu ? on a nommé le système de Malthus, mais nous sommes ennemi de l’exagération aussi bien contre que pour, et nous croyons que
. même dans un système qui pêche par l’excès, il y a d’utiles vérités à recueillir pour les classes populaires.
Disons d’abord un mot du monstre lui-même, de ce terrible Malthus dont le nom a si souvent retenti, au plus fort de nos discordes sociales, aux oreilles des classes ouvrières.
Yoici comment un publiciste éminent, M. Charles Comte, s’exprime, dans sa Notice consacrée à Malthus, sur l’auteur du livre de la Population : « Il était d’un caractère doux, il avait sur ses passions un si grand empire, il était si indulgent pour les autres, que les personnes qui ont vécu près de lui pendant près de cinquante années assurent qu’elles l’ont à peine vu troublé, jamais en colère, jamais exalté, jamais abattu. Aucun mot dur, aucune expression peu charitable ne s échappait jamais de ses lèvres contre personne; et, quoiqu’il fût plus en butte aux injustices et aux calomnies qu’aucun écrivain de son temps, e£ peut-être d'aucun autre, on l'entendit rarement se plaindre de ce genre d’attaques, et jamais il n’usa de représailles. Il était très-sensible à l’approbation des hommes éclairés et sages; il mettait un grand prix à la considération publique. Mais les outrages non mérités le touchaient peu, tant il était convaincu de la vérité de ses principes et de la pureté de ses vues; tant il était préparé aux contradictions et même à la répugnance que ses doctrines devaient inspirer dans un certain monde. Sa conversation se portait naturellement sur les sujets qui touchent au bien-être de la société, et dont il avait fait l’objet d’une étude particulière; il était alors attentif, sérieux, facile à émouvoir. Il énonçait son opinion d’une manière si claire, si intelligible, qu’on voyait aisément qu’elle était le résultat d’une réflexion profonde. Du reste, il était naturellement gai et enjoué, et aussi prêt à prendre part aux plaisirs innocents de la jeunesse qu’à l’encourager ou à la diriger dans ses études. »