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résulté? Ce qui résulte de tout arbitraire. La loi y est éludée; elle voulait prohiber le mariage; elle ne réussit qu’à multiplier le nombre des unions illégitimes et des enfants naturels; elle voulait protéger le bien-être de la famille, elle a détruit la famille elle-même.
A la question de la population se rattache l’émigration des travailleurs. Elle ne se rattache pas moins étroitement à celle de la liberté des travailleurs. La liberté du travail n’est pas, en effet, seulement la liberté de travailler comme l’on veut, mais où l’on veut.
Les uns y ont vu un remède suffisamment efficace aux excès de population ; les autres semblent n’en avoir montré que les misères.
Nul sujet n’a plus de grandeur que l’émigration, nul n'a plus d’opportunité en présence de l’immense mouvement d’émigration européenne dont nous sommes témoins. Le travail, obéissant à la loi de liberté, cherche partout, comme le capital, à prendre son niveau.
Comment ne pas reconnaître avant tout que l’émigration a une grande signification historique, une portée civilisatrice? Il faut la constater sous peine de rapetisser tout ensemble et de fausser la question. Cette grande question de l’émigration ne s’éclaire complètement et ne peut être bien appréciée au point de vue des intérêts populaires et généraux, que si elle reçoit sa lumière d’en haut, c’est-à-dire de la philosophie de l’histoire.
Est-ce seulement aux individus que s’applique le mot : Vœ solU Non; on peut dire aussi: Malheur aux nations qui se ferment aux rapports avec le reste du monde ! Malheur aux familles qui restreignent à l’excès le cercle de leurs alliances ! Elles trouvent dans l’abâtardissement physique et moral la confirmation, à leurs dépens, de cette
loi providentielle qui fait de la fraternité humaine une vérité. En vain l’humanité, retenue au sol natal par mille attaches, voudrait se soustraire à cette nécessité inévitable du mélange des idées et des races; il faut que des populations entières soient déracinées de leur patrie. La souffrance, qui prend souvent ici les traits de la faim, est le ministre chargé de l’exécution de cette loi, comme de toutes les grandes lois de ce monde. Mais la souffrance est tempérée par l’espoir. On quitte les lieux où l’on est mal parce que Ton compte trouver ailleurs les biens dont on est privé. Tel est le sens du vieil adage : Ubi bene, ibi pa tria. Mot qui mêle à un sentiment de satisfaction bien de l’amertume ; car la patrie où l’on souffre n’en est pas moins la patrie, et il a fallu, pour y renoncer, de profonds découragements. A côté des bienfaits de l’émigration , il y a ses épreuves, ses misères, ses déceptions. La civilisation recueille seule le profit certain de tant de sacrifices obscurément accomplis. Elle a eu, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, dans l’émigration un de ses agents les plus puissants et les plus efficaces. C’est l’émi* gration qui a pénétré tour à tour l’Occident par l’Orient, l’Orient par l’Occident, l’Europe par l’Asie, l’Asie et l’Afrique par l’Europe personnifiée dans la Grèce et dans Rome , c'est elle qui a tiré de leurs forêts les barbares du nord, car les invasions ne sont que des émigrations à main armée. Que n’a-t-elle pas fait depuis que l’Amérique lui a été ouverte? Combien n’a-t-elle pas, mieux que la conquête, accompli ces fusions durables d’idées, d’institutions et d’intérêts que la guerre n’ébauche quelquefois qu’en les compromettant par la violence et par la haine qui lui survit !
