I. LA LIHKKTÉ.— r,A LIBEHTÉ ET LES SCIENCES MODERNES VH
existe parfois entre cette puissance de vouloir, et la force d'exécution. Il y a en effet des personnes qui ne peuvent jamais se décider à vouloir ceci ou cela : d'autres ([ui semblent vouloir et ne peuvent agir.
Nous suivrons les physiologistes dans ces deux études, rapidement, mais dans la mesure utile à notre thèse.
La faiblesse ou l'impuissance du la volonté à se Lim,M décider et à choisir, est un fait connu depuis long- Xdé temps des philosophes et des pathologistes. C'est l'irrésolution.
Parfois, — mais c'est le plus petit nombre de cas, — elle provient de la richesse exubérante des idées. L'esprit voit tant de motifs pour et contre, il prévoit tant de conséquences possibles prochaines et éloignées, qu'il finit par se perdre dans un calcul inextricable et dans des raisonnements sans fin. Les idées et les tendances à l'acte qui les accompagnent s'entravent, s'annulent, et l'on finit par ne plus savoir que choisir ou que vouloir. Voilà pourquoi les grands artistes, les grands savants, les grands contemplatifs sont si rarement des hommes d'action ou d'administration. Une sainte Thérèse ou un saint François d'Assise sont des phénomènes exceptionnels.
Cependant, comme M. Ribotl'a finement remarqué, la faiblesse de volonté, ou, comme on dit, la faiblesse de caractère, doit aussi avoir sa part dans cette maladie de l'irrésolution, et c'est ce qui se voit mieux chez les irrésolus pauvres d'idées. « S'ils agissent c'est toujours dans le sens de la moindre action ou de la plus faible résistance. La délibération aboutit difficilement à un choix, et le choix à nn acte [\). » Pour vouloir dans le sens de la plus grande action ou
(1) Ribot, Les maladies de ta Volonté, p. ^6.
de la plus grande résistance, il faudrait avoir appris à se vaincre ; il faudrait avoir développé progressivement le « nerf de la volonté », par cette gymnastique spirituelle qu'on appelle la discipline de l'âme, le combat spirituel. Mais que de gens n'ont même pas essayé cette discipline, et ont laissé s'atrophier en eux cette puissance et cette maîtrise de la volonté ! Au lieu de lui apprendre à commander et à diriger, on ne l'a que trop habituée à suivre docilement et à obéir. M. Ribot a parfaitement décrit cette impuissance de la volonté dans un chapitre très suggestif : le régime des caprices (1), « ce type de caractère dans lequel la volonté ne se constitue pas ou ne le fait que sous une forme chancelante, instable et sans efficacité ». L'exemple le plus complet de cette impuissance se trouve parmi les hystériques. Leurs idées, leurs affections, leurs désirs, leurs volontés, sont dans une perpétuelle instabilité; comme la girouette de nos toits, elle tourne et change de direction au moindre souffle. Elles ne savent pas se fixer, elles ne savent pas vouloir, ou plutôt elles ne peuvent plus, elles ne veulent plus vouloir. Il y a chez elles, comme un ressort brisé ; aussi sont-elles si dociles aux impulsions du dehors, et subissent-elles si facilement la direction et le joug des suggestions étrangères de tous ceux qui savent vouloir pour elles et s'imposer. Expiica- Tous ces faits sont si connus qu'il nous parait inuces°faitr. tile d'insister. Aucun d'eux n'a jamais embarrassé les défenseurs du libre arbitre. Autant nousaffirmonsson existence et sa puissance dans l'homme pris en général ; autant nous reconnaissons combien sont rares les hommes où cette puissance est pleinement développée, les hommes « de grands caractères » entière-
(1) Ribol, Ibid., ch. IV, p. 115.