Qui nierait après cela que l’histoire de l’émigration se confond avec celle de la civilisation elle-même, au double point de vue ethnographique et intellectuel? C’est par les colonies que la civilisation a mis garnison chez les
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barbares, et que les races civilisées sont entrées en contact permanent les unes avec les autres. Retranchez de Rome, d’Alexandrie, ces vivants foyers de lumières, retranchez-en ce qu’on peut appeler l’élément étranger, vous verrez leur éclat pâlir. Ce n’est pas qu’il faille confondre les émigrations d'idées et les émigrations d’hommes. Pour faire émigrer les idées d’un pays à un autre, il a suffi quelquefois d’un petit nombre de voyageurs, et l’écriture a plusfait ensuite pour propager ces idées que des milliers de voyageurs et de voyages. De nos jours, les hommes ne se remueraient pas, que les idées n’en changeraient pas moins de place à chaque instant. Elles se feraient porter en tous les lieux à la fois par l’imprimerie, la vapeur, l’électricité. Mais rien ne pouvait remplacer dans le passé et rien ne remplacera même à l’avenir le mélange direct des populations elles-mêmes, leur étroit rapprochement. Bien plus, le même ensemble de causes qui font voyager les idées poussent et aident aujourd’hui au déplacement des hommes. Grâce à tant de moyens de communication, l'émigrant se sent moins loin de sa patrie ; comment ne pas se décider plus aisément à partir, quand le retour parait plus facile? Qu’on ne s’étonne donc point si l’émigration n’est pas un fait qui s’en va, si c’est un fait qui s’accroît au contraire et qui est destiné à s’accroître avec les nouvelles facultés dont s’est dotée l’humanité.
Cette mutuelle fécondation de toutes les forces, de toutes les ressources par le rapprochement des diverses familles humaines, constitue le côté économique de la question si compliquée de l’émigration. L’économie politique l’examine sous le triple aspect des effets ressentis par les pays d’origine, par les émigrants eux-mêmes, et enfin par les pays de destination. Pour les pays d’où part l’émigration, la nature de ces effets a été très-controversée. La France particulièrement, à en croire les rapports
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de certains préfets, les vœux de quelques conseils généraux, voit d’assez mauvais œil le départ de ses enfants. Plusieurs gouvernements allemands ont parlé avec amertume et d’un ton presque comminatoire de ce mouvement qui pousse une notable partie de leurs sujets vers l'Amérique. La Belgique en a gémi dans plus d’un document officiel. Maint État a songé sérieusement à mettre à l’émigration une prohibition à la sortie, au risque de traiter les travailleurs sans plus de respect qu’on traitait naguère les produits du travail. Peut-être était-ce conséquent. Étgit-ce légitime ? Une démocratie qui interdirait l’émigration comme celle de 1793 par des raisons politiques ne cesse-t-elle pas d’être libérale pour être purement révolutionnaire? Le droit de disposer de soi-même est un droit naturel. Un poteau, une montagne, un fleuve, doivent-ils borner ce droit imprescriptible que chacun a de quitter un lieu où il se trouve mal à l’aise? Il n’y a que le crime commis par un individu qui puisse autoriser la communauté à suspendre l’usage de cette liberté comme de toutes les autres. Dire à un individu : « Tu es mal dans ce pays; ta bouche affamée n’y trouve pas d’aliments; tes bras y manquent de travail; tout ce qui te fait défaut, tu le rencontrerais ailleurs; l’intrépide volonté d’aller le chercher te pousse en avant ; il n’importe; tu ne toucheras pas ces plages désirées; ma volonté est que tu souffres ici; ma volonté est que tu meures sur place » ; dire cela, ce n’est pas satisfaire aux légitimes précautions dont la société investit la loi pour son salut, c’est faire peser sur les têtes le plus intolérable des jougs.
Que les États d’où l’essaim de l'émigration sort par masses pressées ne s’en prennent au surplus le plus souvent qu’à eux-mêmes; tout ce qui comprime l’individu dans les lois politiques, religieuses, économiques, tend, comme le plus énergique ressort, à pousser les populations loin de leur pays. Pour cela, des mesures aussi
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violentes que la révocation de l’Édit de Nantes ne sont même pas nécessaires. Les Irlandais et les juifs en certains pays n’ont pas besoin qu’on leur enjoigne expressément de s’en aller, il suffit qu’on ne s’y oppose pas. Mais s’il n’est pas raisonnable d’exiger que les gouvernements se fassent à eux-mêmes de pareils aveux, et s’ils ont la naïve conviction que ceux qu’ils retiennent de force sont trop heureux de la violence qu’on leur fait, c’est une raison de plus de les éclairer sur les vrais effets que l’émigration a presque toujours sur les lieux d’où elle part.
Eh bien ! cet effet est généralement favorable pourvu que l’émigration soit libre. On a coutume de dire que l’émigration est bonne pour les pays d’où elle émane, quand ceux qui partent consomment plus qu’ils ne produisent, et qu’elle est mauvaise dans l’hypothèse contraire. Rien n’est en général plus fondé. Mais n'atrive-t-il pas quelquefois que dans le cas même où les individus qui émigrent produisent plus qu’ils ne consomment, le pays d’où s échappe l'émigration gagne pourtant à leur départ? Oui, c’est quand les envois de capitaux à leurs familles, ou quand leur retour avec une fortune laborieusement acquise deviennent des éléments de prospérité supérieurs à ceux qu’ils enlèvent en s’en allant. Ce cas n’est pas si rare qu’on serait tenté d’abord de le croire. L’émigration a d’ailleurs des avantages pour ceux qui restent. Les ouvriers y gagnent l’élévation des salaires par la diminution du nombre des bras. Les entrepreneurs y gagnent un accroissement dans les profits par la diminution de la concurrence. Ajoutons que la baisse des prix des articles de consommation résulte d’une moindre demande. Enfin, par suite de toutes ces causes, la facilité donnée aux épargnes pour se former est accrue. Il faudrait, pour compenser de tels biens, une véritable dépopulation de la contrée quittée par les émigrants, fléau sans exemple dans des pays où règne même l’aisance la
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plus médiocre. Ainsi il est des cas où l’émigration même de ceux qui ont des ressources pour vivre rapporte plus au pays de provenance qu’elle ne lui emporte. Mais il faut reconnaître que le plus généralement la masse émigrante est poussée, comme en Irlande, par une inexorable misère. Alors l’émigration révèle plus sensiblement encore ses bienfaits. Elle supprime la charge qui accablait la masse sous la forme de secours publics à donner et la délivre de la concurrence que faisait à son travail le nombre exagéré des bras. Figurez-vous une chambre pleine où l’on se serre les uns contre les autres; l’air manque, plusieurs déjà sont asphyxiés, d’autres vont l’être, tous souffrent horriblement; peu à peu le nombre excessif de ceux qui se pressaient dans cet espace rétréci s’écoule, on respire enfin plus à l’aise, on recommence à vivre. Substituez ici à l’air l’aliment, aux dernières limites duquel on se presse, et vous aurez l’explication et l’image des pays d’où l’émigration s’échappe à flots abondants et par courants réguliers presque chaque année.
Mais les émigrants, quel sera leur sort? Qui les consolera de la patrie, de la famille absentes? Ah ! c’est de ce côté surtout que doit se porter la sympathie éclairée de la politique et de l’économie politique. Renoncer à ses habitudes, quitter tout ce qu’on aime, dire adieu à ses vieux parents, quelquefois à ses enfants que l’on compte secourir de loin, affronter le nouveau et dur travail de la colonisation et du défrichement, et pour prix de ces épreuves ne rencontrer peut-être que déceptions, nulle destinée n’est pire que celle-là. Il ne faut pas jeter un voile sur ces misères trop fréquentes de l’émigration. Il faut, c’est un devoir lorsqu’on s’adresse aux masses, rappeler ces ravages terribles exercés par la maladie sous un climat étranger, au milieu des circonstances les plus défavorables. Les gouvernements ont voulu trop souvent à tort et à travers diriger l’émigration. Us auront rendu un service
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précieux s'ils s’occupent seulement d’empêcher qu’on n’abuse par de faux récits l’imagination facile à exalter de gens qui souffrent. Nul acte n’est plus sérieux que l’émigration; nul ne peut être plus dommageable. Trop souvent le malheureux émigrant n’a d’autre alternative que celle de la mort, loin des siens, précédée des privations les plus dures, des plus pénibles souffrances, ou d’un retour dans des circonstances pires que celles où il était au départ. Beaucoup sont ainsi retombés de l’Eldorado qu'ils avaient rêvé d’un degré plus bas au fond de leur misère. Il faut donc employer tous les moyens de publicité qui peuvent fournir aux futurs émigrants les éléments d’une suffisante information; réclamons aussi les bonnes conditions du départ, du transport, de l’arrivée ; réclamons la bienveillante sollicitude des agents consulaires, patrons naturels des nationaux émigrés. En somme, l’émigration est un bien non seulement pour le pays d’où part un excédant parasite, mais pour les émigrants, et on a eu raison de dire : « Les millions envoyés aux familles, les appels des parents, les villes qui se fondent, les champs qui se couvrent de fermes et de cultures , les forêts qui tombent sous la hache et dont les navires apportent les bois ; les communes, les parlements, les gouvernements qui naissent de ces multitudes, parties d Europe pauvres et ignorantes, quels meilleurs témoignages voudrait-on de la prospérité générale des émigrants (1)? »
Quant aux pays de destination, le bien n’est pas moins certain. Ils reçoivent des apports supplémentaires d’intelligences et de bras qui ne viennent là que parce qu’il y a des champs à féconder, des mines à fouiller, des richesses à créer par l’industrie. Le travail tend à prendre partout son niveau sur le marché du monde par une loi analogue à celle qui régit les liquides. A côté d’un trop plein qui se
(1) M. Jules Duval, Histoire de V émigration, p. 44i.
désobstrue, il y a un vide qui se comble. Ainsi sont prévenues, là les congestions qui naissent de la pléthore, les explosions qui résultent d’une accumulation trop forte de la vie qui cherche à tout prix un dégagement et une issue, ailleurs les langueurs ou les lacunes qui seraient l'effet d’une insuffisance de forces productives. Quelles masses de travaux les États-Unis n’ont-ils pas tirés de l’émigration! Elle leur a apporté plus de 6 millions de travailleurs libres, 2 millions d’hommes de plus que le Sud ne compte d'esclaves. Mais aussi quels puissants appâts! Un sol en grande partie inoccupé, la terre presque pour rien, très-féconde quoiqu’au prix d’immenses labeurs, la liberté de travail, d’association, de religion, toutes les libertés politiques, provinciales, communales, la naturalisation rendue facile, et, à son défaut, toutes les garanties que donnent à l’étranger la presse libre et des tribunaux impartiaux ! Contre de tels attraits, on peut compter pour presque rien l’hostilité égoïste et stupide de la meute aboyante des knownothing refusant d’admettre les étrangers.
Achever d’exploiter le globe, dont la plus grande partie reste à peupler et à cultiver, porter de 1 milliard à S ou 6 milliards sa population, quelle carrière ouverte à l’humanité! Qui peut dire pour quelle part figurera l’émigration dans cette œuvre gigantesque?
Pourquoi nos ouvriers, nos paysans n’y joueraient-ils pas leur rôle? Ce n’est pas que je pense que la France ait ici les mêmes destinées que l’Angleterre, ce n’est pas que je partage les craintes qu’inspire quelquefois ce lent accroissement de notre population comparé avec l’exubérance prolifique de la Grande-Bretagne. Je n’envie pas pour nos prolétaires, si un pareil mot peut s’appliquer aux ouvriers français , le bonheur des Irlandais émigrants. Ici la réaction contre la théorie de Malthus sur la population va trop loin. Sans doute il ne faut pas abuser de la contrainte morale tant recommandée par l’éco-
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nomiste anglais, surtout dans les classes qui peuvent nourrir de nombreux enfants, et je crains que l’égoïsme ne se mette chez nous de plus en plus à l’abri sous le prétexte d’une sage prévoyance. Mais faudra-t-il dire aux ouvriers : « Mariez-vous à dix-huit ans et ayez chacun quinze enfants : l’émigration se chargera de placer ceux que la mort n’aura pas enlevés ? » Assurément non. L’émigration est un remède, mais indirect, incertain et insuffisant à la misère. Les économistes, trop souvent, en ont diminué l’importance, exagéré les inconvénients : est-ce une raison pour pencher aujourd’hui vers l'autre excès? Je dirais volontiers : « Rendons justice à l’émigration; ayons-en le goût, si vous voulez, n’en ayons pas le fanatisme! » Sous ces réserves, pourquoi, je le répète, la France ne fournirait-elle pas à l’émigration un plus vaste contingent? Est-il vrai que les Français soient si essentiellement sédentaires et casaniers qu’on l'a dit? Si l’on invoque la race, n’ont-ils pas dans les veines le sang des Gaulois et des Francs? Si l’on invoque l’histoire, ne sont-ils pas le peuple des croisades, le peuple des guerres de propagande de la révolution ? Est-ce l’humeur aventureuse qui leur a jamais fait défaut? Qui s’acclimate plus facilement et plus vite? Quel caractère est plus que le leur souple et flexible? Quel esprit plus fertile en ressources? Nos soldats ne l’ont-ils pas fait voir en Égypte, en Algérie, en Crimée, partout où ils porté leurs tentes? Quels noms enfin que ceux des Labourdonnaie, des Dupleix parmi les colonisateurs ! De quel droit refuser à la nation française le titre de nation colonisatrice? Que l’on dise plutôt, en songeant à nos vieilles colonies et à l’Algérie, que c’est de l’administration et de l'excès de l’esprit réglementaire que sont venus nos échecs. Cet esprit réglementaire , éternelle plaie, gêne l’émigration, entrave la colonisation, crée des barrières où il faudrait les abaisser toutes. Il décourage l’esprit d’entreprise au départ, il le tue sur le lieu d’arrivée.
Qu'avant tout donc l'émigration soit libre! A ce prix, elle donnera lieu à une industrie régulière, et spontanément elle ira où le besoin l’appelle. La tâche des gouvernements se réduit à une œuvre de protection, tout au plus d’aide modérée dans certaines circonstances. Éclairer l’émigration, assurer l’exécution des contrats, aider à garantir contre les fraudes du charlatanisme des esprits ignorants, n’est-ce pas déjà beaucoup faire pour la réussite? Quant aux colonies, nul succès sans la liberté personnelle et sans la garantie de la sécurité. C’est par là que les Anglais, avec des qualités bien moindres de sympathie et d’assimilation, ont élevé si haut la prospérité de leurs colonies et agrandi par elles la puissance de la métropole. Justes contre le vieux régime colonial, les critiques des économistes manqueraient d’exactitude et de portée contre la libre colonisation. L'importation et l’exportation libres des hommes sont un corollaire de la liberté du travail, elles ne sont pas moins fécondes en grands résultats que l’échange libre des produits (1).
(I) Le livre de M. Jules Dtival, intitulé Histoire de l'Émigration, est un remarquable plaidoyer en faveur de ces vérités, plaidoyer éloquent comme le chiffre qui porte une irrésistible conviction dans les esprits , comme l’accent sincère d’une intelligence qui sent la grandeur du sujet qu’elle embrasse. Ce sujet, on peut dire que M. Jules Duval l’a épuisé, et qu’après avoir porté sur quatre-vingt-trois pays l’enquête la plus complète et un coup d’œil des plus sagaces, il n’a plus laissé qu’à glaner à ceux qui viendraient après lui. Honoré des suffrages de l’Académie des sciences morales et devenu l’objet, de la part de deux de ses rapporteurs. MM. H. Passy et Franck, d’éloges qui dépassent la mesure ordinaire des louanges accordées aux lauréats, son livre a reçu le même accueil chez tous les hommes compétents. Il est lu en France et hors de France. Le talent de l’écrivain et les vues élevées de l’ouvrage y sont pour beaucoup; mais le mérite des plus patientes et des plus exactes recherches pouvait seul en faire ce qu’il sera, un livre longtemps consulté